Nerviens

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Situation des Nerviens au Ier siècle av. J.-C.

Les Nerviens étaient l'un des peuples gaulois ou belges du nord/nord-est de la Gaule (Gaule belgique dans la terminologie romaine). Durant l'époque romaine, leur capitale était BagacumBavay —, à l'est de l'Escaut, qui les séparait des Ménapes et des Atrébates.

César et les Nerviens[modifier | modifier le code]

Jules César commence son rapport (Commentaires sur la Guerre des Gaules) en rappelant que la Gaule comprenait 3 régions : l'Aquitaine, la Gaule 'elle-même' ou Gaule celtique, et la Gaule belgique. Il ajoute que ces trois pays « se distinguent par leurs lois, us et coutumes et langues ». Cela eut néanmoins pour conséquence que des peuples non uniquement celtes furent intégrés à cette entité tripartite de « Gaule », dont les Nerviens, et qu'à l'inverse d'autres peuples celtes continentaux en furent exclus. Les Belges étaient considérés comme « les plus braves des trois [régions] » qui, selon César, constituaient « sa » Gaule. Ayant conquis tout le territoire entre les Pyrénées et le Rhin, César créa tout simplement la grande Gaule, n'ayant reçu de Rome qu'un mandat pour la Gaule elle-même. Il espérait éviter ainsi une manœuvre juridique de la part de ses ennemis à Rome.

Origine « germanique »[modifier | modifier le code]

Potin dit “au rameau” frappé par les Nerviens. Date : c. 60-50 AC Description avers : Axe vertical, formé de petits globules, accosté de quatre mèches ondulées de part et d'autre. Multiples globules, annelets pointés et croissants dans le champ. Grènetis d’annelets et de perles. Bourrelet périphérique. Description revers : Cheval stylisé à gauche (une seule jambe arrière). Le champ autour du cheval est orné d'annelets pointés, de globules et de croissants. Grènetis d'annelets pointés et bourrelet périphérique .

César mentionne un témoin gaulois selon lequel « les Belges du nord sont d'origine germanique ». Strabon mentionne explicitement l'origine germanique des Nerviens. Tacite a écrit que les Nerviens (et Trévires) « affectionnaient hautement leur origine germanique, disant que ce sang noble les séparait de toute similitude [avec les Gaulois] et de la paresse gauloise » ("Germania" par. 28).

« César leur demanda quelles étaient les cités qui avaient pris les armes, quelle était leur importance, leur puissance militaire ; il obtint les renseignements suivants : la plupart des Belges étaient d’origine germanique ; ils avaient, jadis, passé le Rhin, et s’étant arrêtés dans cette région à cause de sa fertilité, ils en avaient chassé les Gaulois qui l’occupaient ; c’était le seul peuple qui, du temps de nos pères, alors que les Cimbres et les Teutons ravageaient toute la Gaule, avait su leur interdire l’accès de son territoire ; il en était résulté que, pleins du souvenir de cet exploit, ils s’attribuaient beaucoup d’importance et avaient de grandes prétentions pour les choses de la guerre »

— César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre II, 4.

Cependant, le terme de « germanique » peut avoir eu une autre signification que celle qu'on lui prête aujourd'hui (d'ailleurs, le mot latin Gĕrmānicus est probablement d'étymologie celtique[1]) et les auteurs antiques, d'origine méditerranéenne étaient assez peu capables[réf. nécessaire] de se faire une idée exacte de la nature précise des peuples qu'ils décrivent[réf. nécessaire], ils rapportent souvent des on-dit. En outre, le sens du mot latin germanus, dont il est dérivé, est double : il signifie d'une part "frère" et d'autre part "[originaire] de Germanie". Ainsi, « germanique » peut s'appliquer aux peuples celtes ayant migré de manière relativement récente vers l'ouest, mais tout de même « frères » et non pas à un groupe de langues bien distinct du celtique, au sens où on l'entend aujourd'hui. Le concept d'un groupe de langues germaniques différent du celtique est moderne, en français par exemple, le terme de langue germanicque est attesté pour la première fois chez Rabelais (Pantagruel, Chap. IX).

Tel est le cas des Volques par exemple, certaines sources antiques les qualifient de « germaniques », alors que leur nom même, les anthroponymes et la toponymie des régions qu'ils ont habité en font un peuple de langue indubitablement celtique. Leur nom même est considéré par les spécialistes[2] comme l'étymologie du terme germanique (au sens moderne et linguistique du terme) *walχaz « étranger, Celte, Roman » (d'où adj. vieux haut allemand walh(a)isc, dial. welsch, vieil anglais Wælisċ, mod. Welsh, substantif Wales), ce qui est tout à fait significatif. C'est aussi le cas des Trévires, mentionnés avec les Nerviens par Tacite, dont le nom encore, les traces laissées dans l'anthroponymie, la toponymie et les théonymes en font également un peuple celtique[3]. Difficile de concevoir en effet, qu'un peuple germanique (au sens contemporain du terme) se nomme lui-même avec un terme d'étymologie celtique treuori > Trévires, à moins que ce ne soit qu'un sobriquet donné par les Gaulois et repris par les Romains, ce qui reste à prouver, et dont les noms des dieux connus sont celtiques (par exemple Ritona). On peut imaginer un syncrétisme religieux, mais, alors, aucun nom de dieu propre à la mythologie germanique n'est attesté chez ce même peuple.

