Bioéconomie

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La bioéconomie ou « économie écologique » est un néologisme utilisé par différentes écoles de pensée et institutions. Il recouvre les relations entre l’économie et l’écologie. En l’absence d’une définition précise, les utilisateurs lui attribuent des sens différents ou l’utilisent parfois à la place de « géonomie » lorsqu’ils ignorent ce mot.


Historique[modifier | modifier le code]

Le terme a été utilisé une première fois par Nicholas Georgescu-Roegen[1] dans son ouvrage de base The Entropy law and the Economic Process paru en 1971[2]. Cependant Georgescu-Roegen précise qu’il avait déjà été employé, avec une signification totalement différente, en 1925, par le biologiste russe T.I. Baranoff concernant une analyse économique de certains phénomènes biologiques[3].

À partir des années 1880 des auteurs tels que Quesnay et Sergueï Podolinsky déploraient déjà que l’économie ne soit pas une science de la vie. Depuis 1950 des économistes ont appelé à un rapprochement entre l’économie et l’écologie. En 1982 est née la revue Ecological Economics de l’International Association for Ecological Economics[4].

En 2013 la Commission européenne a mis en place un « observatoire de la bioéconomie ». L’OCDE s’est également saisie du sujet et le gouvernement américain a publié en avril 2012 un « blueprint » sur la bioéconomie nationale[5].

Les contenus[modifier | modifier le code]

Si l’on admet que le terme concerne les relations que doivent entretenir l’économie et l’écologie les contenus seront forcément différents d’un auteur à l’autre.

Nicholas Georgescu-Roegen, le créateur du terme, jugeant l'économie libérale classique beaucoup trop mécaniste[2], met en lumière la contradiction qui existe selon lui entre la deuxième loi de la thermodynamique, la loi de l'entropie - c'est-à-dire la dégradation de l'énergie et de la matière - des ressources naturelles utiles à l'humanité - et une croissance économique sans limites. Il appelait pour sa part à une décroissance économique pour tenir compte de la loi physique de l'entropie. Il associe au processus économique non plus une valeur immatérielle mais de la matière et de l'énergie qui se dégradent de manière irréversible, passant d'une entropie basse à une entropie haute lors des différents processus de transformation. De la même manière qu'un glaçon ayant fondu dans un verre ne redeviendra jamais un glaçon, un ordinateur ne pourra jamais revenir à la matière première qui a été utilisée pour le constituer et l'énergie utilisée pour le construire ne pourra plus jamais être utilisée.

Jacques Grinevald, auteur de plusieurs livres sur Nicholas Georgescu-Roegen et son œuvre, estime que la bioéconomie est la théorie de l’économie humaine dans le contexte évolutif et écologique global de la Biosphère[6].

Pour le Mouvement Citerrien la bioéconomie est une économie au service de la Vie[7].

Le club des bio-économistes, créé en 2012, a pour objectif de sensibiliser et informer sur les enjeux et la nécessité d’une agriculture et d’une sylviculture véritablement durables. Il préconise de remplacer toute la nature non cultivée (forêt, savane, steppe, etc.) par de la nature cultivée[8].

Pour le collège des transitions sociétales, la CNAM des pays de la Loire et l'École des mines de Nantes la bioéconomie c'est faire du plastique à partir de déchets agricoles, utiliser la betterave pour faire des pneus, produire du biocarburant avec des algues, etc.[9]

La Commission européenne a rendu publique le 13 mars 2012 une note stratégique sur la bioéconomie intitulée « L’innovation au service d’une croissance durable : une bioéconomie pour l’Europe »[10].

Deux conceptions[modifier | modifier le code]

La bioéconomie recouvre deux conceptions opposées. Pour l’une la théorie économique doit intégrer la réalité écologique[11]. Au cercle de l’économie il faut adjoindre le cercle de l’écologique[12]. Pour l’autre le processus économique doit être assujetti à la sphère écologique[13]. L’économie serait un sous-système de la société humaine, laquelle est, à son tour, un sous-système de la biosphère[14].

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martin-Pécheux, p. 37
  2. a et b Nicholas Georgescu-Roegen, présentation et traduction de Jacques Grinevald et Ivo Rens, La décroissance : entropie, écologie, économie, Éd. Sang de la terre, nouvelle éd., 1995
  3. Moreau, p. 91
  4. Vivien, p. 39, 89 et 90
  5. Momentum, p. 2
  6. Moreau, p. 92
  7. Marie Martin-Pécheux, ‘’Bioéconomie et Solidarisme’’, Interkeltia, 2008, p. 52
  8. http://www.notre-planete.info/actualites/3825-bioeconomie-definition
  9. Conférence-débat, Bioéconomie : la dernière chance de survie grâce au monde vivant ?, 15 mai 2014, École des mines de Nantes
  10. Momentum, p. 13
  11. Moreau, p. 36
  12. Barbault, p. 162
  13. Momentum, p. 4
  14. Barbault, p. 162 et 163

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arona Moreau, Le Biosiècle, L'Harmattan, 2009
  • Franck-Dominique Vivien, Économie et écologie, La Découverte, 1994
  • Marie Martin-Pécheux, Bioéconomie et solidarisme, Interkeltia, 2008
  • Robert Barbault, Jacques Weber, La vie, quelle entreprise !, Seuil, 2010