Tourisme équitable

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Le tourisme équitable est une forme de tourisme, que l'on place dans le courant du tourisme alternatif, qui correspond à un ensemble d'activités de services prenant exemple sur les principes du commerce équitable. Les critères principaux de cette forme de tourisme sont la participation des communautés d’accueils, le partage équitable des profits et le respect des communautés locales et de l’environnement. Il peut être confondu avec le tourisme durable.

Définition[modifier | modifier le code]

La définition du tourisme équitable issue de la « Charte du Tourisme Équitable » de janvier 2009, proposé par la plate-forme pour le commerce équitable (PFCE, un collectif créé en 1997) définie la notion de la manière suivante : « Le tourisme équitable s’applique sur les principes du commerce équitable. Les opérateurs touristiques sont en partenariat direct avec les communautés locales, qui sont rémunérées équitablement et participent directement à l’élaboration commune et à la gestion des séjours »[1]. La Plate-Forme pour le Commerce Équitable, structure de coordination des organismes de commerce équitable en France, s'est ouverte au tourisme équitable depuis 2001. Elle a accueilli quatre structures de tourisme équitable (Croq'Nature, Djembé, Tourisme et développement solidaire et La route des sens). Pour l'agence de voyage français Croq’nature, le « voyage est un moyen privilégié de lien et de compréhension entre les peuples. Il doit permettre l’épanouissement du voyageur et de l’accueillant sur les plans personnels, culturels et économiques. Ses ressources doivent profiter équitablement aux populations d’accueil et contribuer au développement durable de leur territoire d’accueil »[2]. Le tourisme équitable est alors une conception du tourisme international consistant à appliquer les principes du commerce équitable à ce secteur. Il est pratiqué par diverses associations ou entreprises. Leur ambition spécifique est d'assurer aux communautés vivant sur les lieux du tourisme une part équitable des revenus qu'il génère, et de concilier le tourisme avec leur développement durable. Concrètement, cela débouche sur un ensemble de critères visant au respect des habitants et de leur mode de vie, à une rencontre entre les touristes et ces habitants, à la durabilité des progrès amenés par le tourisme. Ça ne repose pour le moment pas sur un contrôle externe et indépendant[3].

D'un point de vue plus académique, bien que de définir la notion de tourisme durable soit un exercice compliqué, certains auteurs proposent quelques directions. Malloy et Fennell, dans leur article “Codes of ethics and tourism: an exploratory content analysis” (Tourism Management, 1998) expliquent ainsi que le tourisme durable doit être caractérisé par une relation de confiance entre le tour opérateur et la communauté d’accueil[4]. Clare Weeden de l'Université de Brighton (Ethical tourism: An opportunity for competitive advantage?, 2002) souligne également l’importance du partage des profits et de l’équité salariale[4]. L'ouvrage collectif Management du Tourisme : Territoires, Offres et Stratégies (2012), de Jean-Pierre Lozato-Giotart, Erick Leroux, Michel Balfet, résume bien les obligations d’un tourisme équitable en affirmant qu’il doit respecter l’environnement et les populations locales[4].

Il existe un nombre important de notions se rapprochant du tourisme équitable. La notion tourisme durable peut par exemple être comprise comme la catégorie générique des formes de tourismes alternatifs qui tentent de respecter les populations locales et l'environnement. Le tourisme durable, par une recherche du tourisme de proximité, tente de limiter les impacts négatifs du tourisme. Une autre forme de tourisme durable est l'écotourisme qui est davantage tournée vers la préservation de la nature. Le tourisme solidaire est quant à lui centré sur l'échange avec les populations locales et la contribution au développement durable. Ce dernier type de tourisme peut être plus ou moins compris comme un synonyme de tourisme équitable.

Le label équitable des structures en question ne repose pour le moment pas sur un contrôle externe et indépendant. Les quatre associations sont - jusqu'à ce jour - dans une démarche d'auto-labellisation. Il n'existe dans le monde à l'heure actuelle qu'un seul organisme qui s'est lancé dans une véritable certification équitable reposant sur des critères et sur un contrôle rigoureux, il s'agit de Fair Trade in Tourism South Africa.[réf. nécessaire]

D'autres associations de tourisme équitable se sont regroupées au sein de plusieurs réseaux, ce qui leur permet une visibilité notamment pour le grand public, et de disposer de l'agrément tourisme, obligatoire dans la profession, comme l'Association pour le tourisme équitable et solidaire (ATES) ou la Fédération Nationale des Foyers Ruraux. L'ATES regroupe des voyagistes sélectionnés sur la base d’une grille de critères éthiques rigoureux, qui travaillent dans une même démarche : mettre en place une activité touristique qui aide au développement local des régions d’accueil, dans le cadre d’un partenariat étroit avec les communautés locales et leurs représentants.

Émergence du tourisme équitable[modifier | modifier le code]

Jeanette McDonald cite l'article de Clare Weeden (Ethical tourism: An opportunity for competitive advantage?, 2002) où elle souligne que « le tourisme éthique a été utilisé à l’origine par des groupes de pression et des organisations caritatives chrétiennes qui se sont inquiétés de la croissance et de l’impact du tourisme dans les pays en développement »[4]. Le tourisme éthique, dérivant du tourisme durable issu du rapport Brundtland publié par la commission mondiale pour l'environnement et le développement[5], était préconisé en tant qu'alternative positive au tourisme de masse souvent destructeur[4]. Dès lors, le tourisme durable/équitable est né à la fin années 1990 de la rencontre de deux volontés, la première liée au développement d’internet et la fin du tourisme dit de « fordisme », c’est-à-dire le tourisme de masse avec des voyages préfabriqués qui sont les mêmes pour tous[6]. Ce type de voyage a laissé place à des voyages individualisés et sur-mesure[6]. La seconde volonté était celle grandissante des citoyens occidentaux pour les causes humanitaires et leur envie d’agir localement et durablement et ce même durant leurs voyages, on parle alors de « consom’acteur »[6]. L’auteur Jeanette McDonald déclare ainsi que l’« oisiveté et le ludique semblent alors être remplacés par le voyage utile et plus éthique. D’ailleurs certains professionnels du tourisme ont fait de l’éthique, leur fonds de commerce »[4].

