Anne de Jésus

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Anne de Jésus
Image illustrative de l'article Anne de Jésus
Portrait d'Anne de Jésus
Vénérable
Naissance
Medina del Campo (Espagne)
Décès (à 75 ans) 
Bruxelles (Belgique)
Nom de naissance Ana de Lobera Torres
Nationalité Drapeau de l'Espagne Espagnole
Ordre religieux Ordre des Carmes déchaux
Béatification en cours
Vénéré par Ordre des Carmes déchaux
Fête 4 mars

Ana de Lobera Torres (Medina del Campo, - Bruxelles, ), connue sous son nom religieux d'Anne de Jésus ((es) Ana de Jesús), est une religieuse, grande mystique, et écrivaine espagnole. Elle est proche de Jean de la Croix et de Thérèse d'Avila. Elle rassemble les écrits de la Sainte, contribue à leur publication, et diffuse la spiritualité thérésienne en Europe.

Après avoir participé à la fondation de divers convents en Espagne, elle est appelée par Pierre de Bérulle à fonder un couvent réformé en France. Le couvent est fondé à Paris en 1604. Anne de Jésus en devient la prieure. L'année suivante elle fonde deux nouveaux couvents à Pontoise et Dijon. En 1607 elle est appelée pour fonder un couvent aux Pays-Bas. Après 3 nouvelles fondations, elle décède le à Bruxelles.

Son procès en béatification débute l'année même de sa mort. Arrêté et relancé à de multiples reprises, elle est déclarée Vénérable le . Son procès en béatification est toujours en cours.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Ana de Lobera est née à Medina del Campo le dans une famille de la petite noblesse espagnole[N 1]. La jeune fille est baptisée le jour même[1]. Elle a un frère ainé, Cristobal, qui deviendra jésuite.

Peu de temps après sa naissance son père décède. Elle est muette et sourde durant les sept premières années de sa vie, jusqu'au jour où « par miracle », elle commence à parler[1]. Après deux années heureuses près de sa mère, alors qu'elle est âgée de seulement 9 ans, sa mère meurt. C'est sa grand-mère qui obtient la tutelle d'Ana et de son frère. La jeune fille développe une grande dévotion à la Vierge Marie. À l'âge de 10 ans, Anne de Lobera fait vœu de chasteté, contre l'avis de sa grand-mère qui « l'estime trop jeune pour un tel engagement ». À 14 ans Ana est devenue une belle jeune fille, et sa grand-mère envisage alors de la marier[2].

Pour échapper au projet de mariage, à l'âge de 15 ans (en 1560), elle décide avec son frère de partir vivre à Plasence, chez leurs grands-parents paternels. Mais son autre grand-mère veut elle aussi la marier ; son prétendant tente de la séduire. Elle a 16 ans lorsque, pour clairement exprimer son intention de « se consacrer à Dieu » et couper court à tout projet de mariage, elle provoque volontairement un coup d'éclat : lors d'une réception familiale, elle se fait attendre par toute l'assemblée avant de se présenter revêtue d'un drap noir, et les cheveux coupés en tous sens[N 2]. L'assemblée, sa famille, et le prétendant comprennent alors sa détermination et acceptent sa décision. Désormais, plus personne ne cherchera à la marier[2].

Recherche d'une communauté religieuse[modifier | modifier le code]

La jeune fille se met en quête de la communauté religieuse « la plus parfaite ». En attendant de trouver la congrégation idéale, elle mène une vie très austère, s’adonnant à la prière et jeûnant souvent. Elle se consacre également à aller soigner des malades. Ses biographes rapportent qu'elle commence déjà à recevoir des grâces mystiques. Anne reste alors durant 7 années chez sa grand-mère, poursuivant ce style de vie. Pour la guider spirituellement, elle prend pour directeur un père jésuite : le père Pierre Rodriguez. Celui-ci lui transmet un grand amour de l'Eucharistie[3].

