Tourisme responsable

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Le Royal Clipper en 2001. Ce navire de croisière dispose de voiles qui permettent de réduire son impact écologique.

Le tourisme responsable, ou tourisme éthique, est un terme qui s'oppose au tourisme de masse englobant plusieurs formes de pratiques de tourisme alternatif. L'objectif du tourisme responsable est de préserver les ressources naturelles du territoire tout en améliorant les conditions de vie des communautés qui y résident. Il vise à faire face aux impacts du tourisme : dommages sur écosystèmes, aliénation des terres, déstructuration des sociétés locales, etc. Ces coûts ont commencé à être analysés par la littérature académique dans les années 70. Dans cette même décennie ont commencé à surgir les premières organisations dont l’objectif programmatique était de dénoncer les impacts du tourisme et la génération de propositions pour les contrecarrer, comme celles soulevées par Jost Krippendorf.

Définition[modifier | modifier le code]

Trekking dans la Quebrada de las Conchas, Cafayate, Province de Salta, Argentine.

Le tourisme responsable implique l'idée que les différents acteurs ont une certaine responsabilité dans le type de tourisme qu'ils développent. « Il regroupe l'ensemble des pratiques touristiques engagées, qu'elles soient vertes, solidaires, éthiques, sociales etc. Il vise à trouver des voies d'améliorations pour les trois grands piliers de l'activité touristique que sont l'environnement, l'économique et le social. Si le terme peut paraître moralisateur, il n'est là que pour aider à faire évoluer en positif ce qui est parfois déjà là en germe »[1].

Il ne faut pas confondre le tourisme responsable avec le tourisme solidaire faisant souvent référence au tourisme dans les pays du Tiers Monde ou dans les pays en voie de développement par le fait que ceux-ci concentrent la majeure partie du patrimoine environnemental de la planète et bien souvent aussi les populations en difficultés[2].

Le Tourisme Responsable comme mouvement social[modifier | modifier le code]

Défini ainsi initialement par Jordi Gascón et Ernest Cañada, ce point de vue considère le Tourisme responsable comme un mouvement social en faveur de la durabilité du phénomène touristique qui s'articule autour de trois axes ou lignes d'action:

La mise en place de modèles de développement touristique durable et spécifique pour chaque zone de destination. Dans ce but, doivent être prises en compte les variables sociales, culturelles, économiques et environnementales.

La dénonciation des impacts négatifs que le tourisme entraîne ou peut avoir sur les sociétés d'accueil, leurs écosystèmes et l'environnement global, ainsi que l'implication dans l'accompagnement et la solidarité avec les groupes concernés.

La revendication de la responsabilité des touristes, voyagistes, hôtes et institutions publiques, lorsqu'il s'agit de promouvoir des modèles de tourisme durable.

Cette conception du tourisme responsable se rapproche de ce que l’on est venu appeler le Tour critique (Critical Turn) des études touristiques : une ligne de recherche qui ne se limite pas à la critique ontologique ou académique du tourisme, mais qui a explicitement un engagement politique en faveur de la justice sociale, de l’équité et de la lutte contre l’oppression. Cette vision est celle défendue, entre autres, par le Forum du Tourisme Responsable, plate-forme regroupant diverses organisations sociales d'Espagne, réalisé dans le cadre du Forum social mondial qui s’est tenu à Belém do Pará, au Brésil, en janvier et février 2009[3].

Le Tourisme responsable comme l’application de bonnes pratiques[modifier | modifier le code]

De ce point de vue, le tourisme responsable consiste en l’élaboration et la mise en œuvre d’instruments de gestion d’entreprise visant à minimiser les impacts négatifs de l’activité touristique et à accroître les bénéfices de la population d’accueil.

D'où la multiplication de labels tendant à vouloir attribuer de supposées bonnes pratiques à une entité, association, ou à un groupement de voyagistes[4].

Plusieurs chercheurs ont dénoncé le fait que, dans le cadre de cette approche, le secteur du tourisme tente de conjuguer le terme "responsabilité" avec des politiques d’image. Le tourisme responsable doit être une volonté personnelle éthique, tant pour le voyageur, que pour les voyagistes, et non pas concernant ces derniers, une démarche marketing appelée greenwashing.

Le tourisme responsable comme niche de marché[modifier | modifier le code]

Le concept de tourisme responsable fait référence à une niche spécifique du marché basé sur l'application volontaire et respectueuse des principes de durabilité et/ou ayant comme objectif la génération de bénéfices pour les sociétés et les écosystèmes locaux. Les différentes formes de tourisme responsable sont : l'écotourisme[5] et le slow-tourism, le tourisme solidaire, et diverses formes de voyages participatifs. Dans ce dernier cas, on parlera de voyages et pas de tourisme. Bien qu'ayant été largement récupéré par de grosses structures, le tourisme responsable est avant tout lié à un territoire, une communauté d'accueil, et l'apanage des structures de taille artisanale.

Cette forme de tourisme permet de mieux répartir les revenus du tourisme sur les territoires d'accueil et demeure une niche de marché par le fait qu'elle ne peut générer les colossaux bénéfices perçus par les entreprises de taille industrielle. Elle se doit également d'intégrer la notion de "juste prix"[6].

