Liste des pannes de courant importantes

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Depuis 1965, de nombreuses pannes de courant (ou "blackout") ont marqué le monde. Cette liste recense les plus importantes d'entre elles en termes de bilan humain. Le nombre de personnes affectées varie de quelques centaines de milliers de personnes à 670 millions, avec plusieurs épisodes ayant touché plus d'un million de personnes. La panne la plus importante de l'histoire au nombre d'individus concernés est celle qui frappa l'Inde en 2012.

Le Mémento de la sûreté du système électrique, publié par RTE sur son site officiel, présente les modes de dégradation de la sûreté du système électrique conduisant aux blackouts, ainsi qu'un panorama des grands incidents survenus à travers le monde[1]. Le Bilan sûreté annuel de la sûreté du système électrique français, également disponible sur le site de RTE pour chaque année depuis 2001, comporte un chapitre présentant les grandes pannes survenues à travers le monde pendant l'année[2].

1965–1999[modifier | modifier le code]

1965, États-Unis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : en:Northeast Blackout of 1965.

La cause initiatrice de ce grand incident est la disjonction intempestive d'une ligne 230 kV acheminant l'électricité de la centrale de Niagara Falls vers l'Ontario suite au mauvais réglage d'une protection de distance. À la suite du report de charge, il s'ensuit la mise hors tension par cascade de nombreuses autres lignes ainsi que la disjonction de groupes de production. Le réseau se sépare en plusieurs sous-réseaux, mais aucun n'est viable. La presque totalité du nord-est des États-Unis et le Sud de l'Ontario sont hors tension, plongeant dans l’obscurité 30 millions de personnes. Il faudra plus de treize heures pour reprendre la totalité du service.

1977, États-Unis[modifier | modifier le code]

New York a été touchée par une panne d’électricité qui a déclenché des pillages et des émeutes entraînant l’arrestation de 4 000 personnes. Ce grand incident est dû à un orage, dont les chocs de foudre successifs sur des lignes de transport provoquent la perte de ces lignes et de groupes de production. Faute de délestage effectué suffisamment rapidement, de nouvelles disjonctions surviennent en cascade. L'ensemble de New-York est coupé, soit environ 6 GW. Il faudra une quinzaine d'heures pour réalimenter totalement New-York.

1978, France[modifier | modifier le code]

Panne générale, le 19 décembre 1978, due à une cascade de disjonctions de lignes à très haute tension par reports de charge, à la suite de l'entrée en surcharge initiale d'une ligne 400 kV dans l'est de la France, lors d'une situation de fortes importations d'électricité de l'Allemagne vers la France.

1987, France et Japon[modifier | modifier le code]

Par une journée particulièrement froide, trois groupes de production de la centrale thermique de Cordemais disjonctent en moins d'une heure pour des raisons indépendantes. Le dernier groupe de la centrale finit par décrocher également. Il s'ensuit une brusque dégradation du plan de tension régional, qui par répercussion provoque de nouveaux décrochages dans plusieurs centrales de l'ouest de la France. Grâce à l'envoi d'ordres de délestage, la tension se stabilise dans l'ouest de la France, mais à un niveau très bas proche de 300 kV, avant que l'action des répartisseurs conduise au rétablissement de la situation.

Le 23 juillet 1987, un effondrement de tension au Japon est survenu. Ce grand incident survient lors de températures inhabituellement fortes en début d'après-midi, qui provoquent un usage massif de la climatisation par les Japonais, alors que la demande d'électricité battait déjà les records dans la matinée. Il s'ensuit une baisse de tension, puis une instabilité de tension, qui conduit à la disjonction des trois centrales électriques alimentant la région de Tokyo. Trois millions de clients sont coupés.

1989, Canada[modifier | modifier le code]

Article connexe : Éruption solaire de 1989.

Le 13 mars 1989, un fort vent solaire vient perturber brusquement le champ magnétique terrestre. Hydro-Québec avait tenté de régler le problème dès la veille en voyant les variations. La panne survient malgré tout vers 2h46 (heure locale)[3]. Le Québec est donc privé d'électricité pendant plus de 9 heures. Les lignes électriques enregistrent une variation de 700 à 800 kV. 6 millions d'usagers sont touchés et on estime les coûts de réparation à 13,2 M$[4]. D'autres réseaux ont eu le même phénomène, mais ayant des lignes électriques généralement plus courtes, l'effet était moindre[5].

1998, États-Unis et Canada[modifier | modifier le code]

Effet du verglas sur la distribution de l'électricité.

La crise du verglas de 1998 est une tempête de pluie verglaçante qui a eu lieu en janvier 1998 dans l'est du Canada, la Nouvelle-Angleterre et le nord de l'État de New York. La région la plus affectée, « Le triangle noir », se situait au Québec au sud-est de Montréal.

Elle a causé d'importants dommages au réseau électrique dans toute cette région, en plus d'endommager les arbres, ce qui a donné des pannes de courant prolongées. Un très grand nombre de pylônes électriques, de fils et de poteaux électriques sont tombés sous le poids du verglas. La reconstruction permanente de certaines portions du réseau a pris deux ans, forçant Hydro-Québec à trouver des solutions temporaires pour réalimenter ses clients. Certains de ceux-ci ont été sans électricité durant un mois et demi.

