Penda

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Penda
Vitrail du cloître de la cathédrale de Worcester représentant la mort de Penda
Vitrail du cloître de la cathédrale de Worcester représentant la mort de Penda
Titre
Roi de Mercie
 ? 633 ? –
Prédécesseur Cearl ?
Successeur Peada
Biographie
Date de décès
Lieu de décès Winwaed (peut-être Cock Beck, dans le Yorkshire)
Père Pybba
Fratrie Eowa
Conjoint Cynewise
Enfants Peada Red crown.png
Wulfhere Red crown.png
Æthelred Red crown.png
Cyneburh
Cyneswith
Merewalh ?
Religion paganisme anglo-saxon
Liste des rois de Mercie

Penda est un roi de Mercie de la première moitié du VIIe siècle, jusqu'à sa mort à la bataille de Winwaed, le .

Le règne de Penda, qui commence à une date incertaine, est marqué par de nombreuses campagnes militaires, notamment contre la Northumbrie. Il remporte les victoires de Hatfield Chase contre Edwin en 633 et Maserfield contre Oswald en 642. Sa puissance, qui s'est également manifestée contre les Saxons de l'Ouest et les Angles de l'Est, est alors inégalée en Grande-Bretagne. Il trouve la mort au combat à la bataille de Winwaed face au Northumbrien Oswiu.

Principalement connu grâce à l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, où il joue un rôle d'antagoniste face aux bons rois chrétiens de Northumbrie, Penda apparaît comme le premier grand roi guerrier de Mercie et le dernier grand monarque anglo-saxon païen.

Sources[modifier | modifier le code]

L'histoire de la Mercie avant le règne de Penda est très mal connue, faute de sources centrées sur ce royaume. Même si l'on y trouve des informations relatives à la Mercie et à Penda lui-même, l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, achevée en 731, s'intéresse avant tout à la Northumbrie, tandis que la Chronique anglo-saxonne, compilée au IXe siècle au Wessex, se focalise sur ce royaume[1].

En outre, la chronologie du règne de Penda est complexifiée par des problèmes de comput. En 1934, l'historien R. L. Poole avance dans son livre Studies in Chronology and History la théorie selon laquelle les années de Bède débutent au mois de septembre, entraînant un décalage d'une année pour certains événements dont il donne la date dans son Histoire ecclésiastique. Frank Stenton adopte cette théorie dans son livre de référence Anglo-Saxon England et modifie les dates de Bède en conséquence : il date ainsi la bataille de Hatfield Chase du 12 octobre 632 et non 633[2]. En revanche, d'autres historiens considèrent que Bède faisait débuter ses années le 25 décembre ou le 1er janvier, et reprennent donc ses dates telles quelles[3]. D. P. Kirby propose une autre théorie : les dates de Bède seraient en réalité en retard d'une année, et la bataille de Hatfield Chase aurait donc eu lieu en 634[4]. La même incertitude règne pour les batailles de Maserfield (641, 642 ou 643) et de Winwaed (654, 655 ou 656). Cet article reprend les dates données par Bède.

Contexte : l'Angleterre au début du VIIe siècle[modifier | modifier le code]

Carte des peuples anglo-saxons vers l'an 600.

D'après les chroniqueurs anglais des XIIe et XIIIe siècles (Guillaume de Malmesbury, Henri de Huntingdon, Jean de Worcester et Matthieu Paris), le royaume de Mercie aurait été fondé en 585 par un certain Creoda, auxquels succèdent Pybba, Cearl, et enfin Penda, qui serait monté sur le trône en 610[5]. Les dates données par ces chroniqueurs sont invérifiables et douteuses, mais les noms des rois sont également connus par des sources antérieures à la conquête normande : Pybba et Creoda apparaissent comme père et grand-père de Penda dans plusieurs tables généalogiques, formant une lignée qui remonte jusqu'au dieu Woden, tandis que Cearl est le premier roi de Mercie mentionné par Bède le Vénérable[6]. La position de Cearl vis-à-vis de la lignée de Creoda est incertaine. Il est possible qu'un ou plusieurs rois aient régné entre lui et Penda[7].

Biographie[modifier | modifier le code]

Avènement[modifier | modifier le code]

Les sources offrent plusieurs dates contradictoires de l'avènement de Penda : 610, 626, 633 et 642. Celle de 610, proposée par les chroniqueurs des XIIe et XIIIe siècles, est trop reculée dans le temps pour être acceptable[8].

