Georges de Nantes

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Georges de Nantes
Image illustrative de l'article Georges de Nantes
Biographie
Naissance 3 avril 1924
Toulon, France
Ordination sacerdotale 27 mars 1948 par Mgr Caillot, évêque de Grenoble
Décès 15 février 2010 (à 85 ans)
Saint-Parres-lès-Vaudes, France[1]
Curé de Villemaur-sur-Vanne
15 septembre 195815 octobre 1963[2]

Georges de Nantes, né à Toulon le 3 avril 1924 et mort à Saint-Parres-lès-Vaudes le 15 février 2010, plus connu sous le nom de l'abbé de Nantes[3], est un prêtre catholique fondateur de la Ligue de la Contre-Réforme catholique. Frappé de suspense a divinis par les autorités de l'Église catholique, il a néanmoins poursuivi ses activités pastorales au sein de sa communauté. Il a également rédigé plusieurs essais[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Georges de Nantes est né à Toulon dans une famille catholique proche de l'Action française. Son père Marc de Nantes est officier de marine. Son enfance est marquée par le drame qu’a été pour son milieu familial la condamnation de l’Action française par Pie XI.[réf. nécessaire]

Il étudie six ans chez les pères maristes de Toulon, puis chez les Jésuites de Brest, suite à une mutation de son père[5].

En juin 1942, il entre aux Chantiers de la jeunesse du général de la Porte du Theil comme engagé volontaire. Il les quitte pour rejoindre le séminaire sulpicien d'Issy-les-Moulineaux en octobre 1943[5].

Le séminaire[modifier | modifier le code]

Il rejoint finalement le séminaire des Carmes en 1946. Il est ordonné prêtre le 27 mars 1948 par Mgr Caillot, évêque de Grenoble.

À la fin de ses études, le jeune abbé de Nantes prépare une thèse dans laquelle il propose ce qu’il appelle une « métaphysique relationnelle » selon laquelle la personne humaine se définit moins par son individualité que par ses relations de filiation et d’appartenance à des communautés familiales, sociales, nationales, de civilisation et naturellement, ecclésiales. Ce point de vue s’apparente au personnalisme[6] mais s’en démarque par la place prépondérante que prend l’appartenance à des communautés naturelles, c'est-à-dire héritées plus que choisies. À la différence de Mounier, il ne dénie pas la qualité de personne aux individus qui ne prennent pas part à un engagement[7].

Son projet intellectuel est de donner un fondement anthropologique chrétien aux choix politiques et sociaux contre-révolutionnaires, ceux de Charles Maurras en particulier. Dans cette approche, les droits des gens sont relatifs au bien de la communauté ou à la nature de la ou des filiations de chaque individu. D'après lui, il n’y aurait donc pas de « droits de l’Homme » absolus en soi. En particulier, l’Homme étant considéré comme créature de Dieu, seule l’Église catholique pourrait revendiquer pour ses fidèles la liberté religieuse. Son projet de thèse est rejeté.[réf. nécessaire]

Enseignement[modifier | modifier le code]

L'abbé de Nantes enseigne la philosophie et la théologie au noviciat des Frères missionnaires des campagnes. En même temps, sous le pseudonyme d’Amicus, il rédige des écrits polémiques et politiques dans l'hebdomadaire maurrassien Aspects de la France. En 1950, il est exclu de sa charge d'enseignement à cause de ses prises de position politiques qui défendent le pétainisme.

Après avoir été également renvoyé du diocèse de Paris en 1952 pour les mêmes raisons, il cesse son activité polémique et devient professeur de philosophie dans des collèges, d'abord à Pontoise puis en Normandie.

Prêtrise et ministère[modifier | modifier le code]

En 1958 il est nommé curé de Villemaur-sur-Vanne, dans l'Aube. Il décide d'y créer une congrégation de moines missionnaires, à l'imitation de Charles de Foucauld. Ce sont les Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus. Cette communauté comporte aujourd'hui plus de 100 moines et moniales.

L’évêque de Troyes autorise la communauté ad experimentum et remet la coule monastique aux premiers frères.

Lors de la guerre d'Algérie, l'abbé de Nantes prend ouvertement position pour l'Algérie française, écrivant sous son nom dans la revue L'Ordre français[8]. Il est alors, comme Jean Ousset et la Cité catholique, sur une ligne « national-catholique » qui voit dans la guerre d'Algérie un combat de la civilisation chrétienne. En 1962 il est brièvement arrêté et interné au grand séminaire de Troyes[5][réf. insuffisante], puis révoqué par son évêque en 1963.

