Antoine Le Maistre

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Antoine Le Maistre
Description de cette image, également commentée ci-après
Antoine le Maître
gravure par Jacques Lubin (1696)
Naissance
Décès (à 50 ans)
Port-Royal des Champs
Nationalité Drapeau du royaume de France royaume de France
Pays de résidence Drapeau du royaume de France royaume de France
Profession
Activité principale
homme de lettres
Autres activités
Ascendants
Antoine Arnauld, son grand-père
Catherine Arnauld, sa mère
Famille

Antoine Le Maistre, ou Lemaistre, ou Le Maître, né le et mort le , est un janséniste français, avocat, puis pédagogue et homme de lettres. En 1639, il devient le premier Solitaire de Port-Royal des Champs. Il y veille notamment à l'éducation de Jean Racine, dont il va fortement influencer la formation littéraire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Il naît le 2 mai 1608. Il est le fils aîné[1] d'un protestant[2], Isaac Le Maistre, maître des comptes, et de Catherine Arnauld[3], fille aînée de l'avocat Antoine Arnauld (1560-1619). Catherine est sœur de Robert Arnauld d'Andilly ; de Henri Arnauld, évêque d'Angers ; d'Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne ; et des mères Agnès Arnauld et Angélique Arnauld. Antoine est le frère de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy[4].

Carrière juridique[modifier | modifier le code]

Il commence à plaider à 21 ans, d'une manière qui, selon Charles Perrault, n'a pas encore eu d'exemple au barreau : « Il y apporta l'éloquence de l'ancienne Grèce et de l'ancienne Rome, dégagée de tous les vices que la barbarie de nos pères y avait introduits[3]. » Perrault s'étonne que, « par la force de sa raison, il ait prévu et comme saisi par avance la manière parfaite de s'exprimer[3] ». Pour Guez de Balzac, « ses grands, ses riches, ses magnifiques plaidoyers eussent donné de la jalousie à Cicéron et à Démosthène[5] ». Les prédicants demandaient à pouvoir quitter leurs chaires afin de pouvoir l'écouter prêcher[6]. Le chancelier Séguier le choisit, alors qu'il est âgé de 28 ans, pour faire ses trois harangues de réception au parlement et aux autres cours supérieures, le Grand conseil et la Cour des aides. Pour le remercier de l'honneur qu'il lui a fait dans ces trois tribunaux, Séguier lui procure un brevet de conseiller d'État[3],[7].

Port-Royal[modifier | modifier le code]

« Avocat le plus brillant de Paris[8] », Le Maistre n’a pas encore 30 ans lorsque, sous l'influence de l'abbé de Saint-Cyran, il prend la résolution de renoncer au monde[9]. Il annonce à son père sa décision de quitter le barreau[2]. Il le quitte en effet trois mois plus tard. Il renvoie à Séguier ses lettres de conseiller d'État[3]. L'émoi suscité par la retraite d'un « avocat si célèbre[10] » sert alors aux ennemis du jansénisme pour discréditer Saint-Cyran dans l'esprit de Richelieu[10].

Le , guidé par Saint-Cyran[11], Antoine Le Maistre se retire avec son frère Simon à l'abbaye de Port-Royal de Paris[2],[12]. Les deux hommes se mettent sous la direction spirituelle de Saint-Cyran. À la demande de ce dernier, les frères Le Maistre accueillent plusieurs enfants dans leur maison pour les éduquer selon les principes saint-cyraniens. L’arrestation de Saint-Cyran le met un terme à cette vie de pédagogues[2].

Premier des Solitaires, Antoine Le Maistre se fixe pour toujours à Port-Royal des Champs en août 1639. Il y mène une vie discrète et austère[2]. Il entretient, à l'abbaye, une relation privilégiée avec Jean Racine, élève aux Petites écoles dès un âge tendre. Il semble qu'Antoine Le Maistre ait même adopté symboliquement le garçon[13], qu'il appelle « mon cher fils », quand Racine l'appelle « papa »[14]. Le Maistre fait lire et annoter à son élève Cicéron, Quintilien, Tacite et Plutarque[15]. La formation et les lectures données par Le Maistre vont exercer une très forte influence sur l'écriture et la carrière de Racine[16].

Dans sa retraite, Le Maistre se consacre à donner des traductions, à écrire des vies de saints[2]. Il meurt à Port-Royal des Champs le , à 50 ans, des suites d’une maladie[4],[17]. Sa disparition brutale plonge Port-Royal dans un deuil profond : le 4 novembre devient après 1658 un jour d'hommage à l'abbaye[18]. Sa pierre tombale est visible dans le cloître de Port-Royal de Paris.

