Séraphine de Dieu

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Séraphine de Dieu
Image illustrative de l'article Séraphine de Dieu
Portrait de la Vénérable Séraphine de Dieu. Auteur inconnu.
Vénérable
Naissance
Naples (Italie)
Décès (à 77 ans) 
Capri (Italie)
Nom de naissance Prudenza Pisa
Autres noms Tenza
Nationalité Drapeau de l'Italie Italienne
Ordre religieux Ordre des Carmes déchaux
Vénéré à Église Saint-Étienne de Capri
Béatification en cours
Vénéré par Ordre des Carmes déchaux
Fête 17 mars

Prudenza Pisa (Naples, - Naples, - Capri), connue sous son nom religieux de Séraphine de Dieu ((it) Serafina di Dio), est une religieuse, mystique, et femme de lettres italienne.

Après sa naissance sa famille s'installe très vite à Capri. C'est dans cette île qu'elle fonde un premier couvent de carmélites suivant la règle réformée par Thérèse d'Avila. Fondant plusieurs couvents de religieuses dans le Royaume de Naples, ces établissements sont regroupés dans l'Institut du Saint Sauveur, mis en place dès 1661. Grande mystique, auteur d'une correspondance importante et de plusieurs traités, elle est néanmoins accusée auprès de l'Inquisition romaine pour hérésie et quiétisme. Après 6 ans de procédure, elle est finalement acquittée.

Après son décès, célébré solennellement par tout le clergé local, son procès en béatification s'ouvre rapidement. En 1876, le pape Pie IX suspend la procédure de béatification, mais en 1989 elle est déclarée vénérable. Depuis 1813, son corps repose dans l'église Saint-Étienne de Capri.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Prudenza Pisa est né à Naples le de Giustina Strina, la seconde épouse de Nicolò Antonio Pisa[N 1], marchand napolitain. Bien qu'installée à Naples, sa famille est une vieille famille de l'île de Capri : la branche paternelle y est présente depuis le début du XVe siècle, et la branche maternelle depuis 1202[1]. Le père de Prudenza a deux frères prêtres : Don Ottavio, chanoine pénitencier de la cathédrale de Naples et consultant auprès du tribunal diocésain, et Gennaro qui est jésuite. Sa mère a également un frère prêtre : Don Marcello[2]. La famille a une autre fille : Victoria[N 2]. Le jour même de sa naissance, la petite Prudenza est baptisée dans l'église paroissiale de Saint-Jean-le-Majeur. La jeune fille est communément appelée Tenza dans sa famille. En 1623, alors qu'elle n'a que deux ans, ses parents décident de revenir s'installer sur l'île de Capri. La famille s'installe en ville, dans la maison maternelle, mais très vite elle se déplace à la campagne, dans une maison installée à 1 km du bourg. La jeune enfant va ainsi passer son enfance dans la nature, au bord de la mer, aimant aller se retirer dans la solitude pour méditer[3].

Encore enfant, elle fait secrètement le vœu de virginité[N 3], mais lorsqu'elle a 15 ans, son père décide de la marier[N 4] à un riche Napolitain. Au moment de rendre sa réponse, et pour clairement exprimer son refus, la jeune Prudenza coupe ses beaux cheveux[N 5] et se présente devant son père vêtue de la soutane Bizzoca[N 6] (soutane fournie par un ami). Son père, lorsqu'il la voit ainsi vêtue, se met en colère et la renie. Il contraint toutefois sa fille à se rendre à Naples, chez de riches cousins, en espérant que les attractions de la ville (capitale de la vice-royauté[N 7]), la distrairaient de ses idées monastiques[1]. Quelques années plus tard, lorsque Prudenza revient à Capri, son père lui demande pardon pour s'être emporté contre elle, et pour s'être opposé à son projet de se faire religieuse. Peu de temps après leur réconciliation, son père décède (le ), il est âgé de 70 ans[3].

Première fondation[modifier | modifier le code]

De retour à Capri, la jeune femme se met sous la direction spirituelle du père don Marcello Strina, curé de l'île, qui est aussi son oncle. Ensemble, ils essayent de mettre en œuvre un projet porté par le curé : ouvrir une maison religieuse pour accueillir les jeunes filles sans dot, ni titres de noblesse. Mais largement critiqué (par la population), le projet échoue, et le père Marcello est déposé de sa charge pastorale. Prudenza est contrainte d'entrer dans le Tiers Ordre dominicain. En 1656, le père Marcello décède de la peste le [1].

