Plombémie

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La plombémie est la mesure du taux de plomb présent dans le sang, chez l'homme (ou l'animal en médecine vétérinaire).

Significations[modifier | modifier le code]

Une plombémie élevée peut être l'indice :

  • d'une intoxication saturnine récente via l'alimentation, la boisson, l'inhalation ou par voie transcutané ;
  • d'un relargage de plomb dans le sang, à partir du système osseux, suite à une fracture osseuse ou une ostéoporose ;
  • chez l'embryon, le fœtus, le bébé ou jeune enfant allaité, le plomb peut provenir de la mère (via le placenta) ou du lait.

La mesure de la plombémie permet de confirmer ou détecter le saturnisme, maladie induite par l'intoxication de l'organisme par le plomb ou ses dérivés. La plombémie est suivie par des enquêtes épidémiologiques et de biosurveillance à grande échelle et sur plusieurs décennies dans certains pays (par exemple aux États-Unis (avec notamment l'étude National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) de 2001-2002[1]), en Allemagne (avec la German Environmental Survey (GerES III) de 1998[2] et la German Environmental Survey for Children (GerES IV)[3] de 2003-2006), au Canada). Pour disposer de références sur les taux « normaux », on fait aussi des mesures de plombémie chez des populations jugées peu exposées, y compris en milieu de travail[4].

Métrologie, unités[modifier | modifier le code]

La plombémie est généralement donnée en mg/L ou µg/dL ou ppm.

Normes, valeurs seuils[modifier | modifier le code]

  • La valeur de référence du plomb sanguin est de moins de 90 µg/L pour l'homme et de moins de 70 µg/L pour la femme.
  • La valeur recommandée est celle à partir duquel il convient d’envisager des mesures visant à réduire l’exposition à la substance[5].
    Moins de 1 % des canadiens avaient en 2008 des plombémies dépassant la valeur recommandée par Santé Canada à cette époque, ce qui montre une situation en très net progrès car en 1978-1979, l'enquête de Santé Canada avait mis en évidence que 1/4 (25 %) des Canadiens de plus de 6 ans étaient victime d'un saturnisme léger à grave (plombémie dépassant les 10 μg/dL)[6]. En 2010, un canadien moyen présente une plombémie beaucoup plus élevée que celle d'un homme préhistorique (selon mesures faites sur des ossements, l'os stockant l'essentiel du plomb), mais proche des taux mesurés chez les personnes réputées non particulièrement exposées. On manque de données sur les pays en développement, mais des indices laissent penser que le plomb et l'essence sans plomb y sont encore parfois d'important facteurs d'intoxication.
  • La valeur biologique limite à ne pas dépasser est fixée à 400 µg/L de sang pour les hommes et 300 µg/L de sang pour les femmes.
  • Les femmes en âge de procréer et susceptibles d'être enceintes, dont le taux de plombémie dépasse 100 µg/L, présentent le risque de donner naissance à des enfants présentant des déficiences, intellectuelles notamment, avec un taux sanguin en plomb supérieur à la valeur limite de 100 µg/L conseillée par le CDC (Center for Disease Control), qui est aussi un seuil d'intervention dans la plupart des pays. Si ce taux reste élevé ils peuvent présenter un risque grave de déficit du développement.

Controverses sur les seuils[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin du siècle et au début du XXIe siècle, une plombémie supérieure à 100 µg par litre de sang reste le seuil officiel définissant l'intoxication par le plomb chez l'enfant, maladie connue sous le nom de saturnisme infantile, mais un nombre croissant de chercheurs ont détecté des effets sur le cerveau - chez l'enfant surtout - à des taux beaucoup plus bas. Il existe une controverse sur les seuils et valeurs recommandées, certains estimant que le plomb est toxique quelle que soit sa dose, notamment pour le fœtus et l'embryon. par exemple des effets de type TDAH sont scientifiquement observés dès 1,6 µg/dl de sang, soit bien en dessous du seuil de 10 µg/dl retenu pour l’exposition in utero, ce qui « confirme le besoin de revoir à la baisse le niveau tolérable pour les enfants et de lancer des interventions afin de réduire l’exposition au plomb »[7].

