Chameau de Bactriane

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Camelus bactrianus

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Le chameau de Bactriane ou chameau bactrien ou chameau domestique (Camelus bactrianus) est une espèce d'artiodactyles native des steppes de l'Asie centrale. Le chameau de Bactriane a deux bosses, alors que le dromadaire (appelé aussi chameau d'Arabie) n'en a qu'une.

Le chameau, appartient au genre Camelus. C'est un mammifère ruminant à bosses dorsales graisseuses, de la famille des camélidés. Sa femelle est dénommée la chamelle.

La population de 1,4 million de chameaux de Bactriane est presque entièrement domestiquée. En octobre 2002, les 950 individus encore à l'état sauvage au nord ouest de la Chine et en Mongolie ont été placés sur la liste des espèces en danger critique d'extinction[1].

Description[modifier | modifier le code]

Apparence[modifier | modifier le code]

Pieds antérieurs d'un chameau de Bactriane.

L'apparence extérieure du chameau de Bactriane est bien connue, notamment du fait de ses deux bosses caractéristiques. Le chameau de Bactriane a un corps dense et arrondi, avec des pattes postérieures dépassant de sa silhouette ; doté de jambes assez longues, ses larges pieds bifides terminés par des griffes reposent sur des coussinets adaptés à la marche dans le désert; sa peau épaisse et dure au niveau des genoux et du torse le protège de la chaleur du désert une fois allongé. Son cou long et fortement courbé forme un "U" vers le bas, de sorte que sa tête se trouve au niveau de ses épaules. La queue est relativement courte par rapport au reste du corps, mesurant environ un demi-mètre[2], et terminée par un pinceau de longs poils fins. Son pelage épais et dense, longs d'en moyenne 7 cm, n'a pas une longueur uniforme : les poils sous le cou sont plus longs, de même que ceux au sommet des bosses, de la tête, sous le menton (d'une apparence semblable à une barbe) et sur la nuque. Cette fourrure épaisse et laineuse le protège du froid nocturne et de la chaleur du jour. Le chameau de Bactriane, comme le dromadaire, a une double rangée de longs cils denses[3] qui, lorsque l'œil est fermé, forment une barrière hermétique à la poussière et au sable. Lorsqu'il est bien nourri, les bosses graisseuses du chameau se tiennent bien droites, mais après une diète, elles peuvent partiellement ou complètement basculer sur le côté (parfois d'un côté et de l'autre), ballotant lors du mouvement de l'animal[2]. Les bosses dressées et denses permettent d'identifier que le chameau est bien nourri[4]. Les lèvres charnues et extrêmement dures leur permettent de manger les plantes épineuses du désert. La lèvre supérieure, comme chez les autres camélidés, est fendue. Les oreilles, petites, de forme ronde et garnies de longs poils protecteurs, sont presque impossible à distinguer à distance. L'occiput comporte deux glandes, particulièrement développées chez le mâle, dont les sécrétions noires, visqueuses et odorantes permettent de marquer son territoire[5]. Les naseaux, qui peuvent s'ouvrir et se refermer, sont particulièrement adaptés pour se protéger de la chaleur du désert et du sable.

Tête de chameau de Bactriane du lac Karakul (Chine occidentale) vue de face.

L'anatomie interne du chameau de Bactriane est similaire à celles des autres tylopodes, à savoir un estomac à trois poches séparées (abomasum, panse, réticulum) sans feuillet[6]. Le cæcum est court. La femelle a quatre mamelles, à l'instar de la vache[7].

Le cri du chameau de Bactriane n'est pas très agréable à l'oreille, rappelant un peu celui de l'âne. Lorsqu'il est chargé et qu'il doit se lever ou s'accroupir (baraquer[8]), le chameau pousse souvent un cri[5]. Le chameau pousse un cri particulier lors des phases de rut (il blatère[9]).

Lorsqu'il est irrité, il est susceptible de cracher, comme le dromadaire, sauf qu'il ne rejette pas de la salive mais des sucs de rumination[5].

Corpulence[modifier | modifier le code]

Chameau de Bactriane au zoo de Cincinnati. Les bosses dressées sont un indicateur que l'animal est bien nourri.

Le chameau de Bactriane est un animal imposant. Sa taille au garrot atteint 2 mètres, voire jusqu'à 230 cm[10], et sa taille bosse incluse est encore plus haute, jusqu'à 270 cm[réf. nécessaire]. Le creux entre les deux bosses se trouve souvent à une hauteur supérieure à 1,7 m[réf. nécessaire], c'est pourquoi il faut faire s'accroupir le chameau pour pouvoir le chevaucher. La distance entre les bosses est de 30 cm[réf. nécessaire], ce qui laisse suffisamment de place pour un cavalier.

