Château de Blanquefort

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Château de Blanquefort
Image illustrative de l'article Château de Blanquefort
Période ou style Médiéval
Type château fort
Début construction XIe siècle
Fin construction XVe siècle
Destination initiale Forteresse
Propriétaire actuel Personne privée
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)
Coordonnées 44° 54′ 04″ N 0° 37′ 48″ O / 44.9011, -0.6344° 54′ 04″ Nord 0° 37′ 48″ Ouest / 44.9011, -0.63  [1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Guyenne
Région Aquitaine
Département Gironde
Commune Blanquefort (Gironde)

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Blanquefort

La forteresse médiévale de Blanquefort est située sur la commune de Blanquefort en (Gironde).

« Le château de Blanquefort a été considéré jusqu'au temps de la Fronde comme l'une des places de guerre les plus importantes de Guienne. Maintenant il est l'une des plus belles ruines[2]. »

— Léo Drouyn

*Coordonnées Lambert : 365,7 × 3293,2[Quoi ?]

Histoire[modifier | modifier le code]

Les fouilles menées sur le site de la forteresse de Blanquefort ou à proximité depuis la création d'un chantier archéologique en 1962 ont révélé la présence humaine dès l'âge du bronze (vers XIIe siècle av. J.-C.). Des tessons de céramiques protohistoriques ont été mis au jour sur le site même de l'actuel château, mais aussi à proximité de la Jalle de Blanquefort, la rivière qui coule à proximité et se jette quelques kilomètres plus loin dans la Garonne, en aval de Bordeaux.

La présence romaine est elle aussi assurée par les fouilles qui ont révélé de nombreuses tegulae (tuiles romaines plates) dans les fondations de la forteresse ainsi que deux monnaies d'époque romaine. Il est probable que les Gallo-Romains aient bâti à cet emplacement une modeste construction, péage ou tour de garde, afin de contrôler la voie romaine reliant Bordeaux à Noviomagus, dans le Médoc. Comme les terres alentour étaient marécageuses, les Romains ont dû surélever la route et le site castral. Ceux-ci étaient alors le seul émergeant de ces marais, grâce à la présence d'un affleurement rocheux naturel formé de mollasse (grès en formation).

Le château seigneurial du XIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XIe siècle, un donjon de pierre de plan rectangulaire est construit, c'est la partie la plus ancienne du château de Blanquefort[3]. Un seigneur nommé Akelmus Willelm Affurt, second seigneur de Blanquefort, est signalé dans une charte de 1028-1032. Le château en lui-même est noté dans le cartulaire de l'abbaye de La Sauve-Majeure en 1078-1080. Ces textes assurent l'existence du château dès le début du XIe siècle, ce qui en fait le premier château fort en pierre de Gironde. En effet, le nom même de la famille seigneuriale et du village proviennent du château. Les premiers textes évoquent « Blanqua fortis », c'est-à-dire le « fort blanc » car la blancheur des pierres au milieu des marécages a marqué les esprits des contemporains à une époque où même les églises étaient encore en bois.

Le château fort seigneurial contrôlait la route du Médoc, au nord de Bordeaux. C'était l'antique voie romaine qui demeurait un axe de circulation majeur dans la région. Les taxes de tonlieu importantes perçues par les seigneurs expliquent d'ailleurs l'édification très tôt d'un bâtiment en pierre. Au XIIIe siècle, la famille de Blanquefort était l'une des plus puissantes de Guyenne et l'immense seigneurie s'étendait de la Garonne à l'océan Atlantique et au bassin d'Arcachon.

Le château est acquis par le roi d'Angleterre[modifier | modifier le code]

La famille s'éteint vers 1250, faute de descendance. Henri III puis Édouard Ier, rois d'Angleterre et ducs d'Aquitaine, font l'acquisition du château et des terres par deux achats en 1254 et 1270. La capitale régionale est entourée de châteaux ; Blanquefort devient le fleuron de ce dispositif défensif, verrouillant le nord de la cité et contrôlant l'accès fluvial.

Pour faire face à ses créances, Édouard II cède la seigneurie de Blanquefort à Bertrand de Got, neveu du pape Clément V, en 1308. Par héritage, elle revient à Aymeri de Durfort, seigneur de Duras, en 1325. Le château finit la guerre de Cent Ans entre les mains de la plus puissante famille d'Aquitaine. Le Prince noir, Édouard de Woodstock, fils du roi Anglais et chargé de commander l'Aquitaine au début de la guerre de Cent Ans, y séjourna. Antoine de Chabannes, comte de Dammartin a reçu la forteresse en donation.