2000-2009[modifier | modifier le code]

2003, Amérique du Nord, Europe, Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

  • 3 février 2003 : une panne dans le poste de gaz naturel de la centrale électrique du Hamma à Alger provoque des déclenchements en chaîne privant 28 wilayas (départements administratifs) de courant électrique et plongeant dans le noir durant 4 heures, pratiquement tout le nord du pays.
  • Une immense panne d'électricité toucha gravement les états et provinces du nord-est de l'Amérique du Nord le 14 août 2003[6].
  • 23 août 2003 : panne à Helsinki : 500 000 personnes touchées ;
  • 28 août 2003 : panne à Londres : 500 000 personnes touchées ;
  • 23 septembre 2003 : panne au Danemark et dans le sud de la Suède : 5 millions de personnes touchées ;
  • 28 septembre 2003: panne dans la totalité de l'Italie (à l'exception de la Sardaigne énergiquement autonome) et brièvement dans le sud de la Suisse. Avant cet incident, dû à la suite de la formation d'un arc électrique entre un câble porteur et un arbre, les lignes de transit nord-sud à travers la Suisse et l'Italie étaient très chargées[7]. À 3h 01, une importante ligne de transit entre le nord et le sud de l’Europe, la ligne du Lukmanier, disjoncte. Une charge d’environ 110 % est reportée sur la ligne de transit du San Bernardino. GRTN, l’exploitant du réseau aurait dû stopper des pompes, mais il ne le fit pas. Par conséquence, 56 millions de personnes ont été touchées.

2004, Luxembourg[modifier | modifier le code]

Le 2 septembre 2004, une panne géante touche le Luxembourg et ses banques. La cause en est une coupure de la ligne d'importation depuis l'Allemagne. Le Luxembourg ne produit que 40 % de ses besoins et n'est alimenté que par la Belgique et l'Allemagne. Le réseau est rendu fragile par l'absence de connexion avec la France.

2005, Suisse[modifier | modifier le code]

Le 22 juin 2005, tout le réseau ferroviaire suisse est bloqué pendant plusieurs heures, de 18h00 au lendemain à 5h00. Un total de 100 000 personnes ont été bloquées dans les trains, certaines pendant une heure. Un court-circuit s'est produit à 17h08 sur une ligne de transport des CFF entre Amsteg et Rotkreuz, ce qui a conduit au décrochement de plusieurs centrales électriques et a provoqué une réaction en chaîne, ont annoncé jeudi 23 juin les CFF. L'alimentation en courant électrique du réseau a été partagé en deux secteurs, le sud étant suralimenté tandis que le nord manquait d'énergie. À 17h45, l'ensemble de l'alimentation électrique était passée hors tension et 1 500 trains étaient en panne sur le réseau.

2006, Europe[modifier | modifier le code]

Le 4 novembre 2006, vers 22 heures 10, une panne de grande importance a touché le réseau de l'UCTE, privant d'électricité environ 15 millions de clients européens[8]. L'origine serait la mise hors-service programmée puis différée de deux lignes 400kV, pour laisser le passage à un navire sur le fleuve Ems, en Allemagne. Ces coupures des deux lignes 380 kV reliant Conneforde à Diele sont intervenues à 21h 38 et 21h 39. À 21h 41, RWE TSO informa E.ON Netz de la valeur limite de 1 795 A sur la ligne Landesbergen-Wehrendorf (reliant E.ON Netz et RWE TSO), mais le réseau continuait à fonctionner conformément aux recommandations. Les deux entreprises ont été en communication téléphonique à 21h 46, 21h 50 et 21h 52, et purent s'échanger des informations sur les valeurs limites de cette ligne qui n'étaient pas les mêmes pour les deux entreprises[9]. Entre 22h05 et 22h07, la charge de la ligne de 380 kV Landesbergen-Wehrendorf augmenta de 100 MW dépassant la valeur limite de 1 795 A fixée par RWE TSO. RWE TSO appela E.ON Netz à 22h08 pour demander une intervention urgente. Après des estimations empiriques, E.ON Netz décida d'intervenir à Landesbergen. L'intervention se produit à 22h 10. Le résultat fut contraire à celui attendu: au lieu de baisser de 80 ampères, le courant augmenta de 67 ampères. La ligne fut déconnectée par les automatismes de sécurité à la sous-station de Wehrendorf (RWE TSO) pour surcharge. Par un « effet domino » de report de charge, de nombreuses autres lignes auraient décroché, entraînant pratiquement une scission du réseau de l'UCTE en 3, suivant une ligne Nord-Sud, ainsi qu'une déconnexion du Maroc[10],[11]. La séparation du réseau se produisit à 22h10m28s7 et 22h10m28s9, et la séparation entre l'Espagne et le Maroc se produisit à 22h 10m 32s.