Rupture avec l'Église[modifier | modifier le code]

Avec sa communauté composée d'anciens élèves, il s'installe malgré la défense de son évêque à Saint-Parres-lès-Vaudes (Aube), ce qui lui vaut alors d'être déclaré suspens ab officio le 15 septembre 1963 par Mgr Le Couëdic, évêque de Troyes[5],[9].

Le rejet du Concile Vatican II[modifier | modifier le code]

Or, c’est le temps où l’évolution de la pensée dans l’Église, qui aboutit au concile Vatican II, met en valeur la dignité de l'individu[10] et le "culte de l'Homme" (par opposition au culte dû à Dieu) et aboutit à la reconnaissance du droit à la liberté religieuse[11] et des droits de l’Homme en général. Georges de Nantes s’engage dès lors dans une sévère critique : grand penseur traditionaliste, et défenseur de la primauté des institutions légitimes sur le sentiment individuel, il s’affranchit progressivement de l’autorité ecclésiastique à qui il reproche de ne pas s’exercer assez. Il soutient la légitimité de son attitude par une distinction entre les opinions des personnes privées du pape et des évêques et les actes de leurs personnes publiques.

Il critique donc d'abord et surtout le concile Vatican II, auquel il reproche d'encourager le dialogue œcuménique et la mauvaise réforme de l'Église qui aboutira, 50 ans plus tard, à une baisse très forte de la pratique religieuse catholique en Europe. Il condamne la Démocratie « fille de la Révolution » qui n'est qu'"une oligarchie dirigée par la franc-maçonnerie pour détruire l'Eglise" et milite pour une monarchie de droit divin avec un Roi (ou quelqu'autre souverain) qui ait un véritable amour de son pays et qui ne soit pas là pour se faire réélire comme de nombreux politiques actuels [réf. nécessaire].

Écrits[modifier | modifier le code]

Dans ses Lettres à mes amis, qu'il publie à partir de 1956, il développe une pensée apocalyptique fondée sur le conflit entre l'Antéchrist et l'Église. Il accuse notamment Paul VI, en 1965, de faire de l'Église catholique un « Mouvement d'Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle » (MASDU). Il annonce la victoire de l'Église sur l'Antéchrist, la conversion totale du monde, et appuie son discours sur les promesses de Fatima et sur la demande de celle-ci de consacrer la Russie à son Cœur Immaculé

Il appelle à un nouveau concile (Vatican III) pour supprimer les erreurs du concile Vatican II et affirme être en communion avec le pape et les évêques, mais il est déclaré suspens a divinis par l'évêque de Troyes le 25 août 1966[12],[5] à la suite de la publication non autorisée de sa correspondance avec le cardinal Ottaviani sans pour autant être excommunié. Il est alors très médiatisé, malgré les condamnations récurrentes et le refus de l'évêque de Grenoble de lui renouveler son celebret, document qui lui permet d'attester qu'il peut célébrer la messe. En 1969, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi "constate qu’en se révoltant contre le Magistère et la hiérarchie catholique, M. l’Abbé de Nantes disqualifie l’ensemble de ses écrits et de ses activités, par lesquels il prétend servir l’Église tout en donnant l’exemple de la révolte contre l’épiscopat de son pays et contre le Pontife romain lui-même"[13].

C'est en 1970 qu'il donne à son mouvement le nom de Ligue de la Contre-Réforme catholique, plus communément appelée Contre-Réforme catholique. Il crée une communauté féminine en 1971.

Au cours des années 1970, il accuse le pape de schisme, d'hérésie et de scandale, et demande à être reçu au Saint-Siège afin que le souverain Pontife " juge par lui-même de tout cela ". Ce combat fit d'ailleurs l'objet d'une Radioscopie de Jacques Chancel, en janvier 1973. Il avait alors écrit un "Liber accusationis", écrit dans lequel il avait relevé toutes les erreurs du concile.

Accusations d'immoralisme et de dérives sectaires[modifier | modifier le code]

L'Église catholique renouvelle périodiquement sa condamnation en confirmant sa suspense. Elle condamne également des « dérives » sur le plan dogmatique (évocation du « couple éternel de Jésus et de Marie ») et l'insoumission de Georges de Nantes. Certaines associations anti-sectes dénoncent quant à elles des pratiques qu'elles jugent abusives, parmi lesquelles figure un « Baiser Mystique » donné par l'abbé à certains membres de sa communauté[14],[15].

