Akathistos

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La Mère de Dieu Theotokos (ΜΡ ΘΥ), mosaïque de la basilique Sainte-Sophie (Constantinople).

Dans la tradition chrétienne byzantine, l'akathistos ou hymne acathiste est une prière chantée adressée à Marie qui a enfanté Dieu, la Théotokos. Il doit se chanter entièrement debout, d'où son nom : a-kathiste (du grec moderne ακάθιστος = non assis).

Dévotion de l'Église à Marie dans les premiers siècles[modifier | modifier le code]

Cette hymne adressée à la Mère de Dieu est l’une des expressions les plus hautes et les plus célèbres de la piété mariale de la tradition orthodoxe byzantine[1]. Selon les mots du byzantiniste Louis Bréhier, « par sa forme élégante, par la profondeur du sentiment mystique et la beauté musicale des mots, l'Akathiste est unique dans la littérature byzantine »[2].

Son origine remonte au VIIe siècle, au temps où les musulmans assiégeaient Constantinople, d'abord sous le règne de l'empereur Héraclius en 626, mais aussi en 678 et 718[3] ; les citoyens de cette ville invoquèrent l’aide de la Vierge Marie à laquelle Constantinople était consacrée. En 678, la flotte du calife de Damas assiégea la ville mais dut se replier devant la résistance byzantine. Ainsi, après avoir expérimenté la protection de la Mère de Dieu, ils la remercièrent par des chants et des veilles en son nom. Debout, pendant toute la nuit, le peuple chanta l’Akathistos, le grand hymne à la Mère de Dieu, dont l’auteur est inconnu. Et lorsque Constantinople finit par tomber le 29 mai 1453, prise par les forces ottomanes conduites par Mehmet II, le patriarche Georges Scholarios s’adressa à Marie en disant que les fidèles avaient cessé de l'invoquer pour sauver la ville, mais avaient continué à l'invoquer pour les garder toujours dans la foi des Pères de l’Église.

Il est considéré comme un chef-d’œuvre littéraire et théologique qui présente, sous la forme d’une prière, la foi commune et universelle de l’Église des premiers siècles au sujet de la Vierge Marie. Les sources qui ont inspiré cette hymne sont les Saintes Écritures, la doctrine définie par le Concile œcuménique de Nicée, ceux d’Éphèse et de Chalcédoine, ainsi que la réflexion des Pères de l'Église orientale des IVe et Ve siècles. Durant l’année liturgique, l’hymne acathiste est chantée solennellement le cinquième samedi de Carême chez les catholiques, et les quatre premiers vendredis de Carême chez les orthodoxes ; elle est reprise en de nombreuses autres occasions ; son usage est recommandé à la piété du clergé, des moines et des fidèles.

L'hymne acathiste dans les années récentes[modifier | modifier le code]

Dans les années récentes, cette hymne s’est répandue aussi dans les communautés de fidèles de rite latin. Certaines célébrations solennelles mariales, qui ont eu lieu à Rome en présence du Saint-Père, ont contribué à la diffusion de l’hymne acathiste, qui a ainsi bénéficié d’un retentissement très important dans toute l’Église. Cette hymne très ancienne, qui est considérée comme un exemple magnifique de la tradition mariale la plus antique de l’Église indivise, est à la fois un appel et une prière d’intercession en faveur de l’unité des chrétiens, qui est appelée à se réaliser sous la conduite de la Mère de Dieu. Cette hymne est considérée comme un élément majeur pour l'unité de l'Église orientale et occidentale. Le synode des évêques catholiques qui s'est réuni en octobre 2008 sur le thème de « la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église » et dont les conclusions ont été reprises dans l'Exhortation apostolique Verbum Domini du pape Benoît XVI, considère que « prier en utilisant les mots de l'akathistos, dilate l'âme et la dispose à la paix qui vient d'en-haut, de Dieu, à cette paix qui est le Christ lui-même, né de Marie pour notre salut »[4].

Composition de l'hymne[modifier | modifier le code]

L’Akathistos appartient à la catégorie d’hymnes appelés Kontakia.
Il est composé de vingt-quatre unités ou stances, avec un acrostiche alphabétique.
La moitié d’entre elles – les stances de nombre impair – commencent par une exposition poétique qui décrit un événement, suivie de six actions de grâce adressées à la Toute sainte Mère de Dieu, pleines d’émerveillement et de louanges à son adresse, et se concluent par une exclamation caractéristique de la prière, « Salut, Épouse non épousée ! » (dans le texte original, en grec moderne, Χαῖρε, Νύμφη ἀνύμφευτε).
L’autre moitié – les stances de nombre pair – est composée d’un tropaire qui se termine par l’exclamation de louange « Alléluia ! ».

Chaque stance naît d’un événement de la vie de la Mère de Dieu, ou parfois de la vie de Jésus-Christ qu’elle a enfanté, ou encore d’autres personnages qui leur sont proches, pour exalter la participation de Marie ou de Jésus-Christ à l’épisode en question et son importance pour le salut des hommes.

Le tout début commence par une prière de la ville de Constantinople (qui peut aujourd'hui être le symbole de n'importe quelle communauté), pour demander à la Vierge Marie sa protection ; même si la tradition indique que l'hymne a été composé et chanté pour la première fois à un moment historique déterminé, pendant une veille, par le peuple de Constantinople debout (= akathistos), comme acte de remerciement parce que la ville avait été sauvée de l’invasion des ennemis, depuis, pour les fidèles qui mettent toute leur confiance dans le secours de la sainte Mère de Dieu, ce n’est pas la conjoncture historique pour laquelle l’hymne a été écrit qui compte, mais seulement la foi dans l’aide qui vient de Marie toujours Vierge et l'espérance que, de même que cela s’est passé à l’époque, de même cette aide sera concédée aujourd’hui à ceux qui l’invoquent[5].

Ensuite débute l'évocation de l’Annonciation par l'Archange Gabriel, la stupeur de la Toute sainte Mère de Dieu et son dialogue avec lui. On annonce la conception de l’embryon dans son ventre par l’opération du Saint-Esprit, puis on raconte la Visitation de la Vierge Marie à Élisabeth (mère de Jean le Baptiste), les doutes de Joseph (Nouveau Testament), l’adoration des bergers, la visite des Rois mages, l’offre de leurs dons à la Vierge Marie, la Fuite en Égypte, loin des menaces du roi Hérode le Grand, la Présentation au Temple.

L'hymne s'achève par une louange au Verbe, Sauveur du monde, et une louange à la Vierge, flambeau lumineux des hommes dans les ténèbres, temple de Dieu, protectrice de l'humanité en tout temps.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dom Placide de Meester, L’inno Akathisto, dans Bessarione, Rome, 1905

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Directoire sur la piété populaire et la liturgie Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Chapitre 207. Cité du Vatican 2001
  2. Louis Bréhier, La civilisation byzantine, Albin Michel, 1970, p. 326.
  3. Louis Bréhier, La Civilisation byzantine, Albin Michel, 1970, p. 326 et note 1835.
  4. Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini du pape Benoît XVI du 30 septembre 2010, chapitre 88.
  5. Mensuel 30 Jours, N°12 Avril 2004, Interview de Bartholomée Ier, le Patriarche œcuménique de Constantinople, sur la signification de l'Akathistos.