Kizito Mihigo

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Kizito Mihigo
Description de cette image, également commentée ci-après
Kizito Mihigo à l'orgue de la Basilique de Koekelberg— Belgique — décembre 2010.
Informations générales
Naissance (37 ans)
Kibeho, Rwanda
Activité principale Chanteur, organiste, compositeur, parolier
Activités annexes Animateur de télévision
Genre musical Gospel, musique sacrée
Instruments Orgue, clavier
Années actives 1995-2014
Site officiel kizitomihigo.com

Kizito Mihigo, né le à Kibeho, est un chanteur de gospel, auteur de chants liturgiques, organiste et compositeur rwandais militant pour la paix et la réconciliation[1],[2]. Rescapé du génocide des Tutsis, formé au Conservatoire de musique de Paris, en 2010 il crée la Fondation Kizito Mihigo pour la Paix[3]. En 2012 il devient animateur de télévision[2].

Au mois d'avril 2014, après avoir publié une chanson critique immédiatement interdite par les autorités rwandaises, Mihigo est arrêté pour « menace contre l'État »[4]. Le 27 février 2015 il est condamné à dix ans de prison pour « conspiration contre le gouvernement » du président Paul Kagame[5].Il est libéré par la grâce présidentielle le 14 septembre 2018, en compagnie de Victoire Ingabire Umuhoza[6].

Biographie[modifier | modifier le code]

Kizito Mihigo est né le 25 juillet 1981 à Kibeho, dans le district de Nyaruguru, l'ancienne préfecture de Gikongoro (aujourd’hui Province du Sud) au Rwanda. Troisième de six enfants, ses parents sont Augustin Buguzi et Placidie Iribagiza[2],[7]

Débuts musicaux[modifier | modifier le code]

À l'âge de 9 ans, il commence à composer des chansonnettes, mais ce n'est que 5 ans plus tard, lorsqu'il est élève au Petit Séminaire de Butare, qu'il devient l'organiste compositeur liturgique le plus populaire dans l'Église catholique au Rwanda[8].

Rescapé du génocide[modifier | modifier le code]

En 1994, il perd sa famille et devient orphelin lors du génocide des Tutsis au Rwanda. Il s’échappe au Burundi où il retrouve des membres de sa famille ayant survécu. Il tente en vain de rejoindre l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) pour venger sa famille[9] .

Scolarité[modifier | modifier le code]

En juillet 1994, il retourne au Rwanda. Après l’école secondaire, il s’inscrit au séminaire pour devenir prêtre et là, à travers la musique et la foi chrétienne, il arrive à pardonner ceux qui ont tué son père[9]

Formation musicale et carrière[modifier | modifier le code]

Formation musicale[modifier | modifier le code]

En 2001, il participe à la composition de l’hymne national rwandais et il est ensuite envoyé faire des études au Conservatoire de Musique de Paris par les autorités rwandaises (avec le soutien financier du président rwandais Paul Kagame)[1],[10]

À Paris, Mihigo suit les cours d'orgue et de composition dans la classe de Françoise Levechin-Gangloff, titulaire des grands orgues de l'Église Saint-Roch de Paris, professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris— CNSMDP — et Présidente du Conservatoire international de musique de Paris - CIMP [11] Il entame ensuite une carrière musicale internationale basé en Belgique.

Installation au Rwanda[modifier | modifier le code]

En 2011, Mihigo s'installe définitivement au Rwanda, et devient une personnalité artistique respectée par la population et par le pouvoir[1]. Il est régulièrement invité pour chanter dans toutes les cérémonies nationales de commémoration du génocide[10].

Kizito Mihigo chante durant la cérémonie nationale pour la 17e commémoration du génocide — Stade Amahoro, Kigali — Le 7 avril 2011

Il se fait connaître aussi par de nombreuses invitations dans les cérémonies officielles au parlement et ailleurs, pour interpréter l'hymne national rwandais, en présence du Chef d'État et d'autres hauts dignitaires[10],[3],[12].