En 1989 et durant la décennie 1990, les communautés des Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus subissent plusieurs vagues de départs de religieux, certains de leur propre chef, d'autres ayant été exclus. La première crise sérieuse a lieu en 1989, avec le départ de dix moniales et d'un moine, dénonçant la mystique de leur Père Abbé et fondant de leur côté une communauté parallèle mais dégagée de l'autorité de l'Abbé de Nantes[16]. La plus grande part rejoint des ordres reconnus. Dans le même temps l'abbé de Nantes refuse tout contrôle, toute visite canonique de la part de l’évêque du lieu.

Le 1er juillet 1997, il est frappé par un interdit qui l'envoie en exil dans un monastère en Suisse à Hauterive. De retour en France, l'Abbé de Nantes fait appel de ses sanctions auprès du tribunal de la Signature apostolique, appel rejeté en 2000[15].

Ses deux principaux disciples sont le diacre Bruno Bonnet-Eymard et Gérard Cousin qui exercent la direction effective de la communauté et de ses publications depuis 1999. Entre-temps, l'effectif de la CRC a fondu : de 25 000 membres dans les années 1970, le mouvement ne compte alors plus que 200 à 300 familles et une petite centaine de religieux[15]. De plus, la CRC fonde de grand espoirs sur le nouveau Pape François, qu'elle considère comme le premier Pape à avoir la foi depuis Pie XII, à l'exception de Jean Paul Ier.

Son organisation est classée parmi les mouvements sectaires rapport parlementaire de 1995 . Cette qualification est jugée infondée sur tous les chefs d'accusation par un arrêt de cour d'appel en 2005, comme le rappelle Frédéric Pons dans son article de Valeurs actuelles au moment du décès de l'abbé de Nantes, en 2010[17].

Sanctions disciplinaires[modifier | modifier le code]

Suspendu ab officio le 15 septembre 1963 par l'évêque de Troyes[5], il est suspendu a divinis par l'évêque de Troyes le 25 août 1966[5]. Il est finalement frappé d'interdit le 1er juillet 1997 par Mgr Daucourt, évêque de Troyes. Malgré trois recours — le premier adressé en 1997 à Mgr Daucourt, le second la même année adressé à la congrégation pour la doctrine de la foi, le dernier adressé en 1998 au tribunal de la Signature Apostolique — les sanctions ne seront jamais levées[5].

Dernières années[modifier | modifier le code]

Des idées controversées[modifier | modifier le code]

Dans les deux dernières décennies de sa vie, Georges de Nantes ne fait plus que périodiquement parler de lui, notamment lorsqu'il fait appel au jugement de Dieu sur des ecclésiastiques qu'il juge hérétiques. Il déclarera ainsi le cardinal Jean-Marie Lustiger « mort spirituellement », du fait de la publication son ouvrage Le Choix de Dieu, contraire selon l'abbé de Nantes à la Tradition, et qui paraît la veille de la date fixée par les termes du « jugement » en 1987. Georges de Nantes est également partisan de la thèse de l'assassinat de Jean-Paul Ier (voir l'article Théories du complot sur la mort de Jean-Paul Ier).

Georges de Nantes croit à l'authenticité du Suaire de Turin. Selon lui, la relique aurait été l'objet d'une fraude monumentale lors des analyses au carbone 14 en 1988, fraude orchestrée par la « mafia » des francs-maçons et soutenue par le Pape Jean-Paul II lui-même qui, par sa critique, « abomine » le Saint-Suaire. Cette thèse fit l'objet de réunions à la Mutualité de Paris entre 1988 et 1990 qui furent enregistrées et diffusées dans une rétrospective de la chaîne Direct 8 en 2006. De même, l'incendie de 1997 qui endommagea gravement la cathédrale de Turin, où est conservé le suaire, ne serait autre, selon l'Abbé de Nantes, que l'œuvre des francs-maçons[18]. Les résultats de la datation au Carbone 14 du Saint-Suaire de 1988 paraissent aujourd'hui fortement compromis par les études de frère Bruno Bonnet-Eymard sur ce sujet.

Mort[modifier | modifier le code]

L'abbé de Nantes meurt le 15 février 2010 au matin. L'accès à l'église de Saint-Parres-lès-Vaudes pour la messe d’enterrement est refusé par le diocèse, à la demande de la nonciature apostolique[19].

