Michel Mathieu Lecointe-Puyraveau

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Michel-Mathieu Lecointe-Puyraveau, parfois appelé Lecointre-Puyraveau[1], né le 13 décembre 1764 à Saint-Maixent-l'École (Deux-Sèvres), décédé le 15 janvier 1827 à Ixelles en Belgique, était un homme politique et un révolutionnaire français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Lecointe est le fils d'un artisan. Il fait ses études chez les Oratoriens à Niort, où il rencontre le jeune Joseph Fouché. Il exerce ensuite la profession d'homme de loi à Saint-Maixent, sa ville natale, jusqu'à la Révolution.

En 1789, il se rallie franchement aux idées nouvelles et se lance dans une carrière politique. Il devient ainsi administrateur du département des Deux-Sèvres.

Premier mandat à la Législative[modifier | modifier le code]

Le 3 septembre 1791, il est candidat à la députation à l'Assemblée législative, et est élu par les Deux-Sèvres, avec 169 voix pour 299 votants.

Une fois à Paris, Lecointe se joint aux Girondins, qui siègent alors à gauche de l'assemblée. Brissotin particulièrement actif, il s'oppose le 10 décembre 1791 au veto du roi sur la loi contre les émigrés, puis soutient le mois suivants les gardes-françaises qui s'étaient révoltés. Il attaque aussi le ministre de la Guerre Duportail. Le 27 mars 1792, il s'élève contre le projet de célébrer une messe en souvenir du premier anniversaire de la mort de Mirabeau. Le 16 mai, il demande la déportation pure et simple des prêtres réfractaires. Le 10 juillet, il approuve Collot d'Herbois venu demander que la patrie soit déclarée en danger. Surtout le 1er août, quelques jours avant la chute du roi, il appuie l'armement des Parisiens.

En septembre, Lecointe est envoyé en Normandie avec Albitte afin d'y proclamer la déchéance de Louis XVI, ainsi que pour surveiller la levée des volontaires. Ils se plaignent à l'Assemblée de la mauvaise volonté des administrations locales, restées fidèles selon eux à la royauté.

Le conventionnel girondin[modifier | modifier le code]

Attaques contre la Montagne[modifier | modifier le code]

Le 2 septembre 1792, Lecointe-Puyraveau est réélu par les Deux-Sèvres à la Convention, le premier sur sept, avec 322 voix pour 403 électeurs votants. Il suit ses amis girondins et s'engage dans la lutte contre la Montagne.

Le 29 septembre, il fait décréter que les ministres de la République ne pourront pas être choisi parmi les conventionnels[2]. Le 4 octobre, il s'attaque à Marat et l'accuse d'avoir provoqué les massacres de Septembre. Cela lui vaut des attaques assassines du journaliste dans son célèbre journal L'Ami du peuple, où il se voit qualifié de fédéraliste et de girondin. En octobre, il est l'un des députés élus au Comité de sûreté générale, charge qu'il occupe jusqu'au renouvellement du 9 janvier 1793.

Mission en Eure-et-Loir[modifier | modifier le code]

En novembre 1792, il est envoyé avec Birotteau et Maure dans le département de l'Eure-et-Loir afin d'y régler une crise de subsistance. Le 29 novembre, les trois députés sont pris à partie à Gourville par la foule qui menace d'après eux de les mettre en pièce. Ils doivent signer un texte de taxation illégale pour calmer le peuple, et ce au nom de la Convention. Celle-ci rappelle ensuite les trois commissaires, les blâme d'avoir cédé et casse leur arrêté. La troupe se charge par la suite de réprimer l'émeute.

Procès du roi et opposition à Marat[modifier | modifier le code]

De retour à Paris, il vote pour l'appel au peuple lors du procès de Louis XVI, puis choisit de se prononcer pour la mort du souverain déchu.

Le 4 février 1793, il présente à la tribune la défense des députés de la Législative compromis par les papiers trouvés dans l'Armoire de fer. Le 21 mars, il s'en prend de nouveau à Marat, demandant « qu'il soit déclaré en état de démence. » Toutefois, il est absent de Paris lors du vote du 13 avril sur la mise en accusation de Marat, ce qui lui évite de se prononcer contre l'Ami du peuple.

Missions dans l'Ouest[modifier | modifier le code]

En effet, Lecointe est envoyé en mission au mois de mars 1793 dans son département et en Vendée, afin d'accélérer la levée en masse.

Le 10 mai, il nommé représentant en mission auprès de l'Armée des côtes de La Rochelle. Il assiste impuissant à la défaite de Fontenay-le-Comte le 25 mai, mais tente de maintenir dans la discipline au sein des troupes. Cependant, son attitude modérée le rend suspect aux yeux des Montagnards. Cette mission lui permet surtout de ne pas être présent dans la capitale lorsque ses amis girondins sont arrêtés le 2 juin. Il ne proteste pas contre cette journée, ce qui lui évite d'être arrêté.

Il est rappelé de mission le 18 juin et n'est pas inquiété sur le moment.

La Terreur: un Girondin très menacé[modifier | modifier le code]

Toutefois, le 29 juin, il se plaint des rigueurs infligés par un décret de la Convention aux soldats libérés par les Vendéens. De retour à Paris, il est attaqué par Marat mais tente de défendre à la barre de la Convention la destitution du général « sans-culotte » Jean Antoine Rossignol.

