Tommaso Campanella

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Tommaso Campanella

Philosophe italien

Renaissance

Description de l'image  Campanella-2.png.
Naissance (Stilo)
Décès (Paris)
École/tradition utopie, humanisme
Principaux intérêts épistémologie, philosophie politique, astrologie
Œuvres principales La Cité du Soleil
Influencé par Platon

Tommaso Campanella est un moine dominicain et philosophe italien, né le à Stilo (Calabre), mort le à Paris. Il s'intéressa principalement à la politique de son temps (monarchie espagnole régnant alors sur la Calabre intégrée au Royaume des Deux-Siciles), et développa, notamment dans son ouvrage La Cité du Soleil, des thèses de philosophie politique qui tendent vers l'utopie. Il élabora également sa propre théorie de la connaissance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Tommaso Campanella naît le 5 septembre 1568 en Calabre, à Stilo, dans une famille analphabète, sous le nom de Giovanni Domenico Campanella. Il entre à 14 ans dans l'ordre des Dominicains, où il adopte le prénom Tommaso.

Lors d'un séjour à Naples en 1590, il publie une Philosophia Sensibus Demonstrata, œuvre marquée par les théories naturalistes : il est accusé d'hérésie et condamné à la prison. Libéré sous la condition de regagner la Calabre, il parcourt toutefois l'Italie pendant une dizaine d'années et se fait fréquemment condamner pour ses idées.

Il a connu Galilée à Padoue, qu'il devait défendre plus tard. En 1598, Campanella rejoint enfin son couvent de Calabre, mais semble avoir en vue d'y instaurer une sorte de république théocratique. À nouveau arrêté, il est transféré vers Naples où il subit la torture avant d'être condamné, en 1602, pour hérésie.

Pendant ses vingt-sept ans de détention, Campanella rédige plusieurs ouvrages et correspond avec de nombreux savants. En 1623, il publie La Cité du Soleil ( (la) Civitas Solis), une utopie de république fondée sur la raison et l'amour de Dieu.

Libéré en 1626, il est rapidement arrêté à nouveau à Rome où il reste emprisonné jusqu'en 1629. Dès sa mise en liberté surveillée, il se réfugie en France, en 1634, où il finit sa vie.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Campanella se déclarait hostile à Aristote[1]. Il avait conçu, vers le même temps que Francis Bacon, le projet de réformer la philosophie et de la ramener à l'étude de la nature, qu'il appelait le Manuscrit de Dieu. Il dérivait toutes nos connaissances de la sensation, et regardait toutes les parties du monde comme douées de sensibilité.

Philosophie politique[modifier | modifier le code]

Campanella fut monarchiste et ultramontain : il voulait un pape chef suprême de la chrétienté, pour former une communauté mondiale (De monarchia hispanica, 1620 et 1623, trad. 1997 ; De monarchia Messiae, 1633, trad. 2002). Il s'opposait à Machiavel dans son Atheismus triumphatus. Dans La Cité du Soleil il prône une république philosophique utopiste inspirée de Platon, où il se montre partisan d'une théocratie pontificale, et organise une polygamie soumise à des critères astrologiques dans une visée eugéniste.

« Maisons, chambres, lits, tout, en un mot, est commun entre eux. Tous les six mois les magistrats désignent à chacun le cercle, la maison et la chambre qu'il doit occuper. [...] Tous les arts mécaniques et spéculatifs sont communs aux deux sexes. Seulement, les travaux qui exigent plus de vigueur et qui se font hors des murs sont exécutés par les hommes. [...] À chaque nouvelle, ainsi qu'à chaque pleine lune, on rassemble, après un sacrifice, le conseil. Tous les individus au-dessus de vingt ans y sont admis à donner leur avis sur l'état de la république, à faire valoir leurs plaintes contre les magistrats ou à leur accorder des éloges. Tous les huit jours les magistrats se rassemblent ; c'est-à-dire, d'abord le Soleil, puis Sagesse, Puissance et Amour, qui ont chacun trois magistrats sous leurs ordres, chargés de la direction des arts dont ils ont la spécialité, ce qui fait déjà douze magistrats. Puissance dirige tout ce qui concerne l'art militaire ; Sagesse ce qui regarde les sciences ; Amour s'occupe de la nourriture, des vêtements, de la génération et de l'éducation. »

Ses traités politiques, comme De monarchia hispanica (1620) ou Le Monarchie delle nazimi (1638) voient comme réalisable l'unification de l'Europe sous la houlette d'une monarchie dominante, qu'il s'agisse de l'Espagne ou de la France.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

(par ordre chronologique d'édition)

