Eustache le moine

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Deux nefs médiévales au combat. Eustache écume la Manche pendant des années comme pirate.

Eustache Buskes alias Eustache le moine alias Le Moine Noir, (né v. 1170 à Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais - mort le 24 août 1217, près de Douvres, Angleterre), est l'un des plus fameux pirates du début du XIIIe siècle, dans la grande tradition des hors-la-loi médiévaux.

Personnage hors du commun, redoutable et provocant, il apparut longtemps comme un bandit de grand chemin. Mais il se trouva mêlé au conflit entre les Capétiens et les Plantagenêts, lors des guerres entre Philippe Auguste et Jean sans Terre. Il prit parti tantôt pour l'un, tantôt pour l'autre. Vaincu et capturé par les Anglais, il eut la tête tranchée en 1217.

Biographie[modifier | modifier le code]

La fin d'Eustache le moine à la bataille de Sandwich

Il était le plus jeune fils d'une noble famille de Boulogne, et devint moine bénédictin. En 1190, il quitte l'abbaye de Saint-Samer (ou Saint-Wulmer, à Samer) pour venger son père, qui vient d'être assassiné. Selon sa légende, il part étudier la magie en Espagne et, à son retour, devient le sénéchal de Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, à qui il réclame justice pour son père. Mais, quand Eustache perd son procès, ses terres et ses titres sont confisqués par le comte. Eustache rompt avec celui-ci et exerce sa vengeance contre le comte. Il écume alors la région de Boulogne et d'Hardelot, ravageant les domaines du comte, s'en prenant à sa garde ou volant ses chevaux, travesti sous de multiples déguisements.

Eustache le moine devient un pirate et un mercenaire, établissant des bases dans les îles de la Manche plus précisément sur l'île de Sercq et vendant les services de sa flotte au plus offrant. Il avait la réputation d'être redoutable et particulièrement efficace dans ses attaques. Il impressionnait tellement que le peuple fit courir une rumeur disant qu'il pouvait rendre ses navires invisibles lors des abordages. De 1205 à 1212, il se met au service du roi d'Angleterre et devient en quelque sorte l'amiral de la flotte de Jean sans Terre, tout en continuant ses actes de piraterie. Durant des années, il écumera les mers du Nord et rançonnera les navires qui passent à sa portée.

En 1212, son vieil ennemi, le comte Renaud prête hommage à Jean sans Terre. Eustache est contraint de quitter l'Angleterre. Il se tourne alors vers Philippe Auguste, roi de France et se met à son service. Cette même année, il lance un raid sur Folkestone, une petite ville côtière du Kent, en Angleterre.

Le 27 juillet 1214, Philippe Auguste remporte la bataille de Bouvines. Ayant réussi à ravir aux Plantagenêts la plus grande partie de leurs domaines continentaux, il songe à porter la guerre en Angleterre. Contre son adversaire, Jean sans Terre, il a obtenu l'appui du Pape Innocent III. La flotte et les troupes se concentrent à Boulogne. Par malheur pour le roi de France, Jean sans Terre se réconcilie soudainement avec le Souverain Pontife. L'expédition est décommandée.

En juin 1215, les barons anglais se révoltent contre Jean sans Terre, et offrent la couronne d'Angleterre au fils de Philippe Auguste, ce qui permet au roi de France de rêver à nouveau d'envahir l'Angleterre. Ce projet est confié au courageux pirate.

Eustache se voit chargé d'établir une liaison maritime entre les insurgés et les troupes royales. Il lui faut prendre Douvres. Il fait alors construire un château fort flottant, hérissé de trébuchets et autres engins de guerre. Quand cette énorme masse s'avance au milieu des navires anglais, lançant des projectiles dans toutes les directions, la panique s'installe dans le camp ennemi.

Mais, en 1217, le tout jeune Henri III ayant succédé sur le trône d'Angleterre à son défunt père Jean sans Terre, une nouvelle tentative d'invasion de l'Angleterre se prépare.

En août 1217, pour aller débarquer des troupes en Angleterre, un convoi français quitte Calais, escorté par dix nefs de guerre sous les ordres d'Eustache le moine, avec pour objectif de rejoindre la Tamise. Le 24 août, près de Douvres, la flotte française se heurte à la flotte anglaise, supérieure en nombre. Au terme d'un combat sans pitié, lors de la bataille de South Foreland — également appelée bataille de Sandwich — la flotte anglaise détruit la flotte française. C'en est fini du rêve de Philippe Auguste. Eustache est capturé par les Anglais, qui le connaissent bien, et décapité sur le pont du navire. Sa tête est fichée au bout d'une pique et promenée en trophée dans tout le sud de l'Angleterre. Ainsi périt au combat le premier grand pirate de la côte d'Opale.

Littérature médiévale et bande dessinée[modifier | modifier le code]

Un trouvère anonyme du XIIIe siècle s'inspira de l'histoire d'Eustache pour composer Le Roman d'Eustache le moine, un poème historique fameux au Moyen Âge, que les Anglais, qui s'intéressent beaucoup à cette histoire, viennent de traduire en anglais moderne (traduction de Glyn Burgess), et dont une nouvelle traduction française est parue en 2005.

En 1964, le Journal de Tintin publia une bande dessinée, sous le titre Eustache le moine, corsaire du roi, racontant l'histoire d'Eustache.

Il a également inspiré Eiichiro Oda pour son pirate Eustass Kidd dans le manga One Piece, et le célèbre dessinateur Hugo Pratt lui a emprunté son concept de mystérieux chef des pirates retranché dans une île de l'océan indien et qui se fait appeler "le Moîne" dans la balade de la mer salée, la première aventure de Corto Maltese

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque du Congrès • WorldCat
  • Le roman d'Eustache le moine, poème anonyme du XIIIe siècle, publié par Francisque Michel, Paris, 1834, in-8°.
  • (en) Henry Lewin Cannon, The Battle of Sandwich and Eustace the Monk, article publié dans The English Historical Review, vol 27 (1912), pages 649-670.
  • Roger Vercel, Visages de corsaires : René Duguay-Trouin, Robert Surcouf, Claude Forbin, Jean Bart. Moyen Âge et XVIe siècle : Eustache le moine et Jean Ango. etc.. 351 pages, Albin Michel, Paris, 1948.
  • Eustache le moine, corsaire du roi, Journal de Tintin, N° 831, 1964.
  • (en) R. M. Wilson, The Lost Litterature of Medieval England, Editions Methuen, Londres, 1970.
  • (en) Glyn Burgess, Two Medieval Outlaws : Eustace the Monk and Fouke Fitz Waryn, (Traduction de l'ancien français du Nord de la France du Roman d'Eustache le moine en anglais moderne, avec des notes historiques sur la carrière d'Eustache, analysées à partir de trois sortes de sources), 210 pages, Éd. Boydell & Brewer, 1997, (ISBN 0-859-91438-0)
  • Le roman d'Eustache le moine, Nouvelle édition, traduction, présentation et notes de A.J. Holden et J. Monfrin, 171 pages, Éd. Peeters, 2005, (ISBN 9-042-91607-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]