Antoine de Pluvinel

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Antoine de Pluvinel

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Antoine de Pluvinel

Naissance 14 janvier 1552
Crest, Valentinois, Royaume de France Royaume de France
Décès 23 août 1620
Paris, Royaume de France Royaume de France
Profession
Activité principale
Instructeur d'équitation
Autres activités
Sous-gouverneur du dauphin Louis XIII
Formation
Antoine de Pluvinel (L'instruction du roi en l'exercice de monter à cheval - ed. 1625)
trois inventions d'Antoine de Pluvinel: les doubles piliers, le caveçon de corde et la selle à la Pluvinel (L'instruction du roi en l'exercice de monter à cheval - ed. 1625)
Travail au pilier unique (L'instruction du roi en l'exercice de monter à cheval - ed. 1625)
Courbette dans les piliers (L'instruction du roi en l'exercice de monter à cheval - ed. 1625)

Antoine de Pluvinel, né en 1552 à Crest et mort le 22 ou 23 août 1620[1] à Paris, est l'un des précurseurs de l'école d'équitation française, avec Salomon de La Broue, il a fait évoluer les techniques équestres utilisées en Italie à la fin du XVIe siècle. Auteur d'un célèbre manuel d’équitation, L'Instruction du Roy en l'Exercice de Monter à Cheval, il forma Louis XIII et eut également comme élève Richelieu.

Biographie[modifier | modifier le code]

Antoine de Pluvinel naît à Crest en 1552, dans la région de Valence (le Valentinois).

La découverte de l'école d'équitation de Pignatelli[modifier | modifier le code]

Âgé d'environ dix ans, il est envoyé par son père, Jean de Pluvinel, en Italie, à Naples, où il va travailler dans l'Académie fondée par Federico Grisone sous la direction de Gianbatista Pignatelli, jusqu'en 1571 ou 1572. À cette date, il rentre en France où il est présenté au roi Charles IX, par son premier écuyer, M. de Sourdis.

Selon la tradition, il aurait accompagné Henri III lors de son voyage pour aller prendre possession du trône de Pologne[2], puis aurait fait partie de l'escouade qui le ramena bientôt en France, à la mort de Charles IX. En souvenir de cet épisode, Henri III lui aurait demandé de rajouter à ses armoiries (d'azur au flambeau d'argent, allumé d'or, posé en barre), le symbole de la Lituanie (un cavalier armé de toutes pièces à cheval). La bonne fortune de Pluvinel atteste qu'il fit partie de l'entourage proche du roi qui le prit sous sa protection et favorisa son ascension.

En 1594, patronné par le chevalier de Saint-Antoine, son ancien camarade de manège à Naples, et devenu premier écuyer ordinaire sous Henri III et Henri IV, Antoine de Pluvinel est autorisé à fonder à Paris, au Faubourg Saint-Honoré, une Académie destinée à perfectionner la noblesse française dans "l'exercice de monter à cheval". Cette académie enseignait aussi bien l'équitation, la musique, la danse, jusqu’aux mathématiques[2].

À cette époque, en effet, l'Italie imprime sa marque sur la mentalité des élites : après une conception de l'équitation comme moyen de faire la guerre, l'Italie a popularisé l'équitation comme art d'agrément et de civilité, en ouvrant des "académies" en plusieurs citées de la péninsule. Aux côtés de la noblesse italienne, les français étaient contraints de se rendre en Italie pour recevoir un enseignement équestre de qualité, en exposant ainsi les familles à de larges dépenses - à l'image de l'apprentissage napolitain d'Antoine de Pluvinel.

Une nouvelle école d'équitation[modifier | modifier le code]

Ce dernier a l'idée d'"importer" les méthodes italiennes en France dont il va adoucir les fondements, posant les bases d'une équitation qui s'adresse davantage à la "cervelle" du cheval, "avare de coups et prodigue de caresse". Ce faisant, il concurrence les institutions italiennes en proposant une formation complète dans son académie, installée à Paris, à l'emplacement de l'actuelle place des Pyramides.