Critiques[modifier | modifier le code]

Son rapprochement avec le pouvoir lui vaut beaucoup de critiques venant de ses fans chrétiens qui regrettent une certaine déviation de leur compositeur liturgique vers des thèmes de plus en plus politiques. En 2011 le chanteur tente de rassurer ses fans[13].

Ses concerts religieux attirent un grand nombre de personnes à Kigali et à Kibeho, lieu de naissance de l'artiste. Ces événements sont souvent honorés par la présence de différents ministres[14],[15],[16].

En 2011, les concerts les plus populaires de l'artiste sont celui de Pâques et celui de Noël[17],[18].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Après le génocide de 1994, ce chanteur rwandais a composé plus de 400 chansons en 20 ans[19].

Les plus populaires sont:

Au mois de , lors d'une interview donnée à une radio locale à l'occasion de la sortie de son single Ibyishimo bibi (joie dangereuse), Kizito Mihigo annonce son projet de création d'une école de musique au Rwanda[25].

Militantisme pour la paix et la réconciliation[modifier | modifier le code]

Kizito Mihigo avec Bénédict-Fleur Vappereau, Secrétaire Nationale du MIR, après la Messe pour la Paix —  Église Saint Roch de Bruxelles — décembre 2007[26]

Durant son séjour en Europe, ayant fait connaissance du Mouvement international de la réconciliation — MIR France — (ONG française prônant la non-violence) [27], en 2007 Kizito Mihigo organise à Bruxelles une Messe - concert pour la Paix en Afrique [26].

Pour la communauté catholique africaine résidant en Europe, il organise régulièrement des concerts de musique sacrée suivis par une Messe de Requiem pour les victimes de toutes sortes de violences dans le monde. Ces messes sont célébrées par Monseigneur Léonard, à l'époque évêque du diocèse de Namur. En 2010 ce dernier deviendra archevêque de Bruxelles [28].

En 2010, le chanteur crée la Fondation Kizito Mihigo pour la Paix — KMP — une organisation non gouvernementale rwandaise prônant la paix et la réconciliation[10],[3].

Kizito Mihigo porte l'uniforme de la fondation KMP —  Kigali — 2013

Après son installation au Rwanda, en compagnie de sa fondation, et en partenariat avec le gouvernement rwandais, l'ONG World Vision et l'ambassade des États-Unis à Kigali, il entame une tournée dans les écoles et dans toutes les prisons du Rwanda[8].

Kizito Mihigo reçoit, au siège de la Fondation KMP, les étudiants américains de Harwood Union High School - 26 février 2013[29].

Dans les écoles, l'objectif est l'éducation de la jeunesse aux valeurs de paix et de réconciliation, et la création des clubs de paix. Dans les prisons, le chanteur cherche à susciter un débat avec les détenus à propos des crimes commis, avant d'y créer les clubs de dialogue dits « clubs de transformation des conflits »[2],[8]

Prix[modifier | modifier le code]

Kizito Mihigo reçoit le prix CYRWA donné par la Première dame du Rwanda Jeanette Kagame — Kigali — août 2011[30]

En août 2011, en reconnaissance de ses activités pour la paix, Kizito Mihigo reçoit le prix CYRWA (Cerebrating Young Rwandan Archivers), donné par la fondation Imbuto, organisation de la Première dame du Rwanda, Jeannette Kagame[30],[31].

En avril 2013, l'Office rwandais de la Gouvernance (Rwanda Gouvernance Board) reconnaît la Fondation Kizito Mihigo pour la Paix (KMP) parmi les dix meilleures ONG locales ayant favorisé la bonne gouvernance. À cette occasion, la Fondation reçoit le prix « RGB award » de 8 000 000 Frw (huit millions de francs rwandais)[32].

Le président Paul Kagame, lui aussi, avait toujours présenté ce musicien rescapé du génocide comme un modèle pour les jeunes Rwandais[19].

Animateur de télévision[modifier | modifier le code]

Depuis 2012 Kizito Mihigo anime Umusanzu w'Umuhanzi (« La contribution de l'artiste ») une émission hebdomadaire de la télévision nationale produite par la Fondation KMP[2].

