BalanceTonPorc

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Une manifestante brandissant un panneau arborant le hastag #MeToo, à la marche des femmes de New-York, en janvier 2018.

#BalanceTonPorc (#MoiAussi au Canada francophone) est un hashtag qui s'est largement diffusé sur les réseaux sociaux en octobre 2017 pour dénoncer l'agression sexuelle et le harcèlement, plus particulièrement dans le milieu professionnel, à la suite d'accusations de cette nature portées contre le producteur américain Harvey Weinstein. C'est la version francophone de la campagne MeToo, utilisée depuis 2007 en ce sens par l'activiste Tarana Burke et relancée en octobre 2017 sous forme du hashtag #MeToo (« moi aussi ») par l'actrice Alyssa Milano, qui a encouragé les femmes à partager sur Twitter leurs expériences.

Origines[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Violences liées au sexe en France[modifier | modifier le code]

Deux femmes avec des bonnets roses portent un panneau disant "What's good for women is good for the world"
Manifestantes de la marche des femmes à Washington en janvier 2017.

Les violences sexuelles commises envers les femmes et les hommes sont présentes, à différents degrés, dans tous les pays du monde. En France, une enquête menée en 2006 indique que 16 % des femmes et 5 % des hommes déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie (6,8 % des femmes déclarent des rapports forcés et 9,1 % des tentatives, et respectivement 1,5 % et 3 % des hommes). Une jeune femme sur 10 de moins de 20 ans déclare avoir subi des attouchements au cours de sa vie et près d’une sur 10 (respectivement 8,9 et 8,4 %) des conversations à caractère pornographique ou des tentatives de rapport forcé. Les attouchements surviennent très majoritairement pendant l’enfance et l’adolescence : 50 % des femmes concernées les ont subis avant l’âge de 10 ans et 50 % des hommes avant l’âge de 11 ans. Près de la moitié des attouchements ont été immédiatement suivis d’une tentative de rapport forcé ou d’un rapport forcé (50 % pour les femmes, 44 % pour les hommes)[1].

Les 18 et 19 octobre 2017, un sondage réalisé auprès des seuls internautes indique qu'une femme internaute sur deux et un homme internaute sur dix auraient été victimes d'agression sexuelle (attouchements, mains aux fesses, baisers forcés…) ou de harcèlement sexuel (propos déplacés, insultes, propositions sexuelles…) au cours de leur vie[2]. La même étude précise que dans le milieu professionnel 17 % des internautes femmes et 7 % des internautes hommes auraient subi un fait de harcèlement sexuel au travail.

Les violences conjugales subies par les hommes, plus taboues, sont mal représentées par les statistiques. Les hommes en parlent moins, le déclarent moins. Quand 10 femmes sur 100 déposent plainte à la suite des violences qu’elles ont subies, seuls trois hommes sur 100 osent se tourner vers la justice, selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)[3]. Le même document de l'ONDRP précise que la nature des sévices endurés diffère selon les sexes. Les violences conjugales subies par les hommes sont beaucoup plus souvent physiques que sexuelles, et celles subies par les femmes sont plus souvent sexuelles que physiques. De plus, il est fait mention que si les femmes signalent fréquemment leur ex-partenaire comme leur tortionnaire, la grande majorité des hommes subissent l'emprise de leur partenaire de vie du moment[3].

Concernant les couples homosexuels, les résultats de l'ESG 2004 conduite par Statistiques Canada révèlent que « 15 % des gays et lesbiennes et 28 % des bisexuels, ont déclaré avoir été victimes de violence conjugale au cours de l’année 2004 par rapport à 7 % des hétérosexuels »[4]. Les résultats de l'ESG 2009 confirment cette tendance et montrent que les personnes canadiennes s'identifiant comme gays ou lesbiennes avaient deux fois plus de chances de déclarer avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire amoureux que les personnes s'identifiant comme hétérosexuelles[5]. Des données américaines[6],[7],[8] montrent également que les personnes s'identifiant comme gays, lesbiennes ou bisexuelles avaient plus de chances que les hétérosexuels de se dire victimes de violence sexuelle domestique au cours de leur vie.