L'abandon du château[modifier | modifier le code]

Le château est rendu en 1476 à la famille de Durfort après que celle-ci eut prêté serment de fidélité à la couronne de France. La famille conserve le château jusqu'à la Révolution française, mais elle l'abandonne comme lieu de résidence au XVIIe siècle. La forteresse connaît ses derniers combats durant les guerres de religion, les Durfort ayant embrassé la foi protestante. Après la Fronde, à laquelle les seigneurs ont été mêlés, le crénelage est rasé sur ordre du Cardinal Mazarin, premier ministre du jeune Louis XIV. L'assèchement des marais à cette époque supprime la principale défense naturelle du château qui, à l'époque des citadelles de Vauban, semble obsolète. Le château est abandonné et il subit un incendie dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

À la Révolution, la forteresse est confisquée comme bien national avant d'être vendue à un entrepreneur qui l'exploite comme carrière de pierres. D'où son actuel état de ruines. Prosper Mérimée estime cependant en 1862 que l'édifice, par son passé et la splendeur de son architecture, mérite le classement comme Monument historique[3]. Il faut cependant attendre 1962 pour qu'un chantier archéologique soit ouvert par Alain Frugès.

Architecture[modifier | modifier le code]

Le premier château construit au XIe siècle est un solide donjon normand, de forme rectangulaire (18x11 mètres). Les moellons de petites tailles rappellent l'ancienneté de la construction. Le rempart devait quant à lui être en bois. Des douves entouraient le château.

Comme souvent, le château de pierre devait succéder à un petit château en bois, avec tour et palissade, érigé peu avant l'An mil. Mais de cette motte castrale, nulle trace ne demeure aujourd'hui.

Vers 1300, les rois-ducs entreprennent une campagne d'agrandissement qui transforme le modeste château seigneurial en forteresse royale anglaise. Le donjon double de superficie par le flanquement de six tours. Une enceinte en pierre remplace la palissade de bois, des tourelles la défendent. Devant le pont-levis, une petite barbacane contrôle la voie. C'est peut-être à cette époque que la rectiligne route romaine est détournée pour contourner le château plutôt que de passer trop près du donjon. L'émergence rocheuse étant de taille modeste, deux petites salles souterraines sont creusées sous la cour du château pour servir de lieux de stockage. Au total, la forteresse de Blanquefort pouvait accueillir une vingtaine ou trentaine de soldats anglais en permanence ; s'y ajoutait la famille royale ou seigneuriale à l'occasion.

L'intérêt archéologique du site[modifier | modifier le code]

La forteresse de Blanquefort présente un intérêt archéologique certain. Cinq campagnes de fouilles, menées entre 1966 et 1975, ainsi que des campagnes régulières de sauvegarde et de restauration depuis 1962 ont révélé un important mobilier archéologique :

  • des céramiques : d'époque proto-historique jusqu'à nos jours (une maison d'origine médiévale a été réhabilitée vers 1900 pour y héberger des métayers)
  • des verres : éléments de luxe, souvent colorés, qui expriment la richesse des occupants
  • des éléments de la vie militaires : boulets d'artillerie de jet par dizaines, de canon, armes diverses
  • des éléments de la vie quotidienne : aiguilles en os, bagues en or, fusaïoles…
  • des monnaies : plusieurs dizaines de monnaies du Bas Empire à Louis XIV en passant par Aliénor d'Aquitaine, des monnaies d'Espagne, de France, d'Angleterre, d'Allemagne
  • des éléments architecturaux : en particulier une collection exceptionnelle de carreaux de pavements du XIVe siècle, l'une des plus riches de France.

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. Léo Drouyn, La Guienne militaire, 1865.
  3. a et b « Notice no IA00025752 », base Mérimée, ministère français de la Culture

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léo Drouyn, La Guienne militaire, Bordeaux,‎ 1865
  • Patrick Grosjean, Blanquefort, une forteresse de la seconde moitié du XVe siècle, Éditions du Groupe d'Archéologie & d'Histoire de Blanquefort,‎ 1994
  • Alain Tridant, Blanquefort... une histoire de ans, Éditions du Groupe d'Archéologie & d'Histoire de Blanquefort,‎ 1980
  • Alain Tridant, La forteresse médiévale de Blanquefort XIe - XIIIe - XVe siècle, Éditions du Groupe d'Archéologie & d'Histoire de Blanquefort,‎ 1992
  • Alain Tridant, Les carreaux de pavement de la forteresse médiévale de Blanquefort, Éditions du Groupe d'Archéologie & d'Histoire de Blanquefort,‎ 2005