Cela semble être aussi le cas pour les Nerviens, dont le nom de l'oppidum principal Bagacum est typiquement celtique (d'un gaulois *bagos hêtre, suivi du suffixe -acum). En outre, on y a découvert une courte inscription dans cette langue, alors même que cette cité se romanisait, puisque l'on ne conserve aucune trace pré-romaine de Bagacum[4]. Leur religion a aussi été analysée comme celtique[5]. On y reconnaît par exemple Esus ou Teutatès. Leurs deux principaux chefs connus portent aussi des noms celtiques : Vertico(n) (sur la racine uert- 'tourner' que l'on retrouve aussi dans l'ethnonyme des Vertacomorii et le nom du vergobretos des Rèmes Vertiscos), leur autre chef réputé était Viros, nom attesté sur des monnaies d'or et de bronze attribuées aux Nerviens[6]. Pa contre, on ne relève, à l'ouest du Rhin, aucune trace onomastique ou religieuse ancienne de ce qu'on pourrait nommer « germanique » dans notre terminologie contemporaine.

Alors comment expliquer la mention de César, selon laquelle la langue des Belges est différente ? Il se peut qu'il ait fait une erreur[réf. nécessaire], car ni lui ni son entourage ne maîtrisait ni le celtique, ni le germanique, ou encore qu'il ait voulu donner une consistance géographique et culturelle à une vision purement politique de la situation dans la région[réf. nécessaire]. Autre chose aussi, certains philologues[7] évoquent la possible existence d'un autre idiome indo-européen dans la région, voire d'une autre culture au sein du bloc du nord-ouest. Cependant, Jean Loicq[8] préfère parler de « paléo-rhénan », une forme archaïque de celtique.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

Le territoire nervien comprenait les provinces modernes belges du Hainaut, du Brabant (wallon et flamand), plus au nord, la province d'Anvers et encore plus au nord, la province hollandaise du Brabant du Nord, ainsi qu'en France le Sud et l'Est du département du Nord, où se trouve l'actuelle Bavay et deux oppida celtiques : Flaumont-Waudrechies et Estrun.

Leurs voisins sont incertains. Au nord, les berges du Rhin étaient tenues par les Bataves (germaniques) (Selon Tacite & Strabon) ; au nord-ouest, séparés par l'Escaut, les Ménapes et à l'ouest les Morins (celtiques); au nord-est les Éburons (celtiques)[réf. nécessaire]; à l'est très probablement les Aduatiques (germaniques)[réf. nécessaire] ; au sud-est les Rèmes (celtiques) et les Viromanduens (celtiques) au sud; au sud-ouest les Atrébates.

César signale des haies bien maintenues, ce qui laisse penser que le paysage était peut-être similaire au bocage, tel qu'on le trouve de nos jours dans l'Avesnois (dont fait partie Bavay) et à l'ouest de la France[9]. Une région du Brabant située à l'est de Louvain s'appelle d'ailleurs encore de nos jours le Hageland - le pays des haies.

Selon César, les Nerviens ne consommaient pas de vin. Cela n'empêche pas qu'ils aient eu une consommation alcoolisée régulière, à l'instar de l'hydromel ou de la cervoise[réf. nécessaire]. Les sources archéologiques[réf. nécessaire] montrent bien l'absence d'amphores vinaires dans le territoire nervien d'avant-conquête alors qu'il existe des récipients particuliers qui ont dû contenir de l'alcool.

Peuples clients[modifier | modifier le code]

Selon Jules César, les Nerviens comptaient plusieurs peuples clients[10] :

La guerre contre César[modifier | modifier le code]

En -57, César marche contre les Belges. Au cours d'une assemblée commune (ce qui montre l'unité de ces peuples), ils décident de faire front sous la direction des Suessions en levant une armée de 300 000 hommes, dont 50 000 Nerviens.

César entre chez les Suessions et défait les Belges à la bataille de l'Aisne, puis prend Noviodunum, l'oppidum principal des Suessions, qui se soumettent. Il part immédiatement vers l'ouest, chez les Bellovaques, le peuple le plus puissant et prend l'un de leurs oppida, Bratuspantium. Ils se soumettent à leur tour. César remonte au nord et les Ambiens se soumettent. Il part alors vers l'est, pour combattre les Nerviens.