Actions précédentes[modifier | modifier le code]

Des campagnes de témoignages sur les agressions sexuelles et le harcèlement sexuel avaient déjà eu lieu sur les réseaux sociaux les années précédentes, par exemple YesAllWomen (en) en 2014[9],[10].

Contexte politique mondial[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, la campagne victorieuse de Donald Trump à l'élection présidentielle de 2016, face à la première femme candidate Hillary Clinton, avait suscité un début de mobilisation pour protéger les droits des femmes[11],[12]. Ainsi, dès le lendemain de son investiture, la marche des femmes rassemble plusieurs centaines de milliers de personnes à Washington, D.C. et ailleurs dans le monde le 21 janvier 2017[13]. C'est une des plus grandes manifestations de l'histoire américaine d'après Time[14].

Début de la campagne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Affaire Harvey Weinstein.

La campagne Me too est lancée en 2007 par Tarana Burke pour dénoncer les violences sexuelles, notamment à l'endroit des minorités visibles[15],[16].

En octobre 2017, après la publication des enquêtes accusant le producteur américain Harvey Weinstein d'agressions sexuelles, l'actrice américaine Alyssa Milano propose de la reprendre sous forme de hashtag pour partager des témoignages de violences sexuelles et sexistes dans différents milieux[17],[10],[18]. Le 14 octobre, la journaliste française Sandra Muller propose sur Twitter le mot-dièse francophone #balancetonporc[19] pour que « la peur change de camp », il est repris 200 000 fois en quelques jours[20]. La journaliste s'est inspirée du titre d'un article sur Harvey Weinstein paru dans le Parisien [21].

Contenu des témoignages[modifier | modifier le code]

Les messages portant l'un des mots-dièses de la campagne font état de « violences sexuelles de tous types, allant de l’interpellation salace au harcèlement, à l’agression ou au viol[22] ». Les victimes évoquent des faits survenus au travail, dans le cadre familial et à l'école[10]. Elles indiquent parfois leur âge au moment des faits, montrant la jeunesse des victimes de ces pratiques[10]. Les milieux professionnels décrits comptent aussi bien le monde du divertissement que la politique, la finance, le sport et les nouvelles technologies[11]. Selon le philosophe Thomas Schauder, le nombre et la diversité des témoignages indiquent que le problème n'est pas causé par des individus isolés mais constitue un fait social collectif pouvant être étudié et susceptible d'évoluer[23].

Après les accusations portées contre Harvey Weinstein, de nombreuses célébrités sont nommément accusées de comportement inapproprié[22], dont en France Tariq Ramadan qui fait l'objet de plaintes pour viol[24], Jean Lassalle[25],[26] et Claude Lanzmann[27],[28].

Diffusion dans le monde[modifier | modifier le code]

Le hashtag #MeToo s'est diffusé dans 85 pays[29], dont l'Inde, le Pakistan et le Royaume-Uni.

La variante française est une des rares à encourager les utilisateurs à partager les noms des personnes accusées[30]. Dans les régions francophones du Canada, la campagne se fait sous le hashtag « #MoiAussi ». En Italie, les femmes affichaient des histoires de harcèlement et les agressions sous le hashtag #QuellaVoltaChe (qui se traduit littéralement en « #LaFoisOù »)[31],[32]. En espagnol, c'est « #YoTambién ».

En Israël, le hashtag hébreu « גםאנחנו# » (#NousAussi) a commencé à se répandre le 18 octobre, à la une du journal Yediot Aharonot[33]. Au Japon, le mouvement est présent mais de faible ampleur[34]. Le mot-dièse est traduit en arabe en Tunisie, en Égypte et à Dubaï[9].

