Accident nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux de 1980

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L'accident nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux de 1980 est un accident nucléaire classé au niveau 4[Note 1] qui s'est produit le à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux. C'est l'un des premiers accidents nucléaires en France de cette ampleur.

Circonstances[modifier | modifier le code]

Le , à 17 h 40, les alarmes se déclenchent. Une fusion au cœur du réacteur se produit sur le réacteur graphite-gaz n° 2 de l'ancienne centrale. Un morceau de tôle vient d'obstruer une partie du circuit de refroidissement. La température fait un bond, ce qui provoque la fusion de 20 kg d'uranium et entraîne l'arrêt d'urgence du cœur[1].

Le professeur Pierre Pellerin, responsable du SCPRI (service central de protection contre les rayonnements ionisants), explique à la commission de surveillance de la centrale « que la pression à l'intérieur du réacteur équivalait à trente fois la pression atmosphérique et qu'il fallait procéder à quelques rejets pour dégonfler le caisson »[2].

Conséquences[modifier | modifier le code]

D'après la liste confidentielle établie à l'époque par EDF, ce sont plus de 500 personnes qui sont intervenues pour nettoyer et remettre en état de marche le réacteur. Des salariés d'EDF et de nombreux sous-traitants[1].

Même si la quantité de combustible est moins importante que lors de l'accident dans la même centrale en 1969 (20 kg au lieu de 50 kg), celui-ci est plus grave parce que l'uranium qui a séjourné dans le réacteur près de deux ans est beaucoup plus radioactif[1].

Pour faire écran aux radiations, des tonnes de plomb doivent être transportées dans le bâtiment réacteur. Il faudra 29 mois pour nettoyer et réparer l'installation. Le bâtiment réacteur restera longtemps contaminé par les poussières d'uranium qui se sont dispersées à l'intérieur[1].

Rejet de plutonium dans la Loire[modifier | modifier le code]

D'après le président de la commission de surveillance de la centrale, « Quand tout a été refroidi, quelques kilos d'uranium avaient fondu et ils s'étaient déposés au fond du caisson. Ces matériaux étaient chargés en produits de fission, dont du plutonium. Lors du nettoyage, il y a eu une opération de rinçage et des rejets liquides sont partis dans la Loire »[2]. La centrale indique par son service de communication « avoir respecté les limites réglementaires d’autorisation de rejet de l’époque, fixées par l’arrêté ministériel de juin 1979 »[3].

En mai 2015, le documentaire Nucléaire, la politique du mensonge ?[4] révèle que, à la suite de cet accident, EDF a procédé à des rejets de plutonium dans la Loire pendant au moins 5 ans, une pratique que le documentaire dénonce comme « illégale à l'époque comme aujourd'hui ». À la suite de la diffusion du reportage, l'IRSN précise qu'à l'époque de l'accident, la surveillance du territoire était réalisée par le SCPRI (prédécesseur de l'IRSN). D'après les archives dont dispose l'IRSN, si des rejets d'effluents radioactifs ont bien eu lieu en avril 1980, ils ne seraient cependant pas liés à cet accident nucléaire, mais à l'éclatement d'un conteneur d'éléments radioactifs survenu dans la piscine du réacteur 2[5].

Marcel Boiteux, président d'EDF au moment des faits et actuel président d’honneur déclare : « C’est quand même pas grand chose. C'est pas bien mais c'est pas grave. […] Si cela a été fait, c'est avec l'aval des pouvoirs publics, on n’aurait pas pu le faire autrement »[6].

L'Observatoire du nucléaire, présidé par Stéphane Lhomme, a immédiatement annoncé déposer plainte contre EDF et Marcel Boiteux pour « ces rejets délibérés (et non accidentels) » qu'il considère de fait comme « un crime »[7].

Le documentaire « Spécial investigation » diffusé par Canal + le 4 mai 2015 contient une interview de Marcel Boiteux qui reconnaît froidement qu'EDF a opéré des rejets volontaires de plutonium dans la Loire pendant cinq ans à la suite du grave accident nucléaire survenu le 13 mars 1980 à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-les-Eaux (Loir-et-Cher).

La procureure de Blois a alors ouvert une enquête et missionné à cet effet l'institut scientifique de la Gendarmerie nationale (OCLAESP), lequel a entendu le directeur de l'Observatoire du nucléaire le 3 août 2015[8],[9],[10].

Le déversement de plutonium issu de Saint-Laurent serait de l'ordre de 700 millions de becquerels (0,7 GBq), soit l'équivalent de 0,3 grammes de plutonium-239[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens, « Le jour où la France a frôlé le pire : Exclusif. C'est à Saint-Laurent-des-Eaux qu'a eu lieu le plus grave accident nucléaire français », Le Point, no 20405 « Spécial nucléaire - 60 ans de secrets d'État, notre enquête »,‎ , p. 86-88 (ISSN 0242-6005, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]