Le mâle adulte pèse en moyenne entre 450 et 500 kg[3], mais souvent sensiblement plus, des spécimens de 690[10]-700 kg[9] ayant été recensés. Les chameaux élevés en Transbaïkalie ont une masse d'en moyenne 740 kg[11]. La femelle pèse significativement moins, entre 320 et 450 kg[réf. nécessaire]. Une grande disparité existe entre les races, certains mâles d'élevage bien nourris ayant atteint 1 000 kg[2] ; les individus de la race de Kalmoukie sont les plus massifs (entre 800 et 1 000 kg pour les mâles, 650 et 800 kg pour les femelles[12]). Le chameau atteint sa taille définitive au bout de 7 ans[13]. Le poids du chameau varie en fonction du dernier moment où il a bu[5] : en cas de diète prolongée, il utilise les réserves contenues dans ses bosses (permettant de stocker jusqu'à 23 kg de réserves), et peut perdre jusqu'à 100 kg sans mourir[9].

Il est phytophage, mange de l'herbe, des feuilles et des graines, et est capable d'ingurgiter 120 litres d'eau en une seule fois[9].

Pelage[modifier | modifier le code]

Adaptation aux conditions difficiles[modifier | modifier le code]

La constitution spécifique du chameau de Bactriane lui donne des capacités d'adaptation hors du commun aux biotopes pauvres en eau et en nourriture. Il peut supporter la privation d'eau à un point qui serait désastreux pour tout autre mammifère, capable de survivre à une perte de 40% de son eau alors que les autres animaux à sang chaud meurent après une perte de 20% de leur eau[14],[15]. Les reins du chameau peuvent absorber une partie importante de l'eau des urines et la rendre à l'organisme[16]. Ses érythrocytes ont une forme ovale (les autres mammifères ont des globules de forme ronde)[17], qui permettent au sang de conserver une fluidité normale même en cas d'épaississement, parce que les globules minces continuent de passer sans entrave à travers les capillaires. De plus, les érythrocytes du chameau ont la capacité d'accumuler des fluides jusqu'à augmenter de 2,5 fois leur volume[18]. Le fumier du chameau de Bactriane est plus concentré que celui du gros bétail, il contient entre 6 et 7 fois moins d'eau et consiste en un mélange de fibres végétales grossières presque sèches (les crottes de chameau bien formées se présentent sous la forme de boulettes allongées de 4 x 2 x 2 cm[19]) ; le chameau a la capacité de réduire le taux d'humidité de ses excréments à 45% de leur teneur normale[16]. L'urine peut également être extrêmement concentrée[16]. Après avoir une privation d'eau de plusieurs jours, le chameau peut être considérablement amaigri, n'ayant plus que la peau sur les os, mais une fois qu'il a à nouveau accès à l'eau, il récupère à vue d’œil : il est capable de boire une douzaine de seaux d'eau d'une traite, et retrouve son aspect normal dans la demi-heure qui suit[19].

Sa constitution extérieure lui permet aussi d'économiser au maximum les ressources en eau de son organisme. La dissipation d'eau par les naseaux est minime grâce à sa capacité à les fermer, ne les ouvrant que pour inspirer ou expirer. La capacité de thermorégulation du chameau est bien connue. À la différence des autres mammifères, le chameau ne commence à transpirer que si la température de son corps atteint 41 °C (au-delà, sa vie est en danger)[20]. Lors des nuits froides, sa température corporelle peut descendre à 34 °C[19].

La graisse contenue dans les bosses ne se désagrège pas dans l'eau, comme on le pensait autrefois, mais joue un rôle de réserve de nourriture pour l'organisme. Elle sert également pour l'isolation thermique du corps du chameau, s'accumulant avant tout sur l'échine, qui est la partie la plus exposée au soleil. Si la graisse était également répartie sur le corps, elle gênerait la régulation thermique de l'organisme[21]. Â elles deux, les bosses peuvent représenter une masse de graisse allant jusqu'à 150 kg[13].

Différences entre le chameau sauvage et le chameau domestique[modifier | modifier le code]

Il existe de différences notables entre le chameau domestique et le chameau sauvage, aussi appelé en mongol khaptagaï (mongol : хавтгай)[5], qui ont été identifiées pour la première fois par Nikolaï Prjevalski (avant l'expédition de Prjevalski, l'existence de chameaux sauvages n'était pas connue, même si cette possibilité théorique était discutée[réf. nécessaire]).

Monument à la mémoire de Nikolaï Prjevalski à Saint-Pétersbourg.

