Passage de la mer Rouge

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Passage de la mer Rouge, selon une ancienne enluminure arménienne (Toros Roslin).

Le passage de la mer Rouge (Hébreu: קריעת ים סוף Kriat Yam Suph) est un récit biblique[1] et coranique[2] selon lequel la mer qui bloque le passage des Israélites fuyant l’armée égyptienne, s’ouvre miraculeusement pour laisser les Israélites passer et se referme sur leurs poursuivants.

Ce récit est considéré comme l’un des événements fondateurs du judaïsme, fondant sa foi en la rédemption miraculeuse par un Dieu personnel. Il est traditionnellement lu lors du septième jour de Pessa'h.

Localisations et mécanismes[modifier | modifier le code]

La localisation en Mer Rouge est une traduction probablement erronée. Le texte hébreu mentionne "Yam Suph", la Mer des Joncs.

Différentes localisations ont été proposées en lien avec des marées qui peuvent découvrir une langue de terre (embouchure de la mer des Roseaux), ou en lien avec un phénomène naturel appelé « wind setdown » (vent d'Est de 28 m/s qui en soufflant pendant 12 heures, pourrait avoir écarté les eaux et ouvert une bande de vase de trois kilomètres de long et presque cinq de large pendant quatre heures) au niveau du lac Menzaleh ou du lac de Tanis[3].

Des études de simulations par ordinateur montrent qu'un vent de l'Est supérieur à 100 km/h soufflant pendant douze heures pourrait créer une zone à sec d’environ trois kilomètres de long et d’environ cinq kilomètres de large pour des eaux de deux mètres de profondeur. Ce passage pourrait se maintenir ouvert durant environ quatre heures[4],[5].

L'éruption historique de Santorin, en mer Égée, s'est produite vers -1600, date à laquelle le pharaon Ahmosis chassait les Hyksôs d'Égypte et sans doute avec eux les tribus sémites (apparentées aux Juifs) qui vivaient sous leur protection. Cet événement est concomitant à celui, aussi légendaire, des dix plaies d'Égypte, et pourrait avoir les mêmes causes. On peut en effet imaginer que l'épisode de la traversée de la mer Rouge est en fait celui de la traversée du goulet faisant communiquer la lagune Sabkhat al Bardawil, près d'El-Arish, et située à l'est de Port-Saïd, avec la Méditerranée. Pour d'évidentes raisons géographiques et d'approvisionnement lorsqu'on se rend de la basse vallée du Nil à la terre d'Israël il est préférable de longer la Méditerranée et non la mer Rouge. Ce goulet aurait été submergé par le tsunami engendré par l'éruption, le phénomène décrit par la Bible étant typique d'un tsunami précédé d'un retrait de la mer, laissant s'échapper les fuyards mais se refermant sur les poursuivants. L'évènement providentiel aurait suffisamment marqué les esprits pour entrer dans l'Histoire.

Il n'est pas exclu que ce récit biblique combine plusieurs traditions, l'une faisant référence au lac Timsah où les Égyptiens ont subi une défaite lorsque les roues de leurs chars se sont engluées dans la boue et une autre à une partie plus profonde de la mer Rouge[6].

À la fin du XXe siècle, un aventurier américain du nom de Ron Wyatt prétend avoir fait des découvertes archéologiques permettant d'affirmer la réalité du récit biblique : restes humains, roues de char, colonnes édifiées spécifiquement pour célébrer l'évènement, autant d'objets qui auraient prouvé selon lui la véracité du mythe. Malgré quelques mouvements chrétiens protestants très minoritaires, la communauté scientifique et la majorité des mouvements religieux (dont l'Église adventiste du septième jour à laquelle il se rattachait) estiment que ces "découvertes" ne sont que des élucubrations[7].

Exégèse[modifier | modifier le code]

Selon Thomas Römer, l'épisode de la mer Rouge est le récit mythique ancien d'une guerre divine (conflit entre le Dieu créateur et l'Océan primitif, tel le mythe cananéen de Baal contre Yam), repris par un auteur sacerdotal qui historicise le mythe en le replaçant dans le contexte biblique de la délivrance du peuple hébreu des Égyptiens. Aussi est-il vain selon cet auteur de rechercher des explications rationalistes à cet événement et de proposer des localisations[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Exode, chapitre 14, versets 15-31.
  2. Coran, chap. 26, 63-68.
  3. (en) Carl Drews, Weiqing Han, « Dynamics of Wind Setdown at Suez and the Eastern Nile Delta », PLOS ONE, vol. 5, no 8,‎ (DOI 10.1371/journal.pone.0012481)
  4. « Comment Moïse a écarté les eaux de la mer rouge », sur Slate, (consulté le 22 septembre 2010)
  5. (en) Doron Non and Nathan Paldor, « Are there oceanographic explanations for the israélites' crossing of the red sea? », Bulletin of the American Meteorological Society,‎ (lire en ligne)
  6. (en) Russell Gmirkin, Berossus and Genesis, Manetho and Exodus: Hellenistic Histories and the Date of the Pentateuch, Bloomsbury Academic,
  7. (en) Glen A. Fritz, The Lost Sea of the Exodus: A Modern Geographical Analysis, Glen Fritz, , p. 66
  8. Thomas Römer, L'instauration de la Pâque et le passage de la mer. L'historicisation d'un mythe, Chaire des Milieux bibliques du Collège de France, 10 avril 2014, 51 min 30 s.