Azilien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Azilien
Description de cette image, également commentée ci-après
Galet Peint - Muséum de Toulouse
Définition
Lieu éponyme Grotte du Mas-d'Azil
Auteur Édouard Piette (1889)
Caractéristiques
Répartition géographique Europe occidentale
Période Épipaléolithique
Chronologie XIIe - XIe millénaire av. J.‑C.
Tendance climatique Tardiglaciaire

L'Azilien est une culture archéologique de l'Épipaléolithique d'Europe de l'Ouest[1]. Elle a été définie initialement par Édouard Piette en 1889 à partir des industries découvertes dans la grotte du Mas-d'Azil, en Ariège. Dans ce gisement, des couches à nombreux galets peints et à harpons plats s'intercalent entre les niveaux du Magdalénien et du Mésolithique.

Chronologie[modifier | modifier le code]

L'Azilien commence vers 14 000 ans avant le présent (AP). Il chevauche l'interstade frais de l'Alleröd et, à partir de 12 900 ans AP, la dernière phase glaciaire du Dryas récent[2]. En début de période, le renne commence à céder la place au cerf. Les bois de cerf sont utilisés pour réaliser les harpons plats, souvent grossiers et perforés d'une entaille allongée à la base.

Industrie lithique[modifier | modifier le code]

L'Azilien ancien se caractérise notamment par une nette augmentation des pointes à dos ; les burins diminuent au profit des grattoirs courts, et les lames montrent un débitage encore assez soigné et calibré[3].
L'Azilien récent est marqué par des supports débités peu standardisés, des armatures calibrées par les retouches, de nombreuses pointes à dos et de rares burins[3],[2],[4],[5],[6],[7],[8],[9].

Contrairement aux assertions de Piette (1895[10]) et Breuil (1912[11]), le harpon perforé n'est pas un marqueur absolu[n 1].

Les pointes à dos sont obtenues par retouche abrupte[réf. nécessaire]. En forme de lames de canif (comme décrit par Édouard Piette[12]), ces pièces sont connues depuis comme pointes aziliennes et sont considérées comme des pointes d'armes de jet.[réf. nécessaire]

Extension géographique[modifier | modifier le code]

Le manque de précision de la définition initiale a conduit les préhistoriens de différents pays à reconnaitre des industries aziliennes dans de nombreux contextes différents, des Pyrénées à l'Écosse, de l'Espagne cantabrique à la Suisse, l'Italie (Romanellien), les Pays-Bas (Tjongérien), et même la Roumanie (Clisurien).

L'Azilien est plus ou moins contemporain de la culture Federmesser d'Europe du Nord. Ces industries, datées d'environ 14 000 à 11 600 ans AP[13], présentent des points communs (galets peints ou gravés), mais certaines variantes locales ont reçu des noms spécifiques ou sont simplement qualifiées d'épipaléolithiques.

Quelques sites[modifier | modifier le code]

Le Mas-d'Azil (site de référence, Ariège), le Bois Ragot (Gouex, Vienne), la Tourasse (Saint-Martory, Haute-Garonne), les Scilles et Gouërris (Lespugue, Haute-Garonne), le Bichon et site de Monruz à Neuchâtel (canton de Neuchâtel, Suisse), Hauterive-Champréveyres (lac de Neuchâtel, Suisse)…

Art azilien[modifier | modifier le code]

L'art azilien a longtemps été considéré comme caractérisé par l'abandon du dessin figuratif au profit de l'abstraction, mais une plaque datée d'environ 12 000 ans AP découverte à Angoulême, gravée de quatre dessins d'animaux superposés (dont l'un entouré des rayons caractéristiques de l'art azilien), atteste de la continuité avec l'art magdalénien[14].


