Aller au contenu

Renard du désert austral

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Lycalopex sechurae

Lycalopex sechurae
Description de l'image Lycalopex sechurae in Peru 2 (cropped).jpg.
Classification MDD
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Cohorte Placentalia
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Canidae
Tribu Canini
Sous-tribu Cerdocyonina
Genre Lycalopex

Espèce

Lycalopex sechurae
(Thomas, 1900)

Statut de conservation UICN

( NT )( NT )
NT  : Quasi menacé

Répartition géographique

Description de l'image Sechuran Fox area.png.

Synonymes

  • Canis sechurae O. Thomas, 1900 (Protonyme)
  • Dusicyon (Dusicyon) Sechurae elenensis Hoffstetter, 1952
  • Dusicyon sechurae Corbet & J. Edwards Hill, 1980
  • Pseudalopex sechurae Wozencraft, 1993

Le Renard de Sechura ou du désert austral (Lycalopex sechurae), est une espèce de mammifère carnivore de la famille des canidés. Bien qu’il soit désigné sous le nom de « renard » de par son apparence particulière, dû à un processus de convergence évolutive de par une écologie comparable, il fait partie d’un genre bien plus proche de celui des loups et des chacals (Canini) : Lycalopex, qu’il partage avec d’autres espèces de canidés d’Amérique du Sud. Ce canidé occupe une étroite bande située à l’ouest de la cordillère des Andes, le long des côtes du Pérou et du sud de l’Équateur. Plus précisément, on le rencontre dans des zones sèches telles que les déserts de type savane, les falaises, sur le versant occidental des Andes ainsi que sur les plages[1].

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) n’a pas établi d’estimation globale de sa population, mais une étude de 2022 l’évalue à environ 5 000 individus[2]. Les principales menaces qui pèsent actuellement sur l’espèce sont d’origine anthropique, en particulier la destruction de son habitat par la déforestation, ainsi, que dans une moindre mesure, la chasse[1].

Dénominations

[modifier | modifier le code]

L’espèce doit le nom de son épithète spécifique scientifique et vulgaire au désert de Sechura, dans le nord-ouest du Pérou[4].

Avant d’être classé dans le genre Lycalopex, le renard de Séchura avait été placé dans le genre Dusicyon, établi par Oldfield Thomas en 1914, puis transféré dans le genre Pseudalopex par A. Langguth en 1975[5].

Le renard de Séchura compte parmi les nombreuses espèces de canidés issues des canidés ancestraux du miocène. Au cours de la radiation évolutive rapide des canidés sud-américains[2], il a développé certains traits qui ont probablement contribué à sa survie et permettent de le distinguer des autres membres du genre[1]. Bien que l’évolution de cette espèce ne soit pas encore parfaitement comprise, des études récentes ont apporté des contributions notables dans ce domaine[6],[7],[2].

Bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour comprendre l’ascendance complète de cette espèce, il a été proposé que l’ancêtre le plus récent du genre Lycalopex soit le loup des Malouines, disparu en 1876[7].

Plusieurs fossiles de renards de Séchura sont connus du Pléistocène tardif en Équateur et au Pérou, à proximité de leur aire actuelle. Les analyses génétiques suggèrent que le parent vivant le plus proche du renard de Séchura est le renard de Darwin (Lycalopex fulvipes), endémique du Chili[8].

Chronologie

[modifier | modifier le code]

L’arrivée du premier ancêtre des canidés en Amérique du Sud, et la divergence ultérieure en dix espèces actuelles de canidés (dont le renard de Séchura), constitue un exemple remarquable de radiation évolutive rapide. Les détails de cette diversification récente ne sont pas bien compris, la principale inconnue étant le nombre d’espèces ancestrales invasives qui ont migré en Amérique du Sud. Toutefois, il est admis que cela s’est produit durant le Grand échange interaméricain à l’ère miocène, via l’isthme de Panama[9].

