Lignes

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Lignes est une revue d'idées française, fondée par Michel Surya aux Éditions Séguier en 1987. Les perspectives qui s'y élaborent s'inscrivent à l'intersection des principaux courants contemporains de la pensée de gauche radicale – à ce titre, elle participe au renouvellement de l'édition critique indépendante au tournant du XXIe siècle tel que l'a décrit la sociologue Sophie Noël[1]. Elle se singularise au sein de cet espace intellectuel par la place donnée à l'art et à la littérature, suivant la formule de Gilles Deleuze qui veut que "l'art pense".

Présentation générale[modifier | modifier le code]

Dans un contexte marqué à la fois par le recul de la pensée critique en France (les "années d'hiver" mitterrandiennes telles que les a décrites François Cusset[2]) et par la recrudescence des discours nostalgiques qu'accompagne l'inscription progressive du Front national dans le paysage politique français, la revue travaille à maintenir vivace une pensée au croisement de l'histoire contemporaine, de la littérature et de la philosophie, influencée notamment par les œuvres de Walter Benjamin, Georges Bataille et Michel Foucault. Tôt confrontée à l'effondrement du bloc soviétique menant à la proclamation du "nouvel ordre mondial" et de la "fin de l'histoire", la revue a réuni des contributeurs susceptibles d'éclairer les mutations du capitalisme à l’œuvre dans les années 1990 et les transformations concomitantes du champ intellectuel français, tout en menant un travail de transmission critique concernant d'une part certaines figures de la seconde moitié du XXe siècle, notamment Maurice Blanchot, Guy Debord, Dionys Mascolo ou Vladimir Jankélévitch, et d'autre part des épisodes de l'histoire politique hexagonale comme les années 1930 ou mai 68.

Éditée à partir de 1992 par les éditions Hazan, la revue intervient dans les débats alors contemporains sur la montée du racisme en Europe, la décolonisation de l'Algérie, la diffusion de la philosophie en France ou encore les velléités de "moraliser" l'art qui affleurent alors dans l'espace public. Après avoir soutenu le mouvement social de 1995, elle interroge à la fin de la décennie la "disparition de la gauche" sous l'effet conjoint des renoncements du Parti socialiste et de l'absence de force susceptible de contester son hégémonie.

Au début des années 2000, Lignes est reprise par les éditions Léo Scheer[3], moment qui voit l'élargissement de son comité de rédaction que rejoignent Fethi Benslama, Alain Brossat, Jean-Paul Curnier, Jean-Luc Nancy, Bernard Noël, Jacqueline Risset et Enzo Traverso. La revue consacre des numéros à Jean-Paul Sartre, Georges Bataille, David Rousset, Pierre Guyotat, Antonin Artaud, Maurice Blanchot, Robert Antelme, au « désir de révolution », aux « littératures de la cruauté », aux « identités indécises », à Nietzsche, à Pasolini ou encore à Philippe Lacoue-Labarthe. Publiée de manière indépendante par les Éditions Lignes à partir de 2007, la revue approfondit – dans le sillage de l'élection de Nicolas Sarkozy et de la crise des subprimes – les analyses qu'elle propose des dynamiques identitaires à l’œuvre en France et en Europe ("Immigration, rétentions, expulsions : les étrangers indésirables" (2008) ; "L'exemple des Roms. Les Roms, pour l'exemple (2011)), des mécanismes nouveaux de dépossession politique ("La crise comme méthode de gouvernement" (2009) ; "Le devenir grec de l'Europe néolibérale" (2012)), tout en continuant de consacrer des numéros à des figures intellectuelles comme Daniel Bensaïd, Jean Baudrillard, Jacques Derrida, Imre Kertész ou Jean-Noël Vuarnet.

Parmi les contributeurs récents de Lignes, on peut nommer Jean-Loup Amselle, François Athané, Etienne Balibar, Jean-Christophe Bailly, Véronique Bergen, Juan Branco, François Brémondy, Jacques Brou, Cécile Canut, Martin Crowley, Jean-Paul Curnier, Georges Didi-Huberman, Christian Ferrié, Mathilde Girard, Pierre Guyotat, Alain Hobé, Pierre-Damien Huyghe, Alain Jugnon, Jérôme Lèbre, René Major, Serge Margel, Boyan Manchev, Jean-Luc Nancy, Frédéric Neyrat, Bernard Noël, Plínio Prado, Jacob Rogozinski, Enzo Traverso, René Schérer, Ivan Segré ou encore Sophie Wahnich.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sophie Noël, L'édition indépendante critique : engagements politiques et intellectuels, Lyon, ENSSIB, , 442 p. (ISBN 9791091281041)
  2. Cusset, François., La décennie : le grand cauchemar des années 1980, La Découverte/Poche, (ISBN 9782707153760 et 2707153761, OCLC 276990226, lire en ligne)
  3. Notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clet Lambert, "Des ombres portées", Lignes, 2017/3 (n° 54).
  • May Adrian, "Lignes, an Intellectual Revue: Twenty-Five Years of Politics, Philosophy, Art and Literature", thèse sous la direction de Martin Crowley, septembre 2014.
  • May Adrian, "« L’immense paysage de Lignes ». Une formation intellectuelle, littéraire, politique et historique", Lignes, 2017/3 (n° 54), p. 227-236.
  • Surya Michel, "À propos de Lignes. Entretien", Les Temps modernes, n° 602, décembre 1998 - janvier-février 1999.
  • Surya Michel, « Reconstitution (incomplète) d'une histoire (inachevée) en 41 séquences », Lignes, 2007/2 (n° 23-24), p. 9-49.
  • Surya Michel, "Pour qu’une liberté possible nous soit momentanément commune. Entretien avec Mathilde Girard", Drôle d’époque, n° 20, automne 2007.
  • Surya Michel, "C'est seuls que nous pensons ensemble. Entretien avec Christian Prigent", Fusées, n° 14, 2008.

Liens externes[modifier | modifier le code]