Henda Ayari

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Henda Ayari
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Biographie
Naissance
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Nationalité
Activité

Henda Ayari, née le à Rouen, est une militante française du féminisme et de la laïcité.

Ancienne pratiquante musulmane salafiste, elle fonde en 2015 l’association Libératrices qui aide à la défense des femmes et à la prévention contre la radicalisation. Elle fait publier l'année suivante son ouvrage J'ai choisi d'être libre consacré à son parcours et son engagement.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Henda Ayari naît le à Rouen d'un père algérien et d'une mère tunisienne, tous les deux de religion musulmane mais sans être particulièrement pratiquants[1]. Sa mère est violente et son père l'abandonne dans son enfance[2].

Mariage et salafisme[modifier | modifier le code]

Après le divorce de ses parents, en quête de spiritualité, elle commence à porter le voile à l'âge de 21 ans lors de son mariage avec un homme tunisien habitant Lyon, adepte des valeurs salafistes[1],[3]. L'une des premières choses que fait son mari, Bachir[N 1], est de lui acheter un jilbab, qui couvre une femme de la tête aux pieds, et un niqab, le voile qui cache tout sauf les yeux. Pour lui, le niqab représente le summum de la religiosité, l'habit féminin qui plait le plus à Allah[1].

Elle abandonne ses études en faculté de psychologie de Rouen, adopte un mode de vie familial dans la ville de Roanne et inculque à ses trois enfants une éducation selon des principes rigoristes du salafisme[3]. Henda Ayari vit 10 années « voilée de la tête aux pieds, sous l'autorité absolue d'un mari de plus en plus violent ». La famille survit durant ces années grâce aux différentes aides du gouvernement, alors que son mari préfère passer son temps avec des connaissances salafistes à la mosquée[1]. Elle l'incite à chercher du travail, sans succès, ce dernier se plaignant que le racisme et la discrimination en France ne lui permet pas de trouver d'emploi[1].

Elle finit par refuser le mode vie salafiste, s'enfuit avec ses enfants, obtient le divorce et renoue peu à peu avec son indépendance[3]. Elle souffre alors d'une dépression nerveuse et perd la garde de ses enfants durant deux ans[1]. Elle vit alors de « petits boulots », des emplois intérimaires peu rémunérés. Puis elle suit une formation pour devenir greffière au ministère de la Justice et crée une entreprise de vente de confiseries[4]. C'est durant cette même période qu'elle entre en contact avec Tariq Ramadan à qui elle accorde une grande confiance, le considérant comme « un savant, un saint, une personne respectable ». Elle suit son enseignement par internet pour son combat contre l'idéologie dans laquelle elle était endoctrinée avant de le rencontrer à Paris, où il tient une conférence. Plusieurs années plus tard, quand l'affaire Tariq Ramadan éclate, elle sort du silence et l'accuse de l'avoir violée [1],[5].

Début du militantisme[modifier | modifier le code]

En novembre 2015, elle a un déclic lors des attentats de Paris : « Je pleurais pour ces morts, j'étais très choquée. Je prenais conscience des dangers du salafisme, et je voulais montrer que j'en étais sortie, après avoir été l'ombre de moi-même »[3]. Elle crée la polémique sur les réseaux sociaux en décembre 2015 en postant sur Facebook deux photos dont l'une la montre voilée, et l'autre habillée sans voile, en tailleur élégant, ce qui symbolise son « émancipation »[6]. Sa photo sans voile est dénoncée à Facebook par ses détracteurs pour « nudité ». Elle affirme : « Je n'ai rien contre les femmes qui portent le voile mais je refuse que certaines se permettent de vouloir l'imposer aux autres, je ne dis pas aux femmes de retirer leur voile, contrairement à ce que disent certains esprits fermés, je conseille simplement aux femmes de vivre comme elles le souhaitent avec ou sans voile ça ne regarde qu'elles[7]. » Elle reçoit des encouragements, mais aussi des menaces.

Elle se présente toujours comme musulmane pratiquante, mais ne porte plus le voile[7]. Henda Ayari indique : « Il est important de dire à toutes les femmes qu'elles doivent parler, qu'elles ne doivent pas avoir peur, qu'elles ne sont pas des êtres inférieurs aux hommes, qu'elles sont égales aux hommes, qu'elles doivent se battre pour être respectées et qu'il n'est pas nécessaire de porter un voile pour être une bonne musulmane »[1]. Ses partisans voient en elle le symbole d'une liberté retrouvée, ses détracteurs la qualifient de fausse musulmane[8].

