Jacques de Bascher

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Jacques de Bascher dit Jacques « de Bascher de Beaumarchais », né le à Saïgon (Indochine française) et mort le à l'hôpital de Garches, est un dandy parisien, membre de la jet set française, qui fut le compagnon de Karl Lagerfeld de 1971 à sa mort et, plus brièvement, d'Yves Saint Laurent en 1973.

Biographie[modifier | modifier le code]

Membre de la famille de Bascher, il est le fils d'Antony de Bascher qui est gouverneur de la province de Cholon, puis à sa rentrée en France en 1955, cadre au service assurance de Shell. Son épouse, née Armelle Petit, descend d'une lignée de grands propriétaires terriens du Limousin[1]. Jacques de Bascher a deux frères et deux sœurs[2], dont il est l'avant-dernier. Son enfance se passe dans un milieu catholique bourgeois, entre un appartement à Neuilly-sur-Seine, rue du Commandant-Charcot, qui donne sur le bois de Boulogne et le château de la Berrière près de Nantes[3]. Il poursuit ses études au petit lycée Pasteur, puis au lycée Janson de Sailly, et enfin au lycée Charlemagne.

À vingt ans, il fait son service militaire dans la Marine nationale. « Multipliant les provocations » , il purgera un mois de prison au camp d'Arue, à Tahiti, tenu par la Légion étrangère[3].

Rentré à Paris, il fréquente quelques mois la faculté d'Assas et devient steward pour Air France en 1972, mais ce sont surtout les clubs en vogue qui l'attirent. C'est ainsi qu'il rencontre, à l'âge de 21 ans, Karl Lagerfeld au Nuage, puis au Sept. Quelques mois plus tard, après que Jacques de Bascher a démissionné d'Air France, ils vont vivre ensemble, jusqu'en 1989, sans jamais partager le même appartement, dans une relation sentimentale et non physique[3],[4]. Karl Lagerfeld apprécie la vaste culture littéraire de Bascher, son impertinence, son allure aristocratique et sa façon de s'habiller[5].

En 1973, Yves Saint Laurent, à l'époque encore compagnon de Pierre Bergé, tombe amoureux de Jacques de Bascher. Alors que Karl Lagerfeld ferme les yeux, Yves Saint Laurent et Jacques de Bascher auront une liaison déséquilibrée et destructrice. Pierre Bergé menace Bascher qui met fin de lui-même à cette liaison. À leur rupture, commencera une « descente aux enfers » pour Yves Saint Laurent[3].

Au cours de ces années, Jacques de Bascher qui ne travaille pas (il est entretenu par Karl Lagerfeld), multiplie les mauvaises fréquentations, tombe dans des pratiques sexuelles à risque et des propos réactionnaires, tandis que la drogue et l'alcool finissent par accentuer un état paranoïaque[3].

Selon les propos de Gilles Martin-Chauffier, pendant quinze ans, Jacques de Bascher « a évolué comme un serpent dans l’herbe » entre les jardins des Tuileries, les cinq-étoiles, les backrooms parisiens, Le Palace, la rue Sainte-Anne, (Le Sept), La Main bleue à Montreuil, le château de sa famille et les grandes fêtes du milieu de la mode[6].

En 1984, Jacques de Bascher se découvre positif au test du VIH[3].

Il meurt des suites du sida à l'hôpital de Garches en 1989, veillé par Karl Lagerfeld, qui avait fait installer un lit d'appoint à son chevet[4]. L'année suivante, Karl Lagerfeld achète près de Hambourg une maison qu'il nomme Villa Jako en sa mémoire. Il lance en 1998 un parfum baptisé Jako.

« Boire, se droguer, faire l’amour et bien s’habiller auront constitué la vie de comète de Jacques de Bascher, parangon jusqu’à la caricature du petit monde des arts et de la mode parisienne des années 70 et 80 […], personnage proustien, dilettante et fourbe, une allure émaciée, une fine moustache rétro, habillé comme un prince viscontien »[7].

La messe d'obsèques a lieu dans l'intimité familiale à la chapelle du cimetière du Père-Lachaise, puis une seconde messe est célébrée à la chapelle bondée du Mée-sur-Seine, où Karl Lagerfeld possédait alors une propriété, en présence de Mme de Bascher[8], et d'amis, dont son éphémère fiancée d'autrefois, Diane de Beauvau-Craon. Kenzo n'a pas le cœur de s'y rendre[9].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Dans les deux biopics consacrés à Yves Saint Laurent en 2013 et 2014, le personnage de Jacques de Bascher est interprété par Xavier Lafitte (Yves Saint Laurent de Jalil Lespert) et Louis Garrel[10] (Saint Laurent de Bertrand Bonello).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie Ottavi, op. cit., p. 30
  2. Gonzalve (1943), Élisabeth (1944), Anne (1946) et Xavier (1953)
  3. a b c d e et f Le Journal du dimanche.fr du 8 juin 2017, « L'excentrique Jacques de Bascher, amour de Karl Lagerfeld » par Marie-Laure Delorme.
  4. a et b 20minutes.fr , 14 août 2017 « Karl Lagerfeld : le styliste se confie sur sa longue abstinence sexuelle »
  5. Marie Ottavi, op. cit.
  6. « Dandy de grand chemin » par Gilles Martin-Chauffier, Paris Match n° 3552, 15-21 juin 2017, p. 10.]
  7. Têtu.com du 11 juillet 2017 "Jacques de Bascher : Le grand amour de Karl Lagerfeld et Saint-Laurent" par Jérémy Patinier.
  8. Antony de Bascher est mort d'un cancer des reins le 14 octobre 1975 à l'âge de 66 ans.
  9. Marie Ottavi, op. cit, p. 272
  10. En 2015, lors de la 40e cérémonie des César, Louis Garrel est nommé à ce titre pour le César du meilleur acteur dans un second rôle.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie Ottavi, Jacques de Bascher, dandy de l'ombre, 290 p., Séguier, 2017
  • Philippe Heurtault (textes et photos) - Christian Dumais-Lvowski (préface), Jacques de Bascher, 209 p., éditions Michel de Maule, 2017 ;

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]