Ministère pour la promotion de la vertu et la répression du vice

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Le Ministère pour la promotion de la vertu et la répression du vice est un ministère du gouvernement afghan ayant existé de 1992 à 2001, puis de 2003 à 2006. Il était chargé de veiller au respect de la loi islamique (charia) dans l'espace public.

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom du ministère se réfère explicitement à l'ordonnance du bien et interdiction du mal, une prescription coranique.

Dans le livre Taliban du journaliste pakistanais Ahmed Rashid (en), le ministère est appelé "Département de la promotion de la vertu et de la prévention du vice". Maulvi Muhammad Qalamuddin, qui en fut le ministre de 1996 à 2001, lui préfère la traduction "Département des Pratiques religieuses"[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Le ministère est fondé en 1992 à l'initiative de Burhanuddin Rabbani, le président de l'État islamique d'Afghanistan. Lorsque les taliban s'emparent de Kaboul en 1996 et fondent l'Émirat islamique d'Afghanistan, ils développent considérablement les prérogatives du ministère, dont les fonctionnaires sont désormais formés par leurs homologues saoudiens du Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice. À l'issue de la campagne d'Afghanistan, le ministère est dissous mais, en 2003, Fazal Hadi Shinwari (en), le juge en chef (en) de la Cour suprême d'Afghanistan (en), décide de son rétablissement[2].

En 2006, le régime de Hamid Karzai décide de faire du ministère un sous-département du ministère du Hajj et des Affaires religieuses (en)[3]. Selon Ghazi Suleiman Hamed, le vice-ministre du Hajj et des Affaires religieuses de l'époque, le nouveau département aurait un rôle plus laxiste que celui que le ministère occupait sous les taliban[3]. Nematullah Shahrani (en), le ministre du Hajj et des Affaires religieuses de l'époque, déclare quant à lui que le nouveau département se concentrera sur la lutte contre la consommation de drogues, le crime et la corruption (bien que tout ces sujets soient déjà couverts par les lois coutumières). En dépit de cela, cette décision demeure critiquée par Human Rights Watch qui estime qu'elle aura un impact négatif sur les droits des femmes[4], par la députée Shukria Barakzai qui y voit un "héritage taliban"[3] et par la présidente de la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde Felice D. Gaer (en), qui la dénonce comme une violation de la liberté de culte[5].

Missions[modifier | modifier le code]

Le rôle principal du ministère est de faire appliquer la loi islamique (charia) dans l'espace public. À l'époque de l'Émirat islamique d'Afghanistan, sa police religieuse (hisba) effectuait régulièrement des descentes dans les rues, au cours desquelles ses agents interpellaient les femmes dévêtues et les jeunes écoutant de la musique[3], interdite (haram) selon l'école (madhhab) de jurisprudence (fiqh) hanafite suivie par les taliban.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ahmed Rashid, Taliban: Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia, Yale University Press, , 288 p. (ISBN 0300083408 et 978-0300083408), p. 105
  2. (en) Claudio Franco, « Despite Karzai Election, Afghan Conservatives Soldier On », sur EurasiaNet.org, (consulté le 7 mars 2021)
  3. a b c et d (en) Golnaz Esfandiari, « Afghanistan: Proposed Morality Department Recalls Taliban Times », sur RFERL.org, (consulté le 8 mars 2021)
  4. (en) « Afghanistan: Vice and Virtue Department Could Return », sur HRW.org, (consulté le 8 mars 2021)
  5. (en) « Afghanistan: Return of Religious Police a Step Backward », sur USCIRF.gov, (consulté le 8 mars 2021)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • François Didier, « Au nom d'Allah, et de la Répression du vice », Libération,‎ (lire en ligne)