Églises antéchalcédoniennes

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Les Églises antéchalcédoniennes, ou préchalcédoniennes, ou encore non chalcédoniennes, sont les communautés du christianisme qui ne se sont pas ralliées au concile de Chalcédoine (451) et se distinguent donc de la « Grande Église » à partir de cette date. L'historiographie les a également nommées Églises orthodoxes orientales, au prix d'une confusion avec les Églises orthodoxes, qui sont chalcédoniennes. En français, l'adjectif antéchalcédonien est désormais retenu afin d'éviter l'ambiguïté. (En anglais, ce courant est désigné sous le nom de Oriental Orthodoxy.)

Les Églises antéchalcédoniennes se répartissent en deux groupes : les Églises des deux conciles (environ 250 000 baptisés) et les Églises des trois conciles (environ 60 millions de baptisés).

À l'inverse, les Églises qui ont accepté le concile de Chalcédoine sont dites « chalcédoniennes ». Très largement majoritaires au sein du christianisme contemporain, celles-ci incluent notamment les Églises orthodoxes (ou Églises des sept conciles), l'Église catholique (ou Église des 21 conciles) et la plupart des Églises protestantes.

Schéma diachronique (non exhaustif) de la diversité des christianismes : l'épaisseur des branches évoque l'importance numérique approximative des fidèles de chaque confession.

Terminologie et définition[modifier | modifier le code]

Les antéchalcédoniens font partie du christianisme oriental. Ils sont divisés en deux communautés, que l'on appelait traditionnellement « l'Église nestorienne et les Églises monophysites[1] ». La dénomination la plus courante de ces deux groupes est devenue, respectivement, celle d'Églises des deux conciles et d'Églises des trois conciles.

La première de ces deux communautés n'a accepté que les deux premiers conciles œcuméniques de la « Grande Église », d'où son appellation de « Églises des deux conciles » ; l'autre communauté en a accepté un troisième, d'où son nom de « Églises des trois conciles ». Les unes et les autres récusent les formulations christologiques du concile de Chalcédoine (451)[2], promulguées comme seules licites[1], ce qui leur vaut l'appellation d'« antéchalcédoniennes ». Le concile de Chalcédoine condamne le monophysisme, redéfinit la notion d'hypostase au sein de la Trinité divine et affirme l'existence de deux natures, divine et humaine, en la personne unique de Jésus-Christ.

Elles ne font pas partie de l'Église orthodoxe proprement dite[2] mais sont en dialogue avec elle[3]. Odon Vallet note à cet égard que les Églises antéchalcédoniennes « ont affirmé de nettes différences dogmatiques et ne sont donc pas orthodoxes »[4]. Il ajoute : « Les Églises éthiopienne, égyptienne (copte), syrienne, assyrienne et arménienne sont dites non chalcédoniennes pour ne pas avoir accepté les décisions du concile d'Éphèse (431) sur Marie mère de Dieu ou celles du concile de Chalcédoine (451) sur l'égale et double nature humaine et divine du Christ[4]. »

Le nombre précis des chrétiens antéchalcédoniens est difficile à évaluer. Cependant, Antoine Arjakovsky estime qu'ils représentent aujourd'hui un total d'environ 60 millions de personnes[2].

Ils se sont parfois implantés en Asie, notamment en Inde (avec les communautés malabares) et dans l'est de la Chine, à Xian, pour les Églises des deux conciles, ou encore en Inde (avec les malankars) pour les Églises des trois conciles[4].

Théologies[modifier | modifier le code]

Les églises non chalcédoniennes ne sont pas en communion eucharistique avec les églises dites « églises orthodoxes (chalcédoniennes) »[5] ou « Églises orthodoxes (byzantines) »[6] "depuis la rupture de 451 et un différend christologique : les premières — s'inscrivant du côté de Cyrille d'Alexandrie — s'opposent aux secondes - issus de l'école antiochienne - qui parlent de deux « natures » (physeis) du Christ, ce que les premières considèrent comme une division dans la personne du Christ, préférant évoquer une « physis de Dieu le Verbe incarné »[7]. Au contraire, les chalcédoniens redoutent qu'en suivant cette dernière expression, une des deux natures, divine et humaine, du Christ ne disparaisse, traitant alors leurs adversaires anté-chalcédoniens de « monophysites » (« une seule nature »)[7] qui les taxent eux-mêmes de « dyophysisme » (« deux natures »)[8]. Malgré les tentatives de conciliation de Jean d'Antioche pour rapprocher les positions par une formulation insistant sur l'unité personnelle des deux natures et essayant de résoudre l'épineux problème de la « Theotokos » (mère de Dieu) concernant Marie, mère de Jésus, les considérations politiques clivant le patriarcat d'Alexandrie et celui de Constantinople l'emportent et le schisme s'opère à la suite du concile de Chalcédoine, divisant très profondément la chrétienté, ce qui aura des conséquences durables surtout en Orient au moment de l'essor de l'Islam[8].

