Guerre civile de Moldavie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Guerre de Transnistrie
Carte de la région.
Carte de la région.
Informations générales
Date 2 mars – 21 juillet 1992 (142 jours)
Lieu Est de la Moldavie
Issue La Transnistrie devient de facto une république indépendante, mais reste internationalement reconnue comme faisant partie de la Moldavie.
Belligérants
Flag of Transnistria (state).svg Transnistrie
Drapeau de la Russie Volontaires russes
Drapeau de l'Ukraine Volontaires ukrainiens
Flag of Don Cossacks.svg Cosaques du Don[1]
Red Army flag.svg Éléments de la 14e armée russe[2]
Drapeau de la Moldavie Moldavie
Drapeau : Roumanie Volontaires roumains[2],[3]
Drapeau : Roumanie Conseillers militaires roumains
Commandants
Flag of Transnistria (state).svg Igor Smirnov
Drapeau de la Russie Alexander Lebed
Drapeau de la Moldavie Mircea Snegur
Forces en présence
14 000 troupes régulières
9 000 miliciens
plus de 5 000 volontaires
25 000-35 000 au total
Pertes
plus de 1 413 tués
(823 Transnistriens, 90 Cossacks[4] ~600 civils plus un nombre inconnu d'autres pertes)
ou 1 544 pertes
(364 combattants tués et 624 blessés[5], environ 600 civils)
1 859-1 904 pertes
279[6] à 324[7] combattants tués (dont 90 policiers, 109 militaires et 125 civils)
1 180 combattants blessés
(dont 579 policiers, 560 militaires et 41 civils).

La Transnistrie fait partie, avec la Crimée et les régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, du glacis géostratégique russe permettant à Moscou de contrôler y compris militairement sa zone d'influence exclusive. C'est dans ce contexte qu'eut lieu en 1992 la guerre civile de Moldavie ou guerre de Transnistrie opposant l'armée transnistrienne (soutenue par la Russie et l'Ukraine) aux forces armées moldaves (soutenues par la Roumanie). Le conflit se solde par un cessez-le-feu et par l'indépendance de facto de la Transnistrie.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La Moldavie est une ancienne république unionale soviétique formée d'une grande partie de la Bessarabie, prise à la Roumanie en 1940 et majoritairement peuplée de roumanophones, et d'une petite partie la Transnistrie, majoritairement peuplée de russophones. Lors de la dislocation de l'URSS, les russophones, craignant de n'être plus qu'une minorité privée de tout privilège en cas de rattachement à la Roumanie, comme cela se produisit dans les pays baltes lors de leur détachement de l'URSS, autoproclament l'indépendance de la République moldave du Dniestr dite Transnistrie en 1990. Le gouvernement moldave présidé par Mircea Snegur, ancien agronome et directeur de kolkhoze, leur propose un statut d'autonomie territoriale, mais Igor Smirnov, dirigeant de la République moldave du Dniestr, ancien machiniste à l'usine Elektromach et apparatchik du PCUS, déclare souhaiter que « la RMN demeure partie intégrante de l'Union soviétique » et, après la dislocation de celle-ci, que « la RMN devienne un oblast de la Fédération de Russie, comme l'oblast de Kaliningrad ».

Déroulement du conflit[modifier | modifier le code]

Troupes transnistriennes sur un pont entre Tiraspol et Tighina.

Les négociations échouent et en 1992 débute un conflit armé pour la prise, au bord du Dniestr, de la centrale hydroélectrique de Dubăsari et du pont routier et ferroviaire entre Tighina (Bendery) et Tiraspol. Ce conflit engage les forces moldaves récemment constituées, et la 14e armée russe ex-soviétique basée dans le pays, commandée par Alexandre Lebed. Le conflit se transforme rapidement en une guerre de positions, les Moldaves et Transnistriens creusant des tranchées. La plupart des affrontements sont des escarmouches et débouchent initialement sur des négociations pour un cessez-le-feu mais un conflit à grande échelle éclate en juin lorsque les Moldaves décident d'imposer à nouveau leur autorité sur Bendery. Le 19 juin, le major de la 14e armée russe Yermakov est arrêté par la police moldave en raison de son soutien à la Transnistrie. Après son arrestation, les troupes transnistriennes ouvrent le feu sur les autorités moldaves. L'armée moldave reçoit alors l'autorisation d'entrer dans la ville et de violents combats urbains opposent les deux camps, causant des pertes civiles. Des chars russes de la 14e armée (saisis par les séparatistes) sont détruits dans le centre-ville de Bendery selon la radio moldave.