Le chameau sauvage est en moyenne moins grand que le domestique, et a un corps plus robuste. Ses bosses sont plus petites et le museau plus étroit[réf. nécessaire]. Une autre différence est l'absence chez le chameau sauvage de callosités sur la poitrine et les genoux[22],[23]. Même les empreintes du chameau sauvage diffèrent de celles du domestique, étant plus longues et étroites[réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Chameau de Bactriane domestiqué en Chine, près de Tourfan.

La domestication serait antérieure à 2500 av. J.-C. À partir d'un premier foyer situé en Bactriane, la région entre l'Iran et le Turkménistan actuels, ils se seraient ensuite répandus ailleurs. Ils servent de bêtes de bât pour traverser le désert. L'homme utilise aussi leur laine, leur lait et leur viande. Même leurs excréments sont récupérés pour servir de combustible aux caravaniers.

Le chameau de Bactriane était anciennement très répandu, mais sa population est aujourd'hui réduite à environ 1,4 million d'individus essentiellement domestiques. Il semble qu'il reste environ 1 000 chameaux de Bactriane sauvages dans le désert de Gobi et de petites quantités en Iran, en Afghanistan, en Turquie et en Russie. Cette population est reconnue depuis peu[Quand ?] comme constituant une espèce sensiblement différente de l'espèce domestique du Bactriane  : le chameau sauvage de Tartarie (Camelus ferus).

L'espèce sauvage possède la particularité de pouvoir boire de l'eau salée. On ne peut pas encore savoir si l'animal en extrait de l'eau douce.[réf. nécessaire]

Le chameau et l'homme[modifier | modifier le code]

Sans doute domestiqué depuis 4 000 ans, le chameau de Bactriane serait le descendant de populations marronnes, c'est-à-dire revenues à l'état libre après domestication.

À la fin du XIXe siècle, le célèbre explorateur russe, N. M. Prjevalski trouva de véritables chameaux sauvages dans le désert de Lobnor. Il fut alors établi qu'ils étaient réellement sauvages.

Outre son utilité comme animal de bât, le chameau a toujours été élevé pour sa production de laine, de lait et de viande : on pense que c'est ce qui a permis à l'homme de survivre dans les conditions difficiles du désert. Dans certaines régions, ses excréments sont d'ailleurs la seule source de combustible.

Hybrides[modifier | modifier le code]

Le chameau de Bactriane s'hybride avec le dromadaire. L'hybride est appelé turkoman.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Camelus ferus », http://www.iucnredlist.org (consulté le 25 février 2008)
  2. a, b et c (en)Bactrian Camel, fiche descriptive surUltimate Ungulate, Brent Huffman, 23 mars 2004.
  3. a et b (en)Camelus bactrianus, Fedewa, J., 2000, Animal Diversity Web.
  4. (ru)Viande, Académie russe des Sciences naturelles.
  5. a, b, c, d et e (ru)Le chameau, zooclub.
  6. Les chameaux, E. Trouessart, Cosmovisions.
  7. (en)Milk Production, R. Yagil, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Rome 1982, (ISBN 9251011699).
  8. Le chameau et les hommes, pratique, Jean-Pierre Fleury.
  9. a, b, c et d Chameau, sur Dinosoria, V. Battaglia, 25 octobre 2006.
  10. a et b (en)Bactrian Camel, EDGE.
  11. (ru)Caractéristiques productives et biologiques des chameaux de Transbaïkalie, Tsyrenbato Sanjaevitch Sanjaev, thèse, 2004.
  12. (ru)Élevage des chameaux, Portail de l'agroalimentaire de l'Oblast d'Astrakhan.
  13. a et b (ru)Chameaux, élevage des chameaux, Green Agro.
  14. La physiologie du chameau, Nadia Pla.
  15. L'eau de la Nature et des Hommes, Michel Lamy, Presses Universitaires de Bordeaux, 1995, (ISBN 2867811562), p. 93.
  16. a, b et c Influence du climat et de l'alimentation sur les besoins en eau du bétail en Afrique tropicale, John M. King, rapport de recherche N°7 du CIPEA, mai 1989, p. 17-18.
  17. Étude morphométrique des globules rouges des ruminants domestiques, Nezar ADILI, Université de Batna Hadj Lakhder, 2007, p. 20.
  18. (ru)Pourquoi les chameaux conservent leur endurance en restant pour une longue période sans eau?, Vokrug Sveta, 3 juillet 2006.
  19. a, b et c (ru)Le chameau de Mongolie-Bouriatie, représentant des animaux nomades de Transbaïkalie, Valentina Borissova, 3 mai 2010.
  20. (ru)Animaux et continents (Encyclopédie populaire), Tomash Uminsky, 1974.
  21. (ru)Camélidés, VSB, 29 juin 1999.
  22. (ru)Chameau, zoo de Chita.
  23. De Kouldzhi au Tian Shan et à Lop Nor, Nikolaï Prjevalski, 31 mars 1878.