Jean Dunand

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Jean Dunand est un artiste français d'origine suisse, né le 20 mai 1877 à Lancy, en Suisse, arrivé en France en 1897, naturalisé français en 1922, et mort le 7 juin 1942 à Paris. Il a pratiqué les arts de la sculpture, de la peinture, de la dinanderie et de la laque. « Il compte parmi les plus grands créateurs Art déco. »[1]

Présentation[modifier | modifier le code]

Artiste pluridisciplinaire, Jean Dunand s'est intéressé aux différents courants artistiques de son temps, et à des domaines très divers comme la mode vestimentaire (Paul Poiret, Madeleine Vionnet et Jean-Philippe Worth faisaient partie de ses clients), la décoration intérieure, le mobilier (Jacques-Émile Ruhlmann, avec qui il a collaboré), le design, l'orfèvrerie[2].

Bien au-delà de sa formation initiale de sculpteur, Jean Dunand est devenu un maître dinandier de renom [3],[4] et l'un des maîtres occidentaux de l'art de la laque [5],[6],[7] (avec, notamment, Eileen Gray). Outre les disciplines qui ont fait sa renommée, il fut également talentueux dans les arts de la mosaïque[8], des émaux champlevés et cloisonnés, de la ciselure et de l'incrustation[9].

Au cours de sa longue carrière artistique, Jean Dunand adopta plusieurs styles décoratifs :

« Les décors, d’une infinie variété, sont tantôt géométriques, cubistes, mais plein d’originalité et d’invention, tantôt naturalistes. Il en dessine lui-même en grand nombre. D’autres lui sont fournis par des peintres amis tels que Jean Lambert-Rucki et Jean Goulden. »[10].

Jean Dunand était également un grand dessinateur, comme le montrent par exemple les nombreux portraits[11] qu'il a réalisés pour des personnalités de l'époque, en utilisant des techniques variées (laque bien sûr, mais aussi crayon, fusain, gouache, mosaïque)[12].

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père est fondeur d'or dans l'industrie horlogère. En 1891, il entre à l'École des Arts Industriels de Genève et en sort en 1897 avec une bourse de la ville de Genève. Il y obtint deux fois le premier prix de ciselure. Il s'y est lié d'amitié avec François-Louis Schmied, qui deviendra un graveur sur bois, et avec le sculpteur Carl Angst.

Désirant poursuivre sa formation il monte à Paris. Il y exerce le métier d'ouvrier ciseleur tout en suivant les cours du soir de l'École nationale des arts décoratifs dans l'atelier du sculpteur Jean Dampt. Au cours de ses vacances en Suisse il s'initie à la dinanderie. À l'Exposition universelle de 1900, il obtient une médaille d'or pour sa sculpture Quo Vadis. En 1903, il participe pour la première fois au Salon des Arts décoratifs, avec un plateau à pain en bois sculpté.

L'année suivante, il s'installe rue Hallé, dans le quartier d'Alésia du XIVe arrondissement de Paris. Il présente une statue en pierre L'Éveil au Salon de la Société des artistes décorateurs. En 1905, il expose pour la première fois des vases en dinanderie au Salon de la Société nationale des beaux-arts. En 1906, il épouse Marguerite Moutardier avec qui il aura six enfants.

En 1909, Ernest Biéler fait son portrait en le représentant avec ses outils de dinandier et de ciseleur. Initialement prénommé Jules-John, il francise son prénom en Jean. En 1912, il rencontre le japonais Seizo Sugawara qui réside en France et auprès duquel il s'initie à la laque[13]. Au salon des artistes décorateurs de 1913, il présente un Vase aux serpents de près de 1m30 ainsi qu'une pendule Caducée en bronze.

En 1921 se constitue un groupe formé de Jean Dunand, Jean Goulden, Paul Jouve et François-Louis Schmied qui offre sa première exposition à la Galerie Georges Petit. Jean Dunand y expose, à l'étonnement général, non seulement des vases en dinanderie mais pour la première fois des panneaux, des paravents et des meubles en laque. De nombreux motifs décoratifs ont été proposés par Jean Lambert-Rucki, quelques autres par Gustave Miklos[14].

À l'Exposition des Arts décoratifs de 1925, quatre vases monumentaux de Jean Dunand décorent la cour du Pavillon des Métiers d'art[15].

Jean Dunand reçut plusieurs commandes dans les années 1930 pour la décoration intérieure de paquebots, ainsi pour l'Atlantique il réalise des panneaux de laque noire puis, pour le Normandie, il réalise cinq panneaux de grande taille (6 mètres de haut sur 5.80 mètres de large) sur le thème Jeux et joies de l'homme. La Pêche, Les Sports, La Conquête du cheval, Les Vendanges et La Danse ornaient le fumoir et une partie du salon des premières classes. L'ensemble était constitué de 1 035 éléments juxtaposés dont les détails sont sculptés à la gouge et à la râpe par l'artiste puis laqués à l'or. Le paquebot désarmé pendant la guerre, on déposa les panneaux qui furent ensuite remontés sur les paquebots Liberté et l'Île-de-France[16],[17]. Il est nommé président de la section « laque » de l'exposition internationale à Paris et en 1939 il décore le pavillon de la France à l'exposition internationale à New York. En juin 1940, son fils Jean-Louis meurt au combat à 22 ans. En juin 1941, il participe au Salon des Tuileries au Palais de Tokyo. Il meurt le 7 juin 1942[18].