Dans cette émission d'une heure tous les mardis à 22 heures, le chanteur diffuse et commente les concerts avec les prisonniers et les élèves. Une fois par mois à travers cette émission, Mihigo dirige le Dialogue interreligieux, un débat avec des leaders religieux visant à trouver, ensemble, le rôle des religieux dans la construction de la Paix[2].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Chrétien catholique, célibataire sans enfants, admirateur de Mozart, de Bach et de Haendel[11], amateur des arts martiaux et du cinéma, en 2012 une rumeur dans la presse locale parle d'une relation amoureuse secrète entre lui et Miss Jojo, chanteuse locale R&B de confession musulmane. Interviewés, les deux artistes nient la liaison et parlent d'une amitié profonde[2].

Depuis 2009 Kizito Mihigo apparaît souvent dans la presse people de Kigali comme l'une des célébrités qui attirent le plus de femmes au Rwanda[2].

En avril 2013 le quotidien rwandais The New Times le classe deuxième parmi les huit hommes célèbres les plus sexy au Rwanda[33].

Arrestation[modifier | modifier le code]

Au mois de mars 2014, Kizito Mihigo publie sur YouTube une nouvelle chanson intitulée Igisobanuro cy'Urupfu (La signification de la mort), dans laquelle le chanteur critique la version officielle du génocide des Tutsis, et réclame la compassion pour toutes les victimes dont celles du génocide, mais aussi celles des vangeances. La chanson est rapidement interdite par les autorités rwandaises et aussitôt effacée sur YouTube [21].

Le 7 avril 2014, le jour de la 20e commémoration du génocide, le chanteur est porté disparu[21]. Le 12 avril, l'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu dénonce la détention illégale de l'artiste par la police à la suite de la sortie de sa chanson controversée[34]. Le 15 avril 2014, Mihigo est présenté aux journalistes par la police, accusé d’avoir planifié des attaques terroristes et d’avoir collaboré avec les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda — FDLR — et le parti politique Rwanda National Congress (RNC) en vue de renverser le gouvernement[21].La RNC dément [35]

Alors que la police avait nié détenir le suspect depuis une semaine[36], le site WikiLeaks révèle que ce chanteur et activiste chrétien avait disparu le 4 avril, soit 10 jours avant l'annonce officielle de l'arrestation[37].

Dans l'opinion publique, beaucoup d'observateurs restent convaincus que l'arrestation du musicien est liée à cette chanson critique sortie et interdite quelques jours auparavant[21],[22],[38],[10].

Quelques semaines avant l'annonce de cette arrestation, dans son discours lors de la cérémonie de collation des grades aux officiers de Police, à Gishari (dans l'Est du pays), le Président Kagame avait déclaré : « Je ne suis pas un chanteur pour divertir les ennemis de l'État » [39]. Après l'annonce officielle de l'arrestation, le gouvernement rwandais interdit la diffusion des chansons de Kizito Mihigo aux radios et télévisions locales [36].

Quelques heures après l'audience du 21 avril 2014, une interview « confession » est diffusée : Kizito y a « plaidé coupable de tous les chefs d'accusation et a demandé à pouvoir être assisté par un avocat ». Dans une seconde interview « confession », il déclare : « avoir accepté l'idée de lire un communiqué dénonçant l'absence d'État de droit au Rwanda et appelant la jeunesse à se soulever »[40].

Réactions[modifier | modifier le code]

Selon des défenseurs des droits de l'homme interviewés par Radio France internationale : « Ces confessions sont contraires au principe de présomption d'innocence ». Les sources officielles Rwandaises, elles, balaient les accusations de torture[40].

Des activistes rwandais des droits de l'homme qualifient l'arrestation de Kizito Mihigo d'action « déplorable pour opprimer les initiatives réconciliatrices » [41]

Pour Monseigneur André-Joseph Léonard, l'arrestation de Mihigo est comme une erreur sur la personne: « Il y a comme une erreur sur la personne, je ne peux pas voir en Kizito, un homme qui serait dangereux pour la société » déclare l'archevêque de Bruxelles, un an plus tard, dans une interview accordée au Journal en ligne Jambo News [28]

Presse internationale[modifier | modifier le code]

Plusieurs médias internationaux commentent l'événement. Selon la Radio France internationale, l'arrestation de ce musicien provoque un grand émoi dans le pays, l'incompréhension et la peur d'une possible déstabilisation. Les aveux du chanteur largement diffusés par les médias locaux et les discours de certains responsables politiques avant le début du procès, provoquent l'indignation des défenseurs des droits de l'homme qui dénoncent la violation de la présomption d'innocence[42],[43],[40].

