Histoire de l'Angleterre anglo-saxonne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L’histoire de l'Angleterre anglo-saxonne s'étend du retrait de la puissance romaine de la province de Bretagne en 410, et de la fondation des royaumes anglo-saxons jusqu'à la conquête normande de l'Angleterre en 1066.

Les Ve et VIe siècles sont généralement qualifiés d'« Âge sombre » ; de grands royaumes distincts commencent à émerger à partir du VIe siècle. Durant la majeure partie de cette période, l'Angleterre est divisée entre les régions contrôlées par les Anglo-Saxons et celles dominées par les Bretons.

L'arrivée des Vikings, à la fin du VIIIe siècle, bouleverse la Grande-Bretagne. Les pillards danois lancent des attaques sur toutes les régions côtières, avant de s'établir dans l'est de l'Angleterre, tandis que les Norvégiens (via l'Irlande) s'attaquent aux côtes occidentales de l'île.

Les Anglo-Saxons finissent par reprendre le contrôle de la totalité de l'Angleterre au XIe siècle, mais pour peu de temps : en 1066, la mort sans descendance du roi Édouard le Confesseur entraîne une guerre de succession et la conquête du pays par Guillaume le Conquérant.

Sources[modifier | modifier le code]

La Bretagne romaine vers 400.

Il existe une grande variété de sources concernant l'Angleterre anglo-saxonne. L'arrivée des Anglo-Saxons est le sujet de mythes et légendes, parfois basés sur des preuves documentaires. Il y a quatre principales sources littéraires.

Le De Excidio et Conquestu Britanniae de Gildas le Sage (v. 540) est une œuvre polémique, davantage une critique des rois bretons qu'une description exacte des événements de l'époque. L’Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable est basée sur Gildas et d'autres sources et date de 730 environ. L’Historia Brittonum de Nennius date probablement des alentours de l'an 800, et se place, comme Gildas, du point de vue breton. Enfin, la Chronique anglo-saxonne, plus tardive, se base sur Bède et sur les légendes concernant les origines du Wessex.

D'autres éléments viennent appuyer les sources littéraires. Les coutumes d'inhumation et l'usage des terres permettent de retracer la progression de la colonisation anglo-saxonne. Des restes humains retrouvés près d'Abingdon, en Angleterre, ont été présentés comme une preuve que les immigrants saxons et les autochtones bretons cohabitaient. La question de savoir si les Anglo-Saxons remplacèrent ou se mêlèrent aux Bretons du sud et de l'est de la Bretagne est sujette à débat. Dark[1] et Laycock[2] examinent tous deux la question.

De nombreuses lois existent, remontant aux règnes d'Æthelbert de Kent et Ina de Wessex et devenant bien plus nombreuses après le règne d'Alfred le Grand. Les chartes, généralement des donations de terres, fournissent de nombreuses indications pour toute la période. D'autres sources sont les hagiographies, les lettres (généralement échangées par des ecclésiastiques, mais parfois par des souverains, comme Charlemagne et Offa) et la poésie.

Plusieurs études génétiques ont été effectuées sur la population actuelle de l'Angleterre pour en déduire des informations sur la composition de la population à l'époque anglo-saxonne, et sur l'ampleur de l'immigration anglo-saxonne. Les historiens du XIXe siècle tenaient pour acquis qu'une immigration en masse avait eu lieu, mais on considère à présent comme plus probable l'arrivée d'une élite réduite.

Migrations et naissance de royaumes[modifier | modifier le code]

Flux migratoires des Anglo-Saxons au Ve siècle.

Il est difficile d'établir une chronologie cohérente de la période séparant le retrait romain de Grande-Bretagne de la fondation des royaumes anglo-saxons. La version donnée par Geoffroy de Monmouth du départ des Romains dans son Historia Regum Britanniae n'est guère fiable, en dehors des informations qu'elle apporte sur la légende médiévale. D'autres sources permettent toutefois de reconstruire en partie les événements de cette période. On estime généralement que les noms des royaumes anglo-saxons de Kent, Bernicie, Deira et Lindsey sont d'origine celtique, ce qui suggère peut-être une certaine forme de continuité politique. Plus à l'ouest, les royaumes de Wessex et de Mercie ne semblent pas suivre des frontières préexistantes.

