Ahmed Zabana

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Ahmed Zabana.

Ahmed Zahana, connu sous le nom de Zabana, est un indépendantiste algérien ayant participé au déclenchement de la guerre de libération du 1er novembre 1954 dans la région d'Oran. Condamné à mort à la suite de l'assassinat dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954 du garde forestier François Braun, il est le premier indépendantiste algérien guillotiné, le 19 juin 1956, dans la prison de Barberousse à Alger. Considéré en Algérie comme un héros, sa ville natale et plusieurs lieux dans la ville d'Oran ont été renommés à son nom.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît en 1926 dans le quartier de El-Hamri dans la banlieue Oranaise .

Il y fit ses études primaires, obtint son certificat d'études et s'inscrit dans un centre de formation professionnelle l’école de formation des métiers de chaudronnerie, électricité et soudure située au sous-sol du marché karguentah (centre ville d'Oran, aujourd'hui[Quand ?] place Zeddour Mohamed Brahim Kacem) où il apprit le métier de soudeur. Il a travaillé à la cimenterie de la Cado à Saint-Lucien[1]. Par ailleurs, on saura qu’Ahmed Zabana a joué à l’ASM Oran en équipe réserve.

En 1949, Ahmed Zabana adhère au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Son dynamisme ne tarda pas à attirer sur lui l'attention de la police française qui l'arrêta le 2 mars 1950. Il fut condamné par la justice coloniale à trois ans de prison et trois ans d'interdiction de séjour.

Dès sa libération, il reprit ses activités politiques avec autant d'ardeur que par le passé et participa aux préparatifs du déclenchement de la guerre de libération nationale. Dans la nuit du 1er novembre 1954, il organisa avec un groupe d'insurgés l'attaque contre le poste des gardes forestiers d'Oran.

Après la dissolution du Comité Révolutionnaire pour l’Unité et l’Action le 5 juillet 1954, Zabana fut désigné par Larbi Ben M'hidi en tant que responsable de la zone de Saint Lucien (Zahana) Banlieue d'Oran (actuellement Daïra de Zahana), chargé de préparer la Révolution avec tout le nécessaire en munitions et hommes.

En application des ordres reçus, il organisa la réunion de Saint Lucien (Zahana) à laquelle assista le martyr Abdelmalek Ramdane et à l'issue de laquelle Ahmed Zabana se vit attribuer les missions suivantes.

1954 : Ahmed Zabana a tenu une réunion avec son groupe de combattants au cours de laquelle furent réparties les missions et définis les objectifs ainsi que le point de ralliement à Djebel El Gaada : structuration et entraînement des groupes, choix des éléments adéquats aptes au commandement des hommes et inspection des positions stratégiques en vue de choisir les endroits susceptibles de constituer des bases pour la Révolution. Ahmed Zabana réussit ainsi à constituer des groupes à saint Lucien (Zahana), Oran, Ain Témouchent, Hammam Bouhadjar, Hassi el Ghalla, Chaabet, et Sig. Il chargea ces groupes de collecter les cotisations pour l'acquisition d'armes et de munitions. Avec Abdelmalek Ramdane, il dirigea les opérations d'entraînement militaire ainsi que les techniques pour tendre des embuscades, lancer des incursions et fabriquer des bombes. Ghar Boudjelida (grotte de la chauve-souris) qui se trouve à El Gaada dans la banlieue d'Oran était le P.C (poste de commandement) du secteur[réf. nécessaire] de Saint-Lucien au début de la révolution algérienne (Zone 4 Willaya 5 ).

Au cours de la réunion présidée par Larbi Ben M'hidi le 30 octobre 1954, la date du déclenchement de la Révolution, les objectifs à attaquer la veille du premier novembre furent définis avec précision.

1954 : la bataille de Ghar Boudjelida à El Gaada, le 8 novembre 1954 au cours de laquelle Ahmed Zabana fut capturé par les troupes françaises après avoir été atteint de deux balles. Il fut prisonnier et conduit d'abord à l'école communale d'El Gaada en attendant de l'acheminer vers l'hôpital. L'instituteur pied-noir, Monsieur Casé, montra le blessé et ses compagnons déposés devant la porte du garage de l'école (fondée en 1905) à ses élèves, en leur disant : « voilà ce qui vous arrivera si vous suivez les rebelles ». Ensuite, Ahmed Zabana fut incarcéré à la prison d'Oran le 3 mai 1955, Le 19 juin 1956, il fut transféré vers la prison Barberousse (Serkadji) pour y être guillotiné.