En novembre 2016, elle témoigne sur son expérience de vie et sur les difficultés quotidiennes des femmes salafistes dans son ouvrage J'ai choisi d'être libre — écrit en collaboration avec la reporter Florence Bouquillat[9]. Elle se considère comme rescapée d'une secte, comme si elle avait vécu coupée du monde. Elle témoigne de cette époque où elle n'avait pas le droit de regarder la télé, ni de lire des livres, et où elle vivait dans la peur du péché et la culpabilité[8].

Elle crée Libératrices, une association qui participe à la prévention de la radicalisation dans les lycées, et reçoit les demandes de femmes cherchant des conseils pour enlever le voile[10], [8].

En juillet 2017, elle écrit une lettre ouverte au président Emmanuel Macron, l'exhortant à créer des programmes pour aider les femmes prises au piège dans les mouvements islamistes radicaux. Elle précise qu'il en existe beaucoup[1].

En décembre 2017, le New York Times l'inclut dans une liste de 11 femmes exceptionnelles et l'interviewe en tant que participante remarquable à la campagne #MeToo[11].

Affaire Tariq Ramadan[modifier | modifier le code]

Article connexe : Affaire Tariq Ramadan.

Dans son livre J'ai choisi d'être libre, Henda Ayari décrit une relation avec un intellectuel musulman nommé Zoubeyr. Elle y décrit des violences physiques et morales. En octobre 2017, à la suite de l'affaire Harvey Weinstein et alors que les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc circulent largement sur les réseaux sociaux français, elle révèle que ce dénommé Zoubeyr n'est autre que l'islamologue Tariq Ramadan[10],[12]. Elle dépose ensuite plainte contre lui pour viol et agressions sexuelles. Une enquête préliminaire est ouverte par le Parquet de Paris. Tariq Ramadan riposte à ces accusations en publiant un « démenti formel » et porte plainte pour dénonciation calomnieuse[13],[14].

Les jours suivants, une autre femme dépose une seconde plainte pour des faits similaires à l'encontre de Tariq Ramadan[15].

Suite à sa plainte contre Tariq Ramadan, Henda Ayari affirme subir une déferlante d'injures et de menaces sur les réseaux sociaux et déclare : « Je ne m'attendais pas à autant de violence, d'acharnement. C'est déjà dur de dénoncer un viol, mais c'est encore plus dur de se faire traîner dans la boue derrière sur les réseaux sociaux ». Mise sous protection policière, Henda Ayari porte plainte contre X pour « menace et insulte » le 16 novembre 2017[16]. Dans sa déposition, elle se plaint d'être traitée quotidiennement de « putain » et précise : « Les insultes et menaces évoquent que je serais payée par les juifs, les sionistes [...] Ils disent que je fais du fric en surfant sur l’islamophobie »[17].

Selon Le Parisien, le parquet de Paris a enregistré le témoignage d'un « fonctionnaire assermenté de profession » marié qui a rencontré Henda Ayari dans le cadre d'un conseil juridique. Celui-ci affirme avoir été harcelé par Henda Ayari, qui aurait désiré obtenir de lui une relation sexuelle. Elle nie et qualifie cette allégation de « calomnie »[18],[19].

Selon le même journal, la défense a présenté au parquet une conversation sur Facebook entre Tariq Ramadan et Henda Ayari le 5 juin 2013: elle reprend contact avec lui en demandant de ses nouvelles; il s'étonne de la voir le recontacter après qu'elle l'a insulté. Dans cette conversation elle écrit « Une certaine personne m'a vraiment monté[sic] contre toi [Tariq Ramadan] et m'a dit des choses très graves sur toi. Je l'ai crue et je le regrette car par la suite j'ai constaté que c'était une folle et une hystérique. Je pense qu'elle m'a menti sur beaucoup de choses te concernant. »[20].