Liste des hashtags alternatifs suivant les langues et les pays[modifier | modifier le code]

  • Arabe : أنا_كمان# (fr : MoiAussi) et #MosquéeMoiAussi[35]
  • Drapeau du Brésil Brésil : #Nao e Nao (fr : Non c'est non)
  • Drapeau du Canada Canada : #moiAussi
  • Drapeau de la Catalogne Catalogne : #JoTambé (fr : MoiAussi)
  • Drapeau de la République populaire de Chine Chine : #我也是 (fr : MoiAussi)
  • Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud : #미투 (fr : MoiAussi)
  • Drapeau de l'Espagne Espagne : #YoTambién (fr : MoiAussi)
  • Drapeau de la France France : #balanceTonPorc
  • Drapeau d’Israël Israël : גםאנחנו# (fr : NousAussi)
  • Drapeau de l'Italie Italie : #QuellaVoltaChe (fr : LaFoisOù)
  • Drapeau du Japon Japon :#meToo (fr : MoiAussi)
  • Drapeau de la Norvège Norvège : #stilleforopptak (fr : SilenceAvantDénonciation)
  • Drapeau du Royaume-Uni UK : #meToo (fr : MoiAussi)
  • Drapeau des États-Unis USA : #meToo (fr : MoiAussi)
  • Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Vietnam : #TôiCũngVậy (fr : MoiAussi)

Impact de la campagne[modifier | modifier le code]

Le mouvement est original dans l'histoire du féminisme car il mobilise de très nombreuses femmes sans émaner d'une structure militante[22]. Il ouvre des débats dans l'espace privé, menant des femmes à raconter à leurs proches des agressions subies[36]. La démarche va parfois jusqu'à aborder le sujet dans le monde du travail, voire à s'engager dans des associations militantes comme Osez le féminisme ![36].

Les témoignages dénoncent une atmosphère et des agressions omniprésentes, faisant s'interroger de nombreux hommes sur leur silence coupable jusque-là[37]. Le nombre des témoignages fait réagir même des hommes qui agissaient déjà contre le sexisme au quotidien, tant dans le cadre amical que professionnel[38].

Conséquences professionnelles pour les auteurs présumés[modifier | modifier le code]

Harvey Weinstein, sujet des enquêtes qui ont ouvert le débat, est licencié de sa propre entreprise The Weinstein Company[17] et rejeté par l'industrie du cinéma[39]. De nombreux hommes dans les secteurs des médias et du divertissement américains sont ainsi mis à l'écart ou poussés à la porte par leur employeur[40], tandis que les hommes politiques dans cette situation ne démissionnent d'abord pas[41]. John Conyers, premier élu américain à cesser ses activités à la suite d'accusations, annonce « prendre sa retraite » à 88 ans[42].

En Suède, plusieurs femmes ont utilisé le hashtag pour accuser le présentateur de télévision Martin Timell d'abus à leur égard[43]. Toutes ses émissions sur TV4 ont été annulées le 20 octobre 2017[44],[45].

Au Québec, l'humoriste Gilbert Rozon démissionne de ses fonctions d'organisateur d'événements à la suite de plusieurs dénonciations et une plainte de l'animatrice et productrice Julie Snyder, tout comme l'animateur Éric Salvail[46].

Suites[modifier | modifier le code]

Le Parlement Européen a convoqué une session directement en réponse à la campagne MoiAussi, après qu'elle a donné lieu à des accusations d'abus au Parlement et dans des bureaux de l'Union Européenne à Bruxelles, selon Cecilia Malmstrom, le Commissaire Européen pour le Commerce[47]. Au Royaume-Uni, où un scandale touche de nombreux parlementaires (en), la première ministre Theresa May a demandé au président de la chambre des communes de prendre des mesures pour mettre fin à ces comportements et encourager les victimes à les dénoncer[39].

À Montréal, la police met en place une ligne téléphonique dédiée aux cas de harcèlement sexuel, qui reçoit 463 appels en moins de trois semaines, dont 98 mènent à ouvrir un dossier d'agression sexuelle[46]. En France, les plaintes pour violences sexuelles déposées auprès de la gendarmerie augmentent de 30 % en octobre 2017[12].