Selon la Télévision Al Jazeera, et la Radio France Inter, le chanteur enlevé à la veille de la 20e commémoration du génocide, avant d'apparaitre devant la presse huit jours plus tard, serait en train de vivre les conséquences des paroles de sa chanson Igisobanuro cy'urupfu dans laquelle le chanteur critique la politique de commémoration mise en place par le gouvernement de Kigali dirigé par le Front patriotique rwandais - FPR de Paul Kagame[21],[44],[23].

Pour la journaliste belge Colette Braeckman auteur de nombreux ouvrages sur le Rwanda et la région des Grands Lacs, il est difficile de croire que le chanteur soit de mèche avec les FDLR. Interviewée par Le Nouvel Observateur, elle analyse l'arrestation du chanteur comme une démonstration d'un malaise en interne: « Quelque chose d’autre se trame sans doute, dont nous ne savons rien parce que tout le monde se tait, comme c’est souvent le cas au Rwanda » déclare la journaliste belge responsable de l'Afrique Centrale chez le quotidien Le Soir[45].

Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme[modifier | modifier le code]

La Fédération internationale des ligues des droits de l'homme — FIDH — dénonce une arrestation avec un arrière-goût politique. L'organisation parle d' « une nouvelle preuve de la tournure répressive prise par le régime du Président rwandais Paul Kagame[4] ».

Reporters Sans Frontières[modifier | modifier le code]

L'organisation Reporters sans frontières aussi réagit après l'arrestation de Kizito Mihigo et ses co-accusés notamment le journaliste Cassien Ntamuhanga. L'ONG qui dénonce la détention illégale du journaliste une semaine avant l'annonce officielle de la police, se dit inquiétée par la détérioration du climat pour les médias au Rwanda, et surtout par l'arrestation de Cassien Ntamuhanga, Kizito Mihigo et leurs co-accusés[46].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Les États-Unis, à leur tour, expriment leur inquiètude à la suite de l'arrestation de Kizito Mihigo. À cette occasion, selon la Radio France internationale, Washington rappelle au gouvernement rwandais l'importance « d'autoriser la liberté d'expression […] respecter la liberté de la presse et à accorder aux prévenus, le minimum de garanties nécessaires à un procès équitable[47] ».

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Le Royaume-Uni aussi revient sur le cas de Kizito Mihigo et ses co-accusés, demandant au gouvernement rwandais d'assurer un procès équitable[48].

Gouvernement rwandais et partis d'opposition en exil[modifier | modifier le code]

Après la réaction du Royaume-Uni et celle des États-Unis, le Président Paul Kagame, en déplacement dans l'ouest du Rwanda, rejette les critiques faisant état d'arrestations arbitraires. Il menace de « continuer les arrestations et même de tuer en plein jour ceux qui tenteraient de déstabiliser le pays[49]. »

L' opposition rwandaise en exil dont le Congrès National Rwandais (RNC) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) qui, dès l'arrestation de Kizito Mihigo, ont démenti travailler avec lui et condamné son arrestation[50], reviennent sur les déclarations du président Paul Kagame. Un porte parole du RNC se dit perturbé et déçu par les propos du président. Quant à l'arrestation du chanteur Kizito Mihigo, le RNC affirme qu'elle est une conséquence de sa chanson Igisobanuro cy'Urupfu[51].

La FIDH revient aussi sur les propos du Président Kagame, estimant qu'il y a une escalade de violence y compris verbale de la part des autorités rwandaises[51].