Suite à son rejet par Tariq Ramadan qui répond « c'est trop tard. Tu as trop parlé et tu as fait du mal. Avec des gens aux mauvaises intentions. Sois heureuse maintenant », l'ancienne salafiste demande son pardon. Elle écrit « tu as tes défauts comme moi mais aussi des qualités alors stp ne me bloque plus. Ne me prive pas de ta page et laisse-moi juste lire tes beaux écrits que j'ai toujours aimés tant lire pour méditer dessus ». Aucune référence à une agression sexuelle n'a été faite dans cette conversation. Les avocats de la plaignante s'étonnent que soit rendue publique « une conversation d'ordre privée » dans une affaire pénale, qu'ils accusent d'être « complètement sortie de son contexte », et rétorquent qu'à l'époque leur cliente était « sous l'emprise d'un homme qui exerçait sur elle des pressions psychologiques extrêmement fortes »[20].

Les avocats de Henda Ayari défendent le point de vue selon lequel le contact se serait prolongé entre les deux personnes aussi longtemps, jusqu'à mi-2013, en avançant l'argument de la pression psychologique subie : « ce n’était pas une relation mais une emprise sectaire » dénoncent-ils. Selon la défense, les messages Facebook attribués à Henda Ayari se seraient poursuivis jusqu'en 2014, ou celle-ci fait des avances explicites au théologien, qui n'y a pas donné suite[21].

Ouvrage[modifier | modifier le code]

  • J'ai choisi d'être libre : rescapée du salafisme en France (en collaboration avec Florence Bouquillat), Paris, Flammarion, , 224 p. (ISBN 9782081388185)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. C'est le nom qu'elle donne à son mari dans son livre, J'ai choisi d'être libre.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Carlotta Gall, « I Could not Forget What Happened to Me That Night With Him », New York Times, 3 novembre 2017.
  2. « Henda Ayari : “J’étais salafiste, je suis une femme libre” », Le Temps, 8 novembre 2016
  3. a, b, c et d « Sortie du salafisme, une femme témoigne », sur /madame.lefigaro.fr/,
  4. « Henda Ayari, libérée du salafisme, tout voile dehors », Ouest France, 3 novembre 2017.
  5. « Affaire Tariq Ramadan : « Avec lui soit vous êtes voilée, soit vous êtes violée » - Le Parisien TV », sur Dailymotion, (consulté le 19 mars 2018)
  6. « Une tunisienne se débarrasse de son Hijab après 18 ans et suscite la polémique », Réalités, 29 décembre 2015.
  7. a et b « Henda Ayari, ancienne salafiste, enlève son voile et fait le buzz », sur geopolis.francetvinfo.fr du 1 janvier 2016 (consulté le 30 octobre 2017)
  8. a, b et c « Henda, revenue du salafisme : "J’étais une morte-vivante" - 1 novembre 2016 - L'Obs », (consulté le 30 octobre 2017)
  9. « J'ai choisi d'être libre », sur books.google.fr (consulté le 3 février 2018)
  10. a et b « Du salafisme à la lumière, la femme qui accuse Tariq Ramadan », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  11. (en) Kyle Crichton, « 11 Powerful Women We Met Around the World in 2017 », sur The New York Times, .
  12. Cécile Deffontaines Henda Ayari, ex-salafiste franco-tunisienne, porte plainte contre Tariq Ramadan pour viol L'Obs, 20 octobre 2017
  13. « Accusé d’abus sexuel, Tariq Ramadan dément et riposte », sur leparisien.fr, (consulté le 30 octobre 2017)
  14. Étienne Jacob, « Accusé de viol et d'agression sexuelle, Tariq Ramadan visé par une enquête », sur lefigaro.fr, (consulté le 4 novembre 2017).
  15. « Une deuxième femme accuse Tariq Ramadan de viol », leparisien.fr,‎ (lire en ligne)
  16. « Menacée sur les réseaux sociaux, la première accusatrice de Ramadan porte plainte », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  17. « Insultée et menacée, l’accusatrice de Tariq Ramadan porte plainte », leparisien.fr,‎ 2017-11-21cet22:12:32+01:00 (lire en ligne)
  18. « Elle voulait absolument une relation intime », sur 20min.ch (consulté le 3 février 2018)
  19. « Un témoin affirme avoir été harcelé par une des accusatrices de Tariq Ramadan », leparisien.fr,‎ (lire en ligne)
  20. a et b « Accusation de viol : la défense de Tariq Ramadan exhume de troublants écrits », leparisien.fr,‎ (lire en ligne)
  21. « Tariq Ramadan arrêté à Paris - Le Courrier », Le Courrier,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]