Sur une période de presque cinquante ans, Jean Dunand a conçu et réalisé plus de mille deux cent oeuvres[19].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Félix Marcilhac, Jean Dunand : vie et œuvre, Londres, Thames and Hudson,‎ 1991 (OCLC 25611010)
    Également publié aux éditions de l'Amateur, Paris
  • Anthony Delorenzo, Jean Dunand, New York : E.P. Dutton,‎ 1985 (OCLC 15048050)
  • Delorenzo Gallery, Jean Dunand, New York : The Gallery (958 Madison Ave.),‎ 1985 (OCLC 14039410)
  • Jean Dunand, Jean Goulden: Galerie du Luxembourg, Paris (98, rue Saint-Denis, 75001), Galerie du Luxembourg,‎ 1973 (OCLC 1008533)
  • Les expositions de la galerie George Petit (1881-1934) : répertoire des artistes et liste de leurs œuvres (série Les expositions des galeries parisiennes), Dijon, L’Échelle de Jacob
  • (en) Lynne Thornton, « Jean Dunand & his friends », dans Apollo, no XX, 1973

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de la présentation inscrite sur la jaquette du livre de Félix Marcilhac, Jean Dunand. Vie et œuvre Éditions de l'Amateur, 1991
  2. Félix Marcilhac, Jean Dunand. Vie et œuvre, Éditions de l'Amateur, 1991
  3. « Pour la période Art déco, Jean Dunand (1877-1942), et le Lyonnais Claudius Linossier (1893-1953) sont les deux maîtres incontestés. » Encyclopédia Universalis version 10 (DVD) - article « Dinanderie »
  4. « Au Salon des Artistes Décorateurs de 1910, “il s’affirme un maître dinandier d’une valeur unique” avec des formes travaillées et des reliefs d’inspiration florale et notamment un vase en plomb martelé. » chateau-gourdon.com
  5. « De retour à Londres (1905), elle [Eileen Gray] découvre l'art du laque, qu'elle pratiquera à Paris avec le Japonais Sougarawa (Sugawara) - elle le présentera à Jean Dunand (1877-1942), qui deviendra le laqueur le plus célèbre des années 1920. » Encyclopédia Universalis version 10 (DVD) - article « Gray Eileen »
  6. « Issue des arts décoratifs, chinois et japonais, la laque européenne s’est illustrée pendant la période Arts déco avec des artistes comme Jean Dunand. » (cf les 3 premières lignes)
  7. « Cette fascination permit la création de certaines des œuvres Art déco les plus remarquables, avec des artistes tels Eileen Gray et Jean Dunand en Europe, ou au Japon, avec le groupe Mukei. » (cf encadré gris)
  8. « Certaines mosaïques de Dunand sont de véritables chefs-d'oeuvre du genre, d'une finesse et d'une subtilité jamais dépassées. » La revue de l'Art ancien et moderne, Tome 64, 1933, p. 331.
  9. Art et décoration, tome XXXVI, 1914-1919, pp. 118 à 126.
  10. Extrait d'une biographie de Jean Dunand
  11. L'Officiel de la mode, n° 141, 1933, p. 18, et n°158, 1934, p. 32.
  12. Félix Marcilhac, Jean Dunand. Vie et œuvre, Éditions de l'Amateur, 1991 (voir les portraits dans les pages 217 à 224)
  13. « Paravent « Les Cagnas » », musée des Arts Décoratifs.
  14. « Les expositions de la Galerie George Petit (1881-1934) : répertoire des artistes et liste de leurs œuvres », dans Les expositions des galeries parisiennes, Dijon, L’Échelle de Jacob.
  15. Deux d'entre eux seront achetés par Yves Saint Laurent en 1966, dans une galerie de la rue Bonaparte à Paris (lexpress.fr). En 2009, lors de la vente de la collection Yves Saint Laurent - Pierre Bergé chez Christie's, ils atteindront la somme de 3.089.000 € (christies.com)
  16. histoire de deux panneaux de Jean Dunand sur www.mahgeneve.ch consulté le 29 juillet 2013
  17. La Conquête du cheval et La Pêche ornent aujourd'hui la salle du Conseil dans la Tour CMA-CGM à Marseille
  18. « M. Jean Dunand est mort. Avec lui disparaît une des principales figures de l'art décoratif contemporain. », Le Figaro, n° 139, 10 juin 1942 disponible sur Gallica
  19. Félix Marcilhac, Jean Dunand Vie et œuvre Éditions de l'Amateur, 1991 : voir le catalogue en fin d'ouvrage

Liens externes[modifier | modifier le code]