Les nouvelles des affrontements à Bendery atteignent Tiraspol, à seulement 11 km, alors que les troupes moldaves s'approchent du pont essentiel sur le Dniestr. À ce moment, avec l'appui des chars russes, les volontaires de la Garde républicaine de Transnistrie et les cosaques du Don se mobilisent pour affronter les forces moldaves. Le vice-président Routskoï de la Fédération de Russie, dans un discours prononcé sur la chaîne principale de la télévision de Russie (ex-Union soviétique), a appelé à toutes les forces russes de Tiraspol à partir à l'assaut de Bendery. Au cours des jours suivants, des portions de la ville sont recapturées par les séparatistes et les russes.

Le 3 juillet 1992, un violent tir d'artillerie anéantit un car de civils (surtout des femmes), filmé par la journaliste Olga Căpățînă, trois véhicules et une vedette des garde-frontières moldaves, et quelques maisons à proximité de la forêt de Hârbovăț/Gerbovetskii : les artilleurs de la 14e armée russe pensaient tirer sur « d'importantes concentrations de forces moldaves » et les tirs font, selon Olga Căpățînă, 112 morts[8].

Cessez-le-feu mission de maintien de la paix[modifier | modifier le code]

Carte de la reconnaissance des territoires post-soviétiques par la Russie début 2014 : Transnistrie, République de Crimée, Abkhazie, Ossétie du Sud et Haut-Karabagh.
  •      Russie
  •      anciennes Républiques socialistes soviétiques
  •      territoires post-soviétiques ayant déclaré leur indépendance et reconnus par la Russie
  •      territoires post-soviétiques ayant déclaré leur indépendance et reconnus seulement par des territoires devenus indépendants eux-mêmes reconnus par la Russie

Un accord de cessez-le feu a été signé le 21 juillet. Ce document officiel a été signé par les président de Russie (Boris Eltsine) et de Moldavie (Mircea Snegur). L'accord prévoit la constitution d'une force de maintien de la paix chargé de veiller au respect du cessez-le-feu, composée de cinq bataillons russes, trois bataillons moldaves et de deux bataillons transnistriens sous les ordres d'une structure de commandement militaire conjoint, la Commission mixte de contrôle (CMC). La mission PFK de maintien de la paix de la CEI déploie ses hommes le 29 juillet 1992 le long du Dniestr et autour de Bendery. Elle comprend 402 soldats russes et 492 transnistriens, tandis que les Moldaves sont 355, et il y a aussi 10 observateurs militaires ukrainiens[9].

En juillet 1992, la Moldavie signe un accord proposé par la Russie qui accorde une autonomie à la Transnistrie au sein de la Moldavie et la possibilité d'une autodétermination au cas où la Moldavie s'unirait à la Roumanie. La République moldave du Dniestr (RMD) n'est pas reconnue par la communauté internationale ; c'est la région autonome russophone, nommée « Unité territoriale autonome du Dniestr » (UTAD) qui est reconnue, mais les territoires de facto de la RMD et de jure de l'UTAD ne se recoupent pas intégralement, car la RMD administre des territoires qui ne font pas partie de l'UTAD, comme la ville de Bendery (Tighina) sur la rive droite du fleuve, et ne contrôle pas tout le territoire de l'UTAD, dont les communes de Cocieri, Molovata Nouă, Corjova, Coșnița, Pârâta et Doroțcaia ont choisi de se placer sous l'autorité du gouvernement de Chișinău.

À l’automne 1992, un accord est signé entre le président de la République de Moldavie Mircea Snegur et le président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine : la Russie resterait neutre (et cesserait d’appuyer la RMD) si la République moldave du Dniestr bénéficiait d’un statut politique particulier d'autonomie étendue dans le cadre de la République de Moldavie, si celle-ci s’engageait à ne plus revendiquer son identité roumaine, à ne pas demander son rattachement à la Roumanie ou, dans ce cas, à accorder le droit à l’autodétermination à la RMD.