De multiples études[10],[2],[11] ont confirmé que les canidés sud-américains (dont le genre Lycalopex représente plus de la moitié des espèces) sont monophylétiques, partageant un ancêtre commun il y a environ 3,5 à 4 millions d’années[2],[11]. Le renard de Séchura est la deuxième des six espèces de Lycalopex à s’être différenciée de son taxon frère[6], environ 1,3 million d’années après l’arrivée du premier canidé. L’ancêtre du genre Lycalopex serait le loup des Malouines (Dusicyon australis)[10], il y a environ 1,4 à 0,81 million d’années[2],[10]. Il est supposé que la lignée ancestrale principale migrée depuis l’Amérique du Nord se serait scindée en deux : l’une à l’est des Andes, l’autre à l’ouest. Il est suggéré qu’une lignée ancestrale de Lycalopex ait migré dans la région ouest-andine il y a environ un million d’années, probablement lors de l’extension des habitats arides de type savane (semblables à ceux occupés aujourd’hui par L. sechurae)[2].

Le Pléistocène fut une période importante de cette divergence rapide. Plusieurs études suggèrent que durant cette époque, et jusqu’au début de l’Holocène, les phases successives de contraction et d’expansion des glaciers entraînèrent d’importants changements climatiques dans la région andine[10], ce qui constitua, et constitue encore, un moteur majeur de spéciation[12]. Ces changements climatiques auraient modifié l’habitabilité de certaines zones[2].

Génétique

[modifier | modifier le code]

La parenté entre le renard de Sechura et le loup des Malaouies a été suggérée par une étude de Perini et al. (2009)[10]. Bien qu’ils ne soient pas les premiers à suspecter D. australis comme taxon frère, leurs analyses confirment cette relation avec une probabilité a posteriori bayésienne de 87 %[10]. Le renard de Sechura semble également avoir subi très peu de flux génétique comparé aux cinq autres espèces de Lycalopex[2]. En tant que deuxième espèce du genre à diverger du taxon frère, il présente un fort isolement génétique par rapport aux autres Lycalopex, ainsi qu’une phylogénie mitochondriale relativement distincte[6].

De plus, le génome du renard de Sechura présente un très faible degré d’hétérozygotie autosomale, c’est-à-dire de variabilité génétique, en comparaison avec la plupart des autres canidés sud-américains, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du genre[2]. Une corrélation est proposée entre faible hétérozygotie et petite taille de population, phénomène également observé chez le renard de Darwin (Lycalopex fulvipes), qui occupe aussi une région très restreinte à l’ouest des Andes, avec en plus une population insulaire[2].

Caractéristiques adaptatives

[modifier | modifier le code]

Au sein du genre Lycalopex, le renard de Sechura ne diffère pas outre mesure des autres espèces, bien que des différences morphologiques existent. Il est le plus petit des Lycalopex et ne présente pas de pelage « roux » contrairement aux autres espèces du genre[6]. Certaines caractéristiques dentaires méritent d’être notées dans l’étude des adaptations possibles : par exemple, les molaires observées dans les fossiles de la même espèce sont plus longues que celles des spécimens plus récents[1].

La polyvalence de cette espèce a probablement contribué à sa survie. Ainsi, lorsque les conditions écologiques le permettent, elle est omnivore, mais peut subsister sur un régime entièrement végétarien[1]. Il a été suggéré que ce régime particulier ait influencé la diminution de la taille des molaires mentionnée plus haut[1].

On suppose également que le renard de Sechura pourrait survivre de longues périodes sans eau, ce qui est cohérent avec la rareté de l’eau dans ses habitats habituels[1].

Description

[modifier | modifier le code]

Le renard de Sechura est de petite taille pour un canidé, pesant entre 2,6 et 4,2 kg, pour une longueur tête-corps de 50 à 78 cm et une queue de 27 à 34 cm. Son pelage est gris sur la majeure partie du corps, s’éclaircissant vers une teinte blanche ou crème sur les parties inférieures. On observe des marques d’un brun roussâtres sur le dos des oreilles, autour des yeux et sur les pattes. Le museau est gris foncé et une bande grisâtres traverse la poitrine. Sa queue se termine par une extrémité noire. Il possède de petites dents, adaptées à la consommation d’insectes et de plantes sèches, avec des canines semblables à celles des autres espèces de renards[13].

L’espèce possède 74 chromosomes[14].