Sur les autres projets Wikimedia :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 13 articles consacrés à l'étude de l'Azilien, dans « L'Azilien et les cultures septentrionales », séance thématique de Nemours (12 octobre 1996) sous la direction de P. Bodu et J.-P. Fagnart, sur persee, Bulletin de la Société préhistorique française, t. 94, n° 3, 1997.
  • [Barbaza 1997] Michel Barbaza, « L'Azilien des Pyrénées dans le contexte des cultures de la fin du Tardiglaciaire entre France et Espagne », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 94, no 3 « L'Azilien et les cultures septentrionales »,‎ , p. 315-318 (lire en ligne [sur persee], consulté en avril 2021).
  • [Barbaza 1999] Michel Barbaza, Les Civilisations postglaciaires. La vie dans la grande forêt tempérée, La Maison des Roches, coll. « Histoire de la France préhistorique », , 128 p. (présentation en ligne).
  • [Bodu, Debout & Bignon 2006] Pierre Bodu, Grégory Debout et Olivier Bignon, « Variabilité des habitudes tardiglaciaires dans le Bassin parisien : l'organisation spatiale et sociale de l'Azilien ancien du Closeau », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 103, no 4,‎ , p. 711-728 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Chapignac 2019] Chloé Chapignac, « L'Azilien sud-ardéchois : le début de l’enquête », sur archeorient.hypotheses.org, (consulté en mai 2021). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Cheung et al. 2012] Célia Fat Cheung, Aude Chevallier, Peggy Bonnet-Jacquement, Mathieu Langlais, Jean-Georges Ferrie, Sandrine Costamagno, Delphine Kuntz,, Véronique Laroulandie, Jean-Baptiste Mallye, Nicolas Valdeyron et al., « Comparaison des séquences aziliennes entre Dordogne et Pyrénées : état des travaux en cours », Comptes-rendus de la société préhistorique de Bordeaux « Les groupes culturels de la transition Pléistocène-Holocène entre Atlantique et Adriatique »,‎ , p. 17-44 (lire en ligne [PDF] sur hal.archives-ouvertes.fr).
  • [Coulonges 1959] Laurent Coulonges, « L'Azilien n'a aucune valeur scientifique », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 56, nos 9-10,‎ , p. 590-592 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Couraud 1985] Claude Couraud (préf. André Leroi-Gourhan), L'art Azilien : Origine - Survivance (monographie), éditions du CNRS, coll. « Gallia Préhistoire » (no : XXe supplément), , sur persee (ISBN 2-2220-3488-4, présentation en ligne, lire en ligne).
  • [Daniel 1936] Raoul Daniel, « L'Azilien du Périgord », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 33, no 6,‎ , p. 414-415 (lire en ligne [sur persee]).
  • [D'Errico 1994] Francesco D'Errico (en), « L'art gravé azilien. De la technique à la signification » (monographie), Gallia Préhistoire « Suppl. 31 »,‎ (lire en ligne [sur persee]).
  • [Mevel 2013] Ludovic Mevel, « Les premières sociétés aziliennes : nouvelle lecture de la genèse du phénomène d'azilianisation dans les Alpes du Nord à partir des deux niveaux d'occupation de l'abri de La Fru (Saint-Christophe-la-Grotte, Savoie) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 110, no 4,‎ , p. 657-689 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Piette 1895] Édouard Piette, « Hiatus et lacune. Vestiges de la période de transition dans la grotte du Mas d'Azil », Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, vol. 6, 4e série,‎ , p. 235-237 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Pion 1997] Gilbert Pion, « L'Abri Fru à Saint-Christophe-la-Grotte (Savoie) : l'Azilien ancien des débuts de l'Alleröd », Bulletin de la Société Préhistorique française, vol. 94, no 3,‎ , p. 319-326 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Thévenin 1997] André Thévenin, « L'"Azilien" et les cultures à pointes à dos courbe : esquisse géographique et chronologique », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 94, no 3 « L'Azilien et les cultures septentrionales »,‎ , p. 393-411 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Valentin 2008] Boris Valentin, « Productions lithiques magdaléniennes et aziliennes dans le Bassin parisien : disparition d'une économie programmée », The Arkeotek Journal, vol. 2, no 3,‎ (lire en ligne [sur halshs.archives-ouvertes.fr]).
  • [Valentin 2015] Boris Valentin, Les groupes humains et leurs traditions au Tardiglaciaire dans le Bassin parisien. Apports de la technologie comparée (thèse de doctorat, 3 vol.), Université de Paris I, 1106 p., sur xxx.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « le harpon perforé n'est pas un marqueur absolu  » : c'est-à-dire qu'il ne fait pas systématiquement partie des assemblages d'outils aziliens.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Barbaza 1999.
  2. a et b [Desbrosse 1995] René Desbrosse, « V. Les trois derniers millénaires du Tardiglaciaire entre Atlantique et Méditerranée », Gallia Préhistoire, t. 37,‎ , p. 321-328 (lire en ligne [sur persee], consulté en mai 2021).
  3. a et b Chapignac 2019.
  4. [[#2015valentin|]]. Cité dans Chapignac 2019.
  5. [Bodu & Valentin 1997] Pierre Bodu et Boris Valentin, « Groupes à Federmesser ou aziliens dans le Sud et l'Ouest du Bassin Parisien. Proposition pour un modèle d'évolution », Bulletin de la Société Préhistorique Française, vol. 94,‎ , p. 341-347 (lire en ligne [sur persee]).
  6. Pion 1997. Cité dans Chapignac 2019.
  7. Barbaza 1997. Cité dans Chapignac 2019.
  8. Bodu, Debout & Bignon 2006. Cité dans Chapignac 2019.
  9. Mevel 2013. Cité dans Chapignac 2019.
  10. Piette 1895. Cité dans Chapignac 2019.
  11. [1912] « Les subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification », Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique,‎ 1912 (2e éd. 1937), p. 165-238 (lire en ligne [PDF] sur halshs.archives-ouvertes.fr, consulté en mai 221).
  12. Piette 1895, p. 240, 248, 250, 256.
  13. [Marchand et al. 2009] Grégor Marchand, Rémy Arthuis, Sylvie Philibert, Farid Sellami, Sandra Sicard, Philippe Forré, Sylvain Lanoë, Jean-François Nauleau, Laurent Quesnel et Guirec Querré, « Un habitat azilien en Anjou : les Chaloignes à Mozé-sur-Louet (Maine-et-Loire) » (Travaux dédiés à la mémoire du Dr Michel Gruet), Gallia Préhistoire, no 51,‎ , p. 1-113 (lire en ligne [sur cnrs.academia.edu], consulté en mai 2021).
  14. « Les chasseurs-collecteurs de la fin du Paléolithique dessinaient déjà à Angoulême », sur inrap.fr, Inrap, (consulté en mai 2021).