En 1569, Anne tombe gravement malade : durant 3 mois elle est atteinte d'une forte fièvre (sans doute liée à la malaria) qui va en s’aggravant. Même si son état finit par s’améliorer, elle en reste néanmoins affaiblie. C'est à ce moment que le père Rodriguez est nommé à Tolède et doit la quitter. Cette séparation est un coup dur pour la jeune femme.

En 1570, Thérèse d'Avila se rend à Tolède pour fonder un nouveau carmel[N 3]. Le père Rodriguez rencontre le Père Pablo Hernandez, lui aussi jésuite, qui lui présente Thérèse d'Avila. Le père Rodriguez se trouve enchanté par le projet de réforme mené par la carmélite. Il écrit rapidement à sa protégée pour lui annoncer : « J’ai trouvé ici une sainte femme qui fonde des monastères de l’Ordre que vous cherchez. Elle est native d’Avila et se nomme Teresa de Ahumada. Demandez à Dieu qu’il lui plaise de vous donner la lumière pour savoir si c’est là qu’il vous appelle. Quant à moi, il me semble que oui. Avertissez-moi si vous voulez que j’en traite avec la Mère. »[3]. Anne est tout de suite intéressée, dans son courrier de réponse, elle demande, si Thérèse l'accepte, et dans quel couvent elle doit se rendre. Thérèse d'Avila lui écrit le 2 avril pour lui dire qu'elle l'admet dans l'ordre des carmélites, mais elle lui demande de finir de se soigner avant de venir la rejoindre au couvent d'Ávila[N 4].

L'entrée au Carmel[modifier | modifier le code]

Anne quitte Plasence le pour se rendre au carmel d'Avila. Elle arrive au couvent le où elle est reçue par Marie de Saint-Joseph (car Thérèse d'Avila est alors en voyage à Tolède). Anne prend l’habit du Carmel le 1er août et demande à prendre le nom d'Anne de Saint-Pierre[N 5], mais Thérèse d’Avila, bien qu’absente à ce moment, a déjà décidé de son nom de religieuse : Anne de Jésus[4].

Ce n'est qu'à la fin du mois d’août qu’Anne de Jésus rencontre Thérèse pour la première fois. La madré discerne très vite la valeur de la jeune femme, et c'est le début d'une belle et grande amitié spirituelle entre les deux femmes. En novembre 1570, Thérèse d'Avila appelle Anne pour participer à la nouvelle fondation de Salamanque. Lorsque Thérèse repart, elle confie à Anne (qui n'est alors que novice) la responsabilité des autres novices[5]. Thérèse recommande également à la nouvelle prieure de Salamanque de consulter sœur Anne pour les affaires du monastère[4].

À la suite d'ennuis de santé, la date de sa profession est retardée de quelques mois. Le , Anne de Jésus fait sa profession définitive dans l'Ordre du Carmel. Mais, au durant la cérémonie il se passe un incident imprévu : Anne entre en extase ! À la suite de cet incident, Thérèse d'Avila ordonne que désormais, toutes les nouvelles professions ne se fassent qu'en présence uniquement de la communauté[4].

L'année suivante, Anne est nommée sacristine et infirmière, afin de la distraire de ses méditations (selon Thérèse d'Avila). Elle reste à Salamanque jusqu'en janvier 1575.

Fondations en Espagne[modifier | modifier le code]

Anne de Jésus quitte Salamanque en 1575 pour participer à la fondation du carmel de Beas de Segura. Thérèse la nomme prieure de ce nouveau couvent[6]. Anne rencontre à cette occasion Jérôme Gratien, le père carme visiteur des couvents d'Andalousie. En octobre 1578, elle rencontre Jean de la Croix, qui s'était échappé de sa prison au Carmel de Tolède. Lorsqu'Anne voit pour la première fois Jean de la Croix (évadé peu de jours auparavant de son cachot), et encore couvert de plaies[7], Anne demande à deux religieuses de chanter des cantiques[N 6]. En entendant les chants, Jean de la Croix entre alors en extase.

Saint Jean reste durant deux années au couvent de Béas, assurant la direction spirituelles des religieuses[8]. Anne est alors très marquée par l'influence spirituelle de Jean de la Croix.

