Américanisme (religion)

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On appelle généralement américanisme un mouvement d’idées qui se développa dans l’Église catholique romaine des États-Unis, à la fin du XIXe siècle. Allant dans un sens libéral et progressiste (liberté de conscience, nouvelles relations avec les autres religions, engagement politique, vertus actives plutôt que passives) il cherchait à adapter l’enseignement de l’Église à la culture et société moderne américaine. Érigé en « doctrine » ce mouvement fut condamné par Léon XIII dans sa lettre apostolique Testem Benevolentiae du 22 janvier 1899.

Naissance de l’américanisme[modifier | modifier le code]

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, plusieurs évêque américains, dont le cardinal James Gibbons, encouragent la participation des catholiques à la vie publique du pays (pour les réformes sociale et économique) et d’une manière générale mettent l’accent sur les aspects du catholicisme plus en harmonie directe avec la culture et la société américaine contemporaine : la pratique des vertus humaines et naturelles plutôt que les vœux de religion, la liberté de conscience, un regard positif et de nouveaux rapports avec les autres confessions chrétiennes, etc.

Isaac Hecker (1819-1888), prêtre américain et fondateur des pères paulistes (Paulist fathers), première congrégation religieuse fondée aux États-Unis, est considéré comme le promoteur principal de ces idées, surtout dans les colonnes du journal The Catholic World fondé par sa congrégation en 1865. Il n’en fit jamais cependant, ni un système ni une ‘doctrine’.

L’américanisme passe en Europe[modifier | modifier le code]

Isaac Hecker n’est jamais inquiété de son vivant. Cependant une controverse éclate en France lorsqu'une biographie du fondateur des paulistes, écrite par Elliot et publiée aux Etats-Unis en 1890 est traduite en français en 1897 et reçoit un accueil enthousiaste (6 impressions successives). Dans l’introduction, Heckler est présenté comme le « prêtre de l’avenir » et l’Église américaine comme « un modèle pour le XXe siècle ».

Arrivant quelques années après l’appel de Léon XIII au « ralliement » des catholiques à la République française (l’encyclique Au milieu des sollicitudes de 1892), le livre est attaqué par les monarchistes catholiques, comme contenant une série de positions doctrinales déjà condamnées par l’encyclique Quanta cura (avec son « syllabus d’erreurs ») de Pie IX (1864).

Une controverse similaire se développe en Allemagne, où, se sentant persécutée et marginalisée par les autorités civiles l’Église ne souhaite pas non plus s’engager dans la voie de la collaboration socio-politique.

La lettre apostolique Testem Benevolentiae[modifier | modifier le code]

Lui-même assez favorable aux catholiques américains dont il a plusieurs fois loué la loyauté vis-à-vis du Saint-Siège, Léon XIII s’oppose à ce que la biographie de Hecker soit mise à l’index, mais accepte qu’un comité étudie la question. Le cardinal Camillo Mazzella, théologien jésuite qui passa de nombreuses années comme professeur aux États-Unis, préside le comité de quatre cardinaux.

Les quatre cardinaux sont unanimement négatifs en ce qui concerne les « doctrines américanistes »[1]. Certains paragraphes du rapport sont modifiés par le pape de telle sorte que personne ne soit nommément accusé d’américanisme. Il en retire également ce qui concernait le champ socio-politique.

La lettre apostolique Testem benevolentiae, adressée au « cher cardinal James Gibbons » est publiée le 22 janvier 1899. Le mot « Américanisme » est évité car il reflète, aux dires de Léon XIII, « les qualités caractéristiques qui font honneur au peuple américain ».

Néanmoins le document condamne les doctrines et tendances :

  • qui minimisent l’importance de la doctrine chrétienne ;
  • qui mettent en valeur les vertus ordinaires et naturelles (au détriment des vertus spirituelles) ;
  • qui minimisent les vœux de religion comme ayant peu de valeur dans le monde moderne ;
  • qui rejettent la direction spirituelle comme n’étant plus nécessaire ;
  • qui promeuvent l’initiative personnelle dans la vie religieuse (au détriment de l’obéissance) ;
  • qui suggèrent une nouvelle approche des religions non-catholiques.

Réactions[modifier | modifier le code]

Le document ne condamne personne, mais fait appel à la hiérarchie américaine pour que ces doctrines soient éliminées (‘s'il se fait qu’elles existent effectivement’).

Le cardinal James Gibbons et d’autres prélats américains, quasi unanimes, répondent au Saint-Siège que les opinions incriminées n’ont pas cours au sein de peuple catholique américain, et que Isaac Hecker n’a jamais entretenu la moindre opinion ou doctrine qui soit contraire aux principes catholiques entendus dans leur sens le plus strict.

La condamnation fait peu de bruit aux États-Unis, une grande partie du peuple catholique et même de son clergé n’étant pas même au courant de la controverse. Mais la lettre Testem Benevolentiae est utilisée en France par l’aile conservatrice de l’Église catholique pour renforcer son influence et opposition au ‘ralliement’ à la République.

Depuis, l'américanisme est plutôt apprécié au Vatican. La cause de béatification d'Isaac Hecker a été ouverte en 2008[réf. nécessaire].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) T. T. McAvoy : The great crisis in American Catholic History:1895-1900, Chicago, 1957.
  • Charles Maignen, Isaac Hecker est-il un saint ?

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En fait ce qui fut étudié ce sont surtout les idées américaines telles que perçues à travers la controverse française qui les rigidifia en les montant en « doctrines » et « système ». Léon XIII lui-même est prudent lorsqu'il écrit we are not able to give approval to those views which, in their collective sense, are called by some "Americanism. Il évite de prendre à son compte le mot « américanisme » comme caractérisant des idées hérétiques.