Eurogroupe

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Carte sur L'union économique et monétaire (UEM) de l'Union européenne.
  •      États membres de la zone euro : 19 pays
  •      États membres de l'UE qui devront rejoindre la zone euro : 7 pays
  •      Micro-États utilisant l'euro avec l'accord de l'UE : 4 pays
  •      Pays qui ont adopté l'euro unilatéralement : 2 pays
  •      État membre de l'UE ayant signé le MCE II mais qui n'est pas obligé de rejoindre la zone euro (Danemark).
  •      État membre de l'UE qui n'est pas obligé de rejoindre la zone euro (Royaume-Uni).

L'Eurogroupe est la réunion mensuelle et informelle des ministres des Finances des États membres de la zone euro, en vue d'y coordonner leurs politiques économiques. Créé par le Conseil européen de décembre 1997, l'Eurogroupe rassemble les ministres de l'Économie et des Finances des pays de la zone euro lors de réunions préliminaires au Conseil des ministres des Finances européens (Conseil ECOFIN) qui se tient mensuellement.

Historique[modifier | modifier le code]

L'Eurogroupe a été créé en 1997, suite à la mise en place de l'Union économique et monétaire (UEM) et à l'établissement d'un ensemble de politiques communes à tous les États membres de l'UE visant à rapprocher leurs économies au sein du marché unique européen. La première réunion s'est tenue le au château de Senningen au Luxembourg et l'Eurogroupe a peu à peu acquis une plus grande importance en matière de politique monétaire commune car les 19 ministres des Finances de la zone euro sont les seuls à pouvoir prendre des décisions en la matière ; les représentants des États membres qui ne font pas partie de la zone euro ne votent pas sur les dossiers concernant l'euro.

Le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), reformé en 2009 dans l'article 137 traité de Lisbonne, établit officiellement le nom d'« Eurogroupe » et confirme sa nature « informelle ».

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Mário Centeno, actuel président de l'Eurogroupe.

Les membres de l'Eurogroupe sont les ministres de l'Économie et des Finances des pays de la zone euro, auxquels s'ajoutent le président de la BCE et un représentant de la Commission européenne. Les réunions ont lieu une fois par mois, la veille des réunions du Conseil ECOFIN. Des réunions exceptionnelles de l'Eurogroupe peuvent aussi avoir lieu occasionnellement, sur convocation de son président.

Président[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Président de l'Eurogroupe.

Jusqu'en 2005, l'Eurogroupe était présidé par le ministre dont l'État membre présidait l'UE ou, si cet État ne faisait pas partie de la zone euro, par le ministre de l'État assurant la présidence suivante du Conseil. Au Conseil ECOFIN informel de Scheveningen (), les ministres des Finances ont décidé d'introduire le principe d'une présidence stable de l'Eurogroupe pour une période de deux ans et demi reconductible.

Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances des Pays-Bas, a été élu le 21 janvier 2013 2e président de l'Eurogroupe[1],[2], succédant à Jean-Claude Juncker. Il est réélu le 13 juillet 2015 et le 13 janvier 2018, c'est le portugais Mário Centeno qui lui succède.

Nom Parti politique européen Pays d'origine Prise de fonction ministérielle Passation de fonction ministérielle Élection à la présidence Durée du mandat
Mário Centeno Indépendant Drapeau du Portugal Portugal En fonction 10 mois et 24 jours

Membres[modifier | modifier le code]