Répartition et habitat

[modifier | modifier le code]

D’abord identifié dans le désert de Sechura, le canidé occupe des milieux arides du sud-ouest de l’Équateur et de l’ouest du Pérou, à des altitudes allant du niveau de la mer jusqu’à au moins 1 000 m, et peut-être beaucoup plus. Dans cette région, il a été signalé depuis les contreforts occidentaux des Andes jusqu’à la côte, vivant dans les déserts, les forêts sèches et sur les plages[8].

Comportement

[modifier | modifier le code]

Le renard de Sechura est un animal nocturne, qui passe la journée dans un terrier creusé dans le sol. Il est généralement solitaire, bien qu’il soit parfois observé se déplaçant en couple. Les petits naissent en octobre et novembre, mais on en sait peu sur son comportement reproducteur[15].

C’est un omnivore opportuniste, et son régime varie largement selon la saison et le milieu à l’échelle locale. On l’a trouvé se nourrissant de gousses de graines, en particulier celles de l’arbuste Prosopis juliflora et des câpriers, ainsi que des fruits de Cordia et du mito. Il est capable de survivre avec un régime entièrement herbivore lorsque cela est nécessaire. Toutefois, il consomme plus couramment des insectes, des rongeurs, des œufs d’oiseaux et des charognes[16]. Il peut probablement survivre de longues périodes sans boire, en tirant son eau de ses aliments[13]. Le renard de Séchura peut disperser autant d’espèces végétales que d’autres disperseurs plus spécialisés, tels que certaines chauves-souris phyllostomidées ou le cerf de Virginie[17].

Relation avec l’Homme

[modifier | modifier le code]

Les renards de Sechura sont communs en Équateur. Ils sont connus pour s’attaquer à des animaux domestiques locaux, tels que les poules, et sont chassés à la fois pour limiter ces attaques et pour que leurs parties du corps soient utilisées dans l’artisanat local, la médecine traditionnelle ou des rituels magiques[8].

L’animal est considéré comme étant à faible risque en Équateur, et sa chasse n’est pas autorisée au Pérou sans licence. L’espèce est classée « quasi menacée » par l’UICN[8].

Entre 1975 et 2000, une autorisation gouvernementale était nécessaire pour chasser l'espèce au Pérou. Depuis 2000, la chasse en dehors des secteurs établis et le commerce ont été interdits. La police et le ministère de l'Agriculture sont responsables du contrôle du commerce illicite. Cependant, il s'est avéré particulièrement difficile de contrôler le commerce dans les zones rurales et dans certaines villes. Actuellement, il n'y a pas de traités ou de conventions internationales relatives à cette espèce.

Aujourd'hui, il est protégé à Santa Catalina de Chongoyape, une communauté rurale du département de Lambayeque, parce qu'il est considéré comme important pour le tourisme et comme disséminateur de graines. Certains spécimens sont conservés dans des zoos comme le zoo de Parque de las Leyendas (26 spécimens) et le zoo d'Atocongo (3 spécimens) à Lima.

