Sesshin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Une sesshin (接心 / 摂心 / 攝心?), littéralement « rassembler l'esprit » ou encore « recueillement (jap. setsu) du cœur-esprit (shin) »[1] est une période intensive de méditation zazen dans un monastère zen, ou dans un lieu de retraite. En occident, sesshin est en général traduit par "toucher l'Esprit".

Alors que la routine quotidienne du monastère zen demande aux moines de partager leur temps entre le travail (samu) et la méditation (zazen), les participants d'une sesshin se consacrent quasi exclusivement à la pratique de zazen. Les nombreuses périodes de méditation (30 - 50 minutes) sont entrecoupées de courtes pauses, des repas ; et parfois de quelques travaux réalisés dans le même esprit de pleine conscience. Le sommeil est réduit au minimum, 7 heures par nuit ou moins.

Pendant la période de sesshin, la méditation est occasionnellement interrompue par les enseignements donnés en public (teisho), et la direction individuelle sous forme d'entretiens privés (appelés dokusan, daisan, ou sanzen) avec un maître Zen.

Dans la pratique moderne du bouddhisme au Japon et en Occident, les sesshin sont souvent suivies par des participants laïcs, et durent typiquement un, trois, cinq ou sept jours.

Les sesshin de sept jours ont lieu plusieurs fois par an dans beaucoup de centres Zen, notamment en commémoration de l'éveil du Bouddha Gautama (annuttara samyak sambodhi). À la sesshin de Rohatsu, les pratiquants cherchent typiquement à calmer l'esprit au point de stopper la pensée (Samādhi, kensho, ou satori).

Une journée typique de sesshin[modifier | modifier le code]

Un emploi du temps classique en Occident prévoit souvent quatre zazen par jour, chaque zazen se divisant en deux parties de 30 à 50 minutes chacune, avec 5 à 10 minutes de méditation marchée (kinhin) entre les périodes d'assise proprement dites (zazen). Le reste de la journée est rythmée par les repas, les samu (travaux et services pour le groupe et l'organisation, où l'on s'entraîne à conserver la même concentration qu'en zazen) et un petit temps de repos en début d'après-midi. Les sesshin traditionnelles sont plus intensives, avec des méditations de 30–60 minutes, sans pauses ni périodes de travail, mais en Occident cela concerne surtout la nuit de pratique qui a lieu en général en fin d'année. Du reste, il existe des différences sensibles entre chaque maître ou organisation, d'autre part entre les sesshins du zen sôtô, prédominant en Europe, et celles du zen rinzai. Vers la fin de la sesshin, après un zazen a lieu un mondô où les pratiquants peuvent poser directement des questions au maître.

Les repas du matin et de midi sont pris en silence dans le rituel formel de méditation de l'oryoki, accompagnés de la récitation d'un sutra spécifique aux repas. Toutefois, au repas du soir, il n'y pas de récitation de sutra. Cela s'explique par le fait que, traditionnellement, les moines bouddhistes ne prennent plus de nourriture solide à partir de la mi-journée. Dans les sesshin occidentales, les périodes de travail prennent deux ou trois heures par jour, habituellement pour le jardinage, la cuisine ou le ménage.

Il est prévu 4 ou 5 heures de sommeil par nuit, mais fréquemment les participants d'une sesshin de 5 ou 7 jours passent une grande partie de l'avant-dernière nuit en zazen. Cette période appelée yasa est appréciée comme moyen particulièrement efficace de méditer parce que la pensée et l'ego manquent d'énergie pour « dévier » la pratique. En Occident, le temps de sommeil est plus long. Les claquettes du soir qui invitent au silence et au repos sont en général vers 22h30 - 23h00 ; le réveil vers 6h00 ou 6h30. Mais là aussi, des différences notables existent suivant les maîtres ou les écoles.

On considère qu'il faut au moins les trois premiers jours de sesshin pour que le pratiquant puisse s'installer dans la routine de la sesshin au point que l'esprit devienne assez calme pour aborder les types plus profonds de méditation et de samadhi.

Aspects psychologiques[modifier | modifier le code]

Quelques personnes peu familières avec le processus ont rapporté s'être trouvées désorientées et avoir craint des dommages psychologiques pendant une sesshin. Certains centres Zen n'autorisent pas les novices à participer aux sesshin longues sans expérience préalable et sans surveillance de ceux qui dirigent la pratique. Une sesshin peut conduire à des expériences profondes d'éveil qui peuvent être quelque peu traumatiques, comme les « urgences spirituelles » ou le « syndrome de Kundalini ».

Bien que tout ceci puisse sembler effrayant, les gens qui pratiquent régulièrement zazen n'ont habituellement pas de problème en sesshin. Une amplification de sensations peut se produire, certains participants ont indiqué que la nourriture avait un goût extraordinaire et que les couleurs étaient plus vives. Mais tous les maîtres zen ont toujours refusé et condamné les pouvoirs magiques. Une sesshin consiste à revenir à l'esprit "normal"; c'est un entraînement à la vie ordinaire où l'on pratique l'abandon du corps et de l'esprit, et donc de l'égo, et où l'on revient au présent, en laissant passer les pensées et les sensations, sans se les approprier. On sort normalement d'une sesshin l'esprit alerte, vif et calme, quoique la confrontation entre l'égo et l'ordre cosmique puisse s'avérer parfois destabilisante ou douloureuse. Une sesshin étant une période de pratique intensive, elle est déconseillée aux personnes souffrant de graves problèmes psychiatriques. La posture de zazen est elle-même une posture de râjâ-yoga (le Bouddha était un yogi) et agit profondément et positivement sur le corps, notamment sur la pression artérielle, les fonctions endocrines ou encore la répartition du flux sanguin dans le cerveau.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Paris, Seuil, 2006 (nouvelle édition augmentée), 949 p. (ISBN 2020822733), p. 524.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Satori. Dix ans d'expérience avec un maître Zen. Jacques Brosse. Albin Michel, 1984. (ISBN 978-2226019721)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]