En janvier 1582, à la demande de Thérèse, elle part pour effectuer une nouvelle fondation à Grenade. Elle est accompagnée de Jean de la Croix et de 6 religieuses[9]. Le nouveau carmel est fondé le .

Anne intervient à la fondation du carmel à Malaga. En juillet 1586, accompagnée de Jean de la Croix, elle fonde le carmel de Madrid[9], et en devient la prieure (Thérèse souhaitait ardemment effectuer cette fondation de son vivant, mais elle n'avait jamais réussi à la mener à bien[10]). Elle y rencontre la fille du roi Philippe II d'Espagne, Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche qui devient son amie. Depuis Madrid Anne prépare les fondations de couvents à Huarte et à Valence. Un temps incarcérée dans le couvent de Madrid et privée de sa charge de prieure (en sanction à son opposition au général de l'ordre)[11], elle est libérée en 1594 et se rend au couvent de Salamanque[N 7]. Elle est élue prieure du couvent en 1596[12].

Fondations en Europe[modifier | modifier le code]

Portail d'Anne de Jésus (XVIIe siècle).

Marie de Saint Joseph est envoyée, avec cinq autres religieuses espagnoles, pour fonder le premier couvent réformé en France. Cette la fondation se fait sous la protection de Pierre de Bérulle, qui avec d'autres personnes envoie des lettres à Henri IV, roi de France qui donne son accord. La bulle papale « In Supremo » daté du apporte l'appui de Rome. Pierre de Bérulle souhaiterait faire venir (en France) Anne de Jésus, mais le supérieur Général, Francisco de la Madre de Dios, y est opposé. Après des discussions, et l'appui d'Anne de Saint-Barthélemy qui soutient la candidature d'Anne de Jésus, le supérieur Général accepte finalement d'envoyer Anne de Jésus en France pour fonder le premier couvent de l'ordre du carmel déchaussé[13]. Les religieuses arrivent à Paris le et, le 18 octobre, le nouveau carmel du nom de l'Incarnation est fondé. Anne de Jésus est la prieure de ce nouveau couvent.

L'année suivante, en 1605, Anne de Jésus fonde un nouveau carmel à Pontoise, et un troisième à Dijon[14].

Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, la fille de Philippe II, gouvernante des Pays-Bas, demande à Anne de fonder un carmel dans cette province espagnole[N 8]. Ce qu'elle fait le . Le 7 novembre Anne fonde un second carmel à Louvain, puis elle fonde encore un carmel à Mons le . Mais elle doit suspendre ses nouveaux projets de fondations, car les couvents français refusent de lui envoyer des carmélites expérimentées (dont elle manque), et les pères carmes déchaux qu'elle a demandés (pour l'accompagnement spirituel des religieuses) se font toujours attendre[15].

En 1610 les pères carmes déchaux arrivent à Bruxelles. Anne leur transmet alors la charge d'effectuer de nouvelles fondations. Sans prendre directement part à de nouvelles fondations, Anne de Jésus va susciter la fondation du carmel à Cracovie en 1612, et puis celui d'Anvers en 1619. Bien qu'étant âgée et malade, elle envisage un temps d'aller fonder un carmel en Angleterre, mais ce projet et abandonné[15].

Âgée de 75 ans, Anne de Jésus décède à Bruxelles le [16]. La célébration funèbre a été présidée par les archiducs Albert d'Autriche et Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, gouverneurs des Pays-Bas[17].

Importance et rôle dans la réforme Thérésienne[modifier | modifier le code]

Relation et proximité avec Thérèse d'Avila[modifier | modifier le code]

Dès que Thérèse d'Avila rencontre Anne de Jésus, Thérèse voit immédiatement en elle de nombreuses vertus, et Anne devient sa fille de prédilection. Avec Marie de Saint-Joseph, ces deux religieuses sont considérées par Thérèse comme étant ses piliers pour la réforme carmélitaine (qu'elle a entreprise), et ses héritières (Thérèse surnomme Anne de Jésus « ma fille et ma couronne »[5]). C'est pourquoi, Thérèse étant sure de la valeur d'Anne de Jésus, elle l'envoie pour les fondations les plus difficiles en Andalousie et en Castille.