En Espagne, des artistes et des associations ont rejoint le mouvement[48]. Ils transcendent progressivement les noms des références dans le monde de la politique et des affaires[49].

En Suède, après la formation d'un groupe de discussion grâce au hashtag #metoo, 456 actrices signent le 9 novembre un ensemble de témoignages anonymes dans le Svenska Dagbladet, provoquant des réactions de la ministre de la Culture Alice Bah Kuhnke et du théâtre dramatique royal Dramaten[50]. D'autres groupes de centaines, voire milliers de femmes leur emboîtent le pas, touchant tous les secteurs d'activité, y compris l'Église de Suède. Le premier ministre Stefan Löfven parle de « rompre la dépendance aux schémas patriarcaux », tandis que la responsabilité collective des hommes et l'éducation des garçons sont citées pour arrêter les agressions envers les femmes[51].

Afin de donner une visibilité au mouvement en dehors des réseaux sociaux, des manifestations sont organisées dans plusieurs villes de France le , rassemblant jusqu'à 2 500 personnes à Paris[26]. En France, les plaintes pour agressions sexuelles connaissent une progression de 31,5 % au quatrième trimestre 2017 (+ 18 % pour les viols) par rapport à la même période de 2016, cette hausse étant interprétée non comme une recrudescence de faits commis mais comme une moindre résignation à laisser les agressions sans suite[52].

Des actrices américaines lancent le le mouvement Time's Up (« il est temps » ou « c'est fini » en anglais), pour soutenir financièrement les victimes de harcèlement et agressions sexuels au travail[53]. En un mois, le fonds a levé 20 millions de dollars et reçu un millier de demandes d'aide[54].

Le 12 mai 2018, la chanson israélienne "Toy", inspirée du mouvement #meToo, gagne le concours Eurovision de la chanson 2018 avec sa chanteuse Netta Barzalai[55].

Propositions de politiques publiques[modifier | modifier le code]

Parmi les pistes proposées pour éviter à l'avenir les actes dénoncés par le hashtag, figurent en bonne position l'éducation des jeunes générations[56],[57], la sensibilisation contre le harcèlement sexuel au travail et le renforcement du financement des associations de soutien aux victimes de violences sexuelles[58].

Plaintes[modifier | modifier le code]

À la suite de l'engouement qui suivit la mise en ligne du hashtag #BalanceTonPorc, des plaintes pour harcèlement sexuel ou agressions sexuelles ont été déposées. Ainsi Henda Ayari accuse Tariq Ramadan de l'avoir violée et menacée, celui-ci est poursuivi dans le cadre de l’affaire Tariq Ramadan[59]. Une autre a été classée sans suite. Il s'agit de la plainte déposée contre le député Christophe Arend, le parquet de Sarreguemines évoquant des « incohérences et des contradictions » dans les déclarations de l'ancienne collaboratrice qui accusait le député LREM de Moselle de harcèlement et d'agression sexuelle[60].

Le 10 janvier 2018 l'initiatrice du mouvement #BalanceTonPorc Sandra Muller est poursuivie en justice par Eric Brion. Elle l'accusait de harcèlement dans les premiers hashtags de ce nom[61],[62]. Tout en reconnaissant avoir « effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise » il réclame « le droit à la vérité et à la nuance. » Il lui réclame 50 000 euros de dommages et intérêts, des publications judiciaires et 10 000 euros de frais d’avocat[63],[64].

