Augustin de Cantorbéry

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Augustin
Image illustrative de l'article Augustin de Cantorbéry
Portrait d'Augustin dans le Bède de Saint-Pétersbourg (milieu du VIIIe siècle)[N 1].
Saint, archevêque de Cantorbéry
Naissance premier tiers du VIe siècle
Rome
Décès un 26 mai entre 604 et 609 
Canterbury
Ordre religieux Ordre de Saint-Benoît
Vénéré à Canterbury, Ramsgate
Vénéré par Église catholique
Église d'Angleterre
Église orthodoxe
Fête 26 ou 27 mai

Augustin est un moine bénédictin mort entre 604 et 609. Chef de la mission envoyée pour convertir les Anglo-Saxons, il devient le premier archevêque de Cantorbéry en 597.

Prieur dans une abbaye de Rome, Augustin est choisi par le pape Grégoire le Grand pour prendre la tête de la mission grégorienne. Après son arrivée en Angleterre, en 597, il reçoit du roi Æthelberht de Kent l'autorisation de s'installer à Canterbury et de prêcher dans le royaume de Kent. Æthelberht lui-même finit par recevoir le baptême. Augustin établit des évêchés à Londres et Rochester en 604, et il est probable qu'il fonde également des écoles pour la formation d'un clergé local.

Augustin meurt à une date incertaine entre 604 et 609. Il est considéré comme « l'apôtre des Anglais » et l'un des fondateurs de l'Église anglaise. Son ministère est principalement connu grâce à l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, rédigée au début du VIIIe siècle. Il est révéré comme saint et fêté le 26 (jour anniversaire de sa mort) ou le 27 mai.

Contexte[modifier | modifier le code]

Carte montrant l'étendue des conquêtes anglo-saxonnes en Angleterre au début du septième siècle.
Les peuples anglo-saxons en Angleterre au début du VIIe siècle.

Lorsque les légions romaines quittent la Grande-Bretagne en 410, l'île est déjà convertie au christianisme : elle envoie trois évêques au concile d'Arles en 314, et l'on sait qu'un évêque de Gaule y est envoyé en 396 pour régler des affaires disciplinaires[1]. Elle est également la patrie de l'hérésiarque Pélage[2],[3]. Les preuves matérielles témoignent de la présence croissante des chrétiens au moins jusqu'aux alentours de l'an 360[4].

Des tribus germaniques païennes s'installent en Grande-Bretagne après le départ de Rome, faisant disparaître les structures économiques et religieuses héritées de la période romaine[5]. En occupant le sud de l'île, elles isolent les communautés chrétiennes de l'ouest, et une église celtique s'y développe dès lors loin de l'influence papale, sous l'égide de missionnaires irlandais[2],[3]. Cette église, organisée autour de monastères plutôt que d'évêchés, présente des caractéristiques propres, en particulier son calcul de la date de Pâques et la tonsure portée par les clercs[3]. Bien que le christianisme ne disparaisse pas totalement des régions conquises par les Anglo-Saxons, comme en témoigne la survivance du culte d'Alban et la présence de l'affixe eccles (du latin ecclesia « église ») dans plusieurs toponymes[6], les chrétiens de ces régions ne semble pas avoir cherché à convertir les Anglo-Saxons[7],[8].

À la fin du VIe siècle, le royaume de Kent, le plus proche du continent, est gouverné par Æthelberht, dont l'épouse, Berthe, est une princesse mérovingienne chrétienne[9]. Berthe est accompagnée au Kent par l'évêque Létard, dont la présence était l'une des conditions posées au mariage[10]. Selon certains historiens, Æthelberht, resté païen, serait à l'origine de l'envoi de missionnaires par le pape Grégoire le Grand[10],[11]. Pour d'autres, l'initiative de la mission revient à Grégoire, mais ses raisons précises restent incertaines. Une anecdote rapportée par Bède le Vénérable explique que voir deux jeunes Saxons sur le marché aux esclaves de Rome lui aurait insufflé la volonté de convertir leur peuple. Grégoire est certainement motivé par des raisons plus profondes, comme le désir de voir de nouvelles provinces reconnaître l'obédience romaine ou la possibilité d'exercer une influence sur le gouvernement du Kent[12]. Il faut peut-être envisager cette mission comme une extension des efforts missionnaires de la papauté en direction des Lombards païens et ariens[13].

