Seigneurie de Montpellier
| Capitale | Montpellier |
|---|---|
| Langue(s) | Occitan |
Entités suivantes :
La seigneurie de Montpellier est au Moyen Âge une juridiction féodale concernant la ville de Montpellier et ses environs. Cette seigneurie est détenue successivement par la dynastie des Guilhem (985-1204), par les rois d'Aragon (1204-1276) et par les rois de Majorque (1276-1349). Vendue au roi de France en 1349, la seigneurie est dévolue au roi de Navarre en 1365, mais, après plusieurs confiscations et restitutions, rentre dans le domaine royal en 1383.
Créée à la fin du Xe siècle comme fief du chevalier Guilhem par le comte de Melgueil Bernard II, la seigneurie de Montpellier est détenue par les descendants directs de Guilhem jusqu'en 1204. C'est sous cette dynastie que la ville de Montpellier, simple bourg fortifié à l'origine, devient une ville notable.
En 1204, le roi d'Aragon Pierre II prend le contrôle de la seigneurie en épousant Marie de Montpellier, devenue héritière par un coup de force au détriment du jeune comte Guilhem IX. L'arrivée de Pierre II permet aux habitants de Montpellier d'obtenir un statut d'autonomie urbaine avec la création du Consulat.
En 1276, la seigneurie passe au roi de Majorque Jacques II, frère cadet du roi d'Aragon Pierre III. En 1349, son descendant Jacques III est amené à vendre la seigneurie au roi de France Philippe VI.
Sous le règne du roi de France Charles V, la seigneurie est inféodée au roi de Navarre Charles le Mauvais, mais, confisquée à plusieurs reprises en raison des relations conflictuelles entre les Valois et lui, entre définitivement dans le domaine royal en 1383.
Histoire
[modifier | modifier le code]Un faux du XIVe siècle sur l'origine de la seigneurie
[modifier | modifier le code]Au XIVe siècle, Arnaud de Verdale, évêque de Maguelone, aurait trouvé un document, dit scriptura antiqua, indiquant que les terres de Montpellier et de Montpelliéret appartenaient en alleu à deux sœurs de saint Fulcran, évêque de Lodève, Elles les avaient reçu de leur mère, descendante des comtes de Melgueil[HL Tome III 1] Voulant gagner les grâces divines, elles firent donation de ces terres à Ricuin, évêque de Maguelone. Ricuin aurait alors inféodé Montpellier et Montpellliéret à Gui, un chevalier du comté de Melgueil.
Cette légende est aujourd'hui considérée comme infondée. En effet le document d'Arnaud de Verdale est très certainement un faux, fabriqué au XIIe siècle[1], afin de montrer que la seigneurie de Montpellier était vassale des évêques de Maguelonne, et non pas des comtes de Melgueil.
Création (985) et débuts de la seigneurie
[modifier | modifier le code]La seigneurie de Montpellier est instituée le , lorsque le comte Bernard II de Melgueil (Mauguio) octroie au chevalier Guilhèm en échange de son dévouement un territoire situé entre l'antique voie Domitienne, le Lez et la Mosson.
L'acte fondateur de 985 est conservé dans le cartulaire des seigneurs de Montpellier, appelé Liber instrumentorum memorialium, attestant de son importance aux yeux des membres de la lignée des Guilhem[1].
Le bourg fortifié, doté d'un château et d'une chapelle, établi à cet endroit par Guilhem ou un de ses descendant est l'origine de la ville de Montpellier. Celle-ci est donc de création plus récente que la plupart des villes de la région (Nîmes, Narbonne, Béziers ou Carcassonne), qui existaient dès l'époque romaine dans la province de Narbonnaise, instituée vers -120, voire auparavant, dans la Gaule indépendante.
Montpellier sous la dynastie des Guilhem (985-1204)
[modifier | modifier le code]Située entre l'Espagne et l'Italie, proche de la Via Domitia et du port de Lattes, la ville connaît rapidement un développement économique et culturel notable, attirant doreurs, orfèvres, drapiers et changeurs. Elle devient ainsi un centre d'échanges entre le nord de l'Europe, l'Espagne et le bassin méditerranéen.
L'agglomération est alors constituée par deux bourgs : Montpellier, sous la seigneurie des Guilhem, et Montpellieret, sous la seigneurie des évêques de Maguelone. Une enceinte fortifiée unique (la Commune Clôture) de 2 600 mètres protège les deux entités. Deux tours subsistent aujourd'hui de cette fortification (la tour de la Babotte et la tour des Pins).
Crise de succession de 1202-1204
[modifier | modifier le code]À la mort de Guilhem VIII le , c'est son fils Guilhem IX qui lui succède, mais comme il est trop jeune pour gouverner, c'est sa mère, Agnès de Castille, et des notables municipaux[réf. nécessaire] qui exercent la régence.