Procès[modifier | modifier le code]

Après deux reports, le procès de Mihigo est ouvert le 6 novembre à Kigali. Kizito Mihigo plaide coupable de toutes les charges retenues contre lui et demande la clémence du jury[52]. Ses avocats, eux, disent ne pas trouver les éléments constitutifs d'une infraction[53]. Les trois co-accusés du chanteur plaident tous non coupables et dénoncent la torture[54],[55],[56].

Plaidoiries[modifier | modifier le code]

Le ministère public reproche au chanteur d'avoir eu des conversations via internet avec un membre du RNC (Rwanda National Congress), parti d'opposition en exil que Kigali qualifie de terroriste. Dans ces conversations écrites, le chanteur aurait suggéré un renversement du régime avec les noms des personnes à tuer, parmi elles le président Paul Kagame[53].

Selon la chaine de télévision de la British Broadcasting Corporation — BBC —, le procureur dit que les accusés étaient en train de penser à venger le Colonel Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements de l'armée rwandaise devenu opposant politique contre le gouvernement de Paul Kagame. Ce co-fondateur de la RNC avait été retrouvé mort étranglé le 1er janvier 2014 dans un Hôtel luxueux en Afrique du Sud. Le gouvernement sud-africain a souvent accusé le Rwanda d'être derrière les assassinats et tentatives d'assassinat d'opposants rwandais exilés en Afrique du Sud, ce que les autorités rwandaises ont toujours démenti. Mais après la mort de Patrick Karegeya, le Président rwandais avait dit que « quiconque trahira le Rwanda en sera victime »[57].

Dans sa plaidoirie, le chanteur qui reconnaît avoir eu ces conversations avec un dénommé Sankara, nie l'intention de vouloir tuer le président et dit avoir engagé ses discussions, motivé par la curiosité. « J'étais en conflits avec les officiels en ce moment-là, mais je n'ai jamais eu de problèmes avec le président » rapporte Radio France internationale[53]. Les avocats du chanteur, eux, continuent d'estimer que rien de tout cela ne constitue un crime[53].

Au deuxième jour du procès, le chanteur demande en vain d'être jugé seul[58].

Au troisième jour du procès, en pleine audience, Mihigo renonce à ses avocats et continue de plaider coupable[55].

Réquisitoire[modifier | modifier le code]

Lors de ce procès, le parquet requiert la perpétuité contre le chanteur[19].

Verdict[modifier | modifier le code]

Le 27 février 2015, il est condamné à 10 ans de prison, après avoir été reconnu coupable de conspiration contre le gouvernement du président Paul Kagame. Faute de preuve, il est en revanche blanchi de l'accusation de « conspiration pour terrorisme »[57],[59].

Réactions après verdict[modifier | modifier le code]

Après l'annonce du verdict, les réactions sont nombreuses dans la presse internationale et par différentes Organisations Non Gouvernementales Internationales

Presse internationale[modifier | modifier le code]

Le jour du verdict, la presse internationale notamment la Télévision France 24, la Radio France internationale et l'agence de presse britannique Reuters reviennent sur la chanson Igisobanuro cy'urupfu (La signification de la mort) qui, selon les observateurs, aurait provoqué la colère du régime, et la tombée en disgrâce de ce chanteur chrétien autrefois proche du Président Kagame et de son gouvernement[59]. Certains observateurs interviewés par l'Agence France-Presse parlent d'un « pouvoir fébrile qui ne tolère pas les voix dissonantes »[5]

Pour Susan Thomson, Professeur à l'Université de Colgate à New York, ce procès est un signe que le gouvernement est sur la défensive: « Je le lis comme un signe de faiblesse [...] parce qu'ils doivent éliminer les gens avec une assise potentielle dans le pays » estime Susan Thomson. Pour cette américaine auteur de nombreux livres sur le Rwanda, avec le procès de Kizito Mihigo, « le gouvernement envoie un message à tous ceux qui auraient envie d'être politiquement actifs »[5]

Pour les observateurs du Huffington Post, le chanteur Kizito Mihigo aurait été « contraint à plaider coupable sans avocat, pour espérer une remise en liberté ». Ce qui n'aura malheureusement eu aucun effet sur la sentence[60].