La Chronique anglo-saxonne relate l'avènement de Penda dans son entrée pour l'année 626, précisant qu'il était alors âgé de cinquante ans et lui attribuant trente années de règne. Néanmoins, il est peu plausible qu'il soit mort sur le champ de bataille à l'âge de quatre-vingts ans en laissant deux jeunes fils derrière lui[7]. Une interprétation possible de ce passage problématique consiste à supposer une erreur de formulation : le scribe aurait voulu dire que Penda est mort à l'âge de cinquante ans, et donc qu'il était âgé d'une vingtaine d'années en 626[9].

D'après Bède, Penda, « un homme des plus belliqueux, de la race royale des Merciens », règne pendant vingt-deux ans à partir de la bataille de Hatfield Chase, en 633[10]. Enfin, les annales de l'Historia Brittonum attribuent à Penda un règne de seulement dix ans, apparemment en prenant pour point de départ la bataille de Maserfield, en 642, où son frère Eowa trouve la mort[11]. Cette datation est peut-être à rapprocher de l'affirmation de Bède selon laquelle Penda connaît des « fortunes diverses » durant son règne : Maserfield pourrait marquer son retour au pouvoir après une période où le pouvoir aurait été détenu par Eowa[9].

Étant donnés les problèmes que posent les dates de la Chronique et de l'Historia, les historiens préfèrent retenir celle de Bède. Nicholas Brooks remarque que ces trois datations proviennent de trois sources différentes, provenant de Northumbrie, du Wessex et du pays de Galles. Il est possible que les trois dates correspondent simplement au premier contact militaire entre Penda et chacun de ces trois peuples[12].

Lutte contre le Wessex (628)[modifier | modifier le code]

La Chronique anglo-saxonne rapporte une bataille entre Penda et les Saxons de l'Ouest, menés par leurs rois Cynegils et Cwichelm, à Cirencester en 628. Les deux parties auraient conclu un traité à l'issue de l'affrontement. Cette annale se prête à des interprétations différentes selon la date retenue pour l'avènement de Penda. S'il n'est pas encore roi en 628, il serait alors un seigneur de guerre indépendant, « un rejeton de la maison royale mercienne dépourvu de terres et combattant pour son seul profit[13] ». Une autre hypothèse fait de lui un roitelet mercien entre plusieurs. L'arrangement qu'il conclut avec les Saxons de l'Ouest après la bataille pourrait avoir consisté en la cession à Penda de Cirencester et de la région de la basse Severn[13], conquises par les Saxons sur les Bretons en 577. Cette région est par la suite rattachée au domaine des Hwicce, un peuple soumis aux Merciens, et certains historiens voient en Penda le fondateur du royaume des Hwicce, même si rien ne permet de l'affirmer[10],[14].

Alliance avec Cadwallon et victoire à Hatfield Chase (633)[modifier | modifier le code]

À la fin des années 620 ou au début des années 630, le roi de Gwynedd Cadwallon ap Cadfan se retrouve en conflit avec le plus puissant des souverains anglo-saxons de l'époque : Edwin de Northumbrie. Il semble avoir subi plusieurs revers avant de s'allier à Penda pour vaincre les Northumbriens à la bataille de Hatfield Chase, le 12 ou le 14 octobre 633[N 1]. Penda est probablement le partenaire mineur de cette alliance[15]. Edwin trouve la mort durant la bataille, et l'un de ses fils, Eanfrith, tombe aux mains de Penda[16].

D'après le manuscrit E de la Chronique anglo-saxonne, Cadwallon et Penda ravagent « le pays [des Northumbriens] tout entier » après leur victoire à Hatfield Chase. Cadwallon poursuit assurément la guerre, mais la participation de Penda est moins certaine. Bède rapporte que les « païens » (vraisemblablement une référence aux Merciens, à moins qu'il ne s'agisse d'une pique destinée aux Gallois, chrétiens mais ennemis de son royaume) qui ont tué Edwin incendient l'église et la ville de Campodunum, mais il est difficile de dater cet événement. Il est possible que Penda se soit retiré du conflit avant la défaite et la mort de Cadwallon à la bataille de Heavenfield, près d'un an après Hatfield Chase, à laquelle il ne participe pas. Bède ne mentionne pas non plus sa présence durant l'affrontement où Oswine de Deira, l'un des successeurs d'Edwin, trouve la mort. Si, comme l'affirme Bède, Hatfield Chase a permis à Penda de monter sur le trône de Mercie, il peut s'être tenu à l'écart du conflit entre Gallois et Northumbriens afin d'affermir son emprise sur son propre royaume.