Jugé sommairement[réf. nécessaire] et condamné à mort[2], il fut le premier condamné depuis le déclenchement de la guerre de libération nationale à monter sur l'échafaud, dans l'enceinte de la prison de Barberousse, sur les hauteurs d'Alger.

Son exécution ainsi que celle de Ferradj avaient été réclamées par les milieux colonialistes dits « ultra », qui en firent un motif de satisfaction[non neutre]. Mais l'événement provoqua dans l'opinion algérienne un mouvement de colère si puissant qu'il ne tarda pas à se traduire par une série d'actions anticolonialistes. C'est ce climat d'effervescence qui prépara la bataille d'Alger.

La guillotine avec laquelle fut exécuté Ahmed Zabana se trouve au musée central de l'armée[3].

Le musée national Ahmed Zabana.

Le musée des Beaux Arts d'Oran, Musée Demaeght du nom de son fondateur, fut renommé « Musée Ahmed Zabana » et comprend une importante collection d'œuvres des peintres de l'École d'Alger et notamment des Prix Abd-el-Tif (1907-1961), la deuxième au monde après le Musée National des Beaux Arts d'Alger (MNBA).

Il est enterré dans le village de sa région natale à Zahana.

Les enjeux de son exécution[modifier | modifier le code]

Ayant participé à l'assassinat du garde forestier François Braun[1] dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, à la maison forestière de la Mare d'Eau (entre Zahana et Oggaz[4]), il est pris le 8 novembre, jugé et condamné à mort. L'exécution de la sentence est l'enjeu d'un bras de fer entre les élus d'Algérie, les responsables du FLN à Alger et les autorités françaises[5].

Des élus d'Algérie réclament l'exécution des condamnés à mort, et le chef de la zone algéroise du FLN Abane Ramdane menace : « si le gouvernement français faisait guillotiner les condamnés à mort, des représailles terribles s’abattront sur la population civile européenne[6] ». Khalfa Mameri, biographe d'Abane Ramdane, attribue à son héros une stratégie d’« accélération voulue de la répression[7] », pour unifier le peuple algérien autour du FLN.

Le ministre résidant Robert Lacoste laisse finalement guillotiner à la prison de Barberousse, le 19 juin 1956, deux condamnés à mort, dont Ahmed Zabana. Aussitôt, Ramdane Abane et Larbi Ben M'hidi, arrivé depuis peu à Alger, rédigent un tract menaçant : « Pour chaque maquisard guillotiné, cent Français seront abattus sans distinction[8] ». C'est l'enclenchement de la bataille d'Alger.

La dernière lettre du condamné à mort[modifier | modifier le code]

« Mes chers parents, ma chère mère.

Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu'il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin et la mort pour la patrie n'est qu'un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l'être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi. Enfin, recevez les salutations d'un fils et d'un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevrez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu'à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheira, Salah et Dinya et à toi mon cher frère Abdelkader ainsi qu'à tous ceux qui partageront votre peine. Allah est Le Plus-Grand et Il est Seul à être équitable.

Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur H'mida[9]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Claude Martin, dans L'agonie d'Oran - Nice 1985 - p.13
  2. http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2331
  3. http://www.algerie-monde.com/dossiers-algerie/ahmed-zabana.html
  4. Localisation sur maps.google
  5. Guy Pervillé, Le terrorisme urbain dans la guerre d’Algérie (2000), in colloque Militaires et guérilla dans la guerre d'Algérie. Lire en ligne
  6. La guerre d’Algérie, s. dir. Henri Alleg, Paris, Temps actuels, 1981, t. 3 p 531
  7. Khalfa Mameri, Abane Ramdane, héros de la guerre d’Algérie, Paris, L’Harmattan, 1988, pp 136-137 et 263
  8. Tract cité par Yves Courrière, Le temps des léopards, Paris, Fayard, 1969, pp 357-358.
  9. Groupe Jeune Afrique, Jeune Afrique, Groupe Jeune Afrique,‎ 2007, p. 6