Les témoignages archéologiques des dernières années de présence romaine montrent des signes indéniables de décadence. Au IVe siècle, un système de défense est mis en place contre les raids saxons, autour de plusieurs forts le long des côtes sud-est de l'Angleterre ; mais certains historiens estiment que cette « Côte saxonne » se compose en fait de comptoirs où les Saxons sont établis, non de forteresses édifiées contre leurs attaques. Les pièces frappées après 402 sont rares, ce qui suggère que l'armée n'est plus payée après cette date. En 407, l'usurpateur Constantin III est proclamé empereur par ses troupes, et traverse la Manche avec une partie des garnisons de l'île. Il meurt au combat en 411. En 410, l'empereur Honorius demande aux Romains de Bretagne de s'occuper eux-mêmes de leur défense, mais au milieu du Ve siècle, ils estiment pouvoir encore faire appel au consul Aetius pour repousser les envahisseurs. Même si la puissance romaine se retire, il est possible que le mode de vie romanisé se soit perpétué pendant plusieurs générations.

La Bretagne romaine semble s'être divisée en plusieurs royaumes distincts, mais réunis par un conseil de contrôle commun. Selon Gildas, ce conseil invite des mercenaires saxons en Bretagne pour repousser les pillards, mais ceux-ci se révoltent lorsqu'ils ne sont plus payés. Bède date l'arrivée des Saxons de 446, une date aujourd'hui remise en question. Une période de conflits s'ensuit, marquée par des victoires saxonnes et bretonnes. Les dates, lieux et individus impliqués sont très incertains, mais il semble que vers 495, à la bataille du Mont Badon (Mons Badonicus en latin, Mynydd Baddon en gallois), les Bretons infligent une sévère défaite aux Anglo-Saxons. Des éléments archéologiques suggèrent que la migration anglo-saxonne est temporairement stoppée.

Royaumes et tribus d'Angleterre vers 600.

Un second débarquement saxon a lieu au VIe siècle dans la région de Southampton, tandis que les Saxons progressent dans les Cotswolds et les Chilterns. Au VIIe siècle, suite à la bataille de Dyrham, ils prennent le contrôle du sud-ouest de l'Angleterre, hormis les Cornouailles, qui ne seront vraiment annexées qu'au Xe siècle. Si les Bretons donnent le nom générique de « Saxons » à leurs envahisseurs, ceux-ci comprennent également des Angles, des Frisons et des Jutes. Les Saxons ont probablement donné leur nom à l'Essex (« Saxons de l'Est »), au Middlesex (« Saxons du Milieu »), au Sussex (« Saxons du Sud ») et au Wessex (« Saxons de l'Ouest »). Les Angles peuplent en majorité l'Est-Anglie, la Mercie, la Bernicie et le Deira, tandis que les Jutes s'établissent dans le Kent et sur l'île de Wight.

Les premières traces archéologiques des « Saxons » ont été retrouvées dans l'est de l'Angleterre, et non, comme le suggèrent les documents historiques, dans le Kent. On a également découvert des traces dans la haute vallée de la Tamise, que l'on a interprétées comme provenant de mercenaires au service des rois bretons. Gildas indique que les Bretons ont connu une période de guerre civile, et il y en a également eu entre les proto-royaumes saxons.

Dès le Ve siècle, les Bretons commencent à traverser la Manche pour s'installer en Armorique, donnant naissance à la Bretagne actuelle. Il semble y avoir eu des phases de migrations ultérieures, à partir du Devon et des Cornouailles, et également à destination de la Galice. Ces migrations, tant celles des Bretons que des Anglo-Saxons, sont à replacer dans le contexte des « grandes invasions ». Toutefois, l'ampleur de la migration anglo-saxonne vers la Grande-Bretagne a été remise en doute par divers travaux génétiques et archéologiques.