Le choix du Kent n'est sans doute pas uniquement lié à la religion de sa reine. À l'époque, il s'agit du royaume le plus puissant du sud-est de l'Angleterre : Bède indique qu'Æthelberht exerçait l'imperium au sud de l'Humber. Le Kent entretient également des relations commerciales solides avec les Francs chrétiens, qui sont susceptibles d'apporter leur appui à la mission[14]. À en juger par la correspondance de Grégoire, les rois francs considèrent exercer une sorte de suzeraineté sur une partie du sud de l'Angleterre, et il est possible que Létard ne joue pas un rôle purement religieux, mais qu'il agisse comme un représentant de l'Église franque. L'archéologie prouve que l'influence franque sur le Kent est également d'ordre culturel[15].

Constitution de la mission[modifier | modifier le code]

En 595, Grégoire choisit les moines qui doivent faire partie de la mission au Kent et demande à Augustin, le prieur de l'abbaye Saint-André à Rome, de prendre leur tête[16]. Grégoire envoie également des lettres aux souverains mérovingiens Thierry II de Bourgogne et Thibert II d'Austrasie, ainsi qu'à leur grand-mère Brunehaut, pour leur demander de soutenir la mission ; par la suite, il envoie également une lettre de remerciements au roi de Neustrie Clotaire II pour son aide. Les évêques et rois francs accordent l'hospitalité aux missionnaires durant leur voyage, mais ils leur fournissent également des interprètes et des prêtres pour les accompagner[17].

On ignore les raisons qui ont poussé Grégoire à choisir un simple moine comme Augustin pour diriger la mission. Dans une lettre à Æthelberht, il loue ses connaissances bibliques, ce qui implique un certain degré d'éducation. Augustin doit également être un administrateur compétent : en tant que prieur de l'abbaye Saint-André, c'est lui qui s'occupe des affaires courantes, puisque son abbé n'est autre que le pape Grégoire lui-même[18].

Augustin est suivi d'une quarantaine de compagnons, dont plusieurs moines. Peu après leur départ de Rome, les missionnaires s'arrêtent, effrayés par l'ampleur de la tâche qui leur est imposée. Ils renvoient Augustin auprès du pape, pour lui demander de leur permettre de rentrer. Grégoire refuse et renvoie Augustin auprès de ses compagnons avec des lettres les exhortant à poursuivre[19].

Premiers succès[modifier | modifier le code]

Statue d'Æthelberht à la cathédrale de Canterbury.

La mission grégorienne arrive au Kent en 597[20]. Æthelberht leur permet de s'installer dans sa capitale de Canterbury et d'y prêcher, avant de se convertir lui-même au christianisme. On ignore la date exacte de son baptême, mais il a vraisemblablement eu lieu en 597. En effet, l'année suivante, Grégoire écrit au patriarche d'Alexandrie pour se féliciter des succès d'Augustin, qui aurait converti 10 000 païens, mais une conversion aussi massive (même si le chiffre peut être exagéré) n'aurait pu avoir lieu sans celle du roi[20],[21]. Néanmoins, lorsque Grégoire écrit au patriarche Euloge d'Alexandrie en juin 598, il mentionne les nombreuses conversions effectuées par Augustin, mais ne parle pas du baptême du roi. Celui-ci s'est de toute façon produit avant 601, probablement à Canterbury. Cette conversion réduit l'influence franque sur le sud de l'Angleterre[22].

Augustin établit son siège épiscopal à Canterbury. On ne sait pas exactement quand ni où il a été sacré évêque. D'après Bède, c'est l'archevêque d'Arles qui l'aurait sacré après la conversion d'Æthelberht. Pourtant, les lettres de Grégoire lui donnent le titre d'évêque avant même son arrivée en Angleterre[23]. Ayant étudié les différentes possibilités, l'historien R. A. Markus estime que le sacre d'Augustin s'est bien produit avant sa traversée de la Manche, mais que les sources ne permettent pas d'en préciser le lieu[24]. Augustin fonde l'abbaye Saint-Pierre-et-Saint-Paul peu après son arrivée, sur des terres données par le roi[25]. Bien qu'elle soit souvent considérée comme la première abbaye bénédictine hors d'Italie, rien ne permet d'affirmer qu'elle a suivi la règle de saint Benoît dès sa fondation[26].

Développements ultérieurs[modifier | modifier le code]

Statue d'Augustin à la cathédrale de Canterbury.

