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Eric Kaufmann

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Eric Kaufmann
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Eric Peter Kaufmann (né le ) est un universitaire canadien, professeur de science politique au Birkbeck College de l'Université de Londres. Il est spécialiste de l'orangisme en Irlande du Nord, du nationalisme, de la démographie politique et religieuse.

Dans son ouvrage de 2018 Whiteshift, il développe des théories sur la nécessité d'une normalisation de l'identité ethnique des Blancs dans les pays occidentaux. L’ouvrage est salué, mais également controversé, étant parfois perçu comme raciste ou identitaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et éducation[modifier | modifier le code]

Eric Kaufmann est né à Hong Kong et a grandi à Vancouver, en Colombie-Britannique, au Canada. Il revendique un quart de sang chinois et un quart de sang latino-américain[1], [2]. Son père est d'origine juive, son grand-père étant un laïc originaire de Prostejov dans l'actuelle République tchèque[3]. Sa mère est une catholique non pratiquante ; lui-même n'a fréquenté l'école catholique que pendant un an[4]. Il a obtenu sa licence à l'Université Western Ontario en 1991 et sa maîtrise à la London School of Economics en 1994, où il a également soutenu sa thèse de doctorat en 1998[5].

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

De 1999 à 2003, Kaufmann est chargé de cours en politique comparée à l’Université de Southampton. Il rejoint ensuite le Birkbeck College de l’Université de Londres, où il est nommé professeur de science politique en 2011[6]. Il a été membre du Belfer Center (en) de la Kennedy School of Government de l'Université Harvard de 2008 à 2009.

Ouvrages et thèses défendues[modifier | modifier le code]

The Rise and Fall of Anglo-America[modifier | modifier le code]

Dans The Rise and Fall of Anglo-America, en 2004, il rejette l'idée d'une domination toujours présente des protestants anglo-saxons blancs et attribue son déclin à l'individualisme et à l'égalitarisme prônés au sein de ce groupe, notamment par les progressistes libéraux, les protestants œcuméniques et les modernistes new-yorkais qui ont défendu un certain universalisme et favorisé le cosmopolitisme. Il propose pour remédier à ce déclin « un multiculturalisme réformé » qui « permet de conserver à la fois l'ethnicité et l'individualité, dans un contexte d'égalité » [7].

Whiteshift: Populism, Immigration and the Future of White Majorities[modifier | modifier le code]

Dans Whiteshift: Populism, Immigration and the Future of White Majorities, publié en 2018, Eric Kaufmann aborde la question de l'identité blanche et de son avenir dans les pays occidentaux[8]. Décrit par The Economist comme une « étude majeure du changement ethno-démographique »[9], Whiteshift porte notamment sur les effets futurs du déclin démographique des Blancs en Occident[10], notamment sur la politique en Europe et en Amérique du Nord[11], et sur la montée des populismes[12]. Selon Kaufmann, l'élection de Donald Trump aux États-Unis et l'essor du populisme de droite en Europe seraient une conséquence des changements démographiques radicaux en cours, lesquels doivent faire passer la population blanche au statut de minorité aux États-Unis (en 2042), au Canada (en 2050)[13] et en Europe (au début du XXIIe siècle)[14], plutôt que la conséquence d'une « anxiété économique »[15]. Le Brexit et l'élection de Donald Trump s'expliqueraient par des angoisses identitaires et non par l'économie[16]. Ces bouleversements démographiques seraient le fait majeur du XXIe siècle et auraient d'importantes conséquences géopolitiques[16].

Selon Kaufmann, les élites politiques, intellectuelles et médiatiques actuelles des pays occidentaux ignorent, ridiculisent et méprisent les appréhensions et les revendications des conservateurs blancs. À cet égard, il affirme notamment son opposition à ce qu'il appelle l'« idéologie anti-Blancs de la gauche culturelle »[8]. Ces attitudes vont, selon lui, renforcer le populisme et se traduire notamment par l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement populiste au Canada. Il juge également que l'« esprit civique britannique » est trop fade pour lier entre elles les différentes communautés qui vivent au Royaume-Uni[17].

Pour éviter une poussée trop forte des mouvements populistes, Kaufmann préconise un changement d'attitude. Selon lui, il faut cesser de stigmatiser les Blancs et reconnaître qu'être attaché à l'identité blanche est légitime et non pas raciste comme l'affirment certains activistes qui alimenteraient le ressentiment d'une partie de la population et la montée des populistes[13]. Il introduit pour ce faire l'idée d'une nécessaire « reprise en main de l'héritage racial » : il faudrait étendre la définition de majorité blanche et y intégrer les personnes métisses en échange d'un droit pour les Blancs à défendre leurs propres intérêts[18].

Critiques et réactions[modifier | modifier le code]

À sa sortie, The Times fait de Whiteshift le « livre de la semaine » tout en l'accompagnant d'une critique sceptique de David Aaronovitch (en) qui qualifie l'ouvrage de « livre controversé sur un sujet controversé[19]. Le journal Publishers Weekly déclare que le livre est « susceptible de faire sensation »[20] et le Financial Times le classe comme l'un des « meilleurs livres de 2018 » dans le genre politique[21]. Le magazine The New Yorker affirme que Kaufmann et Whiteshift défendent des politiques identitaires blanches[8]. À rebours de cette opinion, Marc-André Sabourin argumente dans L'Actualité que taxer Eric Kaufmann de racisme serait mal comprendre les nuances de cet auteur né à Hong Kong[13]. Dans The Guardian, Kenan Malik (en) déclare que l'identité blanche n'a pas de sens et que la vraie dignité se trouve dans les espoirs partagés[22].

