Géraud d'Aurillac

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Saint Géraud

Saint Géraud (né en 855 au château Saint-Étienne d’Aurillac - mort le 13 octobre 909 à Cezeinac en Quercy, peut-être Saint-Cirgues), était le fils de Géraud, seigneur d’Aurillac, et d’Adeltrude, qui fut également canonisée[1]. Saint Arède d’Atane et saint Césaire d’Arles figuraient parmi ses ancêtres indirects[2].

Fondateur de l'abbaye d'Aurillac, modèle de celle de Cluny, sa vie a été relatée par Odon de Cluny qui en a fait le modèle chevaleresque du seigneur chrétien qui met sa force et ses richesses au service de la Justice et des humbles.

Vie[modifier | modifier le code]

Saint Géraud avec les armoiries de l'abbaye et de la ville d'Aurillac
Saint Géraud

Géraud, ou aussi Guiral en ancien dialecte, qui portait comme son père le titre de comte (bien qu'Aurillac ne fût pas un comté), était destiné à mener une vie de seigneur conforme à son rang. On lui apprit donc le métier des armes, la chevauchée et l'art de la chasse au faucon. Grand, agile et de belle apparence, il était de santé fragile et on lui enseigna aussi le chant, la grammaire et les Saintes Écritures. Il étonnait les clercs qui paraissaient à la table de ses parents par l'importance de ses connaissances. Il connaissait aussi le droit romain.

À la mort de ses parents, il se retrouva à la tête d'un domaine considérable qui s'étendait dans le Rouergue, et exerça toutes les fonctions d'un seigneur : il tenait son plaid, refusait de déléguer complètement sa justice à des officiers, ayant fait savoir à tous qu'on pouvait lui adresser directement des plaintes et des requêtes. Il assurait sa protection aux habitants en prenant lui-même la tête des équipées militaires destinées à réprimer les bandes armées venus des pays voisins. S'appliquant à vivre selon les Évangiles, il affranchissait les serfs en leur donnant la propriété de leur terre, accueillait les pauvres à sa table et s'efforçait de limiter la violence des guerres en s'en remettant au jugement de Dieu. C'est ainsi qu'on le vit avant un combat, dire à ses hommes de charger comme lui en tenant leurs armes le manche en avant, et tous les ennemis être pris de panique devant une telle assurance.

Il ne voulut jamais se marier[3], et dissimulait sa tonsure sous une coiffure qui indiquait sa qualité et qu'il ne quittait jamais ; en effet les seigneurs avaient gardé l'usage de porter les cheveux longs et les cheveux tondus étaient une marque de servitude. Un soir de chevauchée dans la Châtaigneraie, il avait reçu l'hospitalité d'un modeste paysan et fut saisi par la beauté de sa fille qu'il vit assise à la lumière de la cheminée. Le chroniqueur de sa vie dit qu'il fut tenté et ne succomba pas, mais rapporte qu'il revint plusieurs mois après pour demander le pardon à son père et doter sa fille.

Fondations[modifier | modifier le code]

Géraud fonda vers 885 l'abbaye d'Aurillac à laquelle il donna, par un testament et un codicile en 898, tout son domaine. Il lui avait choisi la règle de saint Benoît, réformée à cette époque par saint Benoît d'Aniane.

Ayant repoussé les offres de son parent le duc d’Aquitaine Guillaume Ier le Pieux qui lui proposait de placer sa fondation sous sa protection, et qui fondera Cluny sur le même modèle qu'Aurillac, Géraud avait tenu à rendre sa fondation autonome des hiérarchies féodales et ecclésiastiques en la mettant sous la protection directe du pape et du roi qui lui accordèrent chacun un diplôme d'immunité. C'est pour cette raison que l'abbé d'Aurillac était mitré et crossé, et portait le titre de comte.

À la fin de sa vie, Géraud d'Aurillac devint aveugle. Il souffrait de constater que la construction des bâtiments n'allait pas assez vite (la nouvelle église avait été mal construite et avait dû être reconstruite) et que le zèle des moines qu'il avait fait venir de Vabres faiblissait.

Sa mort[modifier | modifier le code]

Géraud avait perdu la vue sept ans avant le moment de sa mort, mais son regard était resté tellement animé qu'on ne s'en rendait pas compte.

Quand il sentit sa fin approcher, il fit prier Adalard, évêque d'Auvergne.

Au moment où il est mort, il séjournait à Cezeinac, église qui relevait de lui et qui était dédiée à saint Cirice. Ce lieu n'est pas identifié avec certitude : certains auteurs pensent qu'il s'agit de Cézernac ou Cezens, d'autres de Saint-Cirgues.

Géraud est mort un vendredi, le 13 octobre 909. Son corps fut rapporté à Aurillac, comme il l'avait voulu, et il fut enterré le dimanche suivant proche de l'Autel de Saint Pierre dans l'église du monastère qu'il avait fondé.

Vénération[modifier | modifier le code]

Géraud fut déclaré saint par la voix populaire. C'est un des premiers exemples de saint à avoir été canonisé sans avoir subi le martyre ou être entré dans les ordres.

À la demande de l'évêque de Limoges, Turpin, sa vie fut écrite par saint Odon, qui fut d'abord abbé d'Aurillac et qui a connu des témoins directs de sa vie. Il fait de Géraud le portrait de l'homme riche et puissant qui, sans renoncer à ses fonctions, met la force et la richesse au service des faibles et des pauvres. C'est sans doute le premier modèle du chevalier chrétien.