Dans les premiers mois de l'année 1204, le parti d'Agnès de Castille perd le pouvoir. Guilhem IX est contraint d'abdiquer en présence du roi d'Aragon Pierre II, et Marie, demi-sœur de Guilhem IX, est désignée comme héritière légitime.
Le est célébré le mariage de Marie avec Pierre II. Leur fils Jacques naît en 1208.
Possession des rois d'Aragon (1204-1276), puis de Majorque (1276-1349)
[modifier | modifier le code]Placée sous la tutelle des rois d'Aragon après le mariage de Pierre II d'Aragon (1176-1213), roi d'Aragon et comte de Barcelone, avec Marie de Montpellier, la ville connaît son apogée.
Pierre II accorde aux habitants les franchises et libertés qu'ils réclament. Un Consulat, gouvernement municipal autonome avec à sa tête des consuls, est établi le . Le consulat devient de plus en plus puissant au cours de la première moitié du XIIIe siècle.
Le fils de Pierre et de Marie, Jacques Ier, né à Montpellier, y entretient une cour brillante. En 1220, le légat du pape, le cardinal Conrad, élève la célèbre école de médecine de Montpellier au rang de faculté.
Par testament (1262), Jacques Ier attribue (à sa mort) la seigneurie à son fils cadet Jacques, ainsi que les Baléares et le Roussillon. À sa mort en 1276, celui-ci devient roi de Majorque.
Montpellier, située dans le royaume de France, reste à l'écart des conflits entre rois d'Aragon et rois de Majorque (occupation des Baléares par les Aragonais de 1285 à 1298). La ville est célèbre[réf. nécessaire] et prospère, sa population quadruple au cours du XIIIe siècle. C'est alors une des plus grandes villes du royaume en dehors de Paris, avec Toulouse et Rouen.
En 1289, les Écoles de Médecine et de Droit de Montpellier, réputées comme centres d'érudition ouverts aux pensées byzantine, juive et arabe, obtiennent le statut d'université octroyé par le pape Nicolas IV (c'est la troisième université créée en France après celles de Paris et de Toulouse).
Rattachement au domaine royal français et inféodation au roi de Navarre (1349-1383)
[modifier | modifier le code]En 1349, Jacques III de Majorque, privé par le roi d'Aragon Pierre IV des Baléares et du Roussillon, vend la seigneurie au roi de France Philippe VI, peu avant de mourir en essayant de reconquérir son royaume (bataille de Llucmajor).
En 1365, Charles V inféode Montpellier au roi de Navarre Charles II, qui est un adversaire des Valois dans cette période des débuts de la guerre de Cent Ans. La seigneurie est confisquée en 1367, restituée en 1371 et de nouveau confisquée en 1378. Confiée avec le titre de gouverneur en 1381 par Charles VI au fils de Charles II, Montpellier rentre définitivement dans le domaine royal en 1383.
Au cours de la seconde moitié du XIVe siècle, des épidémies successives déciment les deux tiers de la population de la ville, qui devient une ville de deuxième rang.
Territoire de la seigneurie
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À l'origine, en 985, la seigneurie est limitée au territoire situé la voie Domitienne au nord, le Lez à l'est et la Mosson à l'ouest et au sud.
En 1122, le testament de Guilhem V définit et partage entre ses fils un territoire qui englobe[HL Tome III 2]:
- Montpellier, ses dépendances et l'étang de Lattes (actuel étang du Méjean) ainsi que toutes les parties situées à l'est de la Mosson (secteur attribué à Guilhem VI)
- Aumelas, Popian, le Pouget et Montarnaud (attribué à Guilhem d'Aumelas)
- Villeneuve, Frontignan, Montbazin, Cournonsec et Pignan (attribué à son fils Bernard)
Liste des seigneurs de Montpellier
[modifier | modifier le code]Voir la page : Liste des seigneurs de Montpellier.
Maison de Montpellier (dynastie des Guilhem)
[modifier | modifier le code]Voir la page : Maison de Montpellier

- 985 - vers 1025 : Guilhem Ier de Montpellier
- vers 1025 - vers 1059 : Guilhem II de Montpellier, neveu du précédent, fils de Bérenger (ou de Bernard) de Montpellier.
- vers 1059 - vers 1068 : Guilhem III de Montpellier, fils du précédent.
- vers 1068 - 1085 : Bernard Guilhem IV de Montpellier, frère du précédent.
- 1085 - 1122 : Guilhem V de Montpellier, fils du précédent.