L'historien D. P. Kirby décrit l'émergence de Penda comme celle d'« un chef mercien dont les exploits militaires transcendent de loin ceux de ses obscurs prédécesseurs[11] ».

Penda et Oswald (634-642)[modifier | modifier le code]

Vitrail de Saint Oswald, dans la Cathédrale de Gloucester.

Oswald de Bernicie devient roi de Northumbrie après sa victoire sur Cadwallon à Heavenfield[17]. Le statut et les activités de Penda à l'époque d'Oswald sont mal connus et peuvent être interprétés de diverses manières : il est possible qu'il ait reconnu l'autorité d'Oswald d'une manière ou d'une autre, bien que l'absence de percée du christianisme bernicien dans les Midlands suggère qu'il reste un obstacle à la suprématie northumbrienne au sud du Humber[18]. D'après Kirby, la situation d'Oswald est moins bonne que celle d'Edwin, car Penda constitue une menace importante[19]. C'est peut-être pour circonvenir Penda qu'Oswald s'est tourné vers une alliance avec les Saxons de l'Ouest. Néanmoins, il est possible que les succès ultérieurs de Penda conduisent à le voir comme plus puissant qu'il ne l'était réellement[20].

C'est sous le règne d'Oswald que Penda fait exécuter Eadfrith, le fils d'Edwin, qui était son prisonnier depuis Hatfield Chase. Ce meurtre pourrait avoir été commis à l'instigation d'Oswald, pour qui Eadfrith est un rival potentiel[18], d'autant que Penda se prive ainsi d'un moyen potentiel de susciter des troubles en Northumbrie[21]. Il pourrait néanmoins avoir eu de bonnes raisons d'agir ainsi, comme la crainte qu'Eadfrith ne cherche à se venger[22], ou même de possibles querelles dynastiques purement merciennes : Eadfrith est en effet par sa mère le petit-fils de Cearl, le prédécesseur de Penda[22].

La campagne de Penda contre les Angles de l'Est prend également place vers cette période. Elle est difficile à dater avec précision : peut-être dès 635, même si des éléments suggèrent qu'elle n'a pu avoir lieu avant 640 ou 641[23]. Les Angles de l'Est sont menés par leur roi Ecgric, ainsi que par son prédécesseur Sigeberht, tiré du monastère où il s'était retiré contre sa volonté dans l'espoir que sa présence motiverait les soldats[24]. Tous deux trouvent la mort contre Penda. Cette nouvelle victoire mercienne a pu convaincre Oswald de la nécessité de vaincre Penda pour préserver l'hégémonie northumbrienne sur le sud de l'Angleterre[19].

L’Histoira Brittonum et les Annales Cambriae indiquent qu'Eowa, le frère de Penda, était également roi à l'époque de Maserfield. La nature des relations entre les deux frères avant la bataille est inconnue. Eowa n'était peut-être qu'un simple sous-roi soumis à Penda, mais il est aussi possible qu'ils aient régné ensemble jusqu'au début des années 640, Eowa régnant sur les Merciens du Nord et Penda sur les Merciens du Sud[21] : les rois conjoints n'étaient pas rares à l'époque. Que Penda ait régné sur le sud de la Mercie est une hypothèse suggérée par son implication dans la région des Hwicce, au sud de la Mercie, ainsi que par le fait qu'après la mort de Penda, son fils Peada fut autorisé à régner sur le sud de la Mercie, le nord étant directement placé sous contrôle northumbrien, ce qui indique peut-être un héritage particulier à la lignée de Penda qui ne s'étendait pas au nord.

Brooks suggère une autre possibilité : Penda a pu perdre en puissance à un moment après Heavenfield, et Eowa a pu régner sur les Merciens pendant au moins une partie de cette période en tant qu'allié ou vassal d'Oswald. Brooks cite l'affirmation de Bède selon laquelle la chance de Penda connut des hauts et des bas durant ses vingt-deux années de règne, et suggère qu'elle était particulièrement mauvaise à l'époque[25]. Il est donc possible que Penda n'ait pas été la figure dominante en Mercie pendant toute la période séparant Hatfield de Maserfield.