L'enseignement dispensé repose d'abord sur l'équitation, mais il va s'étendre à la danse et aux autres arts d'agrément. Pluvinel aura une influence importante sur ses élèves, en donnant le "ton" de l'honnête homme du début du XVIIe siècle. Ainsi peut on relever parmi les disciples de Pluvinel : le duc William Cavendish, auteur en 1667 d'une Méthode nouvelle pour dresser les chevaux, ou bien le futur cardinal de Richelieu, alors titré marquis du Chillou.

Sa proximité avec la cour lui permet d'être désigné par Henri IV sous-gouverneur du dauphin Louis XIII, avec pour charge de mettre le jeune roi en selle et d'en faire un cavalier accompli.

C'est aussi un ordonnateur des fastes de la couronne, comme lors du célèbre Carrousel de 1612 organisé place Royale, future place des Vosges, pour commémorer la double alliance avec l'Espagne, et décrit par François de Rosset dans "Le Romant des chevaliers de la gloire". Le musée Carnavalet possède un tableau qui représente ce carrousel. Le ballet équestre, composé par Antoine de Pluvinel pour le quadrille des chevaliers du Lis permit d'illustrer l’excellence de l’art équestre français.

Pluvinel meurt le 22 ou 23 et est inhumé le 24 août 1620 aux Jacobins Saint-Honoré et ses entrailles dans l'église Saint-Roch[3]. il laisse 6 filles mais aucune postérité mâle. Le nom perdure néanmoins par la descendance de son frère aîné. L'un de ses petits-neveux, prénommé Antoine de la Baume Pluvinel, et de ce fait parfois confondu avec lui, sera gouverneur de la ville de Crest et obtiendra en 1693 des lettres-patentes de Louis XIV, érigeant sous le titre de "marquisat de Pluvinel" ses terres situées en Dauphiné, dans les environs de Valence.

Antoine de Pluvinel était aussi seigneur de Feucherolles (Yvelines) et du Plessis Saint-Antoine. Ces titres seront transmis successivement au mari de sa fille aîné Louise, Jean Briçonnet, puis au fils issu de mariage de sa seconde fille avec M. de Biencourt de Poutrincourt, également écuyer, représenté dans plusieurs gravures de l'Instruction du Roi.

L'œuvre écrite et l'héritage[modifier | modifier le code]

Louis XIII, célèbre élève d'Antoine de Pluvinel

L'ouvrage auquel Antoine de Pluvinel travaillait sera publié hâtivement après sa mort, en 1623 sous le titre Le maneige royal, par M. Peyrol, puis largement remanié et enrichi en 1625 par son ami Menou de Charnizay, dans un souci de fidélité au vieux maître, avec cette fois le titre l'instruction du roi en l'exercice de monter à cheval.

Ce célèbre traité d'équitation est écrit sous la forme d'entretiens à l'attention du jeune Dauphin (futur Louis XIII). Pour l'initier à l'art de « réduire les chevaux en peu de temps à l'obéissance », Antoine de Pluvinel adoucit l'enseignement qu'il a lui-même reçu en Italie.

Son enseignement se distingue en effet de celui de ses maîtres italiens par l'affirmation de deux principes fondamentaux :

  • la psychologie du cheval ne soit pas négligée ;
  • le cheval doit être considéré comme un être sensible et intelligent.