Chanson critique[modifier | modifier le code]

Dans cette chanson mélancolique en kinyarwanda publiée sur internet quelques jours avant le début de la 20e commémoration du génocide — et immédiatement interdite par les autorités rwandaises —, on peut entendre :

« Je suis rescapé du génocide mais ce n'est pas pour autant que j'ignore la souffrance des autres la mort n'est jamais bonne, que ce soit du génocide, de la guerre ou des vengeances…[5] »

, poursuit le chanteur chrétien en faisant allusion aux crimes reprochés au Front patriotique rwandais — FPR —, parti au pouvoir[59],[5],[12]. Dans le 4e couplet de la chanson en question, le chanteur critique le programme « Ndi Umunyarwanda (Je suis rwandais) ». Ce programme lancé par le gouvernement rwandais en 2013 encourage toute la population Hutu à demander pardon pour son rôle dans le génocide perpétré contre les tutsis en 1994.

« Soyons humains avant d'être rwandais »

chante le compositeur tutsi, avant d'ajouter que c'est ainsi qu'il répond à l'appel de Dieu[10]

Organisations Non Gouvernementales Internationales pour la défense des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Après l'annonce du verdict, les Organisations Non Gouvernementales Internationales pour la défense des droits de l'homme, tel Amnesty International ou encore Human Rights Watch, dans leur rapports de l'année 2014/15, critiquent le déroulement de la procédure pénale, dénonçant la détention illégale, la torture et la politisation du procès[61],[62]. Dans son rapport 2015/2016, Amnesty International parle d'un « procès inéquitable [...] motivé par des considérations politiques »[63]. Selon Human Rights Watch dans son rapport mondial 2016, « Mihigo a été mis au secret dans un lieu inconnu pendant plusieurs jours en avril 2014, avant d’être formellement interrogé par la police et traduit en justice »[64].Avant et pendant sa détention au secret, selon Human Rights Watch, « des autorités gouvernementales de haut rang l'ont interrogé à plusieurs reprises au sujet d'une chanson religieuse qu'il avait écrite en mars et dans laquelle il priait pour les victimes du génocide, ainsi que pour les victimes d'autres violences. Ils l'ont également questionné sur ses liens prétendus avec le RNC. Des agents de police l'ont frappé et l'ont forcé à plaider coupable pour les infractions dont il a ensuite été accusé au tribunal »[65].

Reporters sans frontières revient aussi sur ce verdict, demandant que la décision du tribunal de Kigali soit révisée en appel[66].

Opposition politique[modifier | modifier le code]

Pendant les jours suivant l'annonce du verdict, l'opposition politique rwandaise parle d'un « procès à l'image du régime ». Elle déplore l'absence de la liberté d'expression au Rwanda et qualifie le chanteur Kizito Mihigo de « prisonnier politique »[67] ,[68]

Union Européenne[modifier | modifier le code]

Le 6 octobre 2016 dans une résolution adoptée par le Parlement Européen et dans laquelle l'institution dénonce des procès politiquement motivés et des atteintes à la liberté d’expression au Rwanda notamment le cas de l'opposante Victoire Ingabire Umuhoza, l'affaire Kizito Mihigo est aussi évoquée. Les députés européens demandent aux autorités rwandaises de « libérer immédiatement toutes les personnes emprisonnées ou inculpées uniquement parce qu’ils ont exercé leur droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique »[69].

Appel et libération[modifier | modifier le code]

