Tony Meilhon

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Tony Meilhon
Meurtrier
Information
Nom de naissance Tony Meilhon
Naissance (37 ans)
à Nantes en Loire-Atlantique
Condamnation
Sentence réclusion criminelle à perpétuité
Victimes Lætitia Perrais
Période
Pays Drapeau de la France France
Régions Pays de la Loire
Ville La Bernerie-en-Retz
Arrestation

Tony Meilhon, né le à Nantes, est un criminel multirécidiviste français. Il a en 2017 passé plus de 21 ans en prison, soit presque la moitié de sa vie.

En première instance, le , il est reconnu coupable du meurtre commis en janvier 2011 de Lætitia Perrais, 18 ans, serveuse dans un hôtel de La Bernerie-en-Retz et, pour ces faits, est condamné par la cour d'assises de Loire-Atlantique à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de vingt-deux ans de sûreté et d’une demande de rétention de sûreté s’il était jugé dangereux après avoir purgé sa peine[1].

Tony Meilhon interjette appel et, au terme d'un nouveau procès qui se tient du 13 au 26 octobre 2015 à la cour d'appel de Rennes[2], il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de vingt-deux ans, sans mesure de rétention de sûreté.

Biographie[modifier | modifier le code]

La mère de Tony Meilhon est violée à l'âge de quinze ans par son propre père : de ce viol est né un garçon, le demi-frère aîné de Tony. Elle se marie avec Jacques Meilhon avec qui elle a trois enfants : un garçon, une fille et Tony. Le mari reconnaît l'enfant de l'inceste[3]. À l'âge de trois ans les parents de Tony Meilhon se séparent, sa mère fuyant un mari alcoolique et violent qui selon ses dires la « forçait » à avoir des enfants — dont Tony, dernier des quatre[4].

Cinq ans plus tard sa mère se remet en couple. Tony ne s'entend pas avec son beau-père qui le bat, est rejeté de sa mère, et idéalise son père[5]. Il redouble, puis avec le système de l'aide sociale à l'enfance, est placé en foyer à l'âge de 13 ans. Il le vit comme un abandon, et fugue régulièrement.

Le psychiatre Bruno Millet le décrit jeune comme dans l'« incapacité » de se « conformer aux règles de la vie sociale ». Il pratique l'école buissonnière, la délinquance, consomme précocement de l'alcool, du haschich, de la cocaïne. Impulsif, intolérant à la frustration, il multiplie les délits et est arrêté plusieurs fois, à partir de ce moment-là, pour des braquages, des cambriolages, du trafic de stupéfiants. Il est incarcéré pour la première fois à 15 ans.

Par la suite, il fait l'objet d'une quinzaine de condamnations, notamment pour viols — dont le viol en réunion d'un codétenu en 1997 — et violences, passant 14 années en prison entre octobre 1996 et février 2010[6].

Meurtre de Lætitia Perrais[modifier | modifier le code]

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Quand il rencontre Lætitia Perrais, en janvier 2011, Tony Meilhon est sorti de prison depuis un an. Il aurait dû être encadré par un suivi judiciaire, que les magistrats et un personnel social débordé n'ont pu assurer[7]. Lorsque le président de la République Nicolas Sarkozy déclarera « Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés », le crime devient une affaire d'État. Ses propos provoquent une révolte sans précédent des magistrats qui observent une grève de dix jours dans toute la France[8]. Le rapport du Conseil de la Magistrature montrera en effet que le service d'application des peines de Nantes qui comptait trois juges en réclamait deux, et que le service d'insertion et de probation de Loire-Atlantique était en sous-effectif, ces dysfonctionnements étant connus de l'administration centrale[9]. Finalement, la sanction tombe : les magistrats ne sont pas sanctionnés mais le ministre de la Justice Michel Mercier révoque de ses fonctions Claude-Yvan Laurens, directeur interrégional des services pénitentiaires de Rennes[10].

