Bibliothèque bleue

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Un des succès de la Bibliothèque bleue : Huon de Bordeaux imprimé à Troyes par la veuve Oudot (Anne Hussard) vers 1720

La Bibliothèque bleue désigne une première forme de littérature dite "populaire", apparue en France au début du XVIIe siècle.

Principes[modifier | modifier le code]

C'est, avant tout, une formule éditoriale nouvelle inventée et imprimée à Troyes dès 1602 par les frères Oudot, notamment Nicolas Oudot dont l'enseigne est le chapon d'or couronné[1]. L'impression en était de mauvaise qualité et de petit format ; les cahiers (assimilables à une brochure d'aujourd'hui) recouverts d'une couverture de papier couleur bleu gris (comme la couverture bon marché qui enveloppait les pains de sucre), d'où l’appellation qui, à l'époque, fut d'abord celle de livres bleus[2].

Cette littérature, au départ urbaine et locale, fut ensuite popularisée par les colporteurs et donc étendue à d'autres zones urbaines (Rouen, Angers) et imitée. Tout en restant prudent, Roger Chartier considère qu'elle constituait l'une des sources principales de culture des masses populaires en France[3] ; d'autres, à l'instar de Carlo Ginzburg, insistent sur notre ignorance des modes de réception de ces textes ; cependant les historiens s'accordent sur l'importance — difficilement mesurable — de la culture orale : les illettrés se contentaient d'en apprécier les gravures, quand il y en avait, mais la plupart du temps, ils pouvaient avoir accès au texte lors de séances de lecture collective. Toutefois, une clientèle mélangée s’approprie ces livres, et ce, pendant près de deux siècles.

Hors de France, se développent à la même époque le Volksbuch (Allemagne) et le chapbook (Angleterre).

Historique[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes productions de ce genre remontent aux premières années du XVIIe siècle. Ce fut la famille de Jean Oudot installée à Troyes qui inventa et développa cette forme d'édition, en association avec la famille de Claude Garnier (v. 1535-1589), imprimeur du Roi, reprenant le fonds de catalogue des imprimeurs lyonnais et parisiens[4]. L'un des plus anciens volumes porte la marque Nicolas Oudot, le frère de Jean : Ogier le Danois[5]. Les premiers tirages ne sont pas tous couverts avec du papier bleu, cependant, on commence à les appeler les livres bleus. Nicolas transmet le flambeau à ses deux fils : Jean II et Jacques I, puis Nicolas II, issu d'un second mariage. Bientôt c'est toute une dynastie de Oudot qui fait commerce de livres bleus, peu à peu concurrencée par une autre dynastie, les Garnier.

En janvier 1665, Nicolas III ayant épousé la fille d'un libraire de Paris, vint s'établir rue de la Harpe, à l'enseigne de l'image Notre-Dame et, à cette époque principalement, une quantité importante d'ouvrages de toute nature (roman de chevalerie, théâtre, contes[6], roman picaresque, livre religieux[7], manuel de civilité, livre de cuisine, astrologie, faits divers, etc.) intègre le catalogue du libraire et acquiert une notoriété dans tout le royaume. La veuve Oudot continua longtemps l'entreprise de Nicolas II, et eut différents successeurs : par exemple, Baudot, libraire à Troyes. Cette ville garda le monopole de ce marché jusqu’aux début du XIXe siècle et c'est là que s'imprimèrent, toujours dans le même style et dans le même format (les uns in-4° et in-8°, les autres in-12 et in-16), ces livres qui devinrent populaires, puisqu'à Paris, au milieu du XVIIIe siècle, on les trouvait en grande quantité jusque sur les quais. Vers 1775, un certain Castillon fit une refonte de certains titres issus de ce que l'on appelait désormais la « Bibliothèque bleue » en y ajoutant des situations et des épisodes nouveaux, tant les récits s'étaient dénaturés au fil du temps[8]. La simplicité du récit, la naïveté, « enfin tout ce qui rappelait l'ancienneté de ces contes et en faisoit la valeur », avaient disparu dans ce qui fut qualifié sur le plan critique de contrefaçon par Antoine Le Roux de Lincy, lequel fit une nouvelle édition de contes en revenant aux sources originales[9].

Les ennuis commencent en 1701, quand une interdiction émane de la direction de la Librairie, afin de limiter les réimpressions de livres sans autorisation : ce rappel au principe des privilèges sera suivi par toute une série d’arrêts, qui visent principalement la littérature de colportage.