La victoire de Maserfield (642)[modifier | modifier le code]

Campagnes de Penda.

Le 5 août 642[N 2], Penda vainquit les Northumbriens à la bataille de Maserfield, livrée près des terres des Gallois, et Oswald fut tué. La poésie galloise subsistante suggère que Penda était allié aux hommes du Powys — il semble avoir été systématiquement allié à une partie des Gallois —, dont peut-être Cynddylan ap Cyndrwyn, dont il a été dit que « lorsque le fils de Pyb le désirait, il était prêt », indiquant probablement qu'il était allié à Penda, le fils de Pybba[26]. Si l'identification traditionnelle du champ de bataille avec Oswestry est exacte, cela indiquerait que c'était Oswald qui avait pris l'offensive contre Penda. Stancliffe suggère qu'il agissait contre « la menace constituée par l'alliance hostile de Penda et du Powys sur sa domination de la Mercie[27]. D'après la Vita Sancti Oswaldi de Reginald de Durham (XIIe siècle), Penda s'était enfui au Pays de Galles avant la bataille, après quoi Oswald, se sentant en sécurité, envoya son armée. Cette explication a été considérée comme « plausible », mais n'apparaît dans aucune autre source, et il s'agit donc peut-être d'une invention de Reginald[28],[19].

D'après Bède, Penda fit démembrer le corps d'Oswald et planter sa tête, ses mains et ses bras sur des piques[29], un geste peut-être doté d'une signification religieuse païenne[30]. Oswald fut par la suite considéré comme un saint et un martyr, en raison de sa mort au combat contre des païens.

L’Histoira Brittonum fait peut-être également référence à cette bataille lorsqu'elle déclare que Penda libéra (separavit) le premier les Merciens des Northumbriens. Il s'agit peut-être d'un indice important quant à la relation entre les Merciens et les Northumbriens avant et durant le règne de Penda. Il exista peut-être une « confédération humberienne », dont firent partie les Merciens jusqu'à ce que Penda s'en dégage[31]. D'un autre côté, il est peu plausible que ce soit là leur première séparation : il est significatif que Cearl ait marié sa fille à Edwin pendant l'exil de ce dernier, alors qu'il était un adversaire du roi Æthelfrith. Il semble que Cearl put agir ainsi parce qu'il n'était pas vassal d'Æthelfrith[16] ; il se peut donc que toute relation de ce genre ne se soit développée qu'après ce mariage.

Après la bataille, Penda se retrouva plus puissant que ne l'avait jamais été aucun roi de Mercie : Kirby l'appelle « incontestablement le plus puissant souverain mercien jusqu'alors à avoir émergé dans les Midlands[19] ». Le prestige d'avoir vaincu le puissant Oswald dut être très significatif. Maserfield affaiblit grandement la Northumbrie, qui se divisa en partie entre le Deira au sud et la Bernicie au nord. Oswine devint roi de Deira, tandis qu'en Bernicie, le frère d'Oswald, Oswiu, lui succéda. La Mercie bénéficia donc d'une position de force bien meilleure que celle des autres royaumes. Stenton écrit que la bataille fit de Penda « le plus formidable roi en Angleterre », et observa que bien que « rien ne prouve qu'il devint, ou tenta jamais de devenir, le seigneur de tous les autres rois du sud de l'Angleterre [...] aucun d'eux ne peut avoir égalé sa réputation[32] ».

Campagnes ultérieures[modifier | modifier le code]

La défaite de Maserfield atténua sans doute l'influence northumbrienne sur le Wessex, et le nouveau roi Cenwalh de Wessex, encore païen à l'époque, épousa la sœur de Penda. On peut conjecturer qu'il se trouvait donc, dans une certaine mesure, à l'intérieur de ce que Kirby appelle « l'orbite mercienne[33] ». Toutefois, lorsque Cenwalh « répudia » (selon Bède) la sœur de Penda pour une autre femme, Penda le fit s'exiler en Est-Anglie (645), où il resta trois ans avant de reprendre le pouvoir[34]. On ignore qui gouverna le Wessex durant l'exil de Cenwealh ; Kirby considère comme raisonnable de conclure que ce souverain, quel qu'il fût, était vassal de Penda. Il suggère également que Cenwalh ne put retrouver son royaume avant la mort de Penda[33].