Anne de Jésus fait partie des quelques religieuses qui ont eu l'opportunité de partager le quotidien de Thérèse d'Avila pendant plusieurs années, et donc « d'être formée à son école »[4]. Thérèse, qui tient en haute estime sœur Anne de Jésus, en fait sa grande confidente. Les deux femmes ont l'une pour l'autre, une grande familiarité de sentiments, de décisions et de grâces mystiques. Thérèse établit une correspondance intense avec mère Anne et lui partage toutes les agitations de son âme, tous les soucis qui la préoccupent ; elle n'hésite pas non plus à communiquer à sa confidente toutes les grâces spirituelles qu'elle affirme recevoir. Signe du degré d'intimité de ses confidences, Thérèse demandera à mère Anne de détruire toutes les lettres qu'elle a reçues, pour éviter qu'elles ne tombent aux mains de l'Inquisition[6].

Jean de la Croix donnera même un commentaire élogieux sur mère Anne de Jésus : « Elle ressemblait en tout à [sainte] Thérèse, même esprit d’oraison, même manière d’agir, mêmes capacités, même genre de gouvernement. ». Plus tard, Jean déclarera « qu’elle égalait sainte Thérèse pour les dons spirituels et la dépassait pour les dons naturels »[8].

Publication et diffusion des écrits thérésiens[modifier | modifier le code]

Thérèse d'Avila par Peter Paul Rubens (XVIIe siècle)

Quand Thérèse d'Avila écrit le livre des Fondations, elle partage alors sa cellule avec sœur Anne, dans le carmel de Salamanque. Anne était au courant de tout ce qu'écrivait sainte Thérèse. Elle était la personne qui connaissait le mieux de l'œuvre de Thérèse d'Avila.

De même, saint Jean de la Croix lui confie son Cantique spirituel, qu'elle conserve jusqu'en 1586. Plus tard, Jean lui dédie le commentaire du Cantique Spirituel[12].

En 1586, Anne rencontre Luis de León à Madrid. Celui-ci lui demande de rassembler tous les écrits de Thérèse d'Avila, afin d'en réaliser une publication. Anne collecte donc les documents et les lui remet. Une première publication est réalisée à Salamanque en 1588 sous le nom Los libros de la madre Teresa de Jesús, fundadora de los monasterios de monjas y frailes de Carmelitas Descalzos de la primera Regla (Livres de mère Thérèsa, fondatrice des monastères de moniales et les moines des Carmes déchaux de la première Règle). Parvenue en Belgique, et avec l'aide du Père Gratien, Anne travaille à traduire et éditer les œuvres thérésiennes dans le reste de l'Europe[18].

Anne ne se limite pas aux œuvres de Sainte Thérèse, elle prend également part à l'édition et la publication des œuvres de saint Jean de la Croix[18].

Défense de la réforme Thérésienne et sanctions[modifier | modifier le code]

Jérôme Gratien, expulsé de l'Ordre des Carmes déchaux pour s'être opposé au général Doria.

Après le décès de Thérèse d'Avila, le père Gratien fait élire un nouveau supérieur général pour l'ordre : le père Doria. Mais très vite celui-ci prône une obéissance très pointilleuse (et stricte) à la règle et aux supérieurs, ainsi que de nombreuses pénitences et mortifications. Effrayée par cette ligne religieuse, quelques religieuses, avec à leur tête Anne de Jésus, tentent de faire préserver l'esprit de la réforme carmélitaine[N 9] insufflée par Thérèse d'Avila. En 1590, mère Anne de Jésus, avec quelques autres religieuses[N 10] et le soutien du Père Gratien, écrivent au pape Sixte V pour lui demander de figer les constitutions établies par Thérèse d'Avila. La démarche aboutit et le pape répond favorablement à leur demande par un bref[19] intitulé Breve Salvatoris.