Membre État membre Parti politique Membre depuis
Peter Altmaier Drapeau de l'Allemagne Allemagne Parti populaire européen
National : Union chrétienne-démocrate d'Allemagne
Hans Jörg Schelling Drapeau de l'Autriche Autriche Parti populaire européen
National : Parti populaire autrichien
Johan Van Overtveldt Drapeau de la Belgique Belgique Conservateurs et réformistes européens
National : Nieuw-Vlaamse Alliantie
Harris Georgiades Drapeau de Chypre Chypre Parti populaire européen
National : Rassemblement démocrate
Luis de Guindos Drapeau de l'Espagne Espagne Parti populaire européen
National : Parti populaire
Toomas Tõniste Drapeau de l'Estonie Estonie Parti populaire européen
National : Union pour la patrie et Res Publica
Petteri Orpo Drapeau de la Finlande Finlande Parti populaire européen
National : Parti de la Coalition nationale
Bruno Le Maire Drapeau de la France France Indépendant
National : La République En Marche
Euclide Tsakalotos Drapeau de la Grèce Grèce Parti de la gauche européenne
National : SYRIZA
Michael Noonan Drapeau de l'Irlande Irlande Parti populaire européen
National : Fine Gael
Giovanni Tria Drapeau de l'Italie Italie Indépendant
Dana Reizniece-Ozola Drapeau de la Lettonie Lettonie Parti vert européen
National : Union des verts et des paysans
Vilius Šapoka Drapeau de la Lituanie Lituanie Indépendant
Pierre Gramegna Drapeau du Luxembourg Luxembourg Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe
Proposé par le Parti démocratique
Edward Scicluna Drapeau de Malte Malte Parti socialiste européen
National : Parti travailliste
Wopke Hoekstra Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas Parti populaire européen
National : Appel chrétien-démocrate
Mário Centeno Drapeau du Portugal Portugal Indépendant
Proposé par le Parti socialiste
Peter Kažimír Drapeau de la Slovaquie Slovaquie Parti socialiste européen
National : Direction - Social-démocratie
Mateja Vraničar Erman Drapeau de la Slovénie Slovénie Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe
Proposé par le Parti du centre moderne

Missions[modifier | modifier le code]

L'Eurogroupe a essentiellement pour mission de faciliter la concertation des États membres participant à la zone euro :

  • en matière de conjoncture ;
  • dans les relations entre le Conseil et la BCE ;
  • en vue de préparer les positions communes de la zone euro sur la scène extérieure ;
  • dans la coordination des politiques budgétaires.

Ces missions ont été élargies depuis la présidence française (Conseil européen de Nice) :

  • à la concertation en matière d'emploi ;
  • aux questions structurelles.

Le président de l'Eurogroupe a des missions particulières, il peut assister, sans droit de vote, aux réunions du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne. Mais surtout, il représente les ministres des Finances de la zone euro auprès d'organismes internationaux comme le G7, le FMI et la Banque mondiale.

Coordination des politiques monétaires[modifier | modifier le code]

Organisation ad hoc créée par le Conseil européen en 1997[modifier | modifier le code]

L'Eurogroupe n'est pas une institution communautaire. Après la mise en place de l'Union économique et monétaire (UEM), les pays de la future zone euro éprouvent le besoin de se retrouver pour évoquer les sujets relatifs à l'euro, sans nécessairement se réunir dans le cadre du traditionnel ECOFIN, qui regroupe les ministres de l'ensemble des États membres (EM).

Ainsi, à la fin de la seconde phase qualificative pour l'entrée dans l'euro, le Conseil européen d'Amsterdam (juin 1997) crée l'Eurogroupe. Cette nouvelle organisation est décrite, 6 mois plus tard, dans les conclusions du Conseil européen de Luxembourg (12-) :

« (…) Les ministres des États participant à la zone euro peuvent se réunir entre eux de façon informelle pour discuter de questions liées aux responsabilités spécifiques qu'ils partagent en matière de monnaie unique. La Commission ainsi que, le cas échéant, la Banque centrale européenne sont invitées à participer aux réunions. Chaque fois que des questions d'intérêt commun sont concernées, elles sont discutées par les ministres de tous les États membres. […] ».

Institutionnalisation informelle progressive[modifier | modifier le code]

Cette organisation informelle n'a même pas de nom lors de sa création. Ce n'est que trois ans plus tard qu'elle prend officiellement la désignation d'« Eurogroupe », au sein des conclusions de la présidence du Conseil de Nice (7-).

Cependant, l'importance que revêt l'UEM pour les États membres de la zone euro les pousse à développer cette structure informelle. L'Eurogroupe devient peu à peu une formation réduite (mais toujours informelle) de l'ECOFIN, qui se réunit généralement la veille des sessions de l'ECOFIN. Au cours de ces réunions informelles, les États membres de la zone euro préparent donc les réunions du conseil, qui reste l'organe de décision en matière économique et monétaire, selon les procédures définies par le Traité de Nice.

Cependant, lorsque le Conseil ECOFIN examine des dossiers relatifs à l'euro et à l'UEM, les représentants des États membres qui ne font pas partie de la zone euro ne participent pas au vote au sein du Conseil. Ainsi, les États membres participant à l'Eurogroupe sont seuls décideurs au sein du Conseil ECOFIN pour les questions attenants à la monnaie unique. Si la réalité institutionnelle conserve l'intégralité de la procédure décisionnelle pour le conseil, la pratique européenne en matière monétaire fait, au niveau ministériel, de l'Eurogroupe son organe de décision de facto. Il s'agit d'une institutionnalisation informelle.