Étant le seul leader girondin (avec Lanthenas) à être encore en liberté, Lecointe est très menacé à l'aube de la Terreur. Le 7 novembre 1793, il est dénoncé comme traître par Amar, membre du Comité de sûreté générale, sur la foi d'une lettre anonyme envoyée de Rouen l'accusant d'avoir encouragé les soulèvements royalistes. Mais il parvient à démontrer que cette lettre était calomnieuse et sauve ainsi sa tête. Lecointe-Puyraveau se fait ensuite tout petit pendant la durée de la Terreur. Il se contente de participer sans faire de bruit à la Commission des Secours.

Thermidor: ni jacobin ni royaliste[modifier | modifier le code]

Après le 9 thermidor, il se rallie sans ambiguïté à la réaction thermidorienne en dénonçant les Jacobins comme des « royalistes masqués ».

Toutefois, il ne bascule pas dans le camp royaliste et reste un défenseur de la République. Le 13 fructidor an III (30 août 1795), il s'oppose à l'adoucissement de la loi contre les émigrés, restant fidèle à ses opinions « brissotines » d'autrefois. Lors de l'Insurrection royaliste de vendémiaire, il appelle tous les représentants à combattre pour sauver la République. Le lendemain de l'émeute, il demande que les biens des royalistes soient confisqués pour venir en aide aux familles des citoyens morts en défendant la République.

Quelques jours plus tard, il refuse que le futur Directoire soit nommé par la Convention.

Carrière sous le Directoire[modifier | modifier le code]

Troisième mandat de député[modifier | modifier le code]

Lecointe-Puyraveau est réélu par les Deux-Sèvres au Conseil des Cinq-Cents, par 52 voix sur 150 votants. Il se fait plus discret lors de troisième mandat, siégeant avec les directorialistes. Le 1er germinal an V (21 mars 1797), il est élu président du Conseil par ses collègues.

Il est battu lors de la poussée royaliste des élections de 1797, n'obtenant que 26 voix sur 210 suffrages exprimés. Il se console en obtenant le 4 mai le poste de Commissaire du Directoire dans les Deux-Sèvres.

Quatrième mandat[modifier | modifier le code]

Il parvient à récupérer son siège l'année suivante. Fidèle à ses convictions républicaines, il demande des sanctions contre les magistrats qui refusent de prêter le serment de haine à la royauté, ainsi que la mise sous séquestre des biens des parents d'émigrés. Ces derniers étant exclus des fonctions publiques, il en profite pour faire exclure certains députés suspects des Conseils. Il est ensuite envoyé un temps en mission dans son département pour rendre compte de la situation de celui-ci.

Le 1er thermidor an VI (20 juillet 1798), Lecointe est élu une seconde fois président du Conseil des Cinq-Cents. Le 27 juillet, il prononce un discours célébrant les journées du 9 thermidor, du 13 vendémiaire et du 18 fructidor.

Un mois plus tard, il demande la levée de 200 000 hommes puis la confiscation des biens des déportés royalistes qui se sont évadés. Le 22 vendémiaire (13 octobre), il fait décréter la vente de 125 millions de biens nationaux.

Membre du Tribunat[modifier | modifier le code]

En 1799, Lecointe ne proteste pas contre le Coup d'État du 18 brumaire. Il poursuit ainsi sa carrière législative en étant nommé au Tribunat. Mais, jugé trop peu favorable au régime de Bonaparte, il est exclu de cette assemblée en 1802.

Il exerce ensuite pour peu de temps les fonctions de commissaire de police à Marseille, avant de refuser le poste de gouverneur de la Louisiane. Lecointe reste très discret pendant toute la durée du Premier Empire.

L'épisode des Cent-Jours et la Terreur blanche[modifier | modifier le code]

Lors des Cent-Jours en 1815, l'ancien conventionnel accepte néanmoins de Napoléon Ier un poste de lieutenant-général de police à Lyon. Après la défaite de Waterloo, se sachant menacé par le retour des Bourbons, Lecointe s'enfuit à Toulon où il embarque en catastrophe pour Tunis. La flotte anglaise l'intercepte cependant et le fait prisonnier. Mais le navire sur lequel il était retenu fait naufrage. Lecointe parvient à sauver sa vie en regagnant le rivage provençal accroché à une poutre.

De retour sur terre, il est recherché activement par la police royale, ce qui le contraint à se cacher dans le Massif de l'Esterel. Il est finalement arrêté et ramené à Marseille, où il manque de peu d'être lynché par la population royaliste en furie. Il est par la suite incarcéré au château d'If.

Exil et mort[modifier | modifier le code]

L'ancien député est transféré à Paris où la cour d'assises le condamne à la déportation. Mais, par la loi du 12 janvier 1816, il est de toute façon exilé du Royaume comme régicide et échappe ainsi au bagne.

Il s'exile à Ixelles, où il décède en 1827 à l'âge de 62 ans.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il ne faut pas le confondre avec son collègue conventionnel Laurent Lecointre dit Lecointre de Versailles, montagnard dantoniste.
  2. Décret qui force Danton, député de Paris, à quitter le ministère de la Justice qu'il occupait depuis le 10 août.