Chiffres[modifier | modifier le code]

En 2007, le chiffre d'affaires pour le secteur français représente environ 12 millions d'euros[7].

Critique de la notion de tourisme équitable[modifier | modifier le code]

Une première critique autour de la notion de tourisme équitable est le manque de clarté autour de sa définition[4]. La notion de « tourisme éthique » est par exemple peu utilisée dans le domaine de la recherche[4]. Un questionnement à éclaircir serait notamment de savoir si « tourisme durable » et « tourisme éthique » sont des synonymes. Un autre point important serait de savoir si le tourisme équitable doit être compris comme une manière de voyager, en tant que produit touristique ou encore en tant que philosophie inhérente à différents acteurs liés au tourisme.

Le tourisme équitable s’appuie sur une idée d’action juste, sous-tendue par l’idée d’éthique. Cette dernière peut être définie comme un questionnement personnel sur la justice, le droit et les conséquences de ses actions[4]. La notion d'éthique est parfois liée à l’idée de ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fasse, ou positivement, de faire à autrui ce qu’on voudrait qu’il nous fasse. L’aspect subjectif reste toutefois problématique dans ce raisonnement. Ainsi que le souligne le philosophe Kwame Anthony Appiah (2006), il est impossible de savoir si une personne jugera de la même manière que nous une certaine action[8]. Le tourisme équitable, en encourageant certaines actions, peut s’éloigner des préoccupations des populations locales en décidant ce qui est bon pour elles, d'où une certaine forme de néocolonialisme.

Le tourisme équitable est bien souvent synonyme de tourisme durable, et donc fortement lié à l'idée de développement durable. Serge Latouche (1999) se montre très critique face à cette notion qu’il qualifie d’ « oxymoron » ou encore de « contradiction »[9]. Pour cet auteur, la notion de développement durable n’est ainsi qu’un alibi verbal pour poursuivre sur la même voie [9]. Isabelle Sacareau (2007) éclaire également cette problématique lorsqu’elle souligne le flou baignant bien souvent autour des motivations derrière le tourisme équitable[6]. Le terme est en effet parfois utilisé pour revaloriser l’image d'une pratique ou d'une organisation et rien de plus[6]. Il est alors possible de critique la notion de tourisme équitable en estimant que c’est le tourisme qui induit les problèmes sociaux et environnementaux que le tourisme équitable voudrait supprimer. La notion, en reconnaissant les dérives d’un certain tourisme, évite de questionner les problèmes liés au tourisme en lui-même.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christiane Gagnon, Sege Gagnon (sous la dir.), L'écotourisme, Entre l'arbre et l'écorce: De la conservation au développement viable des territoires, Presses de l'Université du Québec, , 438 p. (ISBN 978-2-76051-897-1, lire en ligne)
  • Bernard Schéou, Du tourisme durable au tourisme équitable: Quelle éthique pour le tourisme de demain ?, De Boeck Supérieur, coll. « Les Métiers du Tourisme », , 312 p. (ISBN 978-2-80410-833-5)
  • Jeanette McDonald, Le tourisme responsable au Sud de al Méditerranée : revue de la littérature et pistes de recherche, Maghreb - Machrek, n°216, vol. 2, 2013, p. 95 - 107.
  • Isabelle Sacareau, Au pays des bons sentiment : quelques réflexions critiques à propos du tourisme solidaire, Tourisme et solidarité, n§26-3, 207, p. 6 - 14.
  • Serge Latouche, La "double imposture" du développement durable, Geographica Helvetica, n° Jg. 54 1999/Heft 2, 1999, p. 90 - 96.
  • Robert Cleverdon, Angela Kalisch, « Fair trade in tourism », International Journal of Tourism Research, vol. 2, no 3,‎ , p. 171-187 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « le tourisme équitable et solidaire », sur http://www.commercequitable.org, (consulté le 24 novembre 2015).
  2. « Croq'Nature voyages équitables et développement local : La charte du tourisme équitable » (consulté le 24 novembre 2015).
  3. 10 ans de tourisme durable., Voyageons-autrement.com, dl 2018 (ISBN 979-10-699-2155-9, OCLC 1041189157, lire en ligne)
  4. a b c d e f g h et i Jeanette McDonald, « Le tourisme responsable au Sud de la Méditerranée : revue de la littérature et pistes de recherche », Maghreb – Machrek, no 216, vol. 2 année = 2013, {{Article}} : paramètre « date » manquant, p. 95-107 (lire en ligne [PDF]).
  5. Rapport Brundtland.
  6. a b c d et e Isabelle Sacareau, « Au pays des bons sentiments : quelques réflexions critiques à propos du tourisme solidaire », Tourisme et solidarité, nos 26-3,‎ , p. 6-14 (lire en ligne).
  7. Jean-Pierre Doussin, Le commerce équitable, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 128 p. (ISBN 978-2-13061-613-9, lire en ligne), chap. 3853, p. 34.
  8. Anthony Appiah, Pour un nouveau cosmopolitisme, Paris, Éditions Odile Jacob, , 260 p. p. (ISBN 978-2-7381-2006-9)
  9. a et b Serge Latouche, « La "double imposture" du développement durable », Geographica Helvetica, no Jg. 54 1999/Heft 2,‎ , p. 90-96 (lire en ligne)