Mais l'accord n'est pas appliqué, pas même lorsque le gouvernement de la Moldavie redevient officiellement communiste sous la présidence du russophone Voronine, car Igor Smirnov refuse toujours le statut d'autonomie et continue à revendiquer un rattachement à la Russie (il organisera pour cela un référendum le 17 septembre 2006, qui donne 97,1 % de voix en faveur du rattachement à la Russie[10]).

Bilan et violations des droits de l'Homme[modifier | modifier le code]

Mémorial à Tighina (Bendery).

Au total, ce conflit aura fait plus de 2000 morts. Il se termine par un simple cessez-le-feu en juillet 1992 entre les deux parties. La journaliste Olga Căpățînă note qu'il y a eu dans chaque armée des russophones et des roumanophones, et qu'à son avis il s'agit d'un conflit politique et non pas ethnique comme cela a été présenté en Occident[11].

Selon des témoins oculaires dans les médias russes, les troupes moldaves tiraient sur les maisons, les cours et les voitures à partir mitrailleuses lourdes montées sur des véhicules blindés[réf. nécessaire]. Il a été rapporté que, dans la journée du 20 juin, les soldats moldaves auraient tiré sur des civils qui se cachaient dans leurs maisons, en essayant de fuir la ville ou d'aider des séparatistes blessés[réf. nécessaire]. Des témoins oculaires ont déclaré que, ce jour-là, un groupe d'hommes non armés, après s'être réuni dans un carré du centre-ville sur l'appel du Comité exécutif pro-RMD, se font fait tirer dessus[réf. nécessaire]. Néanmoins, ces accusations de violation de droits de l'Homme seraient valables également pour les séparatistes et les russes selon des témoins moldaves.

À de nombreuses occasions, des ambulances ont été prises pour cible. Les deux belligérants s'accusent mutuellement de ces actions. Des médecins russes affirment que le feu nourri des forces moldaves les ont empêché de secourir les blessés les 19-20 juin à Bendery[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hughes, James and Sasse, Gwendolyn: Ethnicity and territory in the former Soviet Union: regions in conflict. Taylor & Francis, 2002, page 107. ISBN 0-7146-8210-1
  2. a et b Transnistria: relic of a bygone era, The Japan Times, Richard Humphries, Oct. 8, 2001. Retrieved April 1, 2008
  3. "Ethnicity and power in the contemporary world" Chapter 5, "Dynamics of the Moldova Trans-Dniester ethnic conflict (late 1980s to early 1990s)", Kumar Rupesinghe and Valery A. Tishkov, United Nations University Press, 1996
  4. ВОЗРОЖДЕННОМУ В ПРИДНЕСТРОВЬЕ ЧЕРНОМОРСКОМУ КАЗАЧЬЕМУ ВОЙСКУ – 15 ЛЕТ Olvia Press. Dec 18, 2006. Retrieved 2006, December 18; See also: "В Приднестровье отмечают 15-летие Черноморского казачьего войск,"«Новый Регион – Приднестровье», December 14, 2006.
  5. Dnestrovskaya Pravda, no. 84-85, page 2, November 24, 2001
  6. Monumentul eroilor căzuți în războiul transnistrean, MONUMENT.MD
  7. Accente, Nr. 36, March 14, 2002
  8. Olga Căpățînă : (ro) et (ru) Книга воинам / Cartea războiului, Association des mères des soldats abattus, Chisinău 2000, (ISBN 9975-9562-0-3) et (ru) Кровавое Лето В Бендерах (записки походного атамана) Часть 13. "Геноцида не допустим". Часть 14. Конец войны., Art Of War, 2 février 2010
  9. PKF - Force conjointe de maintien de la paix sur la frontière moldavo-transnistrienne, ROP, juillet 1992
  10. Résultats du référendum du 17 septembre 2006
  11. Olga Căpățînă: Книга воинам / Cartea războiului, Association des mères des soldats abattus, Chisinău 2000, (ISBN 9975-9562-0-3)
  12. (en) Large-scale and gross violations of human rights and the situation in the zone of armed conflict in and around the city of Bendery (June-July, 1992), Memorial Human Rights Center

Liens externes[modifier | modifier le code]