Rock anticommuniste

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Rock anticommuniste
Origines stylistiques Punk rock, oi!
Origines culturelles Royaume-Uni ; fin des années 1970
Instruments typiques Chant, batterie, guitare électrique, basse électrique
Scènes régionales Royaume-Uni, France, Allemagne, Pays-Bas, Canada, États-Unis, Brésil, Japon, Malaisie
Voir aussi RIF, NSBM, nazi punk, Musique White Power, rap d'extrême droite, skinhead néonazi

Le rock anticommuniste, également abrégé RAC pour rock against communism, est un genre musical[1],[2] ayant émergé à la fin des années 1970, plongeant ses influences dans le punk rock et la oi!. Le terme de RAC est choisi en réaction aux concerts de Rock against racism (RAR) organisés entre les années 1976-1979[3]. Les principaux facteurs d'identification de ce courant sont les textes d’inspiration anticommuniste, néo-nazie, raciste ou ethno-differencialiste[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines britanniques[modifier | modifier le code]

Au commencement était la Oï![modifier | modifier le code]

Les origines du RAC sont à rechercher dans le mouvement punk, issu d'une réaction contre les dérives hippies de la scène rock. La mode punk est lancée par le groupe londonien des Sex Pistols qui, après s'en être pris à la monarchie britannique avec God save the Queen, pousse plus loin la provocation dans Holidays in the Sun en vantant des vacances à Belsen, en référence au camp de concentration de Belsen-Belsen. Le bassiste du groupe porte en outre lors des concerts un t-shirt orné d'un svastika[3].

Le courant Oï! s’inscrit à son tour en réaction avec le courant punk qui l'a précédé. Le terme de Oï! viendrait de « Hey you! », prononcé avec l'accent cockney. Un des groupes phares de la !, Sham 69, traîne dans sa crew, la Sham army, de nombreux skinheads. Les musiciens du groupe s'affirment politiquement de gauche et participent aux concerts antiracistes des Rock against Racism. Pourtant, le fait qu'il diffuse en ouverture de ses concerts l’hymne Land of Hope and Glory et surtout la composition de sa Sham army lui donnent l'image d'un groupe marqué à droite. D'autre part, une bonne partie du public du groupe, à l'instar des skinheads de la Sham army, se rapprochent ouvertement du parti nationaliste National Front, ce qui va inciter les musiciens à dissoudre le groupe [3].

Aux Sham 69 succèdent des groupes comme Cockney Rejects, Angelics Upstarts ou UK Subs. Ces groupes de Oï! s'affirment tous de gauche, mais, comme Sham 69, entretiennent aussi une image patriotique, ce qui leur amène une large public de skinheads et de supporteurs de clubs de football. Musiciens de gauche et public majoritairement nationaliste vont former un cocktail explosif, qui s'exprime dans les concerts, les tribunes des stades et dans la rue[3].

Les événements de Southall[modifier | modifier le code]

En juillet 1981, un concert de musique Oï! est donné dans un pub de l'ouest de Londres, dans le quartier de Southall, habité en majorité par des Pakistanais. Le concert dégénère en affrontements physiques entre skinheads et Pakistanais. Ces incidents vont attirer l'attention des médias sur les skinheads. A l'origine, les skinheads écoutaient du reggae et du ska, en côtoyant des populations d'origine antillaise, africaine pou asiatique. Ils ont ensuite évolué avec les groupes punks. Mais l'évolution de la société les amène peu à peu à s'orienter vers des positions politiques d'abord patriotiques, puis nationalistes. De plus, les événements de Southall ont défini leur identité aux yeux des médias: alors qu'une compilation Oï! fait son entrée dans le Top 50 anglais, les majors résilient les contrats et annulent les festivals programmés à Manchester et à Bradford: Les conséquences sont immédiates: la Oï! bascule, contrainte et forcée, dans la dissidence [3].

Le groupe Screwdriver[modifier | modifier le code]

Sautant sur l'occasion, Joe Pearse, le responsable de la branche jeune du National Front, se rapproche alors d’un musicien Oï! charismatique, leader du groupe Screwdriver: Ian Stuart Donaldson. Le groupe est né en 1976, au sein de la mouvance punk, mais, dès 1978, il s'est réorienté vers un engagement politique nationaliste. Le petit parti avait précédemment déjà tenté l'expérience, dans la ville de Leeds, de regrouper les nationalistes du courant punk, en lançant un mouvement musical nommé RAC, Rock against communism, en réaction face aux concerts de Rock against racism [3].

La rencontre entre les deux hommes donne l'opportunité de relancer le RAC et de radicaliser une partie de la mouvance skinhead. Ensemble ils fondent le White Noise Club, une structure de promotion de concerts, en même temps qu'un label de production. Plus tard, en 1987, Ian Stuart rompra avec le National Front et créera Blood & Honour, qui sera à la fois une revue, une structure fédérative de niveau international, un distributeur de merchandising, de disques et de matériel politique. En réaction à la création de Blood & Honour, les skinheads de gauche constitueront les SHARPS (Skinheads against racial prejudice)[3].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Le premier label allemand est Rock-O-Rama, fondé en 1980. Il produit d'abord des groupes punks orientés à gauche, puis il va prendre en charge les groupes skinheads les plus politisés, dont même Screwdriver. Rock-O-Rama cesse ses activités en 1993, après avoir produit 173 titres[3].