Analyses et critiques[modifier | modifier le code]

Pour Marie Allibert, porte-parole de l'association Osez le féminisme ! : « Ce que [le succès du hashtag] montre aussi, c'est l'incapacité de la police et de la justice à prendre en charge ces cas-là. Si les femmes pouvaient porter plainte simplement, sans que ce soit traumatisant pour elles, elles le feraient. Mais si elles n'arrivent pas à le faire et qu'elles préfèrent parler sur Twitter, c'est parce que c'est très, très dur encore aujourd'hui de porter plainte[65],[66]. »

Pour l'humoriste et animateur Tex, « l’histoire de Balance ton porc c’était si vraiment on vous tape, parlez-en, mais ça c’était valable pour, on va dire, 2 %. Et c’est les 98 autres pour cent qui se sont jetés dans la brèche… C’est catastrophique Balance ton porc, et c’est catastrophique dès le départ »[67]. Il affirme plus tard que #BalanceTonPorc « C’est la fin de notre liberté. Balancer, ça veut dire trahir. On balance pas. A l’école, ceux qui balançaient, on les chopait dans un coin et on leur pétait la gueule. »[68]

Pour l'actrice Laetitia Casta qui dit «ne pas être d'accord avec cette idée de #balancetonporc», elle considère que «ce n'est pas dans l'agressivité que l'on va faire avancer les choses», ni «dans la haine de l'homme».

Le hashtag #meToo (USA, UK) se voit reprocher de faire porter la responsabilité de dénoncer le harcèlement et les abus sexuels aux victimes, ce qui pourrait constituer un nouveau traumatisme[69],[70],[71],[72]. Certains estiment que le hashtag inspire lassitude et indignation, plutôt qu'une communication émotionnellement dense[73],[74].

En France, l'utilisation du mot « balance » est parfois prise comme un appel à la délation et critiquée à ce titre[37]. Ainsi, Le Canard enchaîné exprime son respect pour les femmes qui ont trouvé le courage de parler publiquement du harcèlement qu'elles ont subi, mais tient à souligner la crainte que l'étalement de ce type de propos sur la plateforme de réseau social plutôt que devant un tribunal ne transforme Twitter en jury populaire : « Inviter à "balancer", avec tous les risques de dérives et de dérapages que l'on sait, ce n'est pas dénoncer à la justice, c'est dans une logique de vengeance justicière, livrer des hommes à la vindicte populaire »[75]. De même, les réactions rapides des employeurs et des médias à des accusations non étayées par une enquête portent atteinte à la présomption d'innocence[76]. De plus, l'incitation à dénoncer l'agresseur fait courir aux victimes le risque d'une attaque en diffamation[20].

L'usage du mot « porc » est lui aussi critiqué en ce qu'il encouragerait une forme de déshumanisation des auteurs d'agression, qui mènerait à créer un rapport de domination et renforcer la « guerre des sexes »[77],[76]. L'intérêt marchand des médias et de la publicité dans la création d'une atmosphère ultrasexualisée comme dans la diffusion d'accusations non vérifiées est lui aussi pointé du doigt[76],[77].

Le journaliste et écrivain Aymeric Caron, également militant des droits des animaux, regrette aussi cette utilisation négative du mot « porc », considérée comme spéciste. Il propose les expressions alternatives #balancetonharceleur ou #balancetonweinstein[78].

Certaines personnes pensent que la dénonciation du harcèlement de rue rend difficile, voire honteuse, la pratique de la drague dans les espaces ouverts, ce qui pourrait à terme réduire les occasions de mixité sociale qu'elle représente[79].

La militante américaine Tarana Burke a d'abord reproché au mouvement d'ignorer le travail des femmes noires dans la création d'un dialogue sur les agressions sexuelles. Cependant, elle a salué tous ceux qui ont participé au mouvement et a remercié Alyssa Milano d'avoir reconnu son mouvement initial[80].

La journaliste Joanna Williams du magazine Spiked (en) dénonce l'hypocrisie du mouvement #MeToo à la suite des révélations sur les viols collectifs de Telford en mars 2018 soit, le pire scandale d'abus sexuels sur des enfants et des adolescentes de Grande-Bretagne. Pour la journaliste, le silence des commentateurs sur le viol des filles de la classe ouvrière est assourdissant[81].

