Aymara

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Aymara
aymar aru
Pays Bolivie, Pérou, Argentine, Chili
Région Qollasuyu, Moquegua, Tarapacá
Nombre de locuteurs 2 200 000[1]
Typologie SOV
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de la Bolivie Bolivie, Drapeau du Pérou Pérou
Régi par Academia la Lengua Aymara
Codes de langue
ISO 639-1 ay
ISO 639-2 aym
ISO 639-3 aym
IETF ay
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

1. T'aqa

Taqpach jaqejh khuskat uñjatatäpjhewa munañapansa, lurañapansa, amuyasiñapansa, ukatwa jilani sullkanípjhaspas ukham uñjasipjhañapawa.
La sauvegarde du patrimoine culturel immatériel des communautés Aymara de la Bolivie, du Chili et du Pérou *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Pays * Drapeau de la Bolivie Bolivie
Drapeau du Chili Chili
Drapeau du Pérou Pérou
Région * Amérique latine et Caraïbes
Liste Registre des meilleures activités de sauvegarde
Fiche 00299
Année d’inscription 2009
* Descriptif officiel UNESCO
Distribution géographique de la langue Aymara

L’aymara (ou parfois aimara) désigne à la fois un peuple appelé également peuple Qolla, Kolla ou Colla, originaire de la région du lac Titicaca au croisement de la Bolivie, du Pérou, de l'Argentine et du Chili, ainsi qu'une langue vernaculaire qui a remplacé de nombreuses autres comme l'uru ou l'uchhumataqu de Bolivie.

Selon Rodolfo Cerrón-Palomino, un des principaux spécialistes de ces deux langues, ce n'est pas le quechua, mais bien l'aymara qui était la langue officielle de l'empire inca, contrairement à une opinion répandue.

Les variétés d'aymara forment une sous-famille linguistique avec les variétés de quechua.

L'aymara compte environ deux millions de locuteurs, essentiellement en Bolivie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Comme pour la plupart des peuples amérindiens, il n'y a pas ou peu de documents relatant l'histoire du peuple aymara. Quelques bribes nous sont parvenues au travers des chroniques qui relatent l'époque de la conquête ainsi que quelques récits précolombiens.

On sait cependant de façon certaine que le peuple aymara n'était pas le premier à peupler la région du Titicaca et l'altiplano, on se pose donc la question de l'origine de ce peuple. Il y a aujourd'hui plusieurs théories, notamment la théorie localiste qui voudrait que la répartition actuelle de la langue aymara s'explique par l'essor de quelques communautés des abords du lac en direction de l'altiplano. Une autre théorie situe l'origine du peuple aymara dans les Andes centrales du Pérou, entre Huarochirí, Yauyos, Cañete et Nazca. Ces régions, actuellement de langue quechua, faisaient autrefois partie de l'aire aymaraphone. Une troisième théorie situe l'origine du côté de la côte du Pacifique au nord du Chili.

Le peuple aymara arrive sur les pourtours du lac Titicaca deux siècles avant notre ère, il concurrence alors les peuplades Uros qu'il repousse vers les rives moins fertiles du lac et les remplace peu à peu dans la région. Développant une culture originale et basant son économie sur le développement de l'agriculture et de l'élevage ainsi que le commerce avec les peuples alentour, le peuple prospère sur les rives bien abritées du lac. S'ensuit une période d'expansion, on retrouve de nombreuses traces archéologiques en direction sud-est du lac principalement.

C'est en passant à un stade impérial (contrairement à ce qui est parfois dit, Tiwanaku, dont le déclin se situe vers l'an 700, est antérieur à la domination aymara) que la langue commence à se répandre dans la Cordillère des Andes : on la retrouve sur tout l'altiplano, sur la côte, depuis Arica, au Chili, jusqu'à Lima, au Pérou et au sud-est, jusqu'en Argentine. Atteignant son apogée vers l'an 900 de notre ère, la domination impériale aymara va décliner pour laisser place à plusieurs royaumes et chefferies de langue et culture aymara. Ce sont ces chefferies prospères mais rivales que rencontrent les Incas lors de leur expansion vers le sud. Parmi celles-ci, on connaît les royaumes rivaux Lupaqas et Pacajes situés sur la rive sud-ouest du lac. On ne sait pas exactement si les Aymaras se sont intégrés pacifiquement à l'empire, comme le décrit Inca Garcilaso de la Vega, ou s'ils ont livré bataille à l'Inca. L'ensemble des peuples de langue aymara sont progressivement intégrés au Qollasuyu, le quart sud de l'empire Inca. Après la conquête et la chute du régime Inca, le peuple aymara passe sous domination de la couronne d'Espagne. Cette période sera parsemée de révoltes paysannes causées par les difficiles conditions de vie des communautés. Au début du XIXe siècle, les Aymaras participent aux combats pour l'indépendance de la Bolivie, mais leurs conditions de vie ne seront pas améliorées sous le pouvoir des républiques.