Taux habituellement mesurés chez l'Homme[modifier | modifier le code]

Les plombémies ont fortement augmenté chez l'homme aux XIXe et XXe siècles avec un pic au moment de la plus grande consommation d'essence plombée (Au canada, la plombémie moyenne était de 190 μg/L de sang en 1970[8]), pour diminuer à la fin du XXe siècle dans les pays développés, avec l'interdiction du plomb, dans les peintures puis dans les soudures de boites de conserve, encapsulage de bouteilles d'alcool, et surtout comme additifs de l'essence et plomb de cartouches de chasses utilisées dans les zones humides[9].

À titre d'exemple, au Canada :

  • plus de 99 % des Canadiens de 6 à 79 ans ont des taux de plomb mesurables, c'est-à-dire dépassant le seuil de détection des essais en laboratoire qui est de 0,02 μg/dL,
  • en 2008, la moyenne géométrique des plombémie était de 1,37 μg/dL chez les Canadiens,
  • Santé Canada établit actuellement à 10 μg/dL la valeur recommandée de la concentration sanguine de plomb pour l’ensemble de la population.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Department of Health and Human Services, Centers for Disease Control and Prevention, Third National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals, Atlanta, Georgia: National Center for Environmental Health, 2005 (NCEH Pub. no 05-0570).
  2. (en) K. Becker, S. Kaus, C. Krause et al. « German Environmental Survey 1998 (GerES III): environmental pollutants in blood of the German population » International Journal of Hygiene and Environmental Health 205, 2002, p. 97-308.
  3. (en) K. Becker, M. Mussig-Zufika, A. Conrad et al. « German Environmental Survey for Children 2003/06 (GerES IV): Levels of Selected Substances in Blood and Urine of Children in Germany (Research Report 202 62 219) » Berlin, Germany: Federal Environment Ministry, 2008.
  4. ex. : Enquête auprès de personnes de 18 à 65 ans non exposée en milieu de travail dans la région de Québec ; Institut national de santé publique du Québec, Étude sur l’établissement de valeurs de référence d’éléments traces et de métaux dans le sang, le sérum et l’urine de la population de la grande région de Québec, Québec, Institut national de santé publique du Québec, 2004 [INSPQ-2004-030].
  5. Santé Canada, Mise à jour sur les effets sanitaires de faibles concentrations de plomb et proposition de niveaux et de stratégies d’intervention relatifs au taux de plomb sanguin – Rapport final du Groupe de travail, Comité fédéral provincial- territorial de l’hygiène du milieu et du travail, Ottawa, Santé Canada, Direction de l’hygiène du milieu, 1994..
  6. Statistique Canada et Santé et Bien-être social Canada, La santé des Canadiens : Rapport de l’enquête Santé Canada, Ottawa, ministre des Approvisionnements et Services Canada, 1981 (Statistique Canada, no 82-538F au catalogue).
  7. Olivier Boucher, Sandra W. Jacobson, Pierrich Plusquellec, Éric Dewailly, Pierre Ayotte, Nadine Forget Dubois, Joseph L. Jacobson et Gina Muckle, Prenatal Methylmercury, Postnatal Lead Exposure, and Evidence of Attention Deficit/Hyperactivity Disorder among Inuit Children in Arctic Québec ; Research | Children’s Health, PDF, 6 pp
  8. Monique Beausoleil et Julie Brodeur (2007) "Le plomb dans l’eau potable sur l’île de Montréal État de situation et évaluation des risques à la santé " ; Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Québec Santé publique, nov 2007, 59 p
  9. Santé Canada, Votre santé et vous : Les effets du plomb sur la santé humaine, Ottawa, Santé Canada, 2004 (n°catalogue:0-662- 75295-3).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Kosnett MJ, Wedeen RP, Rothenberg SJ, Hipkins KL, Materna BL, Schwartz BS, et al. 2007. Recommendations for Medical Management of Adult Lead Exposure. Environ Health Perspect 115: pg.463-471.