La peste fait alors des ravages dans le Royaume de Naples[N 8], décimant la population. À la suite du décès de la mère de Prudenza (le ), une querelle sur l'héritage familiale s'ouvre. La jeune femme est appelée à Naples pour régler le différend juridique. Innocentée des accusations, elle reprend le projet de fondation religieuse conçu par son oncle Marcello et essaie d'obtenir les diverses autorisations nécessaires[N 9]. Finalement, le , munie de toutes les pièces nécessaires, elle quitte Naples en compagnie de quelques futures religieuses et rejoint Capri. L'investiture officielle est donnée dans la cathédrale le 8 septembre[N 10]. Prudenza, élue prieure, est entourée de 8 novices[N 11]. Elles prennent possession de leur première maison à Capri (maison léguée par l'oncle Marcello en vue de la fondation du monastère) le 25 septembre[N 12],[1]. Une première église est construite près de la maison, sa première pierre est posée le par l'évêque de Capri, cette première église est terminée et bénie le par le vicaire de l'évêque don Giuseppe Arena[2].

La règle suivie dans ce nouveau couvent est celle définie par Thérèse d'Avila, suivant le désir du père Marcello[N 13]. Prudenza rédige ses propres Constitutions, inspirées de celles écrites par sainte Thérèse d'Avila, ainsi que de la règle du Carmel écrite par saint Albert de Jérusalem[3].

À peine installée, Prudenza lance le projet de construire un grand monastère Saint-Sauveur. Celui-ci demandera 20 ans de travaux et sera porté par l'architecte Dionisio Lazzari. Ce monastère est construit autour d'une ancienne petite chapelle. La bénédiction officielle du bâtiment est réalisée par l'archevêque de Bénévent Vincenzo Maria Orsini (futur pape Benoît XIII) le [1],[2].

En 1670, par décision de l'évêque, il est décidée que les jeunes femmes doivent prendre un nom de religieuse. Prudenza prend alors le nom de Séraphine de Dieu[2].

La fondatrice[modifier | modifier le code]

L'augmentation du nombre de sœurs oblates pousse mère Séraphine à ouvrir de nouvelles maisons[N 14]. Si la fondatrice n'intervient pas directement pour prendre en main ces fondations, néanmoins, elle les soutient et les organise. Les couvents sont regroupés dans la « Congrégation du Saint Sauveur ». Mère Séraphine de Dieu s'investit également dans la formation des religieuses : elle écrit en 1675 un traité sur le sens de la vie en commun[3].

Le [N 15] Mère Séraphine fonde un second couvent fondé à Massa Lubrense[4]. Puis vient celui de Vico Equense (couvent de la Sainte-Trinité) en 1676, celui de Torre del Greco (couvent de l'Immaculée Conception) en 1681, celui d'Anacapri (couvent Saint-Michel) en 1683[N 16], et enfin le couvent de Fisciano (couvent Saint-Joseph) en 1691. Après le décès de mère Séraphine, ses religieuses ouvrent d'autres couvents, basés sur les mêmes constitutions, et regroupés dans la même congrégation (couvents de Marigliano et de Scala en 1715, puis les couvents de Pagani et de Frasso Telesino)[1],[2].

Toutes ces communautés se soutiennent et s'entraident mutuellement par des dons et une assistance réciproque. Ces maisons religieuses ont également un rôle social et éducatif au niveau de la population locale : les pauvres y reçoivent les premiers éléments d'éducation ainsi qu'un minimum d'aide (à cette époque l'État ne s'occupe pas de l'éducation et de l'aide sociale)[1].

Accusée d’éréthisme[modifier | modifier le code]

En 1685, des rumeurs commencent à circuler à son sujet, ainsi que des critiques[N 17] qui finissent par alerter l'Inquisition romaine. Celle-ci décide d'ouvrir une enquête sur la religieuse. Bien qu'étant opposée aux doctrines quiétistes de Miguel de Molinos (elle a rédigé un écrit condamnant ces thèses), Mère Séraphine est personnellement accusée par le Saint Office d'être une tenante du quiétisme. Elle est désignée comme étant « une sorcière, une calviniste ». Un procès de l'Inquisition s'ouvre contre elle : le 22 avril 1689 elle est consignée dans sa cellule avec interdiction d'en sortir. Elle est interdite de parler avec des étrangers, et même d'accéder à l'Eucharistie[1],[2].

