Monceau Saint-Gervais

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Le monceau est dominé par l'église Saint-Gervais-Saint-Protais, qui lui a donné son nom ; ici une vue depuis la pointe ouest de l'île Saint-Louis.

Le monceau Saint-Gervais est situé dans le 4e arrondissement de Paris, dans l'actuel quartier Saint-Gervais. Il correspondait au quartier historique Saint-Gervais, parfois appelé quartier de la Mortellerie ; c'est une partie du Marais.

Un monceau est une petite butte. Les premières implantations sur la rive droite de Paris se firent d'abord sur de petits monceaux de graviers, entourés par des terrains marécageux (d'où l'appellation de Marais) inondés par la Seine lors des crues. L'un de ces monceaux se trouve derrière l'Hôtel de ville, autour de l'église Saint-Gervais-Saint-Protais ; la différence d'altitude a presque disparu du fait de l'arasement partiel en 1844-1847 et de la montée des terrains environnants, mais la volée de marches entre la rue des Barres, qui suit approximativement la ligne de crête du monceau, et la rue François-Miron en est le témoignage.

Historique[modifier | modifier le code]

Époque antique[modifier | modifier le code]

La cité romaine de Lutèce se trouvant sur la rive gauche, la rive droite n'est presque pas occupée avant le début du Haut Moyen Âge.

Au IIe siècle une voie romaine, partant de Lutèce et menant à Melodunum (Melun) puis de là à Agedincum (Sens), fut aménagée sur le tracé de l'actuelle rue François-Miron prolongée par la rue Saint-Antoine, longeant d'abord le nord du monceau puis traversant le marécage vers l'est (on a retrouvé en 1899 son soubassement, renforcé de pilotis et de murs de soutènement[1]).

Comme pour toutes les voies importantes sortant d'une ville de l'Antiquité, une nécropole, d'abord romaine puis mérovingienne, bordait la voie (des ossements ont été retrouvés au XVIIIe siècle à hauteur des no 2 à 14 de la rue).

Époque médiévale[modifier | modifier le code]

Les premières habitations formèrent, au Haut Moyen Âge, un bourg de pêcheurs et de bateliers, avec leur propre église (dès le Ve siècle à l'emplacement de l'église Saint-Gervais), le tout protégé par une palissade. Le bourg fut intégré à la ville médiévale en extension sur la rive droite lors de la construction au Xe siècle d'une enceinte d'où la voie romaine sortait par la porte Baudoyer (près de la place Baudoyer, à hauteur de la rue des Barres), détruite après la construction de l'enceinte de Philippe Auguste[2].

Article détaillé : Enceintes de Paris.

Au pied du monceau et en bord de Seine se trouvait le principal marché de la rive droite, qui fut déménagé par Louis VII aux Champeaux. Les habitants du quartier obtinrent du roi qu'aucun bâtiment ne fut élevé à cet emplacement (charte de 1141), qui devint la place de Grève[3]. Deux rues débouchaient sur le côté oriental de la place : la rue du Martroi (qui menait à la rue du Pourtour-Saint-Gervais et passait à partir du XVIe siècle sous l'Hôtel de ville par l'arcade Saint-Jean), et la rue de la Mortellerie[4]. Cette dernière prit en 1835, juste après l'épidémie de choléra de 1832, le nom de rue de l'Hôtel-de-Ville, à la demande des riverains qui trouvaient le nom trop macabre (en fait les morteliers étaient les maçons utilisant du mortier).

Les bords de la Seine étaient encore de simples plages aux pentes abruptes. Le quai de la Grève (spécialisé dans le foin et le charbon) allait de la place de Grève jusqu'à la rue des Barres, où commençait le Port-au-Blé.