Du point de vue géographique, après la conquête Inca, puis la colonisation espagnole, la langue aymara perd progressivement du terrain face à l'espagnol et au quechua, langue avec laquelle elle maintient une frontière flottante. Elle reste aujourd'hui enracinée sur les rives du lac Titicaca et dans les zones de peuplement aymara.

On explique en grande partie la perte de son usage comme langue véhiculaire du fait que l'évangélisation des peuples autochtones par les européens a été principalement faite avec les dialectes quechua et muchik ou mochica. Toutefois, il y eut un déclin significatif du fait de l'indifférence, et parfois du mépris, des gouvernements jusqu'à la moitié du XXe siècle. Après des années de délibération, le décret suprême 20227-DS du 9 mai 1984 du gouvernement bolivien, ainsi que la résolution ministérielle 1218-RM du 18 novembre 1985 du gouvernement péruvien, donnent un statut officiel à cette langue millénaire. De même, l'alphabet officiel aymara est reconnu, par force de loi, denominado único. Ainsi, c'est aujourd'hui la langue coofficielle de la Bolivie et du Pérou.

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Actuellement, l'aymara s'étend sur une aire appelée Qollasuyu sur l'altiplano péru-bolivien et les contreforts andins des régions de Moquegua et Tacna au Pérou et de Tarapacá au Chili. On compte plus de 2 millions d'aymarophones qui se subdivisent en deux dialectes :

  • Aymara central : au sud du Pérou, l'altiplano bolivien et la zone andine adjacente à la Bolivie au Chili.
  • Aymara méridional : dans les régions péruviennes de Tacna et Moquegua.

On trouve cependant à travers toute l'Amérique du sud des lieux géographiques portant un nom Aymara :

  • Cundinamarca en Colombie, dérivé de Kontjimarka : ville où on est installé en premier
  • Cajamarca au Pérou, le village qui brille en Aymara
  • Itinez sur la frontière boliviano-brésilienne, dérive du mot Jit'inissa signifiant montée des eaux à l'époque des pluies
  • K'atamarka en Argentine, village où s'accumule la poussière (ancienneté)
  • Arica au Chili de l'Aymara Arikka : la pointe
  • Tarija en Bolivie provient de Taruja, nom du cerf ou de la biche en aymara.

Prononciation[modifier | modifier le code]

Voyelles[modifier | modifier le code]

Comme le quechua, l'inuktitut et l'arabe, l'aymara n'a que trois timbres vocaliques /a, i, u/, mais possède néanmoins des allongements vocaliques, qui se notent par un tréma ‹ ¨ › sur la voyelle. Il y a ainsi six graphies vocaliques : ‹ a, ä, i, ï, u, ü ›. Mentionnons aussi la transformation des voyelles /i/ et /u/ en [e] et [o], respectivement, devant une consonne uvulaire ‹ q, q', qh, x ›. Il n'y a pas de diphtongue, sauf celles qui utilisent des semi-voyelles (‹ y › et ‹ w ›).

Consonnes[modifier | modifier le code]

L'aymara compte seize consonnes de base, mais les occlusives peuvent être glottalisées ou aspirées, ce qui porte le nombre de consonnes à vingt-six. La transcription en caractères latins se fait par l'adjonction d'une apostrophe après la lettre glottalisée, et d'un « h » après la consonne aspirée.

Morphologie[modifier | modifier le code]

L'aymara est une langue agglutinante. De nombreux suffixes grammaticaux ou sémantiques peuvent venir en postposition d'un nom : marques de pluriel, marques de négation ou d'affirmation, mais aussi, entre autres, marques de lieu et sens du lieu. Ainsi -ru indique le lieu, avec une notion de direction « vers », alors que -ta indique aussi le lieu, avec une notion d'origine [2].