Mais cette décision provoque la colère du général Doria qui réagit en sanctionnant les religieuses qui ont agi dans son dos : il retire à Anne de Jésus sa charge de prieure du couvent, et condamne la religieuse à la réclusion dans la prison du couvent[5],[20]. La religieuse n'est autorisée à sortir de son cachot que pour assister à la messe (et communier) deux fois par an[N 11]. Seule une intervention personnelle du roi d'Espagne réussit à alléger la peine à « une messe par mois »[11]. Le pape Sixte V étant décédé peu de temps après la rédaction du bref, le père Doria demande au nouveau pape, Grégoire XIV d'annuler le bref de son prédécesseur, ce qu'il lui accorde. L'information ne lui parvient néanmoins qu'après le chapitre de 1591, limitant ainsi les volontés de changements du général carme durant ce chapitre[21].

Après la mort de Doria (en 1594), mère Anne est libérée de prison et elle retrouve sa charge de prieure du couvent.

Spiritualité[modifier | modifier le code]

Certains estiment qu'Anne de Jésus a été « l'une des plus grandes charismatiques du Carmel thérésien ». Ses hagiographes rapportent qu'elle avait de nombreux dons mystiques (charismes de connaissance des âmes, de guérison, de prophétie ou d’intercession pour les mourants)[18].

Sa spiritualité est nettement influencée par sainte Thérèse et saint Jean de la Croix. À travers ses écris, Anne laisse voir un « grand amour pour l’humanité du Christ ». Chez elle, cette dévotion est intimement liée à l'adoration eucharistique et à l’Eucharistie. Progressivement au cours des années, elle s'intéresse au personnage de Job (dans l'Ancien Testament), ainsi, certains ont noté dans ses correspondances la présence de thèmes liés au Livre de Job comme « l’acceptation de la volonté de Dieu, dans l’adversité comme dans la prospérité »[18].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le procès en béatification[modifier | modifier le code]

L'année même de la mort d'Anne de Jésus, en 1621, commence le processus ordinaire de béatification et de canonisation à Malines, Tournai, Cambrai, Arras, Anvers. Les déclarations se poursuivent jusqu'en 1642, mais les autorités religieuses des Carmes déchaux espagnols n'étant que peu intéressées par ce projet de béatification, le processus s'arrête[22].

En 1872, la cause de béatification est relancée. Pour cela, le Père Ignacio Bertolo, carme belge et définiteur général, publie à Bruxelles un guide de documents procéduraux de sœur Anne de Jésus. Celui-ci est intitulé « Tableau chronologique des principaux Témoignages… de la Vénérable mère Anne de Jésus ». Le elle est déclarée vénérable[14] et sa cause de sa béatification est introduite à Rome.

En 1881, le père Bertolo ouvre, dans le diocèse de Malines, la procédure sur sa réputation de sainteté, sa vie et ses miracles. Il ouvre également de nouveaux décrets sur les écrits et la validité du procès apostolique.

Le , ses écrits et lettres spirituelles qui révèlent sa profonde vie intérieure et une extraordinaire prudence sont approuvés par les autorités religieuses[12]. En 1895, le père Bertolo ouvre à Malines un autre processus sur les vertus et les miracles "in specie". Et en 1904, un autre décret relatif à la validité du procès apostolique est ouvert.

Lors du chapitre général de l'Ordre des carmes déchaux à Rome et 1991 est demandée l'introduction de la cause en béatification d'Anne de Jésus (en même temps que celles de Marie de Saint Joseph et de Jérôme Gratien)[23].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Si certains des écrits d'Anne de Jésus ont été perdus, ce sont néanmoins 89 « lettres » ainsi que quelques Déclarations, Relations et poèmes[N 12] qui sont parvenues jusqu'à nous. Mais très peu de ses œuvres manuscrites originales ont survécu, ce sont essentiellement des copies qui nous permettent de connaitre son œuvre.

Malheureusement, les lettres que lui a écrites Thérèse d'Avila ont été définitivement perdues. C'est Anne elle-même qui a brulé ces courriers sur la demande expresse de la Madré, durant les années où elles rencontraient des grandes oppositions avec les carmes chaussés. Anne a témoigné, en 1597, de sa douleur à exécuter cet ordre[6].