Assez rapidement, Augustin renvoie un des moines de la mission à Rome. Laurent est chargé d'informer le pape de ses premières conversions et de lui demander conseils sur divers points de doctrine et d'administration de l'Église[27]. La lettre d'Augustin et la réponse de Grégoire ont été préservées par Bède, qui les inclut dans le chapitre 27 de son Histoire ecclésiastique du peuple anglais (ce chapitre est communément appelé Libellus responsionum). Grégoire envoie de nouveaux missionnaires en Angleterre en 601. Ils emportent avec eux des vases sacrés, des reliques, des livres[N 2] et un pallium pour Augustin. Symbole de l'autorité métropolitaine, ce pallium confère à Augustin le statut d'archevêque, directement lié au Saint-Siège. Il est accompagné d'une lettre dans laquelle Grégoire demande à Augustin d'ordonner douze évêques suffragants dès que possible, et d'envoyer un évêque à York. Le pape envisage de diviser l'île entre deux sièges métropolitains, l'un à York et l'autre à Londres, chacun d'eux ayant autorité sur douze évêques suffragants. En accord avec les projets de Grégoire, Augustin aurait dû transférer son siège de Canterbury à Londres, mais ce déplacement n'a jamais eu lieu, vraisemblablement parce que la ville ne Londres ne relève pas d'Æthelberht : elle appartient au royaume d'Essex, sur lequel règne son neveu Sæberht[28],[29],[30]. Augustin fonde néanmoins un évêché à Londres en 604, ainsi qu'un autre à Rochester. Il sacre leurs premiers titulaires, tous deux arrivés en Angleterre avec la seconde vague de missionnaires en 601 : Mellitus à Londres et Juste à Rochester[31].

Augustin ne parvient pas à étendre son autorité sur les chrétiens du pays de Galles et de Domnonée, bien que le pape les ait enjoints à reconnaître sa supériorité[32]. D'après Bède, les chrétiens des pays celtiques considèrent Augustin avec méfiance, et leur rejet aurait eu pour source une bévue diplomatique de sa part[33]. En 603, Augustin et Æthelberht convoquent les évêques bretons à une réunion au sud de la Severn. Augustin ne se serait pas levé à l'entrée de ces évêques, qui auraient alors refusé de le reconnaître comme archevêque[34]. Au-delà de cette anecdote, le désaccord entre le clergé local et Augustin peut également s'expliquer par les différences profondes qui séparent le christianisme romain de celui pratiqué en Grande-Bretagne sur des questions telles que l'ascétisme, le missionnariat, la tonsure des clercs, le calcul de la date de Pâques ou l'organisation hiérarchique de l'Église[33]. C'est peut-être l'ignorance des pratiques locales de la part d'Augustin qui a empêché tout accord entre les deux parties[35]. À cela s'ajoute la dimension politique de l'affaire : Augustin est le protégé d'un roi anglo-saxon à une époque où les royaumes germaniques, en particulier la Mercie et le Wessex, s'étendent vers l'ouest au détriment des Bretons[36].

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

La première tombe d'Augustin à Canterbury, dans les ruines de l'abbaye qu'il a fondée.

Augustin sacre son successeur Laurent avant de mourir, probablement pour que la passation de pouvoir se fasse sans heurt[37]. À sa mort, le 26 mai 604[13], les efforts de la mission grégorienne n'ont guère dépassé les frontières du Kent. Néanmoins, ses travaux marquent le début d'une christianisation plus active des îles Britanniques, là où les chrétiens irlandais et gallois ne s'étaient pas efforcés de convertir les envahisseurs saxons. C'est ainsi lui et ses successeurs qui permettent l'implantation définitive de cette religion en Grande-Bretagne[33],[38]. Son exemple inspire par la suite les missionnaires anglo-saxons qui retournent sur le continent à partir de la fin du VIIe siècle pour convertir les peuples encore païens du royaume franc[39],[40].

Le corps d'Augustin est tout d'abord inhumé dans le portique de l'abbaye qu'il a fondée à Cantorbéry et qui prend par la suite son nom[41]. Son culte est promu avec vigueur après la conquête normande de l'Angleterre, et le 13 septembre 1091, ses restes sont déplacés dans une nouvelle tombe, située dans une chapelle axiale de l'abbaye[42]. Le roi Henri Ier accorde à l'abbaye une foire de six jours, du 8 au 13 septembre[43].

Le moine Goscelin rédige une hagiographie d'Augustin vers 1090. Son œuvre n'apporte guère de nouvelles informations biographiques, mais inclut quantité de miracles et discours imaginaires[44]. Les chroniqueurs médiévaux continuent à broder sur ce thème dans les siècles qui suivent : Guillaume de Malmesbury attribue à Augustin la fondation de l'abbaye de Cerne[45], une chronique du XIVe siècle (peut-être rédigée par John Brompton) inclut de fausses lettres d'Augustin[46], et divers auteurs l'utilisent comme personnage dans leurs romans courtois[47]. Son nom figure également en bonne place dans les liturgies scandinaves médiévales[48].