Le 18 janvier 2011, sortant de son travail dans un hôtel-restaurant de La Bernerie-en-Retz (station balnéaire au sud de Pornic, dans la Loire-Atlantique), où elle est apprentie, Laetitia Perrais rejoint Tony Meilhon. Le lendemain, Jessica Perrais, la sœur jumelle de Lætitia, qui vit avec elle depuis 2005 en famille d'accueil, chez les Patron, après qu'elles furent toutes deux placées en famille d'accueil par les services sociaux (toutes deux sont filles de père alcoolique, battant, violant leur mère jusqu'à la rendre folle et mis en prison)[11] découvre le scooter renversé à quelques dizaines de mètres de leur domicile, et prévient la police.

Tony Meilhon, arrêté le 20 janvier, est placé en garde à vue. Les enquêteurs retrouvent dans le coffre de sa 106 blanche du sang (celui de Laetitia) et, dans son téléphone portable, des photos de Laetitia prises sur la plage où ils ont fait connaissance. Dans le pré où est parqué la caravane, ils trouvent un caddie carbonisé qui contient un couteau, une hache, une scie à métaux et une boucle d'oreille appartenant à Laetitia. Meilhon nie toute implication. Dans sa cellule de garde à vue, il chante « Oh Laetitia, qu’est-ce que t’étais bonne, je me suis pas ennuyé oh la la, ton petit corps, ça vaut trente ans de prison. […] Oh Laetitia la gendarmerie n’a rien pu faire pour toi », aveux enregistrés par un gendarme avec son smartphone[12].

Une découverte imprévue l'incite à avouer en partie : sur les indications de l'ex petite-amie de Meilhon qui révèlent aux gendarmes le lieu où il aime pêcher, des plongeurs retrouvent le la tête tranchée et les membres sciés du corps démembré de Laetitia dans le Trou Bleu, un étang situé à Lavau-sur-Loire (Loire Atlantique) au lieu-dit La Garenne. Le buste est manquant[13].

Le 9 avril 2011 une promeneuse découvre le buste de la jeune femme flottant sur l'étang de Briord: avec le réchauffement du printemps, la putréfaction a fait remonter le corps malgré le parpaing auquel il est lesté[13],[14],[15].

Confronté, Meilhon soutient dans un premier temps qu'il a heurté involontairement Lætitia avec son scooter. La croyant morte, il aurait « maquillé cet accident en crime », hypothèse qu'il qualifiera lui-même par la suite de « farfelue »[2].

Au terme de l'enquête, les services de police parviennent à établir que, dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Meilhon emmène Lætitia dans plusieurs bars. Puis il la ramène dans sa caravane où il habite. Il l'incite à boire, fumer un peu de haschich et même sniffer de la cocaïne. Voulant coucher avec elle, elle refuse, si bien qu'il la viole. Il la ramène jusqu'à son scooter, à La Bernerie-en-Retz, mais réalise qu'elle risque de porter plainte. Il décide de la rattraper avec sa voiture et la renverse à quelques dizaines de mètres de l'entrée de sa maison. Il la met dans son coffre, l'emmène dans un bois où il l'étrangle et la poignarde plus de quarante fois[16]. Puis il démembre son corps et le jette dans deux étangs distants de 50 kilomètres : le tronc dans un premier étang, la tête, les bras et les jambes sous 8 mètres d'eau dans le Trou bleu, à Lavau, dans une nasse de grillage à poule.

Les experts judiciaires indiquent que la victime a été frappée, mortellement étranglée, puis poignardée à une quarantaine de reprises avant d'être découpée, sans qu'il soit possible de déterminer si elle a été violée[17],[18].

Procès et condamnation[modifier | modifier le code]

En première instance, en 2013, la Cour d'assises de Loire-Atlantique reconnaît Tony Meilhon coupable du meurtre et le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de vingt-deux ans de sûreté et d’une demande de rétention de sûreté. Ce verdict, sans la mesure de rétention de sûreté, est confirmé en seconde instance, en 2015, par la Cour d'appel de Rennes. Le 6 octobre 2016, il écope d'une nouvelle année en prison après avoir incendié sa cellule le 21 septembre[19]. La cause de cet acte serait un refus d'offrir à Tony Meilhon des cigarettes gratuites.