En 654, le roi d'Est-Anglie Anna, qui avait recueilli Cenwalh l'exilé, fut tué par Penda près de Blythburgh, dans l'actuel Suffolk. Son frère Æthelhere lui succéda ; il est possible que ce soit Penda qui l'ait installé sur le trône, étant donné qu'il participa, en 655, à son ultime campagne contre la Bernicie[35]. Carver a suggéré que les guerres de Penda contre l'Est-Anglie « devraient être considérées à la lumière des luttes entre factions au sein de l'Est-Anglie[36]. Il est également possible que Penda attaqua l'Est-Anglie afin de s'assurer le contrôle de la Moyenne Anglie (Middle Anglia), où il installa son fils Peada comme souverain.

Dans les années qui suivirent Maserfield, Penda affronta encore avec succès Oswiu de Bernicie sur son propre territoire. Bède indique que Penda « ravagea cruellement le pays des Northumbriens proche et lointain » et assiégea le château de Bamburgh, ce avant la mort de l'évêque Aidan de Lindisfarne (31 août 651). Lorsque les Merciens s'avérèrent incapables de s'emparer de Bamburgh, Bède rapporte qu'ils tentèrent de l'incendier, mais qu'elle fut sauvée par un vent sacré envoyé en réponse à une prière adressée au saint Aidan : « Vois, Seigneur, quels méfaits commet Penda ! » Le vent repoussa les flammes vers les Merciens, les dissuadant de tenter à nouveau quoi que ce soit contre la ville[37]. Bède note une autre attaque, quelques années après la mort d'Aidan. Il indique que Penda mena une armée qui dévasta la région où mourut Aidan, « détruisant tout ce qu'il pouvait par le feu et l'épée », mais lorsque les Merciens incendièrent l'église où avait expiré Aidan, le bâton sur lequel il s'appuyait à sa mort resta intact, ce qui fut considéré comme un miracle[38]. Toutefois, aucune bataille ouverte entre les deux camps n'est connue avant Winwaed, en 655, ce qui indique peut-être qu'Oswiu évita délibérément le combat, craignant d'être en infériorité par rapport à Penda. Ce sentiment était peut-être autant religieux que militaire : N. J. Higham évoque « une réputation majeure de guerrier-roi protégé des dieux » acquise par Penda, dont les victoires ont pu faire croire que ses dieux païens étaient plus efficaces que le Dieu chrétien en temps de guerre[18].

Relations avec la Bernicie, la chrétienté et les Angles du Milieu[modifier | modifier le code]

Malgré ces épisodes guerriers, les relations entre Penda et Oswiu ne furent probablement pas tout à fait hostiles durant cette période, étant donné que Cyneburh, fille de Penda, épousa le fils d'Oswiu, Alhfrith, tandis que le fils de Penda, Peada, épousa Alhflæd, fille d'Oswiu. D'après Bède, qui date ces événements de 653, ce dernier mariage dépendait du baptême et de la conversion au christianisme de Peada ; ce dernier accepta, et la religion commença à être prêchée parmi ses sujets, les Angles du Milieu. Bède écrit que Penda tolérait le prêche du christianisme en Mercie même, malgré ses propres croyances[39].

La conversion de Peada et l'arrivée de prêtres en Moyenne Anglie peuvent être vues comme des preuves de la tolérance de Penda à l'égard du christianisme, étant donné l'absence de preuves d'opposition de sa part[40]. D'un autre côté, on peut également interpréter mariage et conversion comme une tentative réussie, de la part d'Oswiu, d'étendre l'influence de la Bernicie aux dépens de Penda : Higham considère plutôt la conversion de Penda en termes de manœuvres politiques (des deux côtés) que de zèle religieux[41].

La Moyenne Anglie en tant qu'entité politique fut peut-être créée par Penda afin d'exprimer la puissance mercienne dans la région, à la suite de ses victoires sur l'Est-Anglie. Auparavant, il semble y avoir eu plusieurs petits peuples cohabitant, et l'établissement par Penda de Peada comme sous-roi marque peut-être leur première union sous un seul souverain. Les districts correspondant au Shropshire et au Herefordshire, ainsi que l'ouest de la Mercie, à la frontière du Pays de Galles, furent probablement rattachées au royaume à l'époque. À l'ouest, un roi du nom de Merewalh régnait sur les Magonsaete ; par la suite, on a affirmé que Merewalh était le fils de Penda, mais ce n'est pas certain. Par exemple, Stenton considère comme probable que Merewalh était le représentant d'une dynastie locale qui continua à régner sous la domination mercienne[42].

