Jean de Rotrou

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Jean de Rotrou

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Nom de naissance Jean Rotrou
Naissance 21 août 1609
Dreux
Décès 28 juin 1650 (à 41 ans)
Dreux
Nationalité Drapeau de la France France
Profession poète et dramaturge

Jean de Rotrou, né Jean Rotrou, est un dramaturge et poète français, né le 21 août 1609 à Dreux et mort de la peste le 28 juin 1650, également à Dreux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d’une famille de magistrats de la ville de Dreux et, plus avant, de la famille de Rotrou, Jean de Rotrou étudie en Normandie et à Paris et, bien que plus jeune de trois ans que Pierre Corneille, il commence à écrire avant lui. En 1628, il devient le dramaturge de la troupe des "Comédiens du Roi" de l’Hôtel de Bourgogne. À de rares exceptions, les seuls événements consignés de sa vie sont les parutions successives de ses pièces et de son recrutement en 1635 dans le groupe dit des "Cinq Auteurs" chargés de mettre en forme les idées dramatiques de Richelieu.

Sa première pièce, la tragi-comédie l’Hypocondriaque ou Le Mort amoureux (représentée en 1628 et publiée en 1631 chez Toussaint du Bray avec une collection d’Œuvres poétiques comprenant des élégies, des épîtres et des vers religieux), est composée alors qu’il n’a que dix-huit ans. Une édition critique de cette pièce a été donnée par Jean-Claude Vuillemin (Droz, 1999). La deuxième pièce de Rotrou qui nous soit parvenue, la Bague de l’oubli (1635), est une adaptation partielle du Sortija del Olvido de Lope de Vega. C’est la première de plusieurs pièces dans lesquelles Rotrou a acclimaté en France la comédie baroque qui avait fleuri en Espagne et en Angleterre au lieu de la tragédie classique de Sénèque le Jeune et de la comédie classique de Térence. Comme lui, Corneille s'oriente dans la même direction. Le travail brillant montre les marques d’une adhérence au modèle espagnol. En 1634, à la publication de Cléagénor et Doristée (jouée en 1630), il affirme déjà être l’auteur de trente pièces, mais ceci comprend probablement des adaptations. Diane (jouée en 1630 ; publiée en 1633), Les Occasions perdues (jouée en 1631 ; publiées en 1635), qui lui font obtenir les faveurs de Richelieu et L’Heureuse constance (jouée en 1631 ; publiée en 1635), louée par Anne d'Autriche, sont produites en succession rapide et étaient toutes dans la manière espagnole. En 1631, il imite Plaute dans Les Ménechmes et, en 1634, Sénèque dans son Hercule mourant. Suivent des comédies et des tragi-comédies. Des documents établissent la vente, en 1636, de quatre pièces à l’éditeur parisien Antoine de Sommaville pour 750 livres tournois et, l’année suivante, la vente de dix nouvelles pièces au même libraire.

Il passe alors beaucoup de temps au Mans chez le sieur de Belin, son protecteur, qui était l’un des adversaires de Pierre Corneille dans la querelle du Cid. On a généralement supposé, en partie en raison d’une lettre fabriquée, longtemps admise comme étant de Corneille, que Rotrou avait généreusement défendu son prétendu ami dans cette affaire. Il est plus vraisemblable que Rotrou ait adopté une neutralité de bon aloi dans un différend où il avait des intérêts dans les deux camps. Toutefois, à cause d'une lettre intitulée L’Inconnu et véritable amy de Monsieur de Scudéry et Corneille (1637), qui lui fut un temps accordée, Rotrou a pourtant été crédité d’une tentative de réconciliation entre les parties.

À la mort du comte de Belin en 1637, Rotrou achète en 1639 la charge de lieutenant particulier au bailliage de Dreux. L’année suivante, le 9 juillet, il épouse, à Mantes, Marguerite Camus, fille d'un bourgeois de cette ville, et s'installe dans une vie de magistrat et de père de famille. Parmi les pièces écrites avant son mariage, on compte une traduction de l’Amphitryon de Plaute, sous le titre Les Deux Sosies (1636), d’Antigone[1] (1638) et de Laure persécutée (jouée en 1637 ; publiée en 1639), dans un style opposé à celui de ses pièces classiques.

En 1646, Rotrou produit le premier de ses quatre chefs-d’œuvre, Le Véritable Saint Genest (jouée en 1646 ; publiée en 1648) d’après Lo Fingido verdadero de Lope de Vega, Dom Bernard de Cabrère (1647) est une tragi-comédie de mérite ; Venceslas d’après No ay ser padre siendo rey de Rojas Zorrilla (1647 ; publiée en 1648) est considérée comme son chef-d'œuvre et a eu plusieurs reprises à l'époque moderne ; Cosroès (1649) a un arrangement oriental et est considéré comme la seule pièce absolument originale de Rotrou.