L'Heptarchie et la christianisation[modifier | modifier le code]

La Grande-Bretagne vers 802.

La christianisation des Anglo-Saxons débute vers 600, sous l'influence des Irlandais à l'ouest et des catholiques romains au sud. L'archevêché de Cantorbéry est fondé par Augustin en 597, qui baptise en 601 Æthelberht de Kent, premier roi anglo-saxon à embrasser la foi chrétienne. Le dernier roi anglo-saxon païen, Penda, meurt en 655. À partir du VIIIe siècle, des missionnaires anglo-saxons partent évangéliser l'Europe, et en 800, l'Empire carolingien est presque entièrement christianisé.

Tout au long des VIIe et VIIIe siècles, les relations de pouvoir entre les principaux royaumes fluctuent. D'après Bède, le roi le plus puissant à la fin du VIe siècle est Ethelbert de Kent, mais le centre de gravité de l'Angleterre semble avoir migré vers le nord et la Northumbrie, formée par l'union des royaumes de Bernicie et de Deira. Edwin de Northumbrie domine probablement la majeure partie de l'Angleterre, même s'il faut tenir compte du parti pris de Bède en faveur de la Northumbrie. Diverses querelles de succession entament l'hégémonie northumbrienne, et la Mercie reste une puissance importante. La domination northumbrienne est détruite après deux défaites : contre la Mercie à la bataille du Trent (679), et contre les Pictes à la bataille de Nechtansmere (685).

La Mercie domine le VIIIe siècle, encore que de façon discontinue. Les rois Æthelbald et Offa acquièrent une puissance remarquable : Charlemagne considère Offa comme le suzerain de tout le sud de la Grande-Bretagne, et l'Offa's Dyke, vaste ouvrage défensif édifié contre les Gallois, témoigne de sa puissance. Toutefois, la montée en puissance du Wessex, ainsi que les défis posés par les plus petits royaumes, tiennent en échec la Mercie, et à la fin du VIIIe siècle, sa « suprématie » n'existe plus.

Le terme d'heptarchie a été employé pour décrire cette période, mais il est tombé en désuétude dans les sources académiques. L'usage de ce mot provient du fait que les royaumes qui dominent le sud de l'Angleterre sont au nombre de sept : la Northumbrie, la Mercie, le Kent, l'Est-Anglie, l'Essex, le Sussex et le Wessex. De récents travaux ont mis en évidence l'influence tout aussi importante d'autres royaumes : Hwicce, Magonsaete, Lindsey et Moyenne-Anglie.

Les offensives vikings et la montée en puissance du Wessex[modifier | modifier le code]

L'Angleterre en 878.

La première offensive connue des Vikings en Grande-Bretagne est le pillage du monastère de Lindisfarne, daté de 793 par la Chronique anglo-saxonne. Il est cependant probable que d'autres attaques aient eu lieu auparavant à partir des Orcades et des Shetland, où les Vikings étaient déjà bien établis. L'arrivée des scandinaves, et notamment de la Grande Armée païenne danoise (865), bouleverse la géographie politique et sociale des îles Britanniques. La victoire d'Alfred le Grand, roi du Wessex, à Ethandun (878), porte un coup d'arrêt à l'expansion danoise, mais la Northumbrie est déjà partagée entre un royaume viking et un résidu saxon en Bernicie, la Mercie est divisée en deux, et l'Est-Anglie devient un royaume danois après le martyre du roi Edmond. Les petits royaumes d'Irlande, d'Écosse et du pays de Galles connaissent des sorts semblables.