- 1122 - 1162 : Guilhem VI de Montpellier, fils du précédent, redoutable guerrier qui « las du tumulte des armes et revenu des illusions de ce monde, embrassa, en l'an 1149 [...] la vie monastique et [...] devint un modèle de religion et de piété »[2].
- 1162 - 1173 : Guilhem VII de Montpellier, fils du précédent.
- 1173 - 1202 : Guilhem VIII de Montpellier, fils du précédent, frère aîné de Guy de Montpellier, refondateur de l'ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit.
- 1202 - 1204 : Guilhem IX de Montpellier, fils du précédent.
- 1204 - 1213 : Maria, dite Marie de Montpellier en français (sœur aînée du précédent) et son époux Pere, dit Pierre II, roi d'Aragon, comte de Roussillon et de Cerdagne.
Maison d'Aragon de 1204 à 1349
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- 1213 - 1276 : Jacques Ier le Conquérant, roi d'Aragon, de Valence et de Majorque, comte de Barcelone et seigneur de Montpellier. Fils de Marie de Montpellier et de Pierre II d'Aragon.
- 1276 - 1311 : Jacques II, roi de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne et seigneur de Montpellier.
- 1311 - 1324 : Sanche Ier, roi de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne et seigneur de Montpellier.
- 1324 - 1349 : Jacques III, dernier roi indépendant de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne et seigneur de Montpellier, neveu du roi Sanche et fils de l'infant Ferdinand de Majorque, prince de Morée.
En 1349, il vend la seigneurie de Montpellier au roi de France Philippe VI.
Domaine royal français et maison de Navarre-Évreux (1349-1383)
[modifier | modifier le code]- 1349-1365 : domaine royal
- 1365 - 1367 : Charles, roi de Navarre et comte d'Évreux. Par le traité d'Avignon (), il reçoit la seigneurie de Montpellier en échange du comté de Longueville, de Mantes et de Meulan.
- 1367-1371 : domaine royal.
La seigneurie est confisquée () puis restituée par le traité de Vernon ().
- 1371-1378 : Charles de Navarre.
Charles séjourne plusieurs mois à Montpellier en 1372. La guerre ayant repris entre la France et la Navarre, la seigneurie est confisquée à nouveau le .
- 1378-1381 : domaine royal
- 1381-1383 : Charles de Navarre, fils de Charles II et héritier présomptif du royaume de Navarre, est nommé par Charles VI gouverneur de Montpellier (). Il prend personnellement possession de la ville le . Quelques mois plus tard, Charles VI revient sur sa décision.
- : occupation de la ville et éviction de Charles de Navarre.
La seigneurie de Montpellier n'est plus jamais inféodée par la suite.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Alexandre Vergos, 2024. Pôles de pouvoir et réseaux d'alliances dans le comté de Melgueil à la période féodale (XIe-XIIe siècles), thèse de doctorat, Université de Toulouse, pp. 194+195
- ↑ * L'Art de vérifier les dates, Volume III, p. 109
Sources
[modifier | modifier le code]- Dom Claude Devic et Dom Joseph Vaissète (dir.), Histoire générale de Languedoc : Volume III, Toulouse, édition Privat, (1re éd. 1745)
- Bruno Ramirez de Palacios, Charles dit le Mauvais : Roi de Navarre, comte d'Evreux, prétendant au trône de France, Le Chesnay, Éditions la Hallebarde, , 530 p. (ISBN 978-2-9540585-3-5).

Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie complémentaire
[modifier | modifier le code]- Jean Baumel, Histoire d'une seigneurie du Midi de la France, vol. 1 : Naissance de Montpellier (985-1213), Montpellier, éditions Causse et Cie, , 304 p..
- Jean Baumel, Histoire d'une seigneurie du Midi de la France, vol. 2 : Montpellier sous la seigneurie de Jacques le Conquérant et des rois de Majorque. Rattachement de Montpelliéret et de Montpellier à la France (1213-1349), Montpellier, éditions Causse et Cie, , 415 p..
- Claudie Duhamel-Amado, « Aux origines des Guilhems de Montpellier (Xe – XIe siècle). Questions généalogiques et retour à l'historiographie », Études sur l'Hérault, nos 7-8, 1991-1992, p. 89-109 (lire en ligne).
- Henri Vidal, "Aux origines de Montpellier : la donation de 985", Bulletin historique de la ville de Montpellier, 1985, n°5, p. 11-37
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Montpellier
- Liste des seigneurs de Montpellier
- Liste des dames de Montpellier
- Liber instrumentorum memorialium
- Couronne d'Aragon
- Royaume de Majorque
- Liste des comtes de Melgueil
- Seigneurie d'Aumelas
- Liste des évêques de Maguelone