Importance économique[modifier | modifier le code]

Le tourisme était avant la crise liée à la Covid19, la première industrie mondiale, avec près d'1 milliard de voyageurs internationaux par an. Il génère de nombreuses perturbations sociales, d'importantes émissions de CO2, des dégradations environnementales, des conflits d'usage, la bétonisation d'espaces, etc. Dans le cadre du tourisme responsable il s'agit de mettre en avant un pays, une culture, des hommes et des femmes qui n'ont aujourd'hui plus les moyens de faire face à la dure réalité de tous les jours et pour qui les revenus du tourisme peuvent être une véritable source supplémentaire de moyens pour exister. De nombreux opérateurs proposent ce genre de voyages. Certains pour en faire une pure opération marketing, tandis que d'autres, généralement de taille artisanale, s'appliquent des chartes aux critères stricts. Car mieux vaut respecter ses propres engagements, réels et éthiques, que créer des labels aux critères non contraignants[7]. Pour cette raison, le tourisme responsable doit s'inscrire dans une approche microéconomique, et non pas comme c'est le cas généralement pour bénéficier aux grosses structures du secteur : Tour-opérateurs, croisiéristes, transporteurs, chaînes hôtelières internationales, sociétés de remontées mécaniques ou de parcs d'attraction, etc.

Les acteurs du tourisme responsable[modifier | modifier le code]

Les acteurs du tourisme responsable sont nombreux et ont un rôle crucial dans le développement du tourisme responsable. Les acteurs majeurs sont d'une part les gouvernements, d'autre part les ONG qui diffusent des pratiques de tourisme responsable et réalisent des études sur le sujet, des scientifiques, ainsi que les acteurs de terrain, parmi lesquels certaines communautés locales qui bénéficient directement des retombées économiques du tourisme et peuvent ainsi améliorer leurs infrastructures et créer des emplois sur leur territoire[8].

Les chartes[modifier | modifier le code]

Plusieurs chartes existent pour définir les axes d'action du tourisme responsable. L'Organisation mondiale du tourisme promulgue un Code mondial d'éthique du tourisme, composé de 10 articles, dite résolution A/RES/406(XIII), lors de son Assemblée générale qui s'est tenue à Santiago (Chili) en [9].

L'Association des voyageurs et voyagistes éco-responsables a publié les siennes en 2007 dans un ouvrage de référence[10]. Elle sont toujours en vigueur aujourd'hui[11].

Les événements[modifier | modifier le code]

Plusieurs événements ayant regroupé la plupart des acteurs du secteur ont jalonné ces 12 dernières années : Le Forum National du Tourisme Responsable (FNTR) - Chambéry, 2010[12] ; le FNTR qui s'est déroulé à Montpellier en 2012 [13]; et le Salon international de l'écotourisme, du voyage solidaire et participatif - Grenoble décembre 2018[14].

Le FNTR de Chambéry a réuni durant trois jours pleins, 65 intervenants , incluant des anthropologues et des scientifiques et constitue l'acte fondateur de nombreuses démarches ayant eu lieu par la suite.

Références[modifier | modifier le code]

  1. 10 ans de tourisme durable, Voyageons-autrement.com, dl 2018, 391 p. (ISBN 979-10-699-2155-9, OCLC 1041189157, lire en ligne)
  2. Jean-Pierre Lamic, Tourisme durable : de l'utopie à la réalité, Chambéry, Kalo taxidi, , 440 p. (ISBN 978-2-490038-06-0 et 2-490038-06-0, OCLC 1129118243, lire en ligne), p. 308
  3. https://www.pressegauche.org/Le-Forum-social-mondial-a-Belem
  4. Jean-Pierre Lamic, Tourisme durable : de l'utopie à la réalité, Chambéry, Kalo taxidi, , 440 p. (ISBN 978-2-490038-06-0 et 2-490038-06-0, OCLC 1129118243, lire en ligne), p. 341 - 353
  5. Le Média du voyage durable, « Écotourisme : au-delà de l'effet de mode, savoir considérer une approche territoriale | Le Média du Voyage Durable », sur levoyagedurable.media, (consulté le 1er mai 2021)
  6. Jean-Pierre Lamic, Tourisme durable : de l'utopie à la réalité, Chambéry, Kalo taxidi, , 440 p. (ISBN 978-2-490038-06-0 et 2-490038-06-0, OCLC 1129118243, lire en ligne), p. 50 - 58
  7. Le Média du voyage durable, « Tourisme durable : sondage IFOP : un voyage responsable est-il obligatoirement plus cher ? | Le Média du Voyage Durable », sur levoyagedurable.media, (consulté le 1er mai 2021)
  8. Jean-Pierre Lamic, Tourisme durable : de l'utopie à la réalité, Chambéry, Kalo taxidi, , 440 p. (ISBN 978-2-490038-06-0 et 2-490038-06-0, OCLC 1129118243, lire en ligne), p. 359 - 387
  9. « Le Code mondial d'éthique du tourisme | Éthique, culture et responsabilité sociale », sur ethics.unwto.org (consulté le 20 novembre 2019)
  10. Jean-Pierre Lamic, Tourisme durable : utopie ou réalité? : comment identifier les voyageurs et voyagistes éco-responsables?, Paris, L'Harmattan, , 222 p. (ISBN 978-2-296-05415-8 et 2-296-05415-3, OCLC 300200651, lire en ligne)
  11. Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables, « Nos chartes | VVE Ecotourisme », sur www.vve-ecotourisme.com, (consulté le 1er mai 2021)
  12. « Le Forum National du Tourisme Responsable 2010 | VVE Ecotourisme », sur www.vve-ecotourisme.com (consulté le 1er mai 2021)
  13. « Le Forum National du Tourisme Responsable 2012 | VVE Ecotourisme », sur www.vve-ecotourisme.com (consulté le 1er mai 2021)
  14. « Sol & Écotourismo 2018 | VVE Ecotourisme », sur www.vve-ecotourisme.com (consulté le 1er mai 2021)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Affiche du festival Icare du tourisme responsable de Brive la Gaillarde
Salon international de l'écotourisme, du voyage solidaire et participatif - Grenoble - Décembre 2018

Liens externes[modifier | modifier le code]