Ses funérailles sont célébrées dans la chapelle de la Maison Saint Joseph. Il est enterré le 18 février 2010 à Saint-Parres-lès-Vaudes[20]. Ses obsèques sont célébrées par le père Raymond Zambelli, ancien recteur des Sanctuaires Notre-Dame de Lourdes.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Lettres à mes amis 1956-1962, 1962.
  • La contre réforme catholique au XXe siècle
  • Les 150 points de la Phalange : Catholique, royale, communautaire, Association de la Contre-réforme catholique au XXe siècle (1996)
  • Le Coran, avec Bruno Bonnet-Eymard, La Contre-Réforme catholique (1997)
  • Un Curé et la sainte Vierge : 1849-1903, La Contre-Réforme catholique (1985)
  • Pour l'Église : 1948-1963, avec Michel de la Sainte-Trinité
  • Mémoires et récits, Renaissance catholique (1988)
  • Pages mystiques, Éd. de la Contre-Réforme catholique (1996)
  • Liber accusationis : à notre Saint Père le pape Paul VI, par la grâce de Dieu et la loi de l'Église juge souverain de tous les fidèles du Christ, plainte pour hérésie, schisme et scandale au sujet de notre frère dans la foi, le pape Paul VI, remis au Saint-Siège le 10 avril 1973, avec la communion phalangiste, La Contre-Réforme catholique (1973)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Algazy, L'Extrême-Droite en France de 1965 à 1984, 1989
  • Jean-Yves Camus, L'Extrême Droite aujourd'hui, 1997
  • Ariane Chebel d'Appollonia, L'Extrême-Droite en France: De Maurras à Le Pen, Volume 1, 1998, p. 359 et passim
  • René Chiroux, L'Extrême-Droite sous la Ve République, 1974
  • Anne-Marie Duranton-Crabol, L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours, 1991, p. 54 et passim
  • Laurent Frölich, Les Catholiques intransigeants en France, éd. L'Harmattan, 2002, ouvrage en ligne
  • Émile Poulat, L'Anti-maçonnisme catholique, Berg, 1994

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Chantin, Des « sectes » dans la France contemporaine (1905-2000) ; contestations ou innovations religieuses ?, Privat, 2004, pp. 65-67.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice biographique sur le site de la Bibliothèque nationale de France.
  2. L'abbé Georges de Nantes, fondateur de la CRC, notice biographique sur le site de Ligue de la Contre-Réforme catholique
  3. Georges de Nantes a conservé sa titulature car les sanctions prononcées contre lui par la hiérarchie catholique qui lui interdisent certaines fonctions de l'exercice du sacerdoce (il n'est pas excommunié contrairement à une rumeur répandue[réf. nécessaire]) ne constituent pas une réduction à l'état laïc.
  4. L'abbé Georges de Nantes est mort, article du 17 février 2010 sur le site de La Croix
  5. a, b, c, d, e, f, g et h L'abbé Georges de Nantes, chronologie d'une vie et d'une œuvre, notice chronologique sur le site de la Ligue de la Contre-Réforme catholique, groupe dirigé par l'abbé de Nantes
  6. Cf. Manifeste au service du personnalisme.
  7. « Les degrés de la communauté ».
  8. L'Ordre français, revue maurrassienne ayant paru de 1956 à 1980, fondée par Philippe Roussel, à laquelle ont notamment participé Pierre Debray, Dominique Ancelle, Georges Lacheteau et Maurice Jallut.
  9. Fiammetta Venner, Extrême France, Grasset
  10. Vatican II, Constitution « Gaudium et Spes », ch. 1.
  11. Vatican II, Déclaration « Dignitatis humanæ ».
  12. La Documentation catholique, 2001.
  13. Notification au sujet de M. l’Abbé de Nantes
  14. « Le baiser mystique », d'après « Regards sur », Publication du Centre contre les manipulations mentales.
  15. a, b et c « Interdit papal pour l'abbé adepte du bisou mystique », Libération, 18 juin 2001.
  16. Nicolas de la Casinière, Secte: une adepte jugée irresponsable. Un tribunal a placé sous curatelle une moniale de l'abbé de Nantes, Libération, 6 juin 1998
  17. Article de Frédéric Pons, intitulé " Les combats de l'Abbé de Nantes ", Valeurs actuelles, no 3821, 17 février 2010.
  18. Site de la CRC.
  19. Mort de l'abbé Georges de Nantes, chronique de Gérard Leclerc sur le site france-catholique.fr
  20. « Oraison funèbre du père Raymond Zabelli, recteur émérite des sanctuaires de Lisieux et Lourdes », La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle, no 91, mars 2010.