Resté à son poste à Dreux lors de l’épidémie de peste de 1650, Rotrou la contracte et en meurt en quelques heures. Sa grande fécondité littéraire (il a laissé trente-cinq pièces rassemblées sans compter celles perdues, égarées ou non réunies) et sans doute l’incertitude du plan dramatique que démontre son éternelle hésitation entre les styles classique et baroque ont cependant nui à la réception équitable de son œuvre. Les situations qu'il peint, souvent pathétiques et nobles, comme la brillance, la force et la simplicité de ses vers l'ont hissé, à juste titre, presque à l’égal de Corneille et de Racine. Ainsi que l'affirme J.-Cl. Vuillemin dans la notice qu'il a rédigée pour le répertoire officiel des Célébrations nationales agréées par le Ministère de la Culture en 2009, Rotrou peut être considéré comme "le plus éminent des moins éminents dramaturges du Grand Siècle" (p. 84). Longtemps demeuré occulte, Rotrou ne l'est plus ! Un colloque savant lui a été consacré en 2005 à Tours: Rotrou. maître du théâtre européen; de nombreuses études savantes se sont intéressées à son œuvre; il a été mis au programme de l'agrégation de Lettres modernes en 2008; et il conviendrait maintenant que les metteur(e)s en scène se montrent plus empressés à l'égard de ses textes dramatiques.

La rue qui flanque sur sa gauche le théâtre de l'Odéon, à Paris, porte le nom de Rotrou, celle de droite porte celui de Corneille. Dans son ouvrage "Baroquisme et théâtralité", Jean-Claude Vuillemin utilise "rotrouesque" en tant qu'adjectif dérivé.

Œuvres[modifier | modifier le code]

La sœur de Rotrou

Alors que Rotrou, qui a été qualifié par Voltaire de "fondateur du théâtre", est un des auteurs dramatiques les plus importants de son époque (avec Corneille), la tradition de l'histoire littéraire en France a malheureusement laissé ses œuvres de côté et a participé à sa méconnaissance par le grand public en voulant circonscrire le Grand Siècle français aux œuvres de Corneille, Molière et Racine[2].

  • Agésilan de Colchos, tragi-comédie, 1635.
  • Amarillis
  • Amélie, tragi-comédie, 1636.
  • L'Aveugle de Smyrne
  • Les Captifs, ou les Esclaves, comédie, 1638.
  • L'Hypondriaque ou Le Mort amoureux, tragi-comédie, 1628.
  • La bague de l'oubli, comédie, 1628.
  • Cléagenor et Doristée, tragi-comédie, 1630.
  • La Diane, comédie, 1630.
  • L'Heureuse constance, tragi-comédie, 1631.
  • Les Ménechmes, comédie, 1632.
  • La Comédie des Tuileries
  • Cosroès, tragédie, 1648.
  • Dom Bernard de Cabrère, tragi-comédie, 1647.
  • Dom Lope de Cardone, tragi-comédie, 1649.
  • La Florimonde, comédie, 1649.
  • Hercule mourant, tragédie, 1632.
  • Laure persécutée, tragi-comédie, 1637.
  • Métamorphose des yeux de Philis en astres
  • La Naissance d'Hercule, ou l’Amphitryon
  • Les Occasions perdues, tragi-comédie, 1631.
  • La Sœur, comédie, 1645.
  • Le Temple de la mort
  • Venceslas, tragédie, 1647.
  • Le Véritable Saint Genest, tragédie, 1646.
  • Antigone, tragédie, 1638[1].
  • Iphigénie, tragédie, 1640.
  • La Célimène, comédie, 1633.
  • L'Heureux naufrage, tragi-comédie, 1633.
  • La Céliane, tragi-comédie, 1634.
  • La Belle Alphrède, comédie, 1634.
  • La Pèlerine amoureuse, tragi-comédie, 1634.
  • L'innocente infidélité, tragi-comédie, 1635.
  • Clorinde, comédie, 1636.
  • Les Deux Sosies, comédie, 1636.
  • Les deux Pucelles, tragi-comédie, 1636.
  • Crisante, tragédie, 1639.
  • Clarice, comédie, 1641.
  • La Bélisaire, tragédie, 1643.
  • Célie ou Le Vice-roi de Naples, comédie, 1646.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Chardon,La Vie de Rotrou, mieux connue, Genève, Slatkine Reprints, 1970
  • Léonce Curnier, Étude sur Jean Rotrou, Genève, Slatkine Reprints, 1971
  • Jacques Morel, Jean Rotrou, dramaturge de l'ambiguïté, réimp. Paris, Klincksieck, 2002 ISBN 978-2-252-03370-8
  • Jules Jarry, Essai sur les œuvres dramatiques de Jean Rotrou, Genève, Slatkine Reprints, 1868 ; 1970
  • Jacqueline van Baelen, Rotrou, le héros tragique et la révolte, Paris, Nizet, 1965
  • Jean-Claude Vuillemin, Baroquisme et théâtralité : le théâtre de Jean Rotrou, Paris ; Seattle, PFSCL, 1994
  • Jean-Claude Vuillemin, “Jeux de théâtre et enjeu du regard dans le théâtre de Rotrou”, 'Littératures classiques', 63, automne 2007, p. 239-249.
  • Jean-Claude Vuillemin, “Jean de Rotrou (1609-1650)”, in L. Foisneau, éd., "Dictionnaire des philosophes français du XVIIe siècle". Paris, Classiques Garnier, à paraître.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Œuvres en ligne[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b icône Commons Pierre Larousse, « Antigone, tragédie de Rotrou », Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, vol. 1re,‎ 1866 (lire en ligne), p. 442.
  2. Tiré du texte de présentation du Véritable Saint-Genest par François Bonfils et Emanuelle Hénin chez GF Flammarion, Paris, 1999.

Liens internes[modifier | modifier le code]