Israël Meir Kagan

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Le Hafetz Hayim à 91 ans, lors d'une visite au premier ministre de Pologne.

Israël Meir HaCohen, ou Israël Meir Kagan (1838 - 1933)[1] est connu[2] sous le nom Hafetz Haïm (littéralement "désir de vie"), de son premier ouvrage, Sefer Hafetz Haïm qui traite des lois de la médisance (d'après Psaumes 34:13).

Méïr Kagan est considéré dans le monde juif orthodoxe et au-delà, comme un grand sage et l’un des plus grands rabbins du XIXe siècle et du XXe siècles.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naquit à Dziatlava (en yiddish : Zhetel ou Gitel), dans l'Empire russe (actuellement en Biélorussie), le 6 février 1838, dans une famille modeste mais érudite, puisqu'elle pourvut elle-même à son éducation jusqu'à l'âge de 10 ans. Il partit ensuite approfondir ses connaissances à l'académie de Vilna jusqu'à l'âge de 17 ans, il fut l'élève du Rabbin Jacob Barit.

En 1855-1856, il s’installa à Radoune (un village biélorusse non loin de Vilnius et de Grodno, également connu sous le nom de Radin en Hébreu et en Yiddish) ; il se maria à cette époque.

En 1862-1863, il s’installa à Minsk, puis à Vilnius où il gagna sa vie comme professeur de matières religieuses.

En 1868-1869, il prit la tête de l’université talmudique de Vachilitchoq, près de Vilnius.

Il revint ensuite à Radoune, où il vécut plusieurs dizaines d’années ; il partageait alors son temps entre la tenue de la comptabilité du magasin de sa femme, l’enseignement, la rédaction d’ouvrages ainsi que diverses responsabilités publiques et communautaires.

Il refusa d’être ordonné rabbin et de percevoir le moindre salaire pour ses activités, en particulier lorsqu’il donnait son avis ou ses conseils à ceux qui venaient le consulter.

Dès cette époque, sa réputation au sein du monde juif de l’Est grandit. Des histoires relatant sa sagesse et sa mansuétude se répandirent; elles s'accrurent jusqu’après sa mort, un peu à la manière des récits hassidiques sur un « Tzadik ». C’est surtout son humilité et son humanisme, en particulier vis-à-vis des simples juifs des Shtetels, couplée à l’ampleur et la profondeur de son œuvre qui lui valurent une place parmi les plus grands rabbins de l’histoire du peuple juif.

Il fonda une petite université talmudique à Radoune et la dirigea durant de nombreuses années, jusqu’à ce que son expansion et son succès l’oblige à engager un directeur (Rosh yeshiva). Il y enseigna l’éthique et le travail sur soi (moussar).

En 1915, il fut obligé de quitter Radoune en raison de la guerre ; il s’installa alors à Yirout, en Russie proche, avec une partie de sa yeshiva.

En 1917, il fonda une association juive ultra-orthodoxe « Unité », visant à fédérer l’ensemble du monde juif religieux de Russie.

En 1921, il revint à Minsk, puis à Radoune qui faisait désormais partie de la Pologne.

Il fut l’un des fondateurs d’une organisation encore en activité en Israël et dans le monde : Agoudat Israël, un mouvement orthodoxe juif visant à s’opposer au sécularisme, au socialisme montant en Europe de l’Est et son corollaire : le sionisme laïque.

Il ouvrit le premier congrès de l’association par un discours à Vienne (Autriche) en 1923. En 1925, il prit la direction du « conseil des yeshivot », organe de direction des yeshivot polonaises, alors nombreuses. Il s’éteignit en 1933 à Radoune où il est enterré, peu de temps avant l'ascension d'Hitler. On raconte à ce sujet qu'il avait coutume de s'exclamer brutalement que « des millions allaient mourir, et qu'on ne faisait rien », signe qu'il ressentit la montée de l'antisémitisme ambiant avant même qu'on ne parlât de la Solution finale.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Son œuvre écrite est abondante.

  • Son premier livre, Hafetz Haïm (Le désir de vie) fut publié anonymement en 1873 à Vilnius ; il s'agit du premier ouvrage entièrement consacré aux lois juives portant sur la diffamation, la médisance, et le ragot et leur importance. Cet ouvrage aura un immense succès et fera l’objet d’éditions populaires simplifiées et abrégées jusqu’à nos jours.
  • Il publia un complément « Shemirat HaLashone » (La préservation de la langue), traitant plus généralement du langage vertueux et des moyens d’y parvenir.
  • « Ahavat Hesed » (L’amour de la générosité) traite de l’importance de la charité et des actes de bonté.
  • Il est également connu pour la rédaction de « Mahaneh Israël » (les camps d’Israël) à destination des Juifs enrôlés dans les armées du Tsar, « Nidehé Israël » (les errants d’Israël) pour ceux qui décidèrent nombreux à émigrer vers l’ouest.
  • Enfin, la Michna Beroura - rédigée entre 1894 et 1907 - commente de façon très detaillee l'Orah Hayim, la partie du Choulhan Aroukh (le plus important code législatif faisant encore autorité dans le monde orthodoxe) qui traite des lois de la vie quotidienne). La Michna Beroura est actuellement considérée comme un classique dans l'étude de la Halakha.
  • Le Liqouté Hilkhot (recueil de lois) recense l'ensemble des lois relatives au Temple, le Hafetz Haïm étant convaincu que la venue du Messie, et l'érection du Troisième Temple, est imminente. Une histoire relate qu’il conservait toujours une valise faite par devers (cad à côté de) lui, pour la même raison.

Son influence[modifier | modifier le code]

Sa popularité reste considérable au sein du monde juif:

  • D'une part, en raison de son œuvre qui comporte nombre d'ouvrages d'éthique (moussar) et d'une certaine façon de vulgarisation de la Torah (il a écrit de nombreux livres pour le grand public) ainsi qu'un ouvrage incontournable d'actualisation, analyse et recensement de la loi juive à destination des rabbins.
  • D'autre part, il était considéré, au début du XXe siècle comme un "grand de la Torah" sinon LE grand de la génération et en tout cas le leader du judaïsme lituanien (plus exactement le monde des yeshivot lituaniennes).

Il existe toute une culture orale d'"histoires" liées à la vie du Hafetz Haïm et qui contribuent à le considérer comme une personnalité exceptionnelle.

Un exemple :

On raconte qu'un visiteur se rendit un jour compte que l'illustre rabbin était extrêmement malentendant, et lui proposa des options thérapeutiques. Le rabbin s'en émut, et fit remarquer que, dans l'état actuel de la question, il n'entendait pas les ragots ni les commérages, et autres futilités, et que, par contre, ceux qui tenaient à lui dire quelque chose s'adressaient directement à ses oreilles.

En Israël, un kibboutz porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kagan étant l'équivalent de Cohen dans les langues slaves.
  2. Conformément à un usage courant dans la littérature rabbinique.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Études sur wikisource[modifier | modifier le code]

Hafetz Hayim ou l'éthique de la parole