Après 6 années de procédure, elle est finalement acquittée en 1692. Il lui est demandé de se rétracter, en privé, de certaines déclarations ou visions qu'elle avait notifiés dans ses écrits. Elle est également déchargée de ses fonctions de direction des couvents[1],[2]. Une fois réhabilité, sœur Séraphine de Dieu reprend une vie normale, ses biographes précisent : « comme une humble religieuses, dans l'obéissance à ses supérieurs et à sa congrégation »[3].

Décès et béatification[modifier | modifier le code]

L'église Saint-Étienne de Capri.

Mère Séraphine de Dieu décède le . Des phénomènes étranges[N 18] qui ont lieu sur son corps poussent l'évêque de la ville à faire procéder à une autopsie de la défunte. L'autopsie révèle des signes de transverbération sur son cœur[3]. Les funérailles se déroulent sur plusieurs jours[N 19], et rassemblent une grande partie de la population et du clergé. Elle est enterrée dans le chœur de l'église du couvent Saint-Sauveur. Mais en 1808 Achille Murat, roi de Naples, fait fermer le couvent Saint-Sauveur et s'approprie ses biens. Le la dépouille de la religieuse est alors déplacée dans l'église Saint-Étienne de Capri (it) où elle repose aujourd'hui[1],[2].

Après son décès, la renommée de sainteté de la religieuse se répand rapidement. Le procès en béatification est amorcé par l'évêque de Capri Mgr Michele Gallo Vandeneynde[N 20]. Dans ce cadre, sa biographie est publiée à Naples en 1723. Mais le , le pape Pie IX suspend le processus de béatification. En 1989, mère Séraphine de Dieu est inscrite dans le Index ac Status Causarum (registre des saints) comme vénérable[1],[2].

Spiritualité[modifier | modifier le code]

Mère Séraphine de Dieu nourrit une profonde dévotion à la Vierge Marie. Elle voue également un grand amour à Dieu et à l'acceptation de la volonté Divine. Un point important de sa vie spirituelle est la médiation sur la divinité et de l'humanité de Jésus-Christ, ce qui est en contradiction avec les idées largement répandues à son époque quiétiste qui considérait « l'humanité du Christ » comme un obstacle à la « contemplation de la divinité du Christ ». La religieuse a également un grand amour pour l'Eucharistie[3].

Les hagiographes de Mère Séraphine de Dieu ont rapporté qu'elle avait beaucoup de dons extraordinaires, tels que: des locutions intérieures[N 21], des visions, des extases et qu'elle portait les stigmates. Ces mêmes hagiographes ajoutent que malgré ces dons extraordinaires « elle ne se vantait jamais et agissait toujours avec prudence et discrétion »[3].

Mère Séraphine a également été un adversaire tenace de Miguel de Molinos et de sa spiritualité quiétiste[N 22]. Pour cela, elle a rédigé un « Traité de l'oraison de foi »[1].

L'écrivain[modifier | modifier le code]

Mère Séraphine de Dieu, grande mystique, a établi une correspondante importante avec de nombreux évêques de son temps (dont l'archevêque Vincenzo Maria Orsini, qui deviendra par la suite le pape Benoît XIII). En 1745 on comptait pas moins de 2173 lettres, dont beaucoup, par la suite, ont été perdues. Elle a également écrit plusieurs traités de théologie ascétique et dogmatique qui ont été recueillis et publiés dans 22 volumes. Dans ces écrits, elle aborde les thèmes de la Sainte Trinité, de la Providence, des sacrements, des vertus, de la vocation religieuse, des extases, des visions et des miracles. Plusieurs biographies ont été rédigées sur sa vie, et ont développé sa pensée[1].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Mère Séraphine a laissé plusieurs traités, parmi lesquels[3] :

  • un traité sur la prière de la foi
  • un traité sur la sainte oraison mentale
  • un traité de l'amour de Dieu et la présence divine
  • un traité sur la vie commune (1675)
  • un traité sur la conformité à la volonté de Dieu

