Antoine Le Maistre

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Antoine le Maistre, gravure par Jacques Lubin (1696)

Antoine Le Maistre[1], né le et mort le (à 50 ans) était un avocat janséniste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'Isaac Le Maistre, maître des comptes, et de Catherine Arnauld, fille aînée de l'avocat Antoine Arnauld (1560-1619), sœur de Robert Arnauld d'Andilly, de Henri Arnauld, évêque d'Angers et de Monsieur Arnauld, docteur de Sorbonne, des mères Agnès Arnauld et Angélique Arnauld. Il est le frère de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy.

Il a commencé à plaider à vingt et un ans d'une manière qui n'avait pas eu d'exemple au barreau. Charles Perrault a écrit qu'il y avait amené l'éloquence de l'ancienne Grèce et l'ancienne Rome. Il avait par la force de sa raison, prévu, comme saisi par avance, la manière parfaite de s'exprimer. Le chancelier Séguier l'a choisi, alors qu'il était âgé de 28 ans, pour présenter ses lettres au parlement et aux autres Cours supérieures, le Grand conseil et la Cour des aides. Pour le remercier, le chancelier Séguier lui a donné un brevet de conseiller d'État qu'il lui a renvoyé quand il a choisi de quitter le barreau.

Jeune avocat célèbre, Le Maistre quitte le barreau alors qu’il n’avait pas encore trente ans et se retire à Port-Royal à l’instigation de Saint-Cyran[2].

Il avait annoncé sa décision dans une lettre à son père après trois mois de réflexion[3]. En période de crise (la Fronde), ce geste de retrait à l’égard des affaires publiques déplut à Richelieu, s’imaginant probablement perdre un juriste de talent[4].

Le 10 janvier 1638, Antoine et Simon Le Maistre s’installent à Port-Royal de Paris[3],[5]. Ils se mettent alors sous la direction spirituelle de l’abbé de Saint-Cyran. À la demande de ce dernier, les frères Le Maistre accueillent plusieurs enfants dans leur maison pour les éduquer selon les principes saint-cyraniens[3]. L’arrestation de Saint-Cyran le 14 mai 1638 met un terme à cette vie de pédagogues[3].

Premier des Solitaires, Antoine Le Maistre se fixe pour toujours à Port-Royal des Champs en août 1639, menant une vie discrète et austère[3]. Il entretient, à l'abbaye, une relation particuilère avec Jean Racine, élève aux Petites écolesdès un âge tendre. Il semble qu'Antoine Le Maistre ait même adopté symboliquement le garçon[6], qu'il appelait "mon cher fils", quand Racine l'appelait "papa"[7]. La formation et les lectures données par Le Maistre ont exercé une très forte influence sur l'écriture et la carrière postérieure de Racine[8].

Le Maistre se consacra à Port-Royal à donner des traductions, à écrire des vies de Saints[3]. Il a laissé une œuvre abondante et meurt le 4 novembre 1658 des suites d’une maladie. Sa mort brutale plongea Port-Royal dans un deuil profond : le quatre novembre devient après 1658 un jour d'hommage à l'abbaye[9]. Sa pierre tombale est visible dans le cloitre de Port-Royal de Paris.

Publications[modifier | modifier le code]

Parmi ses œuvres on retrouve « Dix règles de la traduction française », où des principes comme ceux de l'importance de la fidélité et de la littéralité en traduction sont dégagés. Le texte doit être équilibré et il faut rester fidèle et ne rien ajouter à la traduction. Il a également traduit trois textes de Saint Bernard (« De la vie solitaire », « Des commandements et dispenses », « De la conversion des Mœurs »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Également écrit Lemaistre ou Le Maître ; pseudonymes : Lamy et L. de Saint-Aubin
  2. Jansénisme et politique, textes choisis et présentés par René Taveneaux, Paris, Librairie Armand Colin, 1965, p. 56.
  3. a, b, c, d, e et f « Antoine Le Maistre (1608-1658) », site des Amis de Port-Royal.
  4. René Taveneaux, op. cit., p. 56. Un texte à l’appui de Nicolas Fontaine (p. 56-57) en témoigne (Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal, t. I, Cologne, 1738, p. 47-48).
  5. René Taveneaux dans op. cit., indique l’année 1637.
  6. Voir sur ces relations et cette adoption Georges Forestier, Jean Racine, Paris, Gallimard, 2006, p.40, p.52-54, p.93 ; Alain Viala, Racine. La stratégie du caméléon, Paris, Seghers, 1990, p.40-41, p.43-44 ; Louis Vaunois, L'Enfance et la jeunesse de Racine. Documents sur la vie de Racine, Paris, Del Duca, 1964, p.97-100.
  7. Ces dénominations se lisent notamment dans un célèbre billet de Le Maistre à Racine le 31 mars 1656, qui installe Racine comme gardien de la bibliothèque de l'avocat en son absence à Port-Royal. BnF, manuscrits français 12886, fol.273 ; Raymond Picard 1956, p.2 ; Georges Forestier 2006, p.93. Le billet original est numérisé et visible sur Gallica.
  8. Georges Forestier, op.cit., p.98-110.
  9. Georges Forestier, op.cit., p.116 ; Nicolas Fontaine, Mémoires ou histoire des Solitaires de Port-Royal, Paris Champion, 2001, p.685.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Le Maistre advocat, dans Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, chez Antoine Dezallier, 1697, tome 1, p. 61-62 (lire en ligne)
  • Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Dictionnaire historique de la ville Paris et de ses environs, chez Moutard imprimeur, Paris, 1779, tome 2, p. 768 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sa biographie sur le site des Amis de Port-Royal