Alliés aux Atrébates (15 000 hommes) et aux Viromanduens (10 000 hommes), avec à leur tête Boduognatos, les Nerviens battent presque Jules César à la bataille du Sabis[11]. Cette bataille se déroule sur les bords de la rivière Sabis (localisation discutée en rapport à l'étymologie du nom : la Sambre ou la Selle). Les Belges attaquent l'armée de César alors qu'elle bâtit un camp. L'armée romaine, surprise, est vite encerclée. La tactique échoue quand le légat Labiénus attaquant le camp gaulois, se rend compte du danger et encercle les Nerviens.

Les Nerviens finirent par demander l'armistice. Selon César, la situation était telle que leur armée de 60 000 hommes fut réduite à 500 et leurs 600 sénateurs à 3. Jules César leur accorda la paix demandée et ordonna à leurs voisins de ne leur montrer aucune rancœur.

Cependant, les Nerviens ont rejoint les Eburons dans leur lutte contre César en -54, en assiégeant le camp d'hivernage de Q. Cicéron. Ils auraient encore fourni 5 000 hommes à l'armée de secours de Vercingétorix à Alésia[12].

Extraits de la guerre des Gaules[modifier | modifier le code]

« Il (César) marcha contre les Ambiens, qui mirent aussitôt leurs personnes et leurs biens à sa discrétion. Au territoire de ces derniers touchait celui des Nerviens. César s'informa du caractère et des mœurs de ce peuple, et apprit que chez eux tout accès était interdit aux marchands étrangers ; qu'ils proscrivaient l'usage du vin et des autres superfluités, les regardant comme propres à énerver leurs âmes et à amollir le courage ; Que c'était des hommes barbares et intrépides ; qu'ils accusaient amèrement les autres Belges de s'être donnés au peuple romain et d'avoir dégénéré de la valeur de leurs pères ; qu'ils avaient résolu de n'envoyer aucun député, et de n'accepter aucune proposition de paix. »

« Après cette bataille, où la race et le nom des Nerviens furent presque entièrement anéantis, les vieillards, que nous avons dit s'être retirés au milieu des marais avec les enfants et les femmes, instruits de ce désastre, ne voyant plus d'obstacles pour les vainqueurs ni de sûreté pour les vaincus, sur l'avis unanime de ceux qui survécurent à la bataille, envoyèrent des députés à César et se rendirent à lui. Rappelant le malheur de leur pays, ils dirent que le nombre de leurs sénateurs se trouvait réduit de six cents à trois seulement, et que de soixante mille hommes en état de porter les armes, il en restait à peine cinq cents. César voulut user de clémence envers ces infortunés suppliants, pourvut soigneusement à leur conservation, leur rendit leur territoire et leurs villes, et enjoignit aux peuples voisins de ne se permettre envers eux et de ne souffrir qu'il leur fût fait aucun outrage ni aucun mal. »

Époque romaine[modifier | modifier le code]

Après leur intégration à l'Empire romain, les Nerviens ont servi dans l'armée romaine. Ils furent rassemblés dans des cohortes nerviennes. Ces cohortes servaient le long du Rhin et le long du mur d'Hadrien en (Grande) Bretagne. Selon Tacite c'étaient des troupes d'élite.

La capitale administrative de la civitas fut fondée à Bagacum ou Bavacum (Bavay). Au Bas-Empire, après une descente dévastatrice des Nerviens (qui étaient déjà l'une des tribus portant le nom de Francs) sur Bavacum, le chef-lieu administratif Romain fut transféré à Cambrai (Camaracum), apparemment au cœur de la région agricole la plus riche, mais nettement plus au sud, en pays gaulois.

Bibliographie (et références externes)[modifier | modifier le code]

  • Jules César La guerre des Gaules source :BIBLIOTHECA CLASSICA SELECTA
  • B. et R. Delmaire, Les limites de la cité des Atrébates (nouvelle approche d'un vieux problème), dans Revue du Nord, 1990, p. 697-735 pour la frontière occidentale des Nerviens.
  • Eléonore Fournié, Les Nerviens, peuple de la Gaule Belgique, dans Archéologia, No 530, mars 2015, p. 22-27/82.p.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Albert Dauzat, Jean Dubois et Henri Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Librairie Larousse 1971. p. 340.
  2. T. F. Hoad, English Etymology, Oxford University Press paperback 1993. p. 537.
  3. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003. p. 300.
  4. Georges Dottin, La langue gauloise, Préface de Camille Jullian, Collection Histoire.
  5. G. Faider-Feytmans, La « Mater » de Bavai in Gallia, 1948.
  6. Venceslas Kruta, Les Celtes : histoire et dictionnaire, Collections Bouquins - Robert Laffont, Paris 2000.
  7. Hans Krahe, Ortsnamen als Geschichtsquelle, Heidelberg 1949.
  8. « Avant le latin, la Gaule Belgique », dans Daniel Blampain et al. (dir.) Le français en Belgique, deculot Bruxelles 1997.
  9. Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre II, 17
  10. César, B.G. ou Commentaires sur la Guerre des Gaules, V, 39
  11. Les Atuatuques, une autre tribu septentrionale en marche pour les rejoindre, n'atteignent pas à temps la bataille.
  12. César, B.G. VII, 75.