Un exemple est fourni par l'article 12 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (« Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance,... ») rédigé en aymara [3] de la façon suivante :

Janiw k'umiñas, ñanqachañas, ch 'inanchañas utjkaspati jaqen kankañapjhata, utapjhata, qellqasitapjhata. Taqe maynir arjhatañatakiw kamachit jach'a arunakas qellqanakas utji.

Le terme « utapjhata » est composé de uta (maison) + pjha (possessif) + ta (lieu)

De la même façon, voir la construction des expressions « aller + faire quelque chose »[4] : Aller chercher: Thaqhaniña Aller creuser: P'ataniña Aller cuisiner: Phäsiniña Aller rire : Laruniña, composé de Laru (rire) + ni (suffixe pour « aller ») + ña (suffixe marquant l'infinitif).

Exemples[modifier | modifier le code]

Mot Traduction Prononciation standard
terre uraqi
ciel alajhpacha
eau uma
feu nina
homme chacha
femme warmi
manger manq'aña
boire umaña
grand Jach'a
petit jisk'a
nuit aruma
jour uru

Personnalités aymaras[modifier | modifier le code]

Caractéristiques exceptionnelles[modifier | modifier le code]

Conception du temps différente[modifier | modifier le code]

Le peuple Aymara a une conception du temps différente de celle qui prévaut dans les cultures européennes : aux yeux de celles-ci, elle serait une « conception inversée ». Pour l'aymara, le passé, connu et visible se trouve devant le locuteur alors que le futur, inconnu et invisible, se trouve derrière lui[5],[6]. Cela vaut également pour le Quechua. (Notons que cette conception du temps se retrouve également en Mésopotamie ancienne)

Logique trivalente[modifier | modifier le code]

Selon Iván Guzmán de Rojas, l'aymara repose sur la logique trivalente (ou modale), plus complexe que la logique binaire des langues européennes[7]. Elle met en œuvre l'évidentialité.

Les techniques de conservation des aliments[modifier | modifier le code]

Les propriétés linguisitiques Aymara reflètent d'autres spécificités culturelles. Ainsi, outre la taxinomie binomale en usage chez les Aymara, il existe une dichotomie générale qui range chaque variété, soit parmi celles que l'on peut consommer immédiatement après cuisson, soit celles qui demandent une série de congélations et fermentations successives[8]. En effet, les Aymara combinent une étude remarquablement fine de leur environnement naturel (plus de 250 taxons usités à partir de 22 espèces principales) à un art de la conservation des denrées développé "à tel point, nous dit Lévi-Strauss citant La Barre, qu'en imitant directement leurs techniques de déshydratation, l'armée américaine a pu, pendant la dernière guerre, réduire au volume de boîtes à chaussures des rations de purée de pommes de terre suffisantes pour cent repas."[9]

De même que l'on trouve dans la langue Aymara la taxinomie la plus ramifiée de l'espèce solanum, de même, ce peuple en maîtrise parfaitement la culture, le maïs ne pouvant pousser dans des régions de si haute altitude (4000m et au-delà)[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. Les langages de l'Humanité, Michel Malherbe, Ed. Robert Laffont, 1995, ISBN 2-221-05947-6
  3. http://www.ohchr.org/en/udhr/pages/language.aspx?langid=aym
  4. http://www.perou.org/dico/view.php?lg=fr&lg1=fr&lg2=ay&opt=111110 Lexique français/atmara
  5. Le passé devant soi, article de Rafael E. Núñez dans la recherche n°422 page 46 publié le 01/07/2008[2]
  6. (en) With the Future Behind Them: Convergent Evidence From Aymara Language and Gesture in the Crosslinguistic Comparison of Spatial Construals of Time, E. Núñez, E. Sweetser, Cognitive Science, 2006, Vol. 30, No. 3, Pages 401-450
  7. (en) Logical and Linguistic Problems of Social Communication with the Aymara People, Iván Guzmán de Rojas, Centre de recherches pour le développement international, 1985
  8. La Barre, W. "Potato Taxinomy among the Aymara Indians of Bolivia". Acta Americana, vol. 5, n. 1-2, 1947.
  9. Lévi-Strauss, Claude, "Logique des classifications totémiques", La pensée sauvage, coll. Agora, Plon, 1962
  10. Ibid.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]