France[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

En France, comme en Angleterre, le RAC va peu à peu émerger de la rencontre entre une nébuleuse de groupes Oï! plus ou moins éphémères et au look encore incertain (crête ou crâne rasé)[3], et les clubs de supporteurs de football, comme par exemple le Kop de Boulogne. L'un des groupes précurseurs français est le groupe Oï! Komintern Sect, fondé en 1981 à Orléans, qui, comme son nom le laisse entendre, cultive l’ambiguïté. Le groupe crée son propre label de production, Chaos productions. Le ton est à la violence et la provocation avec un humour pas toujours bien compris. Le groupe disparaîtra en 1987, après avoir produit trois albums. Entre-temps, il se sera produit avec les premiers groupes de RAC français: avec Evil Skins en 1985, avec Snix, Brutal Combat et Skinkorps en 1986 [5].

Les premiers groupes français à adopter le style vestimentaire et musical skinhead sont R.A.S. (1982-1983) et Swingos Porkies (1979-1983). Ces groupes ne sont toutefois pas caractérisés par une ligne politique claire. R.A.S. joue même à la Fête de l'Huma en 1983. En revanche, les pionniers du RAC Snix (Lille, 1982), Bunker 84 (Méru, 1984-1989) et L'Infanterie sauvage (Essonne, 1981-1985) ne laissent plus de place à l’ambiguïté quant à leurs orientations politiques[5].

Le premier label de RAC français est Rebelles européens, dont le créateur, Gaël Bodilis, est l'ex-manager du groupe Brutal Combat. Parmi les labels actuels on peut citer un label indépendant, Street Fighting Records, actif dans l'ouest de la France[6].

Idéologie et diffusion[modifier | modifier le code]

Le RAC désigne un style musical issu du rock adopté par des groupes prônant le nationalisme et/ou la supériorité de la race blanche ou de certains peuples asiatiques (Yellow Power au Japon, et Malay Power en Malaisie) à d'autres. Le RAC reste le principal vecteur de leurs idéologies. Les discours présents sont généralement la haine des étrangers, le rassemblement des « peuples blancs » ou asiatiques, des ébauches de récits politiques, mythiques ou historiques (généralement lié au courant négationniste), et des discours réactionnaires.

Cependant, certains groupes (Combat 84, The Last Resort, Condemned 84, Close Shave et Miburo) se sont parfois produits sous l’appellation RAC sans être pourtant des groupes ouvertement néonazis mais voulant marquer leur opposition au communisme et à ce qu'ils considèrent comme des tentatives de récupération de la scène par l'extrême gauche.

Depuis la fin des années 1990, on peut noter une nette évolution dans les styles musicaux des groupes évoluant dans la mouvance RAC. Si auparavant ce courant était musicalement très proche des groupes Oi! britanniques, d'autres tendances sont apparus avec la globalisation du phénomène. Ainsi il n'est pas rares de voir des groupes affiliés à ladite scène évoluer dans des styles apparentés au heavy metal, au punk hardcore, au punk rock classique, voire plus marginalement à la musique industrielle ou au rap.

Ce style musical n'est guère présent dans les bacs des disquaires, les amateurs du genre se fournissant via Internet ou par des librairies spécialisées. Les créateurs et diffuseurs de ce type de musique sont souvent condamnés et censurés pour incitation à la haine raciale et apologie du nazisme[7],[8],[9].

Groupes notables[modifier | modifier le code]

En France, les groupes notables du genre incluent Evil Skins, Fraction, Frakass, Vichyste, Kontingent 88, Légion 88, et Wolfsangel[réf. nécessaire].

À l'international, ils incluent : Absurd, Landser, Pogrom, Skrewdriver, Skullhead, et Zetazeroalfa[réf. nécessaire].

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Claude, Skinheads à la droite de l'extrème, 10 septembre 2012, Canal+, Spécial investigation, 52 min, lire en ligne et voir en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « B&H / C18 - A Tribute to Ian Stuart », sur www.skrewdriver.net (consulté le 29 août 2017).
  2. (en) « RAC: A Visual Database of Extremist Symbols, Logos and Tattoos » (consulté le 29 août 2017).
  3. a b c d e f g h et i Thierry Bouzard, Les musiques skins, Paris, Éditions Diffusia, coll. « Les ABC de la musique », , 75 p. (ISBN 978-2-9156-5614-5), p. 10-16
  4. (en) « Rock Against Communism », sur Anti-Defamation League (consulté le 29 août 2017).
  5. a et b Thierry Bouzard, Les musiques skins, Paris, Éditions Diffusia, coll. « Les ABC de la musique », , 75 p. (ISBN 978-2-9156-5614-5), p. 17-26
  6. Rock Haine Roll. Origines, histoires et acteurs du Rock Identitaire Français, une tentative de contre-culture d'extrême droite, mai 2004, Collectif, Éditions No Pasaran, p. 43
  7. (en) Nazi accusations against members of 3RAR, The World Today, 19 décembre 2000.
  8. (de) Initiative lässt 118 Nazi-Webseiten abschalten, Heise online, 1er août 2001.
  9. (en) Neo-Nazis rally for jailed singer, BBC Nws, 21 octobre 2006.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thierry Bouzard, Le rock identitaire français, Paris, Éditions Diffusia, coll. « Les ABC de la musique », 2018, 78 p. (ISBN 978-2-9156-5613-8).
  • Thierry Bouzard, Les musiques skins, Paris, Éditions Diffusia, coll. « Les ABC de la musique », 2018, 75 p. (ISBN 978-2-9156-5614-5).
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