L'artiste Tom Connan explique quant à lui dans le journal L'Obs qu'il est nécessaire de ne pas exclure du combat les hommes, eux aussi victimes de harcèlement sexuel[82].

En France, certaines femmes des quartiers populaires se sentent par ailleurs exclues de ce mouvement de libération de la parole, qu'elles considèrent élitiste[83].

Pour le réalisateur Roman Polanski, visé par des accusations, #MeToo est « une hystérie collective, du genre de celles qui arrivent dans les sociétés de temps à autre »[84].

Tribune « Nous défendons une liberté d'importuner... »[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Le 15 décembre 2017, Catherine Millet fait part à ses amies Peggy Sastre et Abnousse Shalmani de la phrase prononcée par son éditrice : « Aujourd'hui, La Vie sexuelle de Catherine M. ne pourrait plus être publié. » Cette phrase va les décider à écrire une tribune au ton ironique dénonçant un féminisme qui voudrait reléguer les femmes au « statut d'éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l'emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie »[85].

Publication[modifier | modifier le code]

La tribune est publiée le par le quotidien du Monde et intitulée « Nous défendons une liberté d'importuner, indispensable à la liberté sexuelle », un collectif de cent femmes, lancé par Sarah Chiche, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Peggy Sastre et Abnousse Shalmani, et comptant parmi ses membres Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie et Élisabeth Lévy, dénonce #balancetonporc qui traduit selon les signataires, un excès de puritanisme. Cette tribune accuse les réseaux sociaux d'avoir permis « une campagne de délations »[86].

Analyses[modifier | modifier le code]

Pour certains, cette tribune oppose deux clans de femmes qui co-existent en France : un courant de femmes issu de milieux privilégiés et pas forcément féministes qui revendique la liberté d'expression dans le domaine de l'art, et des féministes réunies autour du hashtag #metoo qui dénoncent une forme de pouvoir masculin[87],[88].

Pour d'autres, il s'agit d'un conflit de générations[89] où certains perçoivent en France la cohabitation de plusieurs perceptions du féminisme[90] qui s'opposeraient dans un combat idéologique autour de la définition même du féminisme[91]. Dans l'émission Stupéfiant ! du 22 janvier 2018, la réalisatrice Maïwenn appelle à respecter tous les points de vue[92].

La militante féministe Caroline De Haas est à l'origine d'une tribune cosignée par une trentaine de militantes et militants féministes répondant à la tribune des 100 femmes où elles estiment que « les signataires de la tribune mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence […] [Elles] se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature […] [Elles] parlent de l’éducation à donner aux petites filles pour qu’elles ne se laissent pas intimider. Les femmes sont donc désignées comme responsables de ne pas être agressées. Quand est-ce qu’on posera la question de la responsabilité des hommes de ne pas violer ou agresser ? »[93]. En février 2018, Caroline De Haas affirme qu'« un homme sur deux ou trois est un agresseur » sexuel[94], ce qui provoque un tolé [95],[96].

Par la suite, Brigitte Lahaie, l’une des signataire de la tribune, publie un livre intitulé "Le bûcher des sexes", avec une phrase en bandeau : "Ni tous des porcs, ni toutes des pures" où elle affirme que « On revient dans une société où il y a des femmes qui sont biens, et des femmes qui sont pas biens », en insistant sur la dangerosité, selon elle, d’avoir comme image que « toutes les femmes sont des victimes, et que tous les hommes seraient des agresseurs" » [97].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en anglais intitulée « Me too (hashtag) » (voir la liste des auteurs).

  1. Roselyne Bachelot, « Chiffres-Clés L’égalité entre les femmes et les hommes » [PDF], Dircom, (consulté le 30 novembre 2017).
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annette Lévy-Willard, Chroniques d'une onde de choc : #MeeToo secoue la planète, éd. de l'Observatoire, , 350 p. (ISBN 979-10-329-0441-1).

Lien externe[modifier | modifier le code]