Les Églises des deuxième et troisième conciles rejettent l'arianisme et reconnaissent les trois personnes divines, de par le premier concile de Nicée (325) et le premier concile de Constantinople (381). Elles sont « trinitariennnes », sans pour autant s'accorder avec le christianisme majoritaire sur la question de la nature de Jésus-Christ telle que l'a définie le concile de Chalcédoine (451).

La théologie des Églises des deux conciles, qui ne sont pas en communion eucharistique avec les Églises des trois conciles, est dérivée elle aussi de l'école antiochienne. Seulement à la fin du XXe siècle l'Église assyrienne décida, pour des raisons œcuméniques, d'omettre de ses livres liturgiques les traditionnels anathèmes et condamnations contre Cyrille d'Alexandrie[9].

Églises des deux conciles[modifier | modifier le code]

Les Églises des deux conciles ne reconnaissent que les deux premiers conciles œcuméniques : le Ier concile de Nicée (325) et le Ier concile de Constantinople (381).

Premier concile[modifier | modifier le code]

En 325, le Ier concile de Nicée condamne la gnose et l'arianisme. Il adopte le symbole de Nicée ainsi que la consubstantialité du Père et du Fils. Il fixe la date de Pâques. Il adopte également l'ordre des sièges patriarcaux Rome, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

Deuxième concile[modifier | modifier le code]

En 381, le Ier concile de Constantinople s'oppose à la négation de la divinité du Saint-Esprit et aux thèses de l'arianisme. Il adopte la consubstantialité de l'Esprit avec le Père et le Fils, qui figure dans le symbole de Nicée-Constantinople. Il attribue le 2e rang au siège patriarcal de Constantinople, reléguant Alexandrie au troisième rang.

Ces Églises se séparent du christianisme majoritaire à l'occasion du troisième concile, celui d'Éphèse (431), qui proclame Marie Mère de Dieu (Théotokos) et condamne Nestorius, d'où leur ancienne appellation de « nestoriennes » .

Elles comptent aujourd'hui, en tout, plus de 250 000 fidèles[10].

Composition[modifier | modifier le code]

Les Églises des deux conciles sont les suivantes :

Églises des trois conciles[modifier | modifier le code]

Distribution of Oriental Orthodox Christians in the world by country:
  •      Main religion (more than 75%)
  •      Main religion (50% - 75%)
  •      Important minority religion (20% - 50%)
  •      Important minority religion (5% - 20%)
  •      Minority religion (1% - 5%)
  •      Tiny minority religion (below 1%), but has local autocephaly

Les Églises des trois conciles ne reconnaissent que les trois premiers conciles œcuméniques : le Ier concile de Nicée (325), le Ier concile de Constantinople (381) et le concile d'Éphèse (431).

Troisième concile[modifier | modifier le code]

En 431, le concile d'Éphèse proclame Marie Mère de Dieu et condamne Nestorius. Il proclame l'unité de personne en Jésus-Christ et adopte le symbole d'Éphèse en 433.

Quatrième concile[modifier | modifier le code]

Ces Églises se séparent du christianisme majoritaire à l'occasion du quatrième concile œcuménique, celui de Chalcédoine (451), qui condamne la doctrine d'Eutychès selon lequel le Christ n'aurait qu'une seule nature, divine, la nature humaine étant en quelque sorte absorbée par la nature divine, doctrine dite des monophysites. Au contraire, le concile affirme ses deux natures, divine et humaine, en l'unique personne de Jésus-Christ, et adopte le symbole de Chalcédoine et la discipline des Sacrements.

Composition[modifier | modifier le code]

Les Églises des trois conciles réunissent un total d'environ 65 millions de fidèles[10].

Ces Églises sont les suivantes[10] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Irénée-Henri Dalmais et Hervé Legrand, Encyclopædia Universalis, article « Églises chrétiennes d'Orient », § Le clivage chalcédonien.
  2. a b et c Antoine Arjakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, « Folio Essais », 2013, p. 69-76.
  3. Syrian Orthodox Resources – Middle Eastern Oriental Orthodox Common Declaration
  4. a b et c Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur les religions, Le Livre de poche, p. 141-142.
  5. Conseil œcuménique des Églises, "Églises orthodoxes (chalcédoniennes)"
  6. Consejo Mundial de Iglesias,
  7. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 73
  8. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 74
  9. Harald Suermann, Les Eglises syriaques : La situation actuelle dans L'Œuvre d'Orient
  10. a b et c J. Anciberro, Les Églises d'Orient en un seul (grand) tableau, Témoignage chrétien, oct. 2010.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]