En dépit de la présence des contes de Charles Perrault au catalogue (un seul conte était vendu par fascicule, à grand succès), Oudot abandonna le métier vers 1760, du fait de la limitation des privilèges d'impression. Les Garnier, eux, fermeront leurs portes en 1830, largement dépassés par les nouvelles formes d'édition et d'impression nées à Épinal ou Montbéliard.

Analyse du contenu[modifier | modifier le code]

Les catalogues sont éclectiques : almanachs, prédictions astrologiques, conseils pratiques en tous genres, poésies, romans, faits divers. Pas de nouveautés mais des réimpressions de titres plus anciens. À l'opposé de la littérature licencieuse et des romans galants, étrangère aux romans et essais réformistes, et souvent teintée de naïveté, on disait d'elle : « Jamais elle ne renferme aucune impureté ni rien de contraire aux lois sacrées de la morale et de la religion : toujours le crime est puni, la vertu récompensée. »[10].

Elle fut la seule à diffuser en plus du roman de chevalerie, une douzaine de romans en vers au XVIIe siècle, comme par exemple une compilation du Roman de Renart et de Jourdain de Blayes[11], appelée Histoire des deux vaillants chevaliers Amis et Amiles, et aussi des chansons de geste comme Les Quatre Fils Aymon, Fierabras, Galion le Maure, Huon de Bordeaux, etc.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais
  • Lise Andries, La bibliothèque bleue au dix-huitième siècle : une tradition éditoriale, Oxford, The Voltaire Foundation, 1989
  • Alexandre Assier, La Bibliothèque bleue depuis Jean Oudot 1er jusqu'à M. Baudot (1600-1863), Paris, Champion, 1874
  • Geneviève Bollème, La Bibliothèque bleue, éd. Éditions Julliard, collection Archives, 1971, rééd. Robert Laffont, 2003
  • René Helot, La Bibliothèque Bleue en Normandie, Rouen, Lainé, 1928, orné de 40 planches de gravures
  • Marie-Dominique Leclerc & Alain Robert, Des éditions au succès populaire, les livrets de la Bibliothèque bleue XVII-XIXe siècles : présentation, anthologie, catalogue, Troyes, C.D.D.P., 1986 (ISBN 2-903776-02-4)
  • Robert Mandrou, De la culture populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles : la Bibliothèque bleue, Paris, Imago, 1985
  • Charles Nisard, Histoire des livres populaires, ou de la littérature de Colportage, depuis le XVe siècle, jusqu'à l'établissement des la Commission d'examen des livres du Colportage, 1852


Articles et livres en ligne

Colloque[modifier | modifier le code]

  • La Bibliothèque bleue et les littératures de colportage, Actes du colloque organisé par la Bibliothèque municipale à vocation régionale de Troyes en collaboration avec l’'École nationale des Chartes, Troyes, 12-13 novembre 1999

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne Marie Christin, Écrire, voir, conter, Revue de l'U.F.R.,‎ 1993, p. 86
  2. Lise Andriès, La Bibliothèque bleue au dix-huitième siècle : une tradition éditoriale, Taylor Institution,‎ 1989, p. 9
  3. Roger Chartier in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Cercle de la Librairie, 2003, t. 1, pp. 294-295 (ISBN 978-2765408416[à vérifier : isbn invalide])
  4. Thierry Delcourt, La Bibliothèque bleue et les littératures de colportage, Librairie Droz,‎ 2000, p. 110
  5. Titre et marque complets : Le Roman du vaillant Chevalier Ogier le Danois gui fui un des douze pairs de France, lequel avec le secours du roy Charlemagne chassa les Païens hors de Rome et remit le Pape en son trône, A Troyes, Chez Nicolas Oudot Imprimeur, demeurant la rue nostre Dame, au Chapon d'Or couronné [in-8°, 1602 ?].
  6. Notamment les contes de fées
  7. Cantiques, vies de saints, bibles de Noël, exercices de dévotions, etc.
  8. La Bibliothèque bleue : entièrement refondue, & considérablement augmentée
  9. Le Roux de Lincy, Légendes populaires de la France, 1831
  10. Source : La Revue de Paris, Bruxelles, Tome 6, juin 1842
  11. Jourdain de Blayes, B.N.F. fr. 860 (folios 111 à 133).

Lire sur Gallica[modifier | modifier le code]

  • Bibliothèque bleue : romans de chevalerie des XIIe, XIIIe, XIVe [lire en ligne]
  • Nouvelle bibliothèque bleue ou Légendes populaires de la France précédées d'une Introduction par M. Charles Nodier, accompagnées denotices littéraires et historiques par M. Leroux de Lincy et Colomb de Batines [lire en ligne]

Liens externes[modifier | modifier le code]