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. a b c d e f et g (en) Cossíos, E. Daniel, « Lycalopex sechurae (Carnivora: Canidae) », Mammalian Species, vol. 42,‎ , p. 1-6 (ISSN 0076-3519, DOI 10.1644/848.1, S2CID 85574757, texte intégral)
  2. a b c d e f g h i j et k (en) Chavez, Daniel E., Gronau, Ilan, Hains, Taylor, Dikow, Rebecca B., Frandsen, Paul B., Figueiró, Henrique V., Garcez, Fabrício S., Tchaicka, Ligia, de Paula, Rogério C., Rodrigues, Flávio H. G., Jorge, Rodrigo S. P., Lima, Edson S., Songsasen, Nucharin, Johnson, Warren E. et Eizirik, Eduardo, « Comparative genomics uncovers the evolutionary history, demography, and molecular adaptations of South American canids », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 119, no 34,‎ (ISSN 0027-8424, PMID 35969758, PMCID 9407222, DOI 10.1073/pnas.2205986119 Accès libre, Bibcode 2022PNAS..11905986C)
  3. ASM Mammal Diversity Database, consulté le 4 octobre 2025.
  4. Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le 2025-10-05.
  5. (en) « Lycalopex Burmeister, 1854 », sur GBIF.org (consulté le )
  6. a b c et d (en) Favarini, Marina O., Simão, Taiz L. L., Macedo, Gabriel S., Garcez, Fabrício S., Oliveira, Larissa R., Cárdenas-Alayza, Susana, Cardeña Mormontoy, Marco, Angulo, Fernando, Kasper, Carlos Benhur, Johnson, Warren E. et Eizirik, Eduardo, « Complex Evolutionary History of the South American Fox Genus Lycalopex (Mammalia, Carnivora, Canidae) Inferred from Multiple Mitochondrial and Nuclear Markers », Diversity, vol. 14, no 8,‎ , p. 642 (ISSN 1424-2818, DOI 10.3390/d14080642 Accès libre, Bibcode 2022Diver..14..642F)
  7. a et b (en) « New clues may explain the mysterious origins of the Falklands wolf » [archive du ], sur National Geographic, (consulté le )
  8. a b c et d (en) Cossios, E. D., « Lycalopex sechurae (Carnivora: Canidae) », Mammalian Species, vol. 42, no 1,‎ , p. 1–6 (DOI 10.1644/848.1 Accès libre)
  9. (en) Carrillo, Juan D., Forasiepi, Analía, Jaramillo, Carlos et Sánchez-Villagra, Marcelo R., « Neotropical mammal diversity and the Great American Biotic Interchange: spatial and temporal variation in South America's fossil record », Frontiers in Genetics, vol. 5,‎ , p. 451 (ISSN 1664-8021, PMID 25601879, PMCID 4283609, DOI 10.3389/fgene.2014.00451 Accès libre)
  10. a b c d e et f (en) Perini, F. A., Russo, C. A. M. et Schrago, C. G., « The evolution of South American endemic canids: a history of rapid diversification and morphological parallelism », Journal of Evolutionary Biology, vol. 23, no 2,‎ , p. 311–322 (PMID 20002250, DOI 10.1111/j.1420-9101.2009.01901.x, S2CID 20763999)
  11. a et b (en) Wayne, Robert K., Geffen, Eli, Girman, Derek J., Koepfli, Klaus P., Lau, Lisa M. et Marshall, Charles R., « Molecular Systematics of the Canidae », Systematic Biology, vol. 46, no 4,‎ , p. 622–653 (ISSN 1076-836X, PMID 11975336, DOI 10.1093/sysbio/46.4.622 Accès libre)
  12. (en) Patterson, Bruce D. et Costa, Leonora P., Bones, Clones, and Biomes: The History and Geography of Recent Neotropical Mammals, University of Chicago Press, (ISBN 978-0-226-64919-1, DOI 10.7208/chicago/9780226649214.003.0015, lire en ligne)
  13. a et b (en) Asa, C. et Cossios, E. D., Canids: Foxes, Wolves, Jackals and Dogs. Status Survey and Conservation Action Plan, International Union for Conservation of Nature and Natural Resources/Species Survival Commission Canid Specialist Group, 69–72 p. (lire en ligne [archive du ])
  14. (en) Wayne, R. K., Geffen, E., Girman, D. J., Koepfli, K. P., Lau, L. M. et Marshall, C. R., « Molecular Systematics of the Canidae », Systematic Biology, vol. 46, no 4,‎ , p. 622–653 (PMID 11975336, DOI 10.1093/sysbio/46.4.622 Accès libre)
  15. (en) Birdseye, C., « Observations on a domesticated Peruvian desert fox, Dusicyon », Journal of Mammalogy, vol. 37, no 2,‎ , p. 284–287 (DOI 10.2307/1376706, JSTOR 1376706)
  16. (en) Asa, C. et Wallace, M. P., « Diet and activity pattern of the Sechuran desert fox (Dusicyon sechurae) », Journal of Mammalogy, vol. 71, no 1,‎ , p. 69–72 (DOI 10.2307/1381318, JSTOR 1381318)
  17. (en) Escribano-Avila, Gema, « Non-specialized frugivores as key seed dispersers in dry disturbed environments: An example with a generalist neotropical mesocarnivore », Journal of Arid Environments, vol. 167,‎ , p. 18–25 (DOI 10.1016/j.jaridenv.2019.04.015, S2CID 150349374, lire en ligne Accès payant, consulté le )

Voir aussis

[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]