Il constate en effet que chaque cheval possède ses propres caractéristiques, défauts et qualités; en un mot : une personnalité. Rejetant certaines méthodes et procédés brutaux de l'école italienne, il élabore un enseignement du dressage qui, dans les grandes lignes demeure d'actualité. Il préconise la discrétion des aides, les méthodes douces, l'emploi de mors simples, aux canons brisés, et recommande l'assouplissement de sa monture ainsi que le travail sur deux pistes. Les moyens artificiels ne viennent que comme complément. La position du « bel homme de cheval » s'inspire de celle indiquée par Xénophon: « estomac avancé, jambes tendues, talons tournés vers dehors. »

Pluvinel recommande surtout de ne jamais recourir à des sévices, mais de traiter les chevaux avec rigueur et discipline, sans jamais perdre confiance dans la supériorité technique de l'homme. « Que la bonté l'emporte sur la sévérité... On ne doit battre un cheval que si sa désobéissance est fille de paresse... », car « [la gentillesse] est aux chevaux comme la fleur sur les fruits, laquelle ostée ne retourne jamais ».

Il fait travailler « la cervelle plus que les reins et les jambes » du cheval, et dit : « il faut estre avare des coups et prodigue des caresses afin, comme rediray tousjours, d'obliger le cheval à obéir et manier plustost pour le playsir que pour le mal. »

Pluvinel remet en pratique les piliers de dressage qui permettent d'assouplir le cheval, d'abord sans cavalier et sans selle, puis avec une selle mais toujours sans cavalier et enfin parfait le travail dans les piliers doubles de son invention qui permettent l'abaissement des hanches. Ils sont encore utilisés à Vienne, dans le manège de la célèbre école espagnole.

Théoricien, il est avant tout un écuyer très habile. En faisant parler le duc de Bellegarde, grand écuyer de France, l’Instruction du Roy rappelle une anecdote ou M. de la Broue et le connétable-duc de Montmorency, n’étaient pas parvenus à se rendre maître d’un cheval barbe, surnommé le Bonite, et l’avaient déclaré « incapable de pouvoir jamais bien manier, à cause de son impatience, de sa tête mal assurée, etc. » Pluvinel s’en étant mêlé, « il lui gagna la tête et lui donna le parfait appui de sa main, etc. En sorte qu’au bout de très-peu de jours, il le montra à Fontainebleau, où il le fit manier à courbettes, par le droit, après deux voltes à main droite, toutes d’une haleine, sans sortir d’un rond à peu près de la longueur du cheval, et puis le fit manier en avant, en arrière, de côté, de çà et de là, et à une place, en faisant courbettes de côté, et changeant tout en l’air, retombait de l’autre côté tant de fois qu’il plaisait au cavalier, ce qui me fit appeler ces mouvements la sarabande du Bonite » . Pluvinel offre ensuite le Bonite au futur Louis XIII, pour que ce dernier « prenne des leçon sur le plus parfait cheval d'Europe »[2].

Pluvinel peut être considéré comme le père de l'équitation moderne, ou le dernier écuyer traditionnel, en ce qu'il a été formé à l'ancienne école de l'équitation guerrière et qu'il a su assimiler cet héritage pour évoluer vers une équitation d'agrément. Son ouvrage célèbre ainsi, avec un grand luxe de détails, la pratique des tournois, que la mort d'Henri II a condamné à disparaître, pour être remplacé par les carrousels.

L'enseignement d'Antoine de Pluvinel sera repris, perfectionné et adouci, par François Robichon de la Guérinière.

Il faut ajouter que la célébrité d'Antoine de Pluvinel doit beaucoup au somptueux ouvrage édité posthumément : la qualité des gravures de Crispin de Pas n'a pas été altérée par les siècles, tandis que le texte a vieilli dans sa forme. Ce livre est très recherché des bibliophiles, et présente une cote moyenne de 6 000 euros. La plupart des grandes bibliothèques en possèdent l'édition originale. Ce fut l'un des derniers achats du duc d'Aumale pour la célèbre bibliothèque du château de Chantilly. L'exemplaire est enrichi d'une lettre autographe fort rare.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Émile Raunié, Épitaphier du vieux Paris, fasc.1. Saint-German l'Auxerrois, Imprimerie nationale, 1974
  2. a, b et c Le guide Marabout de l'équitation, E. Toebosch et J.P. Musette, édition 1976, page 140
  3. Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 1867, p. 979

Liens externes[modifier | modifier le code]