L'essayiste Andrew Sullivan et l'économiste Tyler Cowen saluent l'ouvrage[8].

Le sociologue des religions Timothy Stacey, qui a assisté à la leçon inaugurale de Kaufmann de 2019 à l'université de Leyde, critique l'ouvrage et rejette ce qu'il voit comme son argument principal : puisqu'il existe dans toutes les sociétés des personnes irrémédiablement racistes, « afin d'empêcher ces personnes d'être violemment racistes, il est préférable de permettre une politique dominante légèrement raciste »[23].

En avril 2019, des étudiants de l'université de Bristol manifestent lorsqu'Eric Kaufmann est invité à y faire un exposé, l'accusant sur la base de son ouvrage d'être un « raciste » et « nationaliste blanc », accusations que Kaufmann a jugées ridicules, arguant qu'il était un métis auteur d'un livre sur les sociétés en passe de métissage, et que l'accusation résultait de ce qu'il prônait une identité ethnique pour les groupes majoritaires, ou pour la majorité blanche (« I think it is ridiculous. “I am a mix raced guy who wrote a book about societies becoming mixed race. They are only calling me racist because I am arguing that it is okay for majority, or white majority, groups to have an ethnic identity »).

Un porte-parole de l'Université de Bristol a déclaré : « L’Université de Bristol est pleinement engagée en faveur de la liberté d'expression et des droits de tous nos étudiants et de notre personnel à discuter de sujets difficiles et sensibles. »

« Nous sommes conscients des préoccupations soulevées par le séminaire de recherche du professeur Kaufmann, mais nous attendons qu'elles soient discutées et débattues de manière mesurée dans les limites d'un événement académique organisé de manière appropriée. »[24].

Publications (sélection)[modifier | modifier le code]

En tant que directeur d'ouvrage:

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en-GB) « Eric Kaufmann responds to David Aaronovitch’s column referencing Kaufmann’s recent Policy Exchange report | Policy Exchange » (consulté le 19 mars 2019).
  2. (en) Kaufmann, « Is Britain a Post Racial Society? », YouTube, Centre of Pan African Thought, (consulté le 16 mai 2018), p. 0 min 40 s.
  3. Trace d’un érudit du XVIIème siècle : Kaufmann, Moses Jetukiel, dans la région de Prostějov (en)Jewish encyclopedia, Kaufmann, Moses Jekutiel.
  4. (en) Eric Kaufmann, Shall the religious inherit the Earth? : demography and politics in the twenty-first century, London, 2nd print., (ISBN 978-1-84668-144-8), p. 265.
  5. (en) Curriculum vitae.
  6. (en)Eric Kaufmann. Birkbeck College, (consulté le 14 novembre 2016).
  7. (en) Allison Varzally, « The Rise and Fall of Anglo-America (Review) », sur sneps.net, Journal of American History, .
  8. a b c et d (en) Isaac Chotiner, « A Political Scientist Defends White Identity Politics », The New Yorker, .
  9. (en) « Two new books explain the Brexit revolt », The Economist, .
  10. (en) « MercatorNet: ‘Whiteshift’: immigration and its backlash », sur MercatorNet (consulté le 9 décembre 2019).
  11. (en) Park MacDougald, « A Different Way to Think About White Identity Politics », New York magazine, .
  12. (en) Zack Beauchamp, « The Virtue of Nationalism and Whiteshift: Books that explain Trump », Vox, .
  13. a b et c Marc-André Sabourin, « Le problème des Blancs », sur L’actualité (consulté le 9 décembre 2019).
  14. « La crise des gilets jaunes va durer cent ans », sur LExpress.fr, (consulté le 10 décembre 2019).
  15. (en) Theodore Kupfer, « Whiteshift: Identity Politics in an Era of Demographic Change », National Review, .
  16. a et b Thomas Mahler, « Le rejet de l'immigration est la clé pour comprendre le Brexit », sur Le Point, (consulté le 9 décembre 2019).
  17. (en) Review by David Goodhart, « Review: Whiteshift: Populism, Immigration and the Future of White Majorities by Eric Kaufmann — the future of mixed-race Britain », The Times,‎ (ISSN 0140-0460, lire en ligne, consulté le 9 décembre 2019).
  18. (en) Theodore Kupfer, « Whiteshift: Identity Politics in an Era of Demographic Change », sur nationalreview.com, .
  19. (en) Jasper Hamill, « Will racist white people 'exit into a 1950s-style simulation' to avoid growing diversity in the West? », Metro, .
  20. (en) « Whiteshift: the turbulent journey from a world of racially homogeneous white majorities to one of racially hybrid majorities », Abrams Books.
  21. (en) Gideon Rachman, « Best books of 2018: Politics », Financial Times, .
  22. (en-GB) Kenan Malik, « White identity is meaningless. Real dignity is found in shared hopes | Kenan Malik », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 9 décembre 2019).
  23. (en) Timothy Stacey, « Taking back control of racial heritage: a response to Kaufmann », sur universiteitleiden.nl, .
  24. (en) Katherine Berjikian, « Bristol university students walk out of lecture in protest of speaker », sur bristolpost.co.uk, .

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]