Défaite et mort à la Winwaed (655)[modifier | modifier le code]

En 655[N 3], Penda envahit la Bernicie avec une grande armée, forte de trente légions, avec trente « chefs de guerre », parmi lesquels Cadafael ap Cynfeddw de Gwynedd et Æthelhere d'Est-Anglie. Penda bénéficie également du soutien d'Œthelwald, le successeur d'Oswine (assassiné sur ordre d'Oswiu en 651) à la tête du royaume de Deira. Bède affirme que ce dernier sert de guide à Penda durant l'invasion.

Les causes de cette guerre sont incertaines. Un passage ambigu de Bède suggère qu'Æthelhere en est à l'origine, mais les manuscrits ultérieurs contiennent peut-être une erreur de ponctuation, auquel cas ce serait Penda le responsable et non lui[N 4]. Si, d'après Bède, Penda tolère le prêche chrétien en Mercie, Higham suggère qu'il considère le soutien bernicien au christianisme en Mercie et en Moyenne Anglie comme une forme de « colonialisme religieux » qui sape son autorité, et c'est peut-être ce qui déclenche les hostilités[43]. D'autres ont suggéré que Penda cherche à empêcher Oswiu de rendre à la Northumbrie son unité et sa puissance[26]. La rivalité entre la Bernicie et le Deira pourrait expliquer pourquoi Œthelwald s'allie aux meurtriers de son père : peut-être cherche-t'il s'assurer le trône de Bernicie pour lui-même[43].

D'après l’Historia Brittonum, Penda assiège Oswiu dans Iudeu[10], c'est-à-dire Stirling, au nord du royaume d'Oswiu[44]. Oswiu aurait tenté d'acheter la paix en offrant un trésor à Penda, qui le distribue à ses alliés celtes[10]. Bède affirme que Penda rejette simplement l'offre, « car il avait décidé de détruire ce peuple et d'en exterminer tous les habitants, du plus petit au plus grand ». Par alleurs, le fils d'Oswiu, Ecgfrith, est retenu en otage « dans la province des Merciens, à la cour de la reine Cynewise[45] », peut-être dans le cadre de négociations.

Il semble que l'armée de Penda ait alors fait demi-tour vers le sud, peut-être pour rentrer au pays[46], mais une grande bataille se déroule le 15 novembre (selon Bède) près de la rivière Winwaed, dans la région de Loidis, peut-être aux alentours de l'actuelle Leeds. La Winwaed n'est pas identifiée à un cours d'eau actuel, mais il s'agit peut-être d'un affluent du Humber. Il y a de bonnes raisons de croire qu'il s'agit de la rivière actuellement appelée Cock Beck, dans l'ancien royaume d'Elmet. La Cock Beck se fraie un chemin à travers les Pendas Fields, dans la banlieue de Leeds, près d'une ancienne source appelée Pen Well, avant de se jeter dans la Wharfe. La Winwaed pourrait également être l'actuelle Went, affluent du Don, située au nord de l'actuelle Doncaster. L'armée de Penda, très supérieure en nombre à celle d'Oswiu d'après Bède, est peut-être attaquée en un endroit où elle est stratégiquement vulnérable[47].

Les troupes merciennes sont également affaiblies par des désertions. D'après l’Historia Brittonum, Cadafael de Gwynedd s'enfuit avec ses troupes au beau milieu de la nuit[10], gagnant ainsi le surnom de Cadomedd (« déserteur »), tandis que d'après Bède, Œthelwald de Deira reste en retrait lors de la bataille pour en attendre l'issue[48]. C'est peut-être parce que l'armée de Penda est sur le chemin du retour que certains de ses alliés refusent ainsi le combat. Il est également possible que leurs buts divergent, et que certains soient rentrés insatisfaits de l'engagement à Iudeu[46].

En cette saison où le flot de la Winwaed est gonflé par les pluies, les Merciens subissent une défaite cuisante. Penda laisse la vie sur le champ de bataille, tout comme la plupart de ses trente « chefs de guerre », parmi lesquels Æthelhere, le roi d'Est-Anglie. Selon Bède, la plupart des victimes trouvent la mort en se noyant dans la rivière plutôt qu'au combat. Il affirme aussi que Penda est décapité, peut-être en écho du traitement subi par le corps d'Oswald à Maserfield[46].