L'Eurogroupe, dix-huit ans après sa création, n'est ainsi qu'un cadre de réunion toujours dépourvu de véritable existence juridique[3] (et donc a fortiori de règles statutaires démocratiques[4]) au sein de l'Union européenne, mais son rôle est désormais majeur concernant le traitement des affaires et crises financières ou monétaires des dix-neuf États membres ayant adopté comme monnaie l'Euro (Eurozone)[5].

Institutionnalisation[modifier | modifier le code]

L'existence de l'Eurogroupe est inscrite à l'article 137 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : « Les modalités des réunions entre ministres des États membres dont la monnaie est l'euro sont fixées par le protocole sur l'Eurogroupe. » et dans le protocole additionnel no 3 sur l'Eurogroupe. Bien que mentionné dans le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, il reste une instance de concertation informelle (article 1 du protocole no 3 : « Les ministres des États membres dont la monnaie est l'euro se réunissent entre eux de façon informelle »). Le traité ne modifie pas le fonctionnement de l'Eurogroupe, ni ses missions.

Au sein du Conseil ECOFIN, qui reste l'instance décisionnaire, le traité précise les procédures de vote spécifiques : seuls les États membres dont la monnaie est l'euro pourront voter lorsque les mesures concerneront les États membres de la zone euro, en matière de politique budgétaire et économique (article III-194) ainsi que pour la définition d'une représentation unifiée au sein des institutions et forums internationaux (article III-196). Sur ce dernier point, le Conseil devra statuer après consultation de la BCE.

Rôle de concertation[modifier | modifier le code]

L'Eurogroupe reste une instance informelle, car son développement se heurte à la résistance des États membres hors zone euro, Royaume-Uni en tête, qui ne désirent pas être écartés du processus de décision au sein du Conseil ECOFIN. Même au sein du protocole annexé au projet de Constitution, l'Eurogroupe n'a donc pas de compétence spécifique.

Par ailleurs, la représentation de la zone euro dans les organisations internationales, notamment au FMI, se heurte à la dispersion des compétences internes, entre BCE, Eurogroupe et Commission.

Enfin, les économies de la zone euro présentent des différences structurelles depuis l'adoption de la monnaie unique, en termes de taux de croissance, de taux d'inflation, et donc de taux d'intérêt réel. Ces différences sont suivies avec précision (et parfois inquiétude) par la BCE et elles affectent la pertinence d'une politique monétaire commune. Ainsi, il n'est pas de trop d'une instance de concertation, même informelle, pour que la zone euro adopte une vraie politique concertée et harmonisée en matière budgétaire, fiscale, et dans le domaine du marché du travail.

Cependant, l'Eurogroupe, dans sa conception actuelle, n'a pas la compétence institutionnelle pour influencer la politique monétaire, qui reste la compétence exclusive de la BCE, selon les règles définies par le traité, malgré les critiques épisodiques des gouvernements nationaux.

Décisions[modifier | modifier le code]

Le , l'Eurogroupe annonce la création d'un ensemble de fonds de soutien (renommé ultérieurement Fonds européen de stabilité financière) capable de lever 750 milliards d'euros, placé sous la responsabilité de la Commission européenne[6].

Notes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, Le Figaro, 21 janvier 2013.
  2. « Dijsselbloem succède à Juncker à la tête de l'Eurogroupe », France TV Info, 21 janvier 2013.
  3. Pascal Hérard, « Grèce : à qui profitent les prêts de l'Eurogroupe ? », TV5,‎ (lire en ligne)
  4. Éditorial, « La difficile quête démocratique de l'Eurogroupe », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. « Fiche d'actualité - Eurogroupe », sur le site de l'Assemblée nationale française (consulté le 22 septembre 2015).
  6. Benjamin Vignolles, « Le Fonds européen de stabilité financière : mode d'emploi », Regards croisés sur l'économie, La Découverte, vol. n° 11, no 1,‎ , p. 85-87 (ISSN 1956-7413, résumé, lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Projet de traité constitutionnel, article III et protocole no 12
  • Conclusions du Conseil européen de Luxembourg (12-13 décembre 1997)
  • Conclusions de la présidence du Conseil de Nice (7-9 décembre 2000)
  • Droit européen, JC Gautron, Dalloz, édition 2006
  • Histoire de la construction européenne, MT Bitsch, éditions Complexe, juillet 2004

Lien externe[modifier | modifier le code]