Durant la Réforme anglaise du XVIe siècle, la tombe d'Augustin est détruite et ses reliques perdues. Un nouveau lieu de culte est rétabli à Ramsgate en mars 2012[49],[50]. À quelques kilomètres de là, dans le hameau d'Ebbsfleet, se dresse la croix de saint Augustin, érigée en 1884 à l'endroit supposé du débarquement d'Augustin[51]. Augustin est également le saint patron de l'Ordinariat personnel de Notre-Dame de la Croix du Sud, en Australie[52].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce portrait est l'une des premières lettrines historiées connues. Bien qu'une main ultérieure ait ajouté le nom augustinus dans l'auréole, il pourrait s'agir en réalité de Grégoire le Grand.
  2. Plusieurs manuscrits encore existants aujourd'hui font peut-être partie des livres arrivés en Angleterre avec les missionnaires de 601, au premier rang desquels l'évangéliaire de saint Augustin (Corpus Christi College 286), un évangéliaire italien enluminé du VIe siècle traditionnellement associé à la mission grégorienne. Cf. Dodwell 1985, p. 96, 276. C'est aussi peut-être le cas d'une copie de la Règle de saint Benoît (Bodleian MS Hatton 48), d'un évangéliaire italien lié de près à l'évangéliaire de saint Augustin (Bodleian Auctarium D.2.14) et d'un fragment d'une œuvre de Grégoire le Grand (British Library MS Cotton Titus C).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Frend 2003, p. 80-81.
  2. a et b Hindley 2006, p. 3-9.
  3. a, b et c Mayr-Harting 1991, p. 78-93.
  4. Frend 2003, p. 82-86.
  5. Kirby 2000, p. 23.
  6. Yorke 2006, p. 121.
  7. Stenton 1971, p. 102.
  8. Mayr-Harting 1991, p. 32-33.
  9. Stenton 1971, p. 105-106.
  10. a et b Nelson 2004.
  11. Wood 1994, p. 9-10.
  12. Hindley 2006, p. 33-36.
  13. a et b Mayr-Harting 2004.
  14. Brooks 1984, p. 6-7.
  15. Kirby 2000, p. 27.
  16. Stenton 1971, p. 104.
  17. Brooks 1984, p. 4-5.
  18. Fletcher 1998, p. 116-117.
  19. Hunter Blair 2003, p. 116-117.
  20. a et b Stenton 1971, p. 105.
  21. Brooks 1984, p. 8-9.
  22. Kirby 2000, p. 28-29.
  23. Brooks 1984, p. 5.
  24. Markus 1963, p. 24-29.
  25. Blair 2005, p. 61-62.
  26. Lawrence 2001, p. 55.
  27. Stenton 1971, p. 106.
  28. Brooks 1984, p. 9-11.
  29. Hindley 2006, p. 33.
  30. Fletcher 1998, p. 453.
  31. Lapidge 2014, p. 54.
  32. Mayr-Harting 1991, p. 70-72.
  33. a, b et c Stenton 1971, p. 110-111.
  34. Hindley 2006, p. 8-9.
  35. Mayr-Harting 1991, p. 72-73.
  36. Yorke 2006, p. 119.
  37. Hindley 2006, p. 43.
  38. Collins 1999, p. 185.
  39. Mayr-Harting 1991, p. 265-266.
  40. Wood 1994, p. 8.
  41. Blair 2005, p. 61.
  42. Nilson 1998, p. 67.
  43. Nilson 1998, p. 93.
  44. Gameson et Gameson 2006, p. 17-20.
  45. Gameson et Gameson 2006, p. 20.
  46. Gameson et Gameson 2006, p. 24.
  47. Gameson et Gameson 2006, p. 22-31.
  48. Blair 2002, p. 513.
  49. (en) « Pugin's Church becomes Official Shrine of St Augustine », Catholic Church in England and Wales (consulté le 28 août 2013).
  50. (en) « Church officially deemed a shrine », Isle of Thanet Gazette (consulté le 28 août 2013).
  51. (en) English Heritage, « St Augustine's Cross », sur Pastscape, National Monuments Records,‎ (consulté le 15 janvier 2011).
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

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Liens externes[modifier | modifier le code]