Postérité[modifier | modifier le code]

L'église de Castor, dans le Cambridgeshire, est dédiée à Cyneburh, l'une des filles de Penda.

Après la bataille de la Winwaed, la Mercie tombe sous la coupe d'Oswiu, qui place son gendre Peada, le fils de Penda, à la tête du sud du royaume. Son hégémonie est de courte durée : Peada est assassiné dès l'année suivante, et la noblesse mercienne se révolte en 658 pour porter Wulfhere, un autre fils de Penda, sur le trône. Les descendants de Penda continuent à régner sur la Mercie jusqu'en 716, année de la mort de son petit-fils Ceolred. Le pouvoir passe ensuite aux descendants de son frère Eowa.

Le règne de Penda est significatif, car il marque l'émergence hors de l'obscurité mercienne de ses prédécesseurs, à la fois en termes de puissance des Merciens par rapport aux peuples voisins, et en termes de nos connaissances historiques. Si notre vision du règne de Penda est quelque peu floue, et si même les batailles remarquables et décisives qu'il livra sont pleines de confusion, c'est la première fois que l'on dispose d'un aperçu général sur les événements marquants concernant les Merciens. En outre, le rôle de Penda dans le développement du royaume de Mercie fut certainement capital : pour Stancliffe, son règne fut « crucial pour la consolidation et l'expansion de la Mercie[20] ».

Penda fut le dernier grand roi-guerrier païen anglo-saxon. Higham écrit que « sa destruction sonna le glas du paganisme anglais en tant qu'idéologie politique et religion publique[18] ». Après la mort de Penda, les Merciens furent convertis au christianisme, et ses trois fils furent des rois chrétiens. Ses filles Cyneburh et Cyneswith se convertirent et devinrent des saintes qui, d'après certains récits, restèrent vierges malgré leurs mariages. Il aurait même eu un petit-fils, Rumwold, qui n'aurait vécu que trois jours et aurait prêché la foi chrétienne dès sa naissance. Ce que l'on sait de Penda provient principalement de Bède, un prêtre de Northumbrie guère enclin à présenter de façon objective un païen de Mercie qui lutta férocement contre des rois chrétiens, notamment northumbriens. Penda aura même été décrit comme « le méchant du troisième livre [de l’Histoire ecclésiastique] de Bède[49] ». Le thème dominant chez les écrivains ultérieurs qui parlèrent de Penda est le contexte religieux de ses guerres : ainsi l’Historia Brittonum affirme que Penda fut vainqueur à Maserfield à travers « l'action du diable » — mais le fait majeur de Penda fut peut-être son opposition à la suprématie northumbrienne. D'après Stanton, sans la résidence de Penda, « un royaume d'Angleterre lâchement assemblé sous la domination northumbrienne aurait été établi vers le milieu du VIIe siècle[50]. Le même Stanton évoque Penda en ces termes :

« Il fut lui-même un grand roi combattant, de ceux que l'on honorait le plus dans les sagas germaniques ; le seigneur de nombreux princes, et le meneur d'une grande escorte attirée à ses côtés par ses succès et sa générosité. Ses rapports avec d'autres rois furent sûrement le sujet de nombreuses histoires, mais aucune n'a survécu ; ses guerres ne peuvent être décrites que du point de vue de ses ennemis[51]. »