Publications[modifier | modifier le code]

Il a parfois recours aux pseudonymes Lamy et L. de Saint-Aubin. Il laisse une œuvre abondante, notamment un Recueil de divers plaidoyers et harangues, prononcez au Parlement (1652)[19], un Traité sur l'aumône (1658) et une Vie des Saints, continuée par Pierre Thomas du Fossé[17],[19].

Dans les Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal de Nicolas Fontaine, on trouve les dix « Règles de la traduction française » édictées par Le Maistre. Des principes comme ceux de l'importance de la fidélité et de la littéralité en traduction y sont dégagés. Le texte doit être équilibré, il faut rester fidèle et ne rien ajouter à la traduction[17].

Le Maistre a traduit la Bible et trois textes de saint Bernard : « De la vie solitaire », « Des commandements et dispenses » et « De la conversion des Mœurs »[20].

Il est probablement l'auteur de la Lettre d'un avocat, présentée parfois comme une dix-neuvième Provinciale[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolas Fontaine, Mémoires pour servir à l'histoire de Port-Royal, sur babel.hathitrust.org, Utrecht, 1736, t. I, p 30 (consulté le 18 mai 2018).
  2. a, b, c, d, e et f Jean Lesaulnier, « Antoine Le Maistre (1608-1658) », sur amisdeportroyal.org, dans « Petite galerie », Chroniques de Port-Royal, numéro spécial « Port-Royal de Paris », 1991 (consulté le 17 mai 2018).
  3. a, b, c, d et e Charles Perrault, « Antoine Le Maistre advocat », Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, sur gallica.bnf.fr, Paris, Dezallier, 1697, t. I, p. 61.
  4. a et b Charles Perrault, op. cit., p. 62.
  5. Cité par Raymond Picard, dans Racine, Œuvres complètes, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1966, t. II, p. 54, note 1.
  6. Marcel Rousselet, Histoire de la justice, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 3e éd. (1re éd. 1943), 126 p., p. 46
  7. Pierre Thomas du Fossé, Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal, sur archive.org, Utrecht, 1739, p. 41 (consulté le 17 mai 2018).
  8. Alain Viala, Racine : la stratégie du caméléon, Paris, Seghers, 1990, p. 30.
  9. Nicolas Fontaine, op. cit., t. I, p. 32.
  10. a et b Nicolas Fontaine, op. cit., t. I, p. 47.
  11. René Taveneaux, Jansénisme et politique, choix de textes, Paris, Armand Colin, 1965, p. 56.
  12. René Taveneaux, op. cit., indique l’année 1637.
  13. Voir sur ces relations et cette adoption Georges Forestier, Jean Racine, Paris, Gallimard, 2006, p. 40, 52-54 et 93 ; Alain Viala, op. cit., p. 40 et 41, 43 et 44 ; Louis Vaunois, L'Enfance et la Jeunesse de Racine : documents sur la vie de Racine, Paris, Del Duca, 1964, p. 97-100.
  14. Ces qualificatifs se lisent notamment dans un célèbre billet de Le Maistre à Racine du , qui installe Racine comme gardien de la bibliothèque du maître en son absence de Port-Royal. BnF, manuscrits français 12886, fol. 273 ; Raymond Picard, 1956, p. 2 ; Georges Forestier, op. cit., p. 93. Le billet original est numérisé et visible sur Gallica.
  15. Alain Viala, op. cit., p. 40.
  16. Georges Forestier, op. cit., p. 98-110.
  17. a, b, c et d Irénée Carré, « Le Maître », sur inrp.fr (consulté le 16 mai 2018).
  18. Georges Forestier, op. cit., p. 116 ; Nicolas Fontaine, Mémoires ou histoire des Solitaires de Port-Royal, Paris, Champion, 2001, p. 685.
  19. a et b « Antoine Le Maistre (1608-1658) », sur data.bnf.fr, 15 février 2018 (consulté le 17 mai 2018).
  20. « Antoine Le Maistre (1608-1658) - traducteur », sur data.bnf.fr, 15 février 2018 (consulté le 17 mai 2018).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Perrault, « Antoine Le Maistre advocat », Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, Paris, Dezallier, 1697, t. I, p. 61 et 62 (lire en ligne).
  • Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, Paris, Moutard, 1779, t. II, p. 768 (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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