C'est dans l'abbaye fondée par Géraud que le jeune Gerbert d'Aurillac, sera instruit et s'initiera à la vie monastique. Extrêmement savant, il deviendra pape à l'époque de l'An Mil sous le nom de Sylvestre II.

En effet, l'abbaye d'Aurillac était dotée d'un scriptorium, où l'on enseignait les disciplines du trivium, (surtout la grammaire et la rhétorique) et le quadrivium. Elle était constamment restée en contact avec la Catalogne, foyer intellectuel de premier plan où étaient conservées de nombreuses copies d'œuvres antiques comme celles d'Isidore de Séville ou de Boèce.

Une chasse en argent, qui a été faite pour conserver ses restes et les présenter à la vénération des fidèles, a été fondue par les calvinistes lorsqu'ils ont occupé et pillé Aurillac. Une partie de ses restes a été récupérée.

Saint Géraud est célébré le 13 octobre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nota sur l'ascendance probable : Saint Géraud d’Aurillac (855-909), fils de Géraud II d’Aurillac (vers 823-879) et d'Aldetrude de Quercy (vers 830-vers 879), petit-fils de Gérard Ier d’Auvergne (800-841), marié en seconde noce à Mathilde, fille de Pépin Ier d'Aquitaine et petite-fille de Louis Le Pieux (778-840) et de Ermengarde de Hesbaye, fils et successeur de Charlemagne (Medieval Lands : Rainulf).
  2. Odon de Cluny, Vita Geraldi, I.1 : « Son père avait nom Géraud, et sa mère Adeltrude. Si la noblesse de sa naissance lui conféra un rang supérieurement brillant, c'est qu'entre les nobles maisons des Gaules, sa famille à lui révélait assez cette excellence aussi bien par la fortune que par la probité morale. L’honnêteté des mœurs, en effet, et l’esprit religieux, dont ses parents donnèrent toujours des preuves, furent chez eux, nous rapporte-t-on, comme une sorte de trésor héréditaire. Deux témoins issus de la même souche en sont une preuve qui se suffit largement à elle-même : à savoir Césaire l’évêque d'Arles, et le bienheureux Abbé Yrieix » (=Aredius).
    Cette prétention a été mise en doute par le passé, mais les travaux de Christian Lauranson-Rosaz en ont montré le bien-fondé, même si l’établissement d’une filiation reste fragmentaire (Christian Settipani, La Noblesse du Midi Carolingien, Oxford, Linacre College, Unit for Prosopographical Research, coll. « Prosopographica et Genealogica »,‎ 2004, 388 p. (ISBN 1-900934-04-3), p. 190-204).
  3. Odon de Cluny, Vita Geraldi, I.34 : Géraud d'Aurillac « était si hautement estimé dudit Guillaume qu'il voulut lui donner sa sœur en mariage : leur mère Ermengarde le désirait vivement elle aussi, car elle portait à Géraud une sainte affection. Mais le Christ, Fils d'une Vierge, depuis longtemps lui avait inspiré un profond amour de la chasteté, et il s'y était dès sa jeunesse tellement attaché qu'il ne consentit pas à s'en laisser détourner même dans la perspective d'une aussi glorieuse union ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edition latine : Odon de Cluny [+930], Vita de sancto Geraldo comite Auriliacensis (AA SS 13 octobre) BHL 3411.
  • Manuscrit latin : Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 5301 (Odon de Cluny).
  • Manuscrit latin : Bibliothèque de Clermont-Ferrand, ms. 149, f. 48-162, Vies de saints (Martial, Gall, Martin, Sidoine, Ursin, Benoît, Turian, Germain d'Auxerre, Taurin, Avit, Gilles, Loup, Augustin, Nicolas, Nectaire, Silvestre, Géraud, Mayeul), XIIe ou XIIIe s.
  • Traduction française: Odon de Cluny, Vie de saint Géraud d'Aurillac, traduction par M. Compaing, curé de Savènes au diocèse de Toulouse, Aurillac, 1715, in-8°.
  • Traduction française: Odon, abbé de Cluny, Vie de Géraud d'Aurillac, traduction du Père G. de Venzac, Revue de la Haute-Auvergne, t. 43, 74e année, juillet-décembre 1972, p. 220-322; accès en ligne: [1] ou (seulement le livre II): [2].
  • Anne-Marie Bultot-Verleysen: Odon de Cluny - Vita sancti Geraldi Auriliacensis, Édition critique, traduction française, introduction et commentaires, Société des Bollandistes, Bruxelles 2009 ISBN 978-2-87365-023-0
  • Géraud Vigier (Père Dominique de Jésus, supérieur des Carmes de Clermont), Histoire parénétique de trois Saints protecteurs de la Haute-Auvergne : saint Flour, saint Marius (saint Mary), saint Géraud, 1635.
  • Dom Branche (prieur de Pébrac), Vie des Saints et Saintes d'Auvergne, 1652.
  • Christian Settipani, La Noblesse du Midi Carolingien, Oxford, Linacre College, Unit for Prosopographical Research, coll. « Prosopographica et Genealogica »,‎ 2004, 388 p. (ISBN 1-900934-04-3), III Les vicomtes du Limousin, a) La famille de Géraud d'Aurillac.
  • Christian Lauranson-Rosaz, L'Auvergne et ses marges (Velay, Gévaudan) du VIIIe au XIe siècle, Le Puy, Cahiers de la Haute-Loire, 1987 (sur sa famille)
  • Pierre Moulier, Nicole Charbonnel, Mathew Kuefler, Pascale Moulier, Sur les pas de Géraud d'Aurillac. En France et en Espagne, Saint-Flour, Cantal Patrimoine, 2010, 208 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens[modifier | modifier le code]