Arbre généalogique des descendants de Penda

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le 12 octobre selon Bède, le 14 selon le manuscrit E de la Chronique anglo-saxonne
  2. Bède et le manuscrit E de la Chronique s'accordent sur la date du 5 août. Les Annales Cambriae donnent 644.
  3. Les Annales Cambriae donnent 657.
  4. J. O. Prestwich considère la ponctuation du manuscrit de Saint-Pétersbourg comme étant plus fidèle au sens original de Bède que le manuscrit Moore, dont il estime qu'il fut rédigé avec hâte et sans soin, en dépit de son influence considérable sur les interprétations ultérieures du texte.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sims-Williams 1990, p. 16.
  2. Stenton 1971, p. 76, note 1.
  3. (en) S. Wood, « Bede's Northumbrian dates again », The English Historical Review, vol. 98, no 387,‎ , p. 280-296.
  4. (en) D. P. Kirby, « Bede and Northumbrian chronology », The English Historical Review, vol. 78, no 308,‎ , p. 514-527.
  5. Brooks 1989, p. 162-163.
  6. Yorke 1990, p. 101-102.
  7. a et b Kirby 2000, p. 68.
  8. Yorke 1990, p. 102.
  9. a et b Brooks 1989, p. 165-166.
  10. a, b, c, d et e Stenton 1971, p. 81.
  11. a et b Kirby 2000, p. 67.
  12. Brooks 1989, p. 165.
  13. a et b Stenton 1971, p. 45.
  14. Bassett 1989, p. 6.
  15. Brooks 1989, p. 167.
  16. a et b Brooks 1989, p. 166.
  17. Kirby 2000, p. 69.
  18. a, b, c et d Higham 1997, p. 218-219.
  19. a, b, c et d Kirby 2000, p. 74.
  20. a et b Stancliffe 1995, p. 53, 55-56.
  21. a et b Kirby 2000, p. 77.
  22. a et b Stancliffe 1995, p. 54.
  23. Kirby 2000, p. 208.
  24. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 18, p. 199-200.
  25. Brooks (p. 166–67) s'oppose à l'idée que Penda et Eowa aient pu être co-rois, et favorise l'idée qu'Eowa ait régné sur la Mercie à partir de 635 environ et jusqu'en 642.
  26. a et b Brooks 1989, p. 168.
  27. Stancliffe 1995, p. 56.
  28. Tudor, « Reginald's Life of St Oswald », in Oswald: Northumbrian King to European Saint, p. 185 (note 50).
  29. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 12, p. 191.
  30. Thacker, « Membra Disjecta: the Division of the Body and the Diffusion of the Cult », in Oswald: Northumbrian King to European Saint, p. 97. Thacker indique qu'il s'agit « peut-être d'une forme d'offrande sacrificielle ».
  31. Kirby 2000, p. 54.
  32. Stenton 1971, p. 83.
  33. a et b Kirby 2000, p. 48.
  34. Bede (livre III, chapitre 7) et la Chronique s'accordent sur la durée de l'exil ; le manuscrit A de la Chronique indique qu'il débuta en 645.
  35. Kirby 2000, p. 79.
  36. Carver 1989, p. 155.
  37. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 16, p. 196-197.
  38. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 17, p. 197-199.
  39. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 21, p. 206-207.
  40. Fisher 1973, p. 66.
  41. Higham 1997, p. 232.
  42. Stenton 1971, p. 47.
  43. a et b Higham 1997, p. 240.
  44. Kirby 2000, p. 76.
  45. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 24, p. 212.
  46. a, b et c Kirby 2000, p. 81.
  47. Breeze 2004, p. 381-382.
  48. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 24, p. 212-213.
  49. Prestwich 1968, p. 90.
  50. Stenton 1971, p. 81-82.
  51. Stenton 1971, p. 39.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • (en) Steven Bassett (dir.), The Origins of Anglo-Saxon Kingdoms, Leicester University Press, (ISBN 0-7185-1317-7).
  • (en) Nicholas Brooks, « The formation of the Mercian kingdom », dans Steven Bassett (éd.), The Origins of Anglo-Saxon Kingdoms, Leicester University Press, (ISBN 0-7185-1317-7), p. 159-170.
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  • (en) M. O. H. Carver, « Kingship and material culture in early Anglo-Saxon East Anglia », dans Steven Bassett (éd.), The Origins of Anglo-Saxon Kingdoms, Leicester University Press, (ISBN 0-7185-1317-7), p. 141-158.
  • (en) D. J. V. Fisher, The Anglo-Saxon Age, Longham, (ISBN 0-582-48277-1).
  • (en) N. J. Higham, The Convert Kings: Power and Religious Affiliation in Early Anglo-Saxon England, Manchester University Press, (ISBN 978-0719048289).
  • (en) D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Routledge, (ISBN 0-415-24211-8).
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  • (en) Frank Stenton, Anglo-Saxon England, Clarendon Press, (ISBN 0-19-821716-1).
  • (en) Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, Seaby, (ISBN 1-85264-027-8).
  • (en) Sarah Zaluckyj, Mercia: The Anglo-Saxon Kingdom of Central England, Logaston Press, (ISBN 978-1-906663-54-4).

Liens externes[modifier | modifier le code]