Les Danois commencent à s'établir dans l'est de l'Angleterre, et la région qu'ils dominent prend le nom de Danelaw. La Mercie danoise s'articule autour des Cinq Bourgs, tandis que dans le nord, Jórvík (York) devient la capitale d'un royaume viking homonyme, allié de temps à autres aux Norvégiens de Dublin. Les colonies danoises et norvégiennes ont eu une influence significative sur la langue anglaise : de nombreux mots dérivent du vieux norrois, même si la grande majorité provient de la langue anglo-saxonne. En outre, de nombreux toponymes des régions colonisées par les Danois et les Norvégiens proviennent de racines scandinaves.

Le IXe siècle est marqué par la montée en puissance du royaume de Wessex. À la fin du règne d'Alfred le Grand, malgré diverses vicissitudes, les rois des Saxons de l'Ouest règnent sur les anciens royaumes de Wessex, de Sussex et de Kent. Les Cornouailles sont soumises à la domination anglo-saxonne, et certains rois du sud du pays de Galles reconnaissent Alfred comme suzerain, de même que l'ouest de la Mercie.

L'unification de l'Angleterre[modifier | modifier le code]

Alfred de Wessex meurt en 899, et son fils Édouard l'Ancien lui succède. Avec son beau frère Æthelred de Mercie, puis sa sœur, l'épouse de ce dernier, Æthelfflæd, il combat les Danois et entreprend un programme d'expansion, s'emparant de territoires danois et les fortifiant. En 918, Édouard contrôle toute l'Angleterre au sud de l'Humber. Cette même année, la mort d'Æthelfflæd entraîne l'intégration totale de la Mercie au sein du Wessex.

Le fils d'Édouard, Æthelstan, est le premier à régner directement sur la totalité de l'Angleterre après la conquête de la Northumbrie (927). Les titres que lui attribuent la Chronique anglo-saxonne et ses monnaies suggèrent une domination encore plus étendue. Il réussit à briser une tentative de reconquête de la Northumbrie par une coalition d'Écossais et de Vikings à Brunanburh (937). L'unité de l'Angleterre, disputée sous ses successeurs Edmond et Eadred, devient fermement établie sous le règne d'Edgar (959-975).

L'Angleterre face aux Danois et la conquête normande[modifier | modifier le code]

L'empire de Knut le Grand à son apogée.
Article détaillé : Conquête normande de l'Angleterre.

La fin du Xe siècle est marquée par la reprise des attaques des Vikings, qui sont notamment victorieux à Maldon en 991. Le roi Æthelred le Malavisé est chassé d'Angleterre par Sven de Danemark en 1013, mais ce dernier meurt peu de temps après, ce qui permet à Æthelred de reprendre le pouvoir. Son fils aîné Edmond Côtes-de-Fer doit faire face à un adversaire de poids : Knut le Grand, le fils de Sven. Edmond est vaincu à Assandun en octobre 1016 et meurt deux mois plus tard, permettant à Knut de s'emparer de toute l'Angleterre. Son empire s'étend alors sur le Danemark, la Norvège, une partie de la Suède et l'Angleterre.

La première moitié du XIe siècle voit se succéder les descendants de Knut (Harold Pied-de-Lièvre, Hardeknut) et d'Æthelred (Édouard le Confesseur). Le 5 janvier 1066, Édouard le Confesseur meurt sans descendance, et sa succession est disputée. Le puissant comte Harold Godwinson, affirmant avoir été choisi comme successeur par le Confesseur sur son lit de mort, est reconnu roi par le Witenagemot, mais le duc de Normandie Guillaume le Bâtard et le roi de Norvège Harald Hardråda peuvent également prétendre au trône. Tous deux envahissent l'Angleterre. Malgré l'appui du frère de Harold, Tostig, Harald est vaincu et tué à la bataille de Stamford Bridge, mais Harold est à son tour vaincu par Guillaume à Hastings. Le duc de Normandie est couronné roi d'Angleterre le jour de Noël à Westminster, mais son autorité n'est pas unanimement acceptée, comme le montrent les rébellions de 1068 et 1069, qui ne seront que difficilement réprimées (Dévastation du nord de l'Angleterre).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Britain and the End of the Roman Empire, 2002
  2. Britannia the Failed State, 2008