Planisphère de Cantino

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Le planisphère de Cantino.

Le planisphère de Cantino est la plus ancienne carte qui représente les découvertes portugaises. Il tire son nom d’Alberto Cantino, un représentant et espion du duc de Ferrare, qui réussit en 1502 à le sortir clandestinement du Portugal pour l'apporter en Italie. En 2011, il est conservé à la Biblioteca Estense à Modène en Italie.

Description[modifier | modifier le code]

Détail montrant les Amériques.

Dans sa forme actuelle, le planisphère mesure 2,18 × 1,02 mètre. Il porte la mention : Carta da navigar per le Isole nouam tr [ovate] in le parte de l'India: dono Alberto Cantino al S. Duca Hercole (« carte nautique des îles nouvellement trouvées dans la région de l'Inde : donnée par Alberto Cantino au seigneur duc Hercule »). Il ne reste plus de bordure ou de marges, sans doute par l'effet des mauvais traitements subis durant son histoire.

Les inscriptions mélangent des lettres gothiques et cursives, en rouge et en noir, ce qui suggère la participation de plusieurs auteurs, ou l'ajout de notes après l'exécution de la carte. Certaines de ces notes proviennent peut-être d'Amerigo Vespucci, qui aurait été interrogé à son retour de voyage[1].

Les continents et les grandes îles sont représentés en vert, tandis que les petites îles sont rouges ou bleues. Des drapeaux marquent la souveraineté des territoires, on trouve ainsi un drapeau espagnol près de Maracaibo. L'équateur est représenté par une épaisse ligne dorée, et la ligne de démarcation entre les territoires espagnols et portugais par une épaisse ligne bleue. Les tropiques et le cercle polaire arctique correspondent à de fines lignes rouges. De nombreuses routes loxodromiques et roses des vents apparentent cette carte à un portulan.

La carte présente en particulier une partie de la côte brésilienne, découverte accidentellement en 1500 par l'explorateur Pedro Álvares Cabral – qui avait alors correctement émis l'hypothèse qu'il était arrivé sur un nouveau continent – puis explorée par Gonçalo Coelho et Amerigo Vespucci. Elle est représentée avec de grands arbres verts et dorés, des petits arbres ou buissons bleus, et des perroquets à dominante rouge.

Cette côte a été retouchée en apposant une bande de parchemin sur la carte, qui modifie les contours entre l'est du Golfo fremosso et un point situé juste au sud du Rio de sã Franc°, ce dernier terme faisant partie de l'ajout. Selon E. Roukema, la construction de la côte brésilienne s'est faite en trois étapes : d'abord, lors du voyage de Cabral, ensuite, lors de celui d'Affonso Gonçalves, enfin, lors de celui de João da Nova.

L'Amérique du Nord est indiquée en plusieurs parties : le sud du Groenland, l'est de Terre-Neuve, et une péninsule qui pourrait être la Floride[2]. L'absence de côte entre Terre-Neuve et la Floride suggère qu'un passage maritime vers la Chine reste possible.

Le Groenland chevauche le cercle polaire arctique. Le cartouche adjacent indique que les frères Corte-Real l'ont identifié comme les côtes orientales de l'Asie (Punte de Assia) et qu'ils n'ont pas pu y débarquer[3].

La côte est de Terre-Neuve se trouve à l'est de la ligne de démarcation papale, avec d'autres grands arbres verts et dorés aux longs troncs, et la mention Terra del Rey de Portuguall. Ils correspondent à la description qu'en ont fait les frères Gaspar et Miguel Corte-Real en 1500-1501.

Les cinq îles de la Guadeloupe clairement identifiées et nommées (Isla de Guadalupe, Isla Deserada, Marígalante et Todos Santos) sur le planisphère de Cantino datant de 1502.

Les Antilles figurent avec la mention has antilhas del Rey de castella ; c'est la première utilisation du mot antilhas dans une carte. De manière notable, l'archipel des îles de la Guadeloupe est l'un des plus précisément cartographiés et complets avec dès cette date la figuration du nom des quatre/cinq îles qui le composent et qui n'a pas varié depuis leur découverte par Christophe Colomb en novembre 1493.

Au sud-est de l'Afrique, se trouve Madagascar et l'archipel des Mascareignes, avant sa découverte « officielle » par Pedro de Mascarenhas en 1512 ou 1513.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le planisphère de Cantino est en fait une copie d'une grande carte qui pendait dans la salle des cartes de la Casa da Mina e India, l'administration d'exploration et de colonisation des nouveaux territoires, à Lisbonne. Il a été émis l'hypothèse que Cantino aurait soudoyé un cartographe portugais ou un illustrateur italien pour qu'il lui en fasse une copie. L'année de réalisation, 1502, est connue avec une grande confiance : il existe une lettre de Cantino datée du 19 novembre 1502, destinée au duc de Ferrare, où il mentionne que la carte a été déposée chez un de ses agents à Gênes. La légende la plus récente se trouvant sur la carte est la mention de la disparition de Gaspar Corte-Real, rapportée en octobre 1501 ; la carte contient également des détails inconnus avant le retour de la troisième flotte portugaise de João da Nova, entre le 11 et le 13 septembre 1502.

La rose des vents centrale.

Si cette carte a pu aider les Italiens dans leur connaissance du monde en leur révélant de nombreux territoires alors inconnus pour eux, elle était périmée dans les quelques mois suivants, du fait des voyages cartographiques postérieurs des Portugais. Cependant, son importance dans les rapports commerciaux italo-portugais n'est pas à complètement négliger, car cette carte donna aux Italiens la connaissance de l'existence de la côte du Brésil et d'une bonne partie de la côte Atlantique de l'Amérique du Sud longtemps avant que les autres nations européennes ne soupçonnent que l'Amérique du Sud put s'étendre si loin vers le sud.

Les informations géographiques données par la carte de Cantino ont été par la suite réinsérées dans la carte italienne de Caverio, dessinée peu après le retour de Cantino en Italie. Cette dernière devint à son tour la référence pour l'établissement du planisphère de Waldseemüller de 1507 sous le mécénat de René II, duc de Lorraine.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Miles Harvey, The Island of Lost Maps: A True Story of Cartographic Crime. New York: Random House, 2000. ISBN 0-7679-0826-0. (Also ISBN 0-375-50151-7).
  • (en) J. Siebold, Slide #306 Monograph: Chart for the navigation of the islands lately discovered in the parts of India, known as the Cantino World Map Lire en ligne.
  • (en) E. Roukema, Brazil in the Cantino map, Imago Mundi, volume 17 (1963), pages 7–26.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. E. Roukema considère que le planisphère ne contient aucune trace des voyages de Vespucci en 1501-1502.
  2. Parmi les autres interprétations : la côte du Yucatán, une répétition erronée de Cuba, ou une péninsule est-asiatique.
  3. Article Corte-Real, Gaspar du Dictionnaire biographique du Canada en ligne lire en ligne.