  • Philosophia sensibus demonstrata, Naples, 1re éd. 1591. Il défend les dogmes de Bernardino Telesio. Trad. it. 1974.
  • Prodromus philosophie instaurandae, Francfort, 1re éd. 1617. Rédigé en 1595.
  • De sensu rerum et magia, Francfort, 1re éd. (1620). 1re éd. du texte primitif italien par A. Bruers en 1925 (Del senso della cose e della magia).
  • De Monarchia hispanica, 1re éd. 1620 et 1623. Rédigé en 1598, à Stilo. Trad. : La Monarchie d'Espagne, Paris, 1997.
  • Apologia pro Galileo, Francfort, 1re éd. 1622. Rédigé en 1611. Texte et traduction par Michel Pierre Lerner. Paris, Les Belles Lettres, 2001. (Science et humanisme). ISBN 2-251-34509-4.
  • Philosophia realis, Francfort, 1re éd. 1623. Rédigé en 1614. Comprend la physique, la morale, l'économie et la politique.
  • Civitas solis, Francfort, 1re éd. 1623 (appendice à la Philosophia realis). La Cité du Soleil ou l'idée d'une république philosophique. Rédigé en 1602 en prison, publié à Francfort en (1623 en version latine, publié dans sa version italienne primitive en 1904 seulement. Traduit en français par François Villegardelle en 1841), in Voyages aux pays de nulle part, éd. par Francis Lacassin, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1320 p. Décrit la cité de Solar comme une utopie dans le genre de La République de Platon, mais socialisante et beaucoup plus radicale que celle de Thomas More. Dans ce monde idéal, tout est mis en commun. Mais la répartition des produits et des biens est réglée par des magistrats qui veillent attentivement à ce que chacun soit rétribué selon son mérite, selon ses œuvres : rien de ce qui lui est nécessaire n'est refusé à personne. Les Solariens ne connaissent pas l'égoïsme, car ils n'ont pas le sens de la propriété. On considère généralement que Civitas solis de Campanella forme l'appendice de sa Philosophia realis.
  • Astrologia : Astrologicorum libri VI, Lyon, 1re éd. 1629. Rédigé en 1613-1614 ; Astrologicorum libri VII, Lyon, 1630.
  • Atheismus triumphatus, Rome, 1re éd. 1631. Rédigé en 1606-1607. 1re éd. de la version italienne primitive en 2004 par G. Ernst : L'Ateismo trionfato.
  • Universalis philosophiae seu Metaphysicarum rerum, Paris, 1re éd. 1638. Rédigé en 1602-1623. Ed. abregée par Giovanni Di Napoli, 3 t., Bologne, Zanichelli, 1967.
  • Metafisica. Universalis philosophiae seu metaphysicarum rerum iuxta propria dogmata. Liber 1º, édition critique par P. Ponzio, Bari, Levante, Bari 1994.
  • Metafisica. Universalis philosophiae seu metaphysicarum rerum iuxta propria dogmata. Liber 14º, édition critique par T. Rinaldi, Bari, Levante, Bari 2000.
  • Philosophia rationalis, Paris, 1re éd. 1638. Rédigé en 1612-1618. 5 traités comprenant la grammaire (1618), la dialectique, la rhétorique, la poésie, et l'histoire.
  • Aforismi politici, Turin, 1re éd. anastatique 1941. Rédigé en 1607. Trad. fr. P. Caye et C. Monet, Université de Caen, 1993.
  • Theologia, édition commencée en 1949 (!) Rédigé dès 1613. Ed. par R. Amario, prévue en 35 vol., en it.
  • Chriroscopia, 1re éd. 1995. Rédigé vers 1635, pour Richelieu. Ed. par Germana Ernst, revue Bruniana et Campanelliana, I, 1995 et II, 1999.
  • Opuscoli astrologici, Milan, 1re éd. 2003, par G. Ernst. Como evitare il fato astrale, Apologetico, Disputa sulle Bolle.
  • Il a laissé des Lettres (Lettere) (éd. par Germana Ernst, Pise-Rome, 2000) et des Poésies (Scritti letterari) (trad. par Louise Colet, 1844).
  • Œuvres choisies : Opere scelte, par Alessandro D'Ancona, 1854, 2 t.

Études[modifier | modifier le code]

(par ordre chronologique)

  • Antoine-Élisabeth-Cléophas Dareste de La Chavanne, Thomas Morus et Campanella, ou Essai sur les utopies contemporaines de la Renaissance et de la Réforme. Thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris, Paris, 1843.
  • Michele Baldacchini, Vita e filosofia di Campanella, Naples, 1847.
  • L. Blanchet, Campanella, 1920.
  • François Ducros, Tommaso Campanella poète, Montpellier : Impr. Dehan, 1969 (avec trad. de poèmes).
  • « Campanella », article du Dizionario biografico degli Italiani, 1974, ad vocem.
  • Germana Ernst, Religione, ragione e natura. Ricerche su Tommaso Campanella e il tardo Rinascimento, Milan, Franco Angeli, 1991.
  • Ernst Bloch, La Philosophie de la Renaissance, Paris, Payot, 1994.
  • Michel-Pierre Lerner, Tommaso Campanella en France au XVIIe siècle. Napoli, Bibliopolis, 1995 (ISBN 88-7088-352-3).
  • John M. Headley, Tommaso Campanella and the Transformation of the World, Princeton, Princeton University Press, 1997.
  • Germana Ernst, Tommaso Campanella, le livre et le corps de la nature, trad. Rebecca Lenoir, Paris, Les Belles Lettres, 2006 (« L'âne d'or » ; n° 23) (ISBN 2-251-42031-2).
  • Pascal Bouvier, Machiavel, Campanella. Image et imaginaire du politique, Paris, 2007 (Thèse).
  • Jean Delumeau, Le Mystère Campanella, Paris, Fayard, 2008 (ISBN 978-2-213-63634-4).
  • Gianni Paganini, Skepsis. Le débat des modernes sur le scepticisme. Montaigne, Le Vayer, Campanella, Hobbes, Descartes, Bayle, Paris, Vrin, 2008.
  • Jean-Louis Fournel, La cité du soleil et le territoire des hommes. Le savoir du monde chez Campanella, Paris, Albin Michel, 2012.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Luigi Amabile, Fra Tommaso Campanella, la sua congiura, i suoi processi e la sua pazzia, Naples, 1882, 3 t.
  • Luigi Amabile, Campanella ne' castelli di Napoli, in Roma ed in Parigi, Naples, 1887, 2 t.
  • Luigi Firpo, I Processi di Tommaso Campanella, éd. par Eugenio Canone, Rome, 1998.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel-Pierre Lerner, « Tommaso Campanella, juge d'Aristote », in Platon et Aristote à la Renaissance, Paris, 1976.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Voisin (dir.), Dictionnaire des personnages historiques, Pochotèque 1995, pp. 181-182.
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Tommaso Campanella » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)