Le 10 septembre 2018, il retire la plainte d'appel qu'il avait lui-même interjetée auprès de la cour suprême. La raison de ce retrait n'est évoquée ni par les juges ni par le chanteur[70]. Il est libéré par la grâce présidentielle le 14 septembre 2018, en compagnie de Victoire Ingabire Umuhoza [71].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Un artiste rwandais s'insurge contre les "falsificateurs de l'histoire" du génocide de 1994 », sur Panapresse, 19 april 2011 19:08:58
  2. a b c d e f g et h (en) « Kizito Mihigo using music to spread peace in society », sur The Independent, mercredi, 03 octobre 2012 à 08:31
  3. a b et c « Portrait de Kizito Mihigo, un chanteur qui risque la prison à vie », sur Afrique Infos,
  4. a et b « Rwanda: trois personnes arrêtées pour «menace» contre l’Etat », sur RFI, publié le 14-04-2014 modifié le 15-04-2014 à 12:43
  5. a b c d et e « Rwanda: 10 ans de prison pour le chanteur populaire Kizito Mihigo », sur Le Nouvel Observateur, 27-02-2015 à 18h15
  6. « Rwanda: Victoire Ingabire et Kizito Mihigo libérés de prison », sur Radio France Internationale,
  7. (en) « Kizito Mihigo Urges Artistes to Promote Peace Through Music », sur New Times,
  8. a b c d e f et g (en) « Kizito uses music to promote peace, reconciliation », sur New Times,
  9. a et b (en) « How l overcame desire for revenge – Kizito Mihigo », sur New Times,
  10. a b c d e et f « Kizito Mihigo, chanteur vedette et accusé en aveux », sur Le soir,
  11. a et b « Biographie de l'artiste rwandais Kizito Mihigo », sur Rwandaises.com,
  12. a et b (en) « Rwandan singer jailed for plot to kill president », sur Reuters, 27 février 2015 à 12:46
  13. a b et c (en) « Kizito Mihigo churns out Liberation song », sur New Times,
  14. (en) « Mihigo planning mega concerts », sur New Times,
  15. (en) « Kizito Mihigo’s concert was grand », sur New Times,
  16. (en) « Prime Minister attended a vigil organized by Kizito Mihigo », sur Primature.gov.rw, 26 avril 2011 à 04:39
  17. a et b (en) « Kizito Mihigo excites fans on Xmas », sur New Times,
  18. a b c d et e (en) « Kizito thrills fans during Easter », sur New Times,
  19. a b et c « Rwanda: la perpétuité requise pour Kizito Mihigo », sur BBC, (consulté le 11 janvier 2015)
  20. « Rwanda : La paix de nos voisins c'est la paix de nous même, estime un artiste rwandais. » [archive du ], sur Échos grands Lacs,
  21. a b c d e et f (en) « Dissident ‘choirboy’: Rwandan gospel star on trial », sur Al Jazeera, (consulté le 11 janvier 2015)
  22. a et b « Kizito Mihigo : des paroles qui ont fâché ? », sur Échos d'Afrique, 14 avril 2014 22 h 28 min
  23. a et b « Rwanda 20 ans, un pouvoir autoritaire ? Et alors ?... », sur France Inter, l'émission du mercredi 7 mai 2014
  24. (en) « Kizito Mihigo’s song ‘Umujinya Mwiza’ an excellent philosophical, social cohesion and nation building aid », sur New Times,
  25. (en) « Kizito Mihigo sets eyes on starting music school », sur Tukabyine,
  26. a et b « Le bulletin du MIR France - Décembre 2007 », sur MIR France,
  27. « Le bulletin du MIR France - Septembre 2007 », sur MIR France,
  28. a et b « Mgr Léonard : « Je ne peux pas voir en Kizito Mihigo un homme qui serait dangereux pour la société » », sur Jambo News,
  29. « Kizito Mihigo reçoit dans sa fondation la visite des étudiants américains de Harwood Union High School », sur Kmp.rw,
  30. a et b (en) « First Lady awards young Rwandan achievers », sur New Times,
  31. « L'affaire Kizito Mihigo, le bout d'un iceberg? », sur Jambo News,
  32. (en) « Civil society organs win RGB grants », sur Great Lakes Voice,
  33. (en) « Top 8 hottest male celebrities in Rwanda », sur New Times,
  34. (en) « The gospel of Kizito: From Choirboy to Prodigal Son », sur Storify, (consulté le 1er octobre 2015)