Durant la minute précédent la séparation, la puissance était d'environ 274 100 MW dont 15 000 MW éoliens (essentiellement en Europe du Nord, et en Espagne). Après la séparation, les puissance se répartissaient comme suit :

  • Zone ouest : 182 700 MW dont 6 500 MW éoliens
  • Zone nord-est : 62 300 MW dont 8 600 MW éoliens
  • Zone sud-est : 29 100 MW.

La séparation du réseau, a conduit au dépassement de seuil de 49 Hz à l'ouest, et de 51 Hz à l'Est [12]. Ce franchissement de seuil a conduit à l'arrêt de centrales. Le rétablissement des fréquences normales a été rétabli en 20 minutes, dans les zones en sous-fréquence. Il a été compliqué dans les zones en sur fréquence, en raison du manque de contrôle des centrales de production[8]. Les conséquences de cette panne d’électricité ont été aggravées par le comportement d’ensemble de la production décentralisée. Dans la plupart des pays européens, ce comportement a été marqué par le caractère aléatoire des déconnexions et des reconnexions des centrales éoliennes. L'Europe de l'Ouest étant alors en déficit de production, des délestages ont été nécessaires pour éviter un écroulement total du réseau. 10 % des clients ont dû être déconnectés. En France, 6400 MW de la consommation (12 %) soit 5 millions de foyers ont dû être déconnectés[12]. L'ensemble du réseau européen a pu être resynchronisé en 38 minutes[8]. L'ensemble du réseau a pu être rétabli en environ une heure. L'ensemble des pays sont revenus à une situation normale en deux heures[8]. En France, les barrages hydro-électriques ont été mis en œuvre afin d'augmenter la production locale de 4000 MW.

À la suite de cette coupure, les investigations menées par l'UCTE ont conduit à un rapport final sur cette System Disturbance du 4 novembre 2006 qui a fait l'objet d'une présentation à Bruxelles en 2007. Cette présentation couvre[13]:

  • les faits,
  • les causes,
  • les recommandations,
  • les suites à donner, notamment une harmonisation des réglementations des 24 pays concernés et une coordination des actions à réaliser en cas d'incident affectant les pays interconnectés.

2008, États-Unis[modifier | modifier le code]

Les vendredi 4 et samedi 5 janvier 2008, plus de 600 000 foyers et entreprises sont privés de courant à la suite d'une tempête cyclonique ayant entraîné de fortes pluies et d'abondantes chutes de neige en altitude en Californie du Nord selon la compagnie d'électricité Pacific Gas and Electric.

Le 26 février 2008, trois millions de personnes sont touchées durant près de 4 h par une énorme panne électrique en Floride (États-Unis) à la suite d'un problème technique dans une station secondaire vers Miami. Deux réacteurs nucléaires sont arrêtés[14].

Depuis 2010[modifier | modifier le code]

2011, Japon[modifier | modifier le code]

À la suite du séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku de magnitude 9 sur l'échelle de Richter au Japon, 4 millions de personnes sont privés d'électricité à Tokyo et ses environs le 11 mars 2011.

2012, Inde[modifier | modifier le code]

Le 31 juillet 2012, l'Inde a connu la plus grande panne d'électricité enregistrée dans l'histoire. Celle-ci a touché 670 millions d'usagers, après une première série de décrochages le 29 juillet. Mis à part les 150 millions de personnes n'ayant pas accès à l'électricité, la moitié de la population a été affectée. La panne est attribuée à une combinaison de facteurs structurels — l'Inde depuis 1951 ne parvient pas à atteindre les objectifs de production qu'elle se fixe pour faire face à l'accroissement de sa population et à la hausse du niveau de vie et de consommation électrique — et conjoncturels : une sécheresse a diminué en 2012 les capacités de production hydro-électriques[15].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Memento de la Sûreté du Système Electrique - site officiel de RTE
  2. Bilan de l’énergie électrique sur le réseau de RTE
  3. C'est arrivé le... - 13 mars 1989 sur Radio-Canada
  4. Effets géomagnétiques sur les réseaux électriques sur Météo spatiale Canada]
  5. Panne de mars 1989 sur Hydro-Québec
  6. A. Merlin, "Les grandes pannes des réseaux électriques (Europe, USA) sont-elles dues à l'ouverture du marché de l'électricité?", Revue de l'Électricité et de l'Électronique (REE), n°3, mars 2004
  7. - OFEN - Rapport suisse sur le black-out du 28 septembre 2003
  8. a, b, c et d http://www.ucte.org/_library/otherreports/Final-Report-20070130.pdf
  9. http://www.ucte.org/_library/otherreports/Final-Report-20070130.pdf page 19/84
  10. A. Merlin et J.P. Desbrosses, European Incident of 4 th November 2006 The events and the first lessons drawn, revue Electra, février 2007
  11. J.M. Tesseron, Bilan 2006 de la sûreté du système électrique français, disponible en français et en anglais sur le site officiel www.rte-france.com de RTE
  12. a et b http://www.rte-france.com/htm/fr/accueil/coupure.jsp
  13. Presentation - Final Report on the disturbances of 4 November 2006
  14. (en) Power returns for most Fla. customers, sur usatoday.com
  15. L'Inde paralysée par une panne électrique historique Les Échos, 1er août 2012