Revue prédatrice

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Email d'hameçonnage classique de revue prédatrice; a: appelle tous les chercheurs (même les doctorant) « Dr. » , b: fautes d'orthographes nombreuses, y compris dans le nom du chercheur, c: pression temporelle (l'article doit être transmit rapidement), d: évidente mauvaise connaissance de l'anglais, champ de recherche du journal n'ayant souvent aucun lien avec celui du chercheur visé, absence de relecture souvent visible, e: mauvais usage de l'ISSN ou faux identifiant

Une revue prédatrice (en anglais: predatory journal) est une publication (le plus souvent sur Internet) qui prend les formes d'une revue scientifique mais constituant une escroquerie légale en poussant les chercheurs à payer des frais de publication sans leur fournir les services éditoriaux associés aux revues scientifiques légitimes (en libre accès ou non).

L'idée de « prédation » de ces revues est fondée sur l'idée que les universitaires sont trompés et incités à publier avec elles, même s'il peut arriver que certains auteurs soient informés de la mauvaise qualité de la revue, voire de son caractère frauduleux.[note 1] Les jeunes chercheurs de pays en développement sont considérés comme particulièrement susceptibles d'être induits en erreur par ces pratiques[2],[3].

Contexte[modifier | modifier le code]

La littérature scientifique (ou académique) repose sur un partenariat entre les centres de recherche (ou chercheurs indépendants) et les Journaux scientifiques. Les chercheurs soumettent leurs articles à des journaux, ces derniers vont les faire relire par des experts du domaine qui peuvent alors soit accepter le manuscrit (généralement après corrections préalables) soit le refuser. Cette revue par les pairs gageant de la qualité de la démarche de recherche suivie[4]. Les chercheurs sont évalués en fonction de la réputation des journaux dans lesquels ils arrivent à publier ainsi que sur la quantité d'articles publiés. Ces deux facteurs contrôlant en général à la fois les financements qui seront perçus par les chercheurs et leurs possibles évolutions de carrières, les chercheurs du monde académique travaillent sous cette pression communément appelée le publish or perish (publier ou mourir). Cette course à la publication est aussi présente chez les doctorants de nombreux pays (comme la Chine ou les États-Unis) pour lesquelles la thèse ne peut être validée que si le doctorant a publié un ou plusieurs articles en tant que premier auteur.

C'est dans ce contexte que sont apparues les revues prédatrices. Les chercheurs cherchant avec insistance des journaux susceptibles d'accepter leurs travaux (quelle que soit la qualité de ces derniers), de nombreux journaux imitant le style des revues scientifiques sont apparus et se sont mis à accepter tous les articles soumis sous réserve de paiement de frais de publication. Ces revues n'ayant pas recours à la revue par les pairs mais présentant les articles d'une manières similaire aux autres articles scientifiques, elles peuvent également être utilisées pour donner du crédit à une étude biaisée ou falsifiée[5].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Une plateforme collaborative pour chercheurs visant à référencer les revues prédatrices suite à la fermeture de la liste de Beall (voir section Histoire) vit le jour sous le nom de Stop Predatory Journals. une liste de 10 critères y est proposée afin de repérer les potentiels journaux à risque[5] :

  • Frais de publication exorbitants, contrôles éditoriaux minimaux[6]
  • Frais de publication révélés aux auteurs seulement après l'acceptation de l'article[6]
  • Envoi massif et agressif de courriers incitant les chercheurs à publier chez eux, ou à devenir éditeur[7]
  • Acceptation très rapide des manuscrits et acceptation des articles canulars[8],[9]
  • Noms de chercheurs cités sans leur consentement[10],[11], ou refus de laisser démissionner les chercheurs qui se sentent abusés[10],[12]
  • Noms de chercheurs imaginaires[13]
  • Imitation du style des revues légitimes, y compris dans le titre
  • Utilisation frauduleuse ou incorrecte des identifiants ISSN[10]
  • Localisation abusive du siège de la maison d'édition[10]
  • Facteurs d'impact faux ou imaginaires[14],[15]

La liste comptait en 2019 plus de 1 300 titres.

Histoire[modifier | modifier le code]

En mars 2008, Gunther Eysenbach, éditeur d'une revue en libre accès, attire l'attention sur ce qu'il appelle les « moutons noirs parmi les éditeurs et revues en accès libre »[16] et présenta dans son blog des éditeurs et revues qui avaient recours au spam pour attirer des auteurs et éditeurs, critiquant en particulier Bentham, Colombe Presse Médicale, et Libertas Academica. En juillet 2008, la série d'interviews de Richard Poynder attira l'attention sur les pratiques de nouveaux éditeurs « en mesure de mieux exploiter les possibilités de notre nouvel environnement [numérique][17].» Ces inquiétudes quant au spamming des «moutons noirs » menèrent à la création de l'Open Access Scholarly Publishers Association (en) (Association des éditeurs académiques en libre accès) en 2008[18].