  35. (en) « Rwanda National Congress condemns the arrest of three individuals among them Kizito Mihigo », sur The Rwandan, (consulté le 31 octobre 2016)
  36. a et b « Rwanda: Pourquoi l'affaire Kizito Mihigo est louche », sur Échos d'Afrique,
  37. « Le timing de l'arrestation de Kizito Mihigo », sur WikiLeaks,
  38. (en) « Catholic liturgical musician arrested as terrorist in Rwanda », sur Humanosphere,
  39. (en) « I am not a singer to entertain haters of our country », sur Umuseke.com,
  40. a b et c « Rwanda : diffusion d’une nouvelle confession du chanteur Kizito Mihigo », sur RFI,
  41. (en) « Arrest of Kizito Mihigo is another deplorable action to oppress reconciliation acts », sur Rwandanrights.org,
  42. « Le Rwanda en émoi après l’arrestation de Kizito Mihigo », sur RFI,
  43. « L'étrange affaire du chanteur Kizito risque de déstabiliser le Rwanda », sur Slate Afrique,
  44. (en) « Rwandan Singer Faces Charges After Questioning Ruling Regime's Account of Genocide », sur Slate magazine,
  45. « Paul Kagame off the record: Il peut vous hypnotiser », sur Rue89,
  46. (en) « Wave of Intimidation of Kigali Media », sur RSF,
  47. (en) « Rwanda: Washington préoccupé par la vague d'arrestations », sur RFI,
  48. (en) « Rwanda - Country case study update », sur gov.uk,
  49. « Ceux qui veulent déstabiliser le Rwanda peuvent être «tués en plein jour» », sur La Presse, publié le 06 juin 2014 à 10h52
  50. « Rwanda: le RNC et les FDLR condamnent les récentes arrestations », sur RFI, publié le 21-04-2014 modifié le 21-04-2014 à 11:16
  51. a et b « Rwanda: les réactions sont nombreuses après les propos de Paul Kagame », sur RFI, publié le 07-06-2014 modifié le 07-06-2014 à 11:28
  52. « Rwanda: accusé de "terrorisme", le musicien Kizito Mihigo plaide coupable », sur RTBF, jeudi 6 novembre 2014 à 17h10
  53. a b c et d « Rwanda: à l'ouverture de son procès, Kizito Mihigo plaide coupable », sur RFI, (consulté le 8 novembre 2014)
  54. « Procès de Kizito Mihigo: comparution de Cassien Ntamuhanga », sur RFI, publié le 15-11-2014 modifié le 15-11-2014 à 12:56
  55. a et b « Rwanda: en plein procès, Kizito Mihigo renonce à ses avocats », sur RFI, publié le 15-11-2014 modifié le 15-11-2014 à 12:56
  56. (en) « Rwanda treason accused claims torture », sur The Independent, 28 novembre 2014 à 16:09
  57. a et b (en) « Rwanda singer Kizito Mihigo planned to kill Paul Kagame », sur BBC,
  58. « Le chanteur rwandais Kizito Mihigo n’obtient pas d’être jugé seul » [archive du ], sur Star Africa, publié le : 10 octobre 2014 à 10:46 utc
  59. a b et c « Le chanteur rwandais Kizito Mihigo condamné à 10 ans de prison », sur France 24,
  60. « Rwanda: Le chanteur populaire Kizito Mihigo n'aura pas été libéré pour autant », sur Huffington Post,
  61. (en) « The 20th anniversary of the 1994 genocide was commemorated in ceremonies and other events across Rwanda, and in many other countries. », sur HRW,
  62. « Amnesty International Report 2014/2015 », sur Amnesty International,
  63. « Amnesty International Report 2015/2016 », sur Amnesty International,
  64. « Human Rights Watch - Rapport mondial 2016 - Rwanda », sur HRW,
  65. « Rwanda : D'anciens officiers de l'armée condamnés pour leurs commentaires », sur HRW,
  66. « Un journaliste rwandais écope d’une peine de 25 ans de prison », sur RSF,
  67. « Rwanda: Kizito Mihigo - Un procès à l'image du régime. », sur The Rwandan,
  68. (en) « Rwanda : Kizito Mihigo is a political prisoner. », sur The Rwandan,
  69. (en) « European Parliament condemns human rights abuses in Rwanda », sur Justice Info,
  70. (en) « Kizito Mihigo withdraws appeal, to serve ten year sentence », sur New Times,
  71. (en) « Kizito Mihigo, Victoire Ingabire get presidential pardon », sur New Times,

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]