Inondation de la centrale nucléaire du Blayais en 1999

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Lieu de la centrale nucléaire du Blayais en France
Point carte.svg
Localisation de la France dans le Monde
Voir l’image vierge
Lieu de la centrale nucléaire du Blayais en France

L'inondation de la centrale nucléaire du Blayais est un incident nucléaire classé au niveau 2[1] qui s'est produit le à la centrale nucléaire du Blayais.

Origine : mesures de protection insuffisantes[modifier | modifier le code]

La digue de protection de la centrale contre les eaux de l’estuaire de la Gironde n'était pas d'une hauteur suffisante. Ce fait était connu d'EDF deux ans avant l'inondation[2]. En effet, une note technique du service de l'équipement d'EDF, datée de 1997[3], préconisait d'augmenter sa hauteur de 50 cm[2].

Par la suite, la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (DRIRE) avait demandé que les travaux soient engagés dans les plus brefs délais[2]. La DRIRE avait diligenté une inspection sur les risques d'« agressions externes »[2]. Un mois avant l'inondation elle écrivait :

« Contrairement à ce qui avait été annoncé, l'inspection n'a pu que constater le décalage dans la mise en conformité de vos installations par rapport au risque d'inondation. »

— DRIRE Aquitaine, le [2].

Conséquences : pertes de système de sécurité[modifier | modifier le code]

Les vents violents produits par la tempête Martin provoquèrent une brusque montée des eaux de l'estuaire de la Gironde et l'inondation d'une partie de la centrale.

Gonflées par une grande marée et poussées par des vents de plus de 140 km/h, les vagues ont franchi la digue qui devait protéger la centrale[2].

Dès 20 h, la route d'accès à la centrale devient impraticable[2].

Une surtension sur le réseau électrique va d'abord provoquer l'arrêt automatique de deux réacteurs (le 2 et le 4) (échec de la procédure d'ilotage consistant à rendre le réacteur autosuffisant en électricité). Pendant l'incident, le refroidissement des deux cœurs est assuré par les moteurs Diesel de secours[2].

Un peu plus tard, le courant électrique est rétabli sur l'une des deux lignes à très haute tension qui prend ainsi le relais des groupes électrogènes[2].

Des débris charriés par la Gironde en crue viennent obstruer une pompe de refroidissement du réacteur 1, qui se met lui aussi en arrêt automatique. En sous-sol, les galeries techniques sont noyées par une eau boueuse qui envahit le bâtiment de stockage du combustible. Les réacteurs 1 et 2 perdent deux des quatre pompes d'un système nécessaire à la sûreté (chaque pompe pouvant réaliser seule la fonction), ainsi que les pompes d'injection basse pression dans le circuit primaire et d'aspersion enceinte[4]. Le réacteur n'aurait donc pas pu faire face à un accident de brèche primaire. Néanmoins la pression dans le circuit primaire ayant été rabaissée de 155 bars (fonctionnement normal) à environ 30 bars[4], la survenue d'une brèche primaire à cette pression était extrêmement improbable. À h 30, le local qui abrite les deux stations de pompage du circuit de refroidissement du réacteur 1 est inondé[2]. Le refroidissement est alors assuré par le système d'alimentation en eau de secours des générateurs de vapeur (ASG)[4]. L'IRSN a estimé au cours de la gestion de crise qu'en cas de défaillance de ce système, la fusion du cœur aurait pu être atteinte au bout de 10 heures[4]. Ce système qui comporte trois pompes (deux motopompes et une turbopompe), chacune suffisant à assurer la fonction, n'a montré aucun signe de défaillance durant son fonctionnement[4].

L'incident n'a conduit à aucun dépassement des autorisations de rejet radioactif, des campagnes de mesures réalisées par l'exploitant et par l'IRSN de façon indépendante n'ayant relevé aucune augmentation anormale de la radioactivité[5].

Réactions et classement[modifier | modifier le code]

Devant la gravité des événements, l'autorité de sûreté à Paris actionne pour la première fois la gestion nationale de crise[2].

L'incident a été classé au niveau 2 sur l'échelle INES, par l'autorité de sûreté. Cependant, selon la presse alternative Dissident Media[6] : on a frôlé la catastrophe majeure[2],[7]. Des journaux ont mentionné un « accident »[8].