Des documents, écrits par mère Anne, transparaissent son amitié avec Thérèse, son amour pour l'Ordre du Carmel et la réforme qui y est menée, ainsi que sa mission et son rôle de fondatrice de couvents. Sa spiritualité contemplative et son amour de l'Eucharistie sont également très présents[24].

Parmi les écrits d'Anne nous trouvons le récit de la fondation du couvent de carmélites à Grenade ainsi que le récit de son voyage à Paris (rédigé à la demande du Père Jérôme Gratien).

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Ce ne sont pas les hommes qui nous éprouvent, mais celui-là même qui sait comment doivent être taillées les pierres vivantes de la Jérusalem céleste. »[25]
  • « Le Roi des rois, voici le Roi des rois qui en faisant de nous des seigneurs, s'est soumis à nos lois, et Il s'est chargés de douleurs. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sa famille est peu fortunée, mais très pratiquante.
  2. A l'époque, pour une jeune fille, une telle coupe de cheveux faisait scandale. Voir également Séraphine de Dieu qui, presque un siècle plus tard, a utilisée le même subterfuge pour elle aussi entrer au couvent.
  3. La réforme thérésienne du carmel a débuté 8 ans plus tôt. Cette réforme en est encore dans ses débuts.
  4. Sainte Thérèse est alors prieure du carmel Saint Joseph d'Avila
  5. Le 1er août est le jour de la fête de saint Pierre aux Liens.
  6. Il y a une incertitude concernant la nature des cantiques : textes écrits par Anne de Jésus ou non.
  7. Mañero Sorolla, dans sa publication (Mañero Sorolla 1998, p. 147) indique qu'elle poursuit sa réclusion au couvent de Salamanque, et que son départ (en 1604) pour la France est une forme d'exil pour fuir une hostilité persistante de la part des autorités carmélitaines espagnoles.
  8. A cette période, les Flandres sont une province dépendant du roi d'Espagne.
  9. Tendre vers l'union à Dieu, à la charité et l'amour du prochain.
  10. M.D. Poinsenet, dans son ouvrage (Poinsenet 1968), insiste surtout sur le rôle de mère Anne de Jésus dans la démarche auprès du pape. De PABLO MAROTO (De PABLO MAROTO 2004) insiste lui sur celui de Marie de Saint Joseph.
  11. À noter que mère Marie de Saint Joseph, au couvent de Lisbonne écope d'une peine similaire (bien qu'un peu moins rude) à celle de mère Anne de Jésus : emprisonnement au cachot avec sortie uniquement pour la messe dominicale et pour les fêtes obligatoires. Voir Poinsenet 1968, p. 185.
  12. Les écrits, déclaration, procès-verbaux et la correspondance d'Anne de Jésus présentent une importance bien supérieure à ses poèmes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Très tôt, un signe du Seigneur », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 3 septembre 2015).
  2. a et b « Anne de Jésus - Qui es-tu ? L'appel de Dieu, l'éveil d’une vocation », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 3 septembre 2015).
  3. a et b « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Le choix du plus parfait », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  4. a, b, c et d « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Le Carmel comme réponse », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  5. a, b et c Didier-Marie Golay, « Anne de Jésus (Lobera) », Atlas Thérèse d'Avila : "Aventure sa vie", une sainte dans l'histoire et dans le monde,‎ , p. 257 (ISBN 978-2204102667).
  6. a, b et c « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Anne de Jésus collaboratrice de Thérèse d’Avila », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  7. Jean de la Croix avait été très mal traité durant son incarcération et il était couvert de plaies lors de son évasion. À son arrivée au couvent de Béas, ses blessures n'étaient pas encore guéries.
  8. a et b « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Anne de Jésus aux côtés de Jean de la Croix », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  9. a et b « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Anne de Jésus et l’expansion du Carmel réformé », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  10. Mañero Sorolla 1998, p. 146.