Le quartier, parfois appelé quartier de la Mortellerie, s'étend du XIIe jusqu'au XVIe siècles vers l'est jusqu'à la muraille de Philippe Auguste (au-delà c'est le quartier Saint-Antoine), la rue du Pourtour-Saint-Gervais est sa limite nord, commençant sur la place de Grève[5].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle les quartiers sont redéfinis ; le quartier Saint-Gervais, rebaptisé quartier de l'Hôtel-de-Ville, s'étend désormais du Châtelet à l'ouest jusqu'aux fortifications de Charles V à l'est, ces dernières bientôt mises à bas et transformées en boulevard (l'actuel boulevard Bourdon). La rue du Monceau-Saint-Gervais est toujours sa limite au nord, la séparant du quartier de la place Royale. En 1702, le quartier fut divisé entre celui de Grève (la place de Grève et le monceau Saint-Gervais), et celui de Saint-Paul au niveau de la rue Geoffroy-l'Asnier.

Il reste quelques bâtiments du XVIe et surtout du XVIIe siècles dans le quartier :

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

La montée de la rue des Barres (en 2007).
La différence de niveau actuelle, côté rue François-Miron, le long d'un îlot insalubre renové.

Sous la Révolution française, le quartier de la Grève devient la section de l'Hôtel-de-Ville (rebaptisée section de la Maison-Commune, puis section de la Fidélité), tandis que le quartier Saint-Paul devient la section de l'Arsenal, les deux séparés par la rue de Fourcy et la rue des Nonnains-d'Hyères.

Article détaillé : Section révolutionnaire de Paris.

Au milieu du XIXe siècle, la modernisation du centre-ville par le préfet Haussmann concerne le quartier Saint-Gervais : en 1850-1854 la rue de Lobau est percée (elle occupe l'emplacement des anciennes rues du Martroi, du Pet-au-Diable, Pernelle, de la Levrette et du Tourniquet-Saint-Jean), la place Saint-Gervais agrandie et la caserne Napoléon, ou caserne Lobau est construite (à la place d'une centaine de maisons).

Cela n'empêchera pas le quartier d'être considéré comme îlot insalubre (foyer de la tuberculose et de la poliomyélite) au début du XXe siècle, et de faire l'objet dans les années 1930 d'un projet mort-né de construction d'une vaste annexe de l'Hôtel de ville avec jardins et avenues (sur 15 hectares de la rue de Brosse à la rue Saint-Paul).

Le bâti a été largement rénové au cours des années 1950 et 1960.

Accès[modifier | modifier le code]

On accède au quartier par les stations :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur une longueur de 120 mètres sous la rue Saint-Antoine, entre la rue de Birague et la rue des Tournelles. Alfred Fierro et Jean-Marc Léri, Vie et histoire du 4e arrondissement, Saint-Merri, Saint-Gervais, Arsenal, Notre-Dame, Paris, éditions Hervas, , p. 12.
  2. Gagneux et Prouvost 2004, p. 21.
  3. Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, L'Hôtel de Ville et la place de Grève, peinture à l'huile sur toile, 1753. Conservée au musée Carnavalet.
  4. Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, Le cabaret de l'image Notre-Dame, peinture à l'huile sur toile, 1751. Conservée au musée Carnavalet.
  5. « Taxes des Boues », quartier Saint-Gervais. BN, ms. fr. 18 800.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Hillairet, Connaissance du vieux Paris : rive droite, rive gauche, les îles & les villages, Paris, éditions Payot & Rivages, (1re éd. 1956), 377-299-255 p., 3 t. en 1 vol.  (ISBN 978-2-86930-648-6). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Renaud Gagneux et Denis Prouvost, Sur les traces des enceintes de Paris : promenade au long des murs disparus, Paris, éditions Parigramme, , 246 p. (ISBN 2-84096-322-1).
  • Robert Descrimon et Jean Nagle, « Les quartiers de Paris du Moyen Âge au XVIIIe siècle : évolution d'un espace plurifonctionnel », Annales, économies, sociétés, civilisations, Paris, no 5,‎ , p. 956-983 (lire en ligne).
  • Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor, Tableau historique et pittoresque de Paris : depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, t. second, seconde partie, Paris, C. Gosselin puis Lésage, , 2e éd., disponible sur Gallica.

Articles connexes[modifier | modifier le code]