Un reportage de France 3 donne un aperçu du site quelques jours après l'inondation[9]. Le Réseau Sortir du nucléaire médiatise l'incident en y dénonçant un « Tchernobyl raté »[10].

Le 23 avril 2000, en réaction à l'inondation de décembre 1999, une manifestation organisée par l'association Tchernoblaye rassemble (selon les sources) de 1 000 à 2 000 personnes pour exiger la fermeture de la centrale[11].

Suites : renforcement de la prévention[modifier | modifier le code]

En 2011, selon la physicienne nucléaire Monique Sené, chercheuse au CNRS et cofondatrice du GSIEN, 16 réacteurs français étaient menacés par ces inondations en cas de forte tempête[2].

Cependant la situation a évolué. Laurent Stricker, directeur de la production nucléaire à EDF, indique, en avril 2000, que l'inondation de décembre 1999 a eu des effets sur l'ensemble du parc des centrales d'EDF : il a été demandé aux directeurs des dix-neuf sites nucléaires français de vérifier toutes les procédures et le fonctionnement des mécanismes en cas d'inondations pour, si nécessaire, les renforcer. Les dispositions de conception des centrales ont été revues « une par une » pour « empêcher l'eau de pénétrer dans l'installation et, si elle passait quand même, faire en sorte qu'elle ne touche désormais aucun des circuits vitaux de l'installation »[12]. La centrale de Tricastin notamment a également connu d'important renforcements vis-à-vis du risque d'inondation, en 2017[13],[14].

L'autorité de sureté nucléaire a demandé à EDF de prendre des engagements pour conforter la protection de la centrale contre l’inondation. Dans son rapport de 2007, l'ASN estime «  globalement satisfaisante la sûreté nucléaire de la centrale du Blayais »[15].

En mars 2011, le groupe des élus Europe Écologie Les Verts Communauté Urbaine de Bordeaux, rappelant l'incident de 1999, demande l'extension du périmètre du plan particulier d'intervention à l'agglomération bordelaise située à 45 kilomètres de la centrale, alors qu'actuellement il concerne seulement les territoires inclus dans un rayon de 10 kilomètres[16].

En août 2011, la Commission locale d'information nucléaire (Clin) de la centrale du Blayais rappelle que la centrale est située dans une zone inondable. Ainsi, en décembre 1999 la route d'accès à la centrale avait été inondée rendant impossible l'accès des secours. Aussi, la Clin demande des travaux afin de rendre accessible la centrale nucléaire lors de futures inondations. Le niveau de la route devrait alors être remonté d'un mètre[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Suivant l'échelle internationale des événements nucléaires (INES)
  2. a b c d e f g h i j k l et m Article du Point du 24 mars 2011.
  3. Révélée à l'époque par Le Point, no 1426.
  4. a b c d et e IRSN, Rapport sur l'inondation du site du blayais survenue le 27 décembre 1999 (lire en ligne)
  5. IRSN, Point radioécologique de l'estuaire de la Gironde immédiatement après l'inondation du 27 décembre 1999 (Prélèvements des 8 et 9 janvier 2000) (lire en ligne)
  6. Lire l'article Dissident média
  7. Claude Canellas, « La centrale nucléaire du Blayais suscite l'inquiétude », Le Point, 21 mars 2011.
  8. Article de Sud-Ouest du 5 janvier 2000 « Après la tempête - Centrale de Blaye - Très près de l'accident majeur »
  9. Reportage de France 3 Aquitaine du 5 janvier 2000
  10. Sezin Topçu, La France nucléaire. L'art de gouverner une technologie contestée, Seuil, , p. 2013
  11. Reportage de France 2 du 23 avril 2000
  12. Article du Monde du 22 avril 2000.
  13. ASN, « Mise à l'arrêt provisoire de la centrale nucléaire de tricastin », Communiqué de presse ASN,‎ (lire en ligne)
  14. ASN, « redémarrage des réacteurs de la centrale nucléaire de Tricastin », communiqué de presse ASN,‎ (lire en ligne)
  15. Prévention des risques majeurs : Exemples historiques.
  16. Groupe des élus Europe Écologie Les Verts Communauté Urbaine de Bordeaux, Demande d’extension du périmètre du plan particulier d’intervention autour de la centrale du Blayais à l’agglomération bordelaise mars 2011.
  17. EDF incité à plus de sécurité à la centrale du Blayais La Charente Libre, août 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]