  11. a et b Poinsenet 1968, p. 185.
  12. a, b et c (en) Valentine Macca, « ANNE OF JESUS Servant of God (D) » [PDF], sur The Carmelites Province of the Most Pure Heart of Mary (USA), carmelnet.org (consulté le 9 septembre 2015).
  13. « Bienheureuse Marie de l'Incarnation », sur Missel, missel.free.fr (consulté le 8 septembre 2015).
  14. a et b Claude, « Vénérable Anne de Jésus », sur Martyrs et Saints, martyretsaint.com,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  15. a et b « Anne de Jésus - Qui es-tu ? L’âme de l’expansion de la réforme hors d’Espagne », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  16. « Anne de Jésus - Qui es-tu ? En bref », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  17. Mañero Sorolla 1998, p. 145.
  18. a, b, c et d « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Les aspects majeurs de sa spiritualité », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 9 septembre 2015).
  19. Marie Dominique Poinsenet, Par un sentier à Pic : Saint Jean de la Croix, Paris, du Dialogue, , p. 166,169,175,176.
  20. (es) Daniel De PABLO MAROTO, « María de San José (Salazar), heredera del spíritu de Santa Teresa y escritora de espiritualidad », Revista de Espiritualidad, no 63,‎ , p. 217 (lire en ligne [PDF]).
  21. Poinsenet 1968, p. 176.
  22. Mañero Sorolla 1998, p. 147.
  23. De PABLO MAROTO 2004, p. 242.
  24. « Anne de Jésus - Qui es-tu ? Ses écrits », sur Carmélites de Québec, lecarmel.org,‎ (consulté le 9 septembre 2015).
  25. « Extension du Carmel réformé en Europe », sur Le Carmel en France, carmel.asso.fr (consulté le 9 septembre 2015).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Ángel Manrique, La Venerable Madre Ana de Jesús, discípula y compañera de la S.M. Teresa de Jesús y principal aumento de su orden. Fundadora de Francia y Flandes, Bruxelles, Lucas de Meerbeeck, , ouvrage traduit en français en 1636 Ángel Manrique, La Vie de la Vénérable Mère Anne de Jésus, Compagne de Sainte Thérèse et fondatrice des Carmélites Déchaussées en France et en Flandres, Paris, Adrien Taupinart, , 450 p. (lire en ligne).
  • (es) Juan de la Presentacion, Vida devota de la beata madre Maria Ana de Jesus: religiosa del sacro, real, y militar Orden de Descalzos de Nuestra Señora de la Merced, Redencion de Cautivos, Madrid, I. de Hernández Pacheco, , 3e éd., 308 p. (lire en ligne).
  • Berthold-Ignace de Sainte-Anne, Anne de Jésus et les Constitutions des Carmélites Déchaussées ou mémoire historique et justificatif tendant a démontrer que la servante de Dieu Anne de Jésus est restée constamment fidèle a l'esprit du Carmel Reformé par Sainte Thérèse, vol. 1 et 2, Bruxelles, Alfred Vromant, .
  • Louis Van den Bossche, Anne de Jésus, coadjutrice de sainte Thérèse d'Avila, Bruges, Desclée De Brouwer, , 253 p.
  • (es) Ildefonso Moriones, Ana de Jesús y la herencia teresiana : humanismo cristiano o rigor primitivo ?, Rome, Edizioni del Teresianum, , 530 p. (lire en ligne).
  • (es) Humor y espiritualidad en la escuela teresiana primitiva : Santa Teresa de Jesús, Jerónimo Gracián, Ana de Jesús, María de San José, Burgos, El Monte Carmelo, , 639 p. (lire en ligne).
  • (es) M. Pilar Mañero Sorolla, « Ana de Jesús cronista de la fundación del primer Carmen descalzo de París », Bulletin Hispanique, no XLV,‎ , p. 647-672.
  • (es) Antonio Fortes, Escritos y documentos de Ana de Jesús, Burgos, El Monte Carmelo, , 500 p. (ISBN 978-8472393271).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (es) María Pilar Mañero Sorolla, « Ana de Jésus y las biografias del Carmel Descalzo », Actas del XIII Congreso de la Asociación Internacional de Hispanistas (1998a), Barcelone, Universidad de Barcelona, vol. 4,‎ , p. 145-153 (lire en ligne [PDF]).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]