Parallèlement, Gilles Patron, assistant familial en Loire-Atlantique, est mis en examen le 17 août 2011 pour « viols et agressions sexuelles par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction ». Alors que cet homme appelait à la plus grande sévérité à l’encontre des délinquants sexuels, plusieurs jeunes femmes, dont Jessica Perrais, l'accusent d'agression sexuelles. Incarcéré en août 2011, Gilles Patron est finalement remis en liberté en mai suivant, avec un bracelet électronique. Le 28 mars 2014, la cour d’assises de Loire-Atlantique le condamne à huit ans de prison pour viols et/ou agressions sexuelles sur cinq victimes dont Jessica Perrais, placée chez lui depuis l'âge de 13 ans. Le verdict est assorti d’une mesure de suivi socio-judiciaire de cinq années avec injonction de soins, sous peine de trois années supplémentaires d’emprisonnement, une privation de dix ans des droits civiques et l’inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Cette condamnation a fait naître le soupçon qu'il aurait pu aussi abuser sa sœur jumelle Laetitia[20]. En juin 2017, il conteste son placement en isolement, et demande réparation à l'État, qui sera ainsi rejeté.

Postérité[modifier | modifier le code]

L'historien Ivan Jablonka consacre à la victime un « roman vrai » en 2016, Laëtitia ou la fin des hommes (Prix Médicis 2016).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Meurtre de Laëtitia Perrais : la perpétuité requise contre Tony Meilhon », sur lefigaro.fr, .
  2. a et b « Tony Meilhon de nouveau devant les juges pour le meurtre de Lætitia Perrais », sur lemonde.fr,
  3. Ivan Jablonka, Laëtitia ou la fin des hommes, Seuil, , p. 37
  4. « Tony Meilhon, "quelqu’un à qui il ne faut surtout pas dire non" » Article de Ondine Millot publié le dans Libération
  5. Pierre V. Tournier, La question pénale au fil de l'actualité: Chroniques d'outre-nombre, Éditions L'Harmattan, , p. 36
  6. Michel Marmin, Chronique de l'année 2011, Éditions Chronique, , p. 22
  7. « Laëtitia: L'abandon du suivi judiciaire de Tony Meilhon avait été acté par l'administration », sur 20minutes.fr,
  8. Catherine Fournier, « Meurtre de Laëtitia : Tony Meilhon va-t-il sortir de son silence ? », sur francetvinfo.fr, .
  9. Gilbert Thiel, Daniel Carton, Derniers jugements avant liquidation, Albin Michel, , p. 149.
  10. « Le directeur de la pénitentiaire de Rennes prend la porte », sur 20minutes.fr, .
  11. « Laëtitia ou la fin des hommes », sur telerama.fr,
  12. Ondine Millot, « Tony Meilhon, celui à qui on ne pouvait pas dire non », sur liberation.fr, .
  13. a et b Ivan Jablonka, Laëtitia, France, Le Seuil, , p. 159-166 et 275
  14. Florence Aubenas, « M. X, la "part d'ombre" de Tony Meilhon », sur lemonde.fr,
  15. « Le buste retrouvé dans un étang est bien celui de Laetitia », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  16. « Tony Meilhon reconnu coupable et condamné à la réclusion à perpétuité », sur lemonde.fr, .
  17. Florence Aubenas, « Au procès Meilhon : 21 h 53, "j'ai rencontré un homme de 31 ans" », sur lemonde.fr,
  18. « Meurtre de Laetitia Perrais : le "psychopathe" Tony Meilhon rejugé à Rennes », sur metronews.fr,
  19. article de Ouest-France du 7/10/2016
  20. Bernard Laine, Alexandra Riguet, Enfants en souffrance...la honte, Fayard, , p. 134.

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • « Disparition tragique : L'affaire Laëtitia » (premier reportage) dans Suspect n° 1 le 29 octobre et 2, 12 et 19 novembre 2011 sur TMC.
  • « L'affaire Tony Meilhon : une jeune fille prise au piège » le 27 novembre 2013 dans Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers sur W9.
  • « Le meurtre de Lætitia » (deuxième reportage) dans « ... à Nantes » le 4, 11 et 26 mars 2013, 30 juin et 7 et 15 juillet 2014 dans Crimes sur NRJ 12.
  • « Le supplice de la lycéenne : l'affaire Laëtitia Perrais » le 10 juin 2017 dans Indices sur Numéro 23.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]