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Une autre source(Santi e Beati) indique comme nom du père Colantonio Pisa.
  2. La date de naissance de Victoria n'est pas connue, elle a une vingtaine d'années lors de son décès en 1643. Les deux sœurs sont proches spirituellement.
  3. C'est-à-dire de se faire religieuse.
  4. C'était alors la coutume de l'époque de marier les jeunes filles à cet âge.
  5. Voir également Anne de Jésus qui a utilisé la même technique pour échapper au mariage et entrer dans les ordres.
  6. Le terme de Bizzoca a des origines anciennes et désigne des femmes hésitant à embrasser la vie monastique (dans un couvent), mais souhaitant vivre une expérience religieuse particulière tout en restant dans leur milieu de vie. Ces femmes étaient parfois liées (et dirigées spirituellement) avec des ordres mendiants dans lesquels elles étaient intégrées comme membre du Tiers-Ordre. Ce mode de dévotion est alors très développé dans le sud de l'Italie, et à Naples en particulier.
  7. Le Royaume de Naples est alors rattaché à la Couronne d'Aragon.
  8. Sur le site ocarm.org, il est indiqué que lors de l'épidémie de peste sur l'ile de Capri, qui débute en avril 1656, Prudenza s'est investie dans le soin des malades et l'aide aux pauvres.
  9. Sur le site ocarm.org, il est indiqué que le Vicaire Apostolique de Capri a signé le décret de création de l'Institut du Saint Sauveur le .
  10. Certaines sources indiquent que c'est à cette occasion qu'elles revêtent l'habit de carmélite.
  11. 8 novices ou 4 « bizzoche », l'information diffère suivant les sources.
  12. Ou le 2 octobre, les dates diffèrent d'un site à l'autre.
  13. Sur une autre biographie (site monasterocarpineto.it), il est indiqué que Prudenza, étant à Naples en 1661, est allée prier dans la basilique Santa Maria del Carmine Maggiore (it) devant la statue de la Vierge du Carmel et c'est là qu'elle se serait sentie appelée à entrer dans l'ordre du Carmel. D'où la fondation carmélitaine. Les deux informations ne sont pas forcément contradictoires.
  14. En 1700, soit 40 ans après la première fondation, les religieuses dans les couvents fondés par mère Séraphine de Jésus était au nombre de 60.
  15. Le site Santi e Beati indique pour sa part que ce couvent aurait été créé en 1677, et serait donc le troisième couvent fondé par la religieuse.
  16. Ce couvent a été fondé à la suite d'un vœu prononcée durant le siège de Vienne : si Vienne était sauvé, elle fonderait un couvent dédié à saint Michel.
  17. Critiques qui s'avèreront calomnieuses, après enquête et acquittement de l'Inquisition.
  18. La source bibliographique n'indique pas de quels phénomènes il s'agit.
  19. C'était alors la tradition pour les funérailles de personnes très populaires et réputées saintes.
  20. D'autres sources donnent la date de 1742.
  21. Locutions intérieures : elle entendait le Christ lui parler dans son cœur.
  22. Le quiétisme a été condamné par le pape Innocent XII en 1699.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m (it) Antonio Borrelli, « Venerabile Serafina di Dio Fondatrice », sur Santi e Beati, santiebeati.it, (consulté le 16 septembre 2015).
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i (it) Raffaele Vacca, « Venerabile Serafina di Dio Fondatrice », sur Ordine dei Carmelitani, ocarm.org (consulté le 16 septembre 2015).
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i (it) « Venerabile Serafina di Dio », sur Monastero Carmelo Sant' Anna, monasterocarpineto.it (consulté le 16 septembre 2015).
  4. (en) « News Letter N°7 », sur Discalced Carmelite Order, ocd.pcn.net, (consulté le 17 septembre 2015).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Federica Ribera, Santa Teresa a Massa Lubrense : un monastero di clausura tra Storia e restauro, Naples, Arte tipografica, , 180 p. (ISBN 978-8887375367).
  • (it) Stefano Possanzini, Serafina Di Dio : Mistica Carmelitana, Edizioni Carmelitane, coll. « Vacare Deo », , 340 p. (ISBN 978-8872880678).
  • (it) Vitoria Fiorelli, Una esperienza religiosa periferica : I monasteri di madre Serafina di Dio da Capri alla terraferma, Guida, coll. « Passaggi e percorsi », , 240 p. (ISBN 978-8871886367).

Liens externes[modifier | modifier le code]