Des doutes sur l'honnêteté et les escroqueries de revues en libre accès continuèrent à être soulevés en 2009[19],[20]. L'Improbable Research blog avait constaté que les journaux de la Scientific Research Publishing avaient dupliqué des articles déjà publiés ailleurs[21]; l'affaire fut par la suite rapportée par le journal Nature[22].

Lutte contre les revues prédatrices[modifier | modifier le code]

De 2008 à 2017, un bibliothécaire de l'Université du Colorado, Jeffrey Beall (en), dresse une liste des revues prédatrices, la liste de Beall[10]. Suite à cette prise de position, il reçoit des plaintes en 2013 par l'entreprise Canadian Center for Science and Education[23] et par le OMICS Publishing Group[24],[25],[26]. La liste est retirée par l'auteur en janvier 2017[27][note 2]. Une demande de Frontiers Media d'ouverture d'une enquête pour faute à l'encontre de Beall a été rapportée comme motif du retrait de la liste. Une enquête menée par l'université a abouti à un non-lieu[28],[29].

Une enquête ouverte par l'université aboutit à un non-lieu[28],[29],[27].

En avril 2017, un collectif anonyme[30],[31] met un site Web en ligne, predatoryjournals.com, qui recense les titres abusifs.

Date Nombre de titres Source
2011 18 nytimes.com
29 décembre 2016 923 nytimes.com
25 juin 2017 1315 web.archive.org
16 juillet 2018 1316 web.archive.org
8 septembre 2019 1319 predatoryjournals.com

En 2016, la Commission fédérale du commerce américaine (FTC) dépose plainte contre le groupe OMICS, iMedPub, Conference Series, et contre Srinubabu Gedela (de nationalité indienne, président des entreprises)[32]. Pendant le procès, les suspects sont accusés de « tromper les universitaires et les chercheurs sur la nature des publications et de cacher les frais de publication allant de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars »[33]. La FTC annonce également prendre des mesures contre les revues prédatrices[34]. Les avocats du groupe OMICS publièrent une réponse sur leur site internet, affirmant que « les allégations de la FTC sont sans fondement. De plus, nous remarquons que la FTC cherche à favoriser certaines revues d'éditeurs qui gagnent [sic] des milliards de dollars [sic] grâce aux scientifiques et à littérature », suggérant que les grandes sociétés d'édition scientifique se cachent derrière les allégations[32].

Canulars publiés[modifier | modifier le code]

Expérience de Davis (SCIgen) (2010)[modifier | modifier le code]

En 2010, un étudiant diplômé de l'Université de Cornell, Phil Davis, (rédacteur en chef du Scholarly Kitchen blog) soumit un manuscrit composé d'un non-sens généré aléatoirement par ordinateur (à l'aide de SCIgen) qui fut accepté (mais fut retiré par l'auteur)[35]. Il a été rapporté que des revues prédatrices avaient "tenu en otage" des auteurs en ne permettant pas le retrait d'articles soumis et interdisant ainsi leurs soumissions à un autre journal[36],[37].

Expérience de Bohannon (2013)[modifier | modifier le code]

En 2013, John Bohannon, un auteur faisant partie du personnel du journal Science, testa le système de révision de ces journaux en libre accès à en soumettant à un certain nombre de ces revues un article volontairement et profondément biaisé sur l'effet présumé d'un constituant du lichen. Il publia les résultats dans un document intitulé "Who's Afraid of Peer Review?" (Qui a Peur de l'Examen par les Pairs?). Environ 60% des journaux testés, dont le Journal of Natural Pharmaceuticals, acceptèrent le faux article, et 40%, dont PLOS ONE, le rejetèrent[38].

Expérience de "Docteur Fraude" (Dr. Szust) (2015)[modifier | modifier le code]

En 2015, quatre chercheurs créent un faux profil de chercheur du nom de Anna O. Szust (oszust est polonais signifiant "fraude"), et candidatèrent en son nom pour un poste d'éditeur auprès de 360 revues savantes. Les qualifications de Szust étaient très insuffisantes pour le rôle d'un éditeur: elle n'avait jamais publié d'article et n'avait aucune expérience dans le rédactionnel. Les livres et chapitres de livres répertoriés sur son CV étaient inventés et ainsi que les maisons d'édition associées...

Un tiers des journaux auxquels Szust avait candidaté avaient été référencés sur la liste de Beall des revues prédatrices. Quarante de ces revues acceptèrent Szust comme éditeur sans aucune vérification de parcours académique et souvent, cette acceptation fut communiquée en quelques jours, voire quelques heures. En comparaison, Szust reçu peu ou pas de réponse positive de la part des revues du groupe de contrôle pour lesquelles un chercheur « doit répondre à certaines normes de qualité, et cela incluant des pratiques éthiques de publication »[39]. Parmi les revues échantillonné dans le Directory of Open Access Journals (DOAJ), 8 des 120 journaux impliqués dans l'expérience acceptèrent Szust. Le DOAJ a depuis retiré certaines (mais pas toutes) de ces revues dans une récente purge. Aucune des 120 revues citées dans le Journal Citation Reports (JCR) n'acceptèrent la candidature de Szust.

Les résultats de l'expérience furent publiés dans Nature en mars 2017[40], et largement relayés dans la presse[41],[42],[43].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gina Kolata (The New York Times, 30 October 2017): "These publications often are called predatory journals, on the assumption that well-meaning academics are duped into working with them – tricked by flattering emails from the journals inviting them to submit a paper or fooled by a name that sounded like a journal they knew.pb"But it's increasingly clear that many academics know exactly what they're getting into, which explains why these journals have proliferated despite wide criticism. The relationship is less predator and prey, some experts say, than a new and ugly symbiosis."[1]
  2. La liste avait 1155 entrées au 31 Décembre 2016.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Kolata, Gina (30 October 2017). "Many Academics Are Eager to Publish in Worthless Journals" « https://web.archive.org/web/20171105071255/https://www.nytimes.com/2017/10/30/science/predatory-journals-academics.html »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), , The New York Times.
  2. Margaret H. Kearney, « Predatory Publishing: What Authors Need to Know », Research in Nursing & Health, vol. 38, no 1,‎ , p. 1–3 (PMID 25545343, DOI 10.1002/nur.21640)
  3. Jingfeng Xia, Jennifer L. Harmon, Kevin G. Connolly et Ryan M. Donnelly, « Who publishes in "predatory" journals? », Journal of the Association for Information Science and Technology (en), vol. 66, no 7,‎ , p. 1406–1417 (DOI 10.1002/asi.23265)
  4. (en) « What is Peer-review », sur elsevier.com (consulté le 17 février 2019)
  5. a et b (en) « About Predatory Journals », sur predatoryjournals.com (consulté le 3 février 2019)
  6. a et b Michael Stratford, « 'Predatory' Online Journals Lure Scholars Who Are Eager to Publish », The Chronicle of Higher Education (en),‎ (lire en ligne) (inscription nécessaire)
  7. Declan Butler, « Investigating journals: The dark side of publishing », Nature, vol. 495, no 7442,‎ , p. 433–435 (PMID 23538810, DOI 10.1038/495433a, Bibcode 2013Natur.495..433B, lire en ligne)
  8. Natasha Gilbert, « Editor will quit over hoax paper », Nature,‎ (DOI 10.1038/news.2009.571, lire en ligne)
  9. Michael Safi, Journal accepts bogus paper requesting removal from mailing list, (lire en ligne)
  10. a b c d et e Carl Elliott, « On Predatory Publishers: a Q&A With Jeffrey Beall », sur Brainstorm, The Chronicle of Higher Education (en),
  11. Jeffrey Beall, « Predatory Publishing », The Scientist,‎ (lire en ligne)
  12. Gina Kolata, « For Scientists, an Exploding World of Pseudo-Academia », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  13. Ralf Neumann, « Junk Journals" und die "Peter-Panne », sur Laborjournal (de),
  14. Jeffrey Beall, « Bogus New Impact Factor Appears » [archive du ], sur Scholarly Open Access,
  15. Mehrdad Jalalian et Hamidreza Mahboobi, « New corruption detected: Bogus impact factors compiled by fake organizations », Electronic Physician, vol. 5, no 3,‎ , p. 685–686 (lire en ligne)
  16. Gunther Eysenbach, « Black sheep among Open Access Journals and Publishers », sur Random Research Rants
  17. Richard Poynder, « The Open Access Interviews: Dove Medical Press », sur Open and Shut? (consulté le 13 avril 2016) For the series of interviews, see The Open Access Interviews « https://web.archive.org/web/20160901114956/http://richardpoynder.co.uk/The%20OA%20Interviews.htm »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), index page.
  18. Eysenbach, Gunther. Black sheep among Open Access Journals and Publishers. Gunther Eysenbach Random Research Rants Blog. Originally posted 2008-03-08, updated (postscript added) 2008-04-21, 2008-04-23, 3 June 2008. [1] « https://web.archive.org/web/20141229082745/http://gunther-eysenbach.blogspot.ca/2008/03/black-sheep-among-open-access-journals.html »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), . Retrieved 2008-06-03. (Archived by WebCite at [2])
  19. Peter Suber, « Ten challenges for open-access journals », SPARC Open Access Newsletter, no 138,‎ (lire en ligne)
  20. Beall, Jeffrey (2009), "Bentham Open", The Charleston Advisor (en), Volume 11, Number 1, July 2009, p. 29-32(4) [3]
  21. Marc Abrahams, « Strange academic journals: Scam? », sur Improbable Research, (consulté le 13 janvier 2015)
  22. Katharine Sanderson, « Two new journals copy the old », Nature News, vol. 463, no 7278,‎ , p. 148 (PMID 20075892, DOI 10.1038/463148a, lire en ligne[archive du ], consulté le 11 avril 2013)
  23. Colleen Flaherty, « Librarians and Lawyers », sur Inside Higher Ed, (consulté le 8 décembre 2014)
  24. Jake New, « Publisher Threatens to Sue Blogger for $1-Billion », Chronicle of Higher Education,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2016)
  25. Rick Anderson, « High Noon – A Publisher Threatens to 'Lunch' a Criminal Case Against Librarian Critic », Scholarly Kitchen, (consulté le 24 octobre 2016)
  26. Bill Chappell, « Publisher Threatens Librarian With $1 Billion Lawsuit », NPR,‎ (lire en ligne, consulté le 2 octobre 2016)
  27. a et b Andrew Silver, « Controversial website that lists 'predatory' publishers shuts down », sur Nature, Nature Publishing,
  28. a et b Paul Basken, « Why Beall's List Died – and What It Left Unresolved About Open Access », The Chronicle of Higher Education,‎ (lire en ligne)
  29. a et b Paul Basken, « Why Beall's blacklist of predatory journals died », University World News,‎ (lire en ligne)
  30. « The precarious prevalence of predatory journals », sur Research Matters, (consulté le 16 mars 2018)
  31. Elaine Siegfried, « Fake Medical News », Dermatology Times,‎ (lire en ligne[archive du ], consulté le 16 août 2018)
  32. a et b « FTC sues OMICS group: Are predatory publishers' days numbered? », sur STAT, (consulté le 3 septembre 2016)
  33. David Shanka, « COMPLAINT FOR PERMANENT INJUNCTION AND OTHER EQUITABLE RELIEF », sur Case 2:16-cv-02022, United States District Court Nevada (consulté le 3 septembre 2016)
  34. « Federal Trade Commission begins to crack down on 'predatory' publishers » (consulté le 3 septembre 2016)
  35. Paul Basken, « Open-Access Publisher Appears to Have Accepted Fake Paper From Bogus Center », The Chronicle of Higher Education (en),‎ (lire en ligne)
  36. Alison McCook, « U.S. government agency sues publisher, charging it with deceiving researchers », Retraction Watch, (consulté le 2 novembre 2016)
  37. Megan Molteni, « The FTC is Cracking Down on Predatory Science Journals », Wired,‎ (lire en ligne, consulté le 2 novembre 2016)
  38. John Bohannon, « Who's Afraid of Peer Review? », Science, vol. 342, no 6154,‎ , p. 60–5 (PMID 24092725, DOI 10.1126/science.342.6154.60, lire en ligne, consulté le 7 octobre 2013)
  39. Piotr Sorokowski, « Predatory journals recruit fake editor », Nature,‎ (lire en ligne)
  40. Piotr Sorokowski, Emanuel Kulczycki, Agnieszka Sorokowska et Katarzyna Pisanski, « Predatory journals recruit fake editor », Nature, vol. 543, no 7646,‎ , p. 481–483 (PMID 28332542, DOI 10.1038/543481a, lire en ligne, consulté le 24 mars 2017)
  41. Jeffrey Kluger, « Dozens of Scientific Journals Offered Her a Job. But She Didn't Exist », sur Time (consulté le 22 mars 2017)
  42. Gina Kolata, « A Scholarly Sting Operation Shines a Light on 'Predatory' Journals », sur The New York Times (consulté le 22 mars 2017)
  43. Alan Burdick, « A Scholarly Sting Operation Shines